Bienvenue au Nadi-CeRCLe, Centre de Recherche en Marketing et Gestion des Services de l'Université de Namur. Créé en 2005 au sein de la Faculté des sciences économiques, sociales et de gestion, le Nadi- CeRCLe rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens. Depuis 2018, le CeRCLe est fier d'être un partenaire fondateur de l'Institut Numérique de Namur (INN), faisant avancer la recherche de pointe et la collaboration à l'ère numérique.
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Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables
Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables
Des chercheurs de l'UNamur ont développé une nouvelle méthode qui a permis de découvrir 32 bugs jusqu'alors invisibles dans certaines des bibliothèques logicielles les plus utilisées pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Née d'un mémoire de master, cette recherche a déjà conduit à des corrections dans plusieurs logiciels utilisés par des millions de développeurs à travers le monde.
Avant qu'une intelligence artificielle puisse reconnaître une image, comprendre un texte ou répondre à une question, elle doit d'abord être entraînée. Pour cela, les développeurs et les data scientists utilisent des bibliothèques logicielles spécialisées, de véritables « boîtes à outils » qui permettent de construire ces modèles d'IA.
C'est sur ces logiciels que s'est penchée une équipe de recherche réunissant l'Université de Namur, l'Université de Passau (Allemagne) et la TU Delft (Pays-Bas). Leur objectif : détecter des bugs particulièrement difficiles à repérer, susceptibles de provoquer l’arrêt brutal d'un programme.
Une nouvelle méthode pour révéler les bugs invisibles
Pour vérifier que ces bibliothèques fonctionnent correctement, les chercheurs utilisent des logiciels capables de générer automatiquement des milliers de tests. Leur rôle est de pousser les programmes dans leurs retranchements afin de repérer d'éventuelles erreurs.
Jusqu'ici, ces outils avaient toutefois une limite importante Lorsqu'un test provoquait un dysfonctionnement d'une bibliothèque logicielle, le logiciel chargé d'effectuer les tests cessait lui aussi de fonctionner. Impossible, dès lors, de comprendre précisément l'origine du problème ou de le signaler aux développeurs.
Les chercheurs de l'UNamur ont donc imaginé une nouvelle méthode. Désormais, chaque test est exécuté séparément. Si l'un d'eux provoque un crash, celui-ci est isolé : le logiciel de test continue de fonctionner, enregistre l'erreur et poursuit ses analyses. Il devient ainsi possible de détecter automatiquement des bugs qui passaient jusque-là inaperçus.
32 bugs découverts et déjà corrigés
Grâce à cette nouvelle méthode, les chercheurs ont analysé 1 648 modules appartenant aux principales bibliothèques de machine learning et mis au jour 32 bugs inédits. Plusieurs concernaient des logiciels devenus incontournables pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle.
Ces anomalies ont été signalées aux équipes de développement. Plusieurs ont déjà été reconnues puis corrigées. “Lorsqu'on corrige un bug à ce niveau-là, ce sont potentiellement des milliers, voire des millions d'utilisateurs qui en bénéficient”, souligne Xavier Devroey, professeur à la Faculté d’informatique de l’UNamur et membre du centre de recherche PReCISE du Namur Digital Institute (NaDI). Au-delà de ces corrections, cette recherche contribue à rendre plus fiables les logiciels sur lesquels reposent aujourd'hui de très nombreuses applications d'intelligence artificielle.
Une recherche née d'un mémoire
Cette avancée est née du mémoire de master de Lucas Berg, réalisé à l'UNamur sous la supervision du professeur Xavier Devroey. Dans le cadre de son stage de recherche, Lucas Berg rejoint ensuite l'équipe du professeur Annibale Panichella à la TU Delft afin de travailler sur Pynguin, l’outil open source de génération automatique de tests développé à l'Université de Passau par l'équipe du professeur Gordon Fraser évoqué précédemment.
Au départ, son objectif était d'améliorer cet outil. En évitant les crashs tout en découvrant des bugs, cette première contribution a attiré ensuite l'attention des chercheurs de l'Université de Passau, confrontés au même problème, donnant naissance à une collaboration internationale qui débouchera sur une publication scientifique commune.
Lucas Berg poursuit aujourd'hui un doctorat à la Faculté d'informatique de l'UNamur sous la supervision des professeurs Wim Vanhoof et Xavier Devroey. Les résultats de cette recherche ont été présentés à l'IEEE International Conference on Software Testing, Verification and Validation (ICST 2026), l'une des conférences internationales les plus prestigieuses dans le domaine du test logiciel.
Cette recherche a aussi bénéficié du soutien du Service public de Wallonie (SPW Recherche) et de Wallonie-Bruxelles International. Une reconnaissance qui souligne la qualité de ces travaux et leur intérêt pour la communauté scientifique internationale.
Le Namur Digital Institute (NaDI)
Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des solutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social.
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Fruit d'une collaboration avec Isabelle Frochot de l'Université Bourgogne Europe, une étude à laquelle a participé Alain Decrop, professeur de marketing au sein de la Faculté EMCP, montre que la montagne favorise une véritable reconnexion à soi, aux autres et à son environnement. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la prestigieuse revue Recherche et Applications en Marketing (RAM).
Mais qu'est-ce qui pousse autant de personnes à partir plusieurs jours en montagne ? C'est la question à laquelle les chercheurs ont voulu répondre. “L'engouement pour la randonnée itinérante en montagne ne cesse de grandir et a de quoi intriguer”, entame Alain Decrop. “Aujourd'hui, certaines destinations sont même confrontées à des phénomènes de surtourisme. Il nous semblait intéressant de comprendre ce que les personnes viennent réellement chercher dans ce type d'expérience”. Les chercheurs ont mené une étude de terrain dans une douzaine de refuges des Alpes françaises. Ce choix n'est pas anodin : les refuges constituent un lieu privilégié pour rencontrer les randonneurs et recueillir leur témoignage après plusieurs heures de marche. Pendant près d'un an, l'équipe a réalisé des entretiens en profondeur et des observations ethnographiques afin de comprendre ce qui se joue réellement durant ces séjours.
Si Alain Decrop n'a pas participé à la collecte des données sur le terrain, son rôle a été déterminant dans l'analyse des résultats. “Les données ont été recueillies par nos collègues en Savoie, qui étaient au plus près du terrain. Mon rôle a consisté à apporter un regard extérieur pour analyser et interpréter ces données, en les reliant aux concepts théoriques”, explique-t-il. “Lorsqu'on est moins impliqué dans la collecte, on peut parfois repérer des éléments que les personnes immergées dans le terrain ne voient plus aussi facilement.” Cette complémentarité entre chercheurs a permis de mieux comprendre ce qui se joue lors d'un séjour en refuge.
Déconnecter pour mieux reconnecter
L'étude montre que la randonnée itinérante en montagne crée des conditions propices au lâcher-prise. La marche, l'environnement naturel et la simplicité de la vie en refuge favorisent ce que les chercheurs appellent une “disponibilité résonante”, un état qui permet de rompre avec les sollicitations du quotidien.
Cette disponibilité retrouvée permet de prendre du recul sur sa vie, de vivre davantage le moment présent et de porter un regard différent sur son environnement. “Cette déconnexion leur permet ensuite de se reconnecter à elles-mêmes, aux autres et à leur environnement”, résume Alain Decrop. “Elles retrouvent une disponibilité mentale qui leur offre un véritable espace de réflexion et d'apaisement.”
Cette recherche, menée pendant près d'un an, a débouché sur une publication dans Recherche et Applications en Marketing (RAM), l'une des revues scientifiques les plus reconnues dans le domaine. “Le processus est particulièrement sélectif : seuls un article sur cinq ou six est accepté”, se félicite Alain Decrop. “C'est une revue très bien classée, ce qui témoigne de la qualité scientifique de notre travail.” Félicitations à Alain Decrop et à l'ensemble de ses collaborateurs pour cette belle reconnaissance scientifique.
À propos d'Alain Decrop
Alain Decrop est professeur ordinaire de marketing à l'Université de Namur, en Belgique. Membre fondateur et ancien directeur du NADI-CeRCLe (Namur Digital Institute - Center for Research on Consumption and Leisure) et du CCMS (Center for research on Consumers and Marketing Strategy), il a également été président de l'Association française du marketing (AFM). Il est titulaire d'une maîtrise en histoire moderne et en économie, et d'un doctorat en administration des affaires.
Alain Decrop a enseigné un certain nombre de cours liés à la gestion du marketing, au comportement des consommateurs, aux communications marketing numériques, aux méthodes de recherche, à la gestion des services et aux modèles d'entreprise collaboratifs.
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
Jamie Wright, un chercheur du Namur Digital Institute de l’UNamur, a participé à une étude menée par l’Université Pompeu Fabra (UPF) de Barcelone, et publiée dans la prestigieuse revue Nature Human Behaviour. Cette étude montre que les langues du monde entier tendent à privilégier l'économie lexicale, en réutilisant des mots pour désigner différents concepts lorsque cela n'entraîne pas de confusion dans la communication.
L’étude était dirigée par le professeur Thomas Brochhagen, chercheur au sein du groupe de Linguistique Computationnelle et de Théorie Linguistique (COLT) du Département de traduction et de sciences du langage de l'UPF de Barcelone. Parmi les coauteurs figurent Xixian Liao (Barcelona Supercomputing Center - Centro Nacional de Supercomputación, BSC-CNS), Jamie D. Wright (Namur Digital Institute de l’Université de Namur et Vrije Universiteit Brussel) et Carmen Saldana (affiliée à l’UPF et à l’Université de Barcelone).
« Ma principale contribution à l’étude publiée dans « Nature Human Behaviour » a porté sur l’analyse des données et la modélisation informatique. Cette étude est une enquête interlinguistique à grande échelle visant à comprendre comment les contraintes communicatives façonnent l’évolution des langues. En analysant des données issues de près de 2 000 langues, nous avons examiné comment celles-ci concilient deux contraintes contradictoires : le gain d’efficacité obtenu en réutilisant des formes lexicales identiques ou similaires, et la nécessité d’éviter toute ambiguïté lorsque des concepts risquent d’être confondus dans la communication », nous explique Jamie Wright.
Les travaux de Jamie Wright avec la professeure Katrien Beuls au Namur Digital Institute s’inscrivent dans le cadre du programme HERMES. Cette recherche examine également les pressions communicatives qui façonnent l’évolution des langues, mais sous un angle complémentaire.
Les chercheurs namurois viennent de publier un autre article dans le « Journal of language Evolution »
« Alors que l’article publié dans *Nature Human Behaviour* identifie des tendances générales à partir d’un large échantillon de langues existantes, celui paru dans le « Journal of Language Evolution » utilise un modèle basé sur des agents pour étudier l’évolution des langues au niveau des agents artificiels en interaction. Dans ces simulations, les agents développent et utilisent des langues communes à travers des échanges communicatifs répétés. Cela nous permet d’étudier comment des conventions linguistiques à l’échelle d’une population émergent d’interactions locales et pourquoi ces conventions peuvent rendre les langues plus robustes, plus faciles à apprendre et plus efficaces sur le plan cognitif. »
Ces deux études abordent donc des questions étroitement liées, à des niveaux différents et selon des approches méthodologiques distinctes. L’étude « Nature Human Behaviour » met en évidence les conséquences interlinguistiques à grande échelle des pressions communicatives, tandis que l’étude « Journal of Language Evolution » basée sur des agents permet d’expliquer comment de tels schémas peuvent émerger de manière dynamique à travers les interactions entre les locuteurs.
Jamie D. Wright - Courte biographie
Jamie D. Wright est doctorant à la Faculté d’informatique de l’Université de Namur et membre de l’Institut de recherche Namur Digital Institute (NaDI), où il travaille avec le professeur Katrien Beuls dans le cadre du programme HERMES, financé par l’Europe, le FNRS et le FWO. Il est également affilié au Laboratoire d’intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel.
Il a obtenu son master en linguistique théorique et appliquée à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, où il a également travaillé comme assistant de recherche au sein du groupe de recherche COLT. Ses recherches s’appuient sur la modélisation computationnelle et des expériences basées sur des agents pour étudier l’émergence et l’évolution du langage. Ses travaux actuels portent sur la manière dont les contraintes articulatoires et acoustiques liées à la production et à la perception de la parole façonnent les conventions linguistiques et les systèmes de communication.
Félicitations aux chercheurs pour ces publications prestigieuses !
Article cité
Brochhagen, T., Liao, X., Wright, J.D. et al. The interaction of meaning similarity and confusability explains regularity in form–meaning mappings at and below the word level. Nat Hum Behav (2026). https://doi.org/10.1038/s41562-026-02488-3
Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables
Une recherche de l'UNamur rend les outils de l'intelligence artificielle plus fiables
Des chercheurs de l'UNamur ont développé une nouvelle méthode qui a permis de découvrir 32 bugs jusqu'alors invisibles dans certaines des bibliothèques logicielles les plus utilisées pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Née d'un mémoire de master, cette recherche a déjà conduit à des corrections dans plusieurs logiciels utilisés par des millions de développeurs à travers le monde.
Avant qu'une intelligence artificielle puisse reconnaître une image, comprendre un texte ou répondre à une question, elle doit d'abord être entraînée. Pour cela, les développeurs et les data scientists utilisent des bibliothèques logicielles spécialisées, de véritables « boîtes à outils » qui permettent de construire ces modèles d'IA.
C'est sur ces logiciels que s'est penchée une équipe de recherche réunissant l'Université de Namur, l'Université de Passau (Allemagne) et la TU Delft (Pays-Bas). Leur objectif : détecter des bugs particulièrement difficiles à repérer, susceptibles de provoquer l’arrêt brutal d'un programme.
Une nouvelle méthode pour révéler les bugs invisibles
Pour vérifier que ces bibliothèques fonctionnent correctement, les chercheurs utilisent des logiciels capables de générer automatiquement des milliers de tests. Leur rôle est de pousser les programmes dans leurs retranchements afin de repérer d'éventuelles erreurs.
Jusqu'ici, ces outils avaient toutefois une limite importante Lorsqu'un test provoquait un dysfonctionnement d'une bibliothèque logicielle, le logiciel chargé d'effectuer les tests cessait lui aussi de fonctionner. Impossible, dès lors, de comprendre précisément l'origine du problème ou de le signaler aux développeurs.
Les chercheurs de l'UNamur ont donc imaginé une nouvelle méthode. Désormais, chaque test est exécuté séparément. Si l'un d'eux provoque un crash, celui-ci est isolé : le logiciel de test continue de fonctionner, enregistre l'erreur et poursuit ses analyses. Il devient ainsi possible de détecter automatiquement des bugs qui passaient jusque-là inaperçus.
32 bugs découverts et déjà corrigés
Grâce à cette nouvelle méthode, les chercheurs ont analysé 1 648 modules appartenant aux principales bibliothèques de machine learning et mis au jour 32 bugs inédits. Plusieurs concernaient des logiciels devenus incontournables pour entraîner des modèles d'intelligence artificielle.
Ces anomalies ont été signalées aux équipes de développement. Plusieurs ont déjà été reconnues puis corrigées. “Lorsqu'on corrige un bug à ce niveau-là, ce sont potentiellement des milliers, voire des millions d'utilisateurs qui en bénéficient”, souligne Xavier Devroey, professeur à la Faculté d’informatique de l’UNamur et membre du centre de recherche PReCISE du Namur Digital Institute (NaDI). Au-delà de ces corrections, cette recherche contribue à rendre plus fiables les logiciels sur lesquels reposent aujourd'hui de très nombreuses applications d'intelligence artificielle.
Une recherche née d'un mémoire
Cette avancée est née du mémoire de master de Lucas Berg, réalisé à l'UNamur sous la supervision du professeur Xavier Devroey. Dans le cadre de son stage de recherche, Lucas Berg rejoint ensuite l'équipe du professeur Annibale Panichella à la TU Delft afin de travailler sur Pynguin, l’outil open source de génération automatique de tests développé à l'Université de Passau par l'équipe du professeur Gordon Fraser évoqué précédemment.
Au départ, son objectif était d'améliorer cet outil. En évitant les crashs tout en découvrant des bugs, cette première contribution a attiré ensuite l'attention des chercheurs de l'Université de Passau, confrontés au même problème, donnant naissance à une collaboration internationale qui débouchera sur une publication scientifique commune.
Lucas Berg poursuit aujourd'hui un doctorat à la Faculté d'informatique de l'UNamur sous la supervision des professeurs Wim Vanhoof et Xavier Devroey. Les résultats de cette recherche ont été présentés à l'IEEE International Conference on Software Testing, Verification and Validation (ICST 2026), l'une des conférences internationales les plus prestigieuses dans le domaine du test logiciel.
Cette recherche a aussi bénéficié du soutien du Service public de Wallonie (SPW Recherche) et de Wallonie-Bruxelles International. Une reconnaissance qui souligne la qualité de ces travaux et leur intérêt pour la communauté scientifique internationale.
Le Namur Digital Institute (NaDI)
Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des solutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social.
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Fruit d'une collaboration avec Isabelle Frochot de l'Université Bourgogne Europe, une étude à laquelle a participé Alain Decrop, professeur de marketing au sein de la Faculté EMCP, montre que la montagne favorise une véritable reconnexion à soi, aux autres et à son environnement. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la prestigieuse revue Recherche et Applications en Marketing (RAM).
Mais qu'est-ce qui pousse autant de personnes à partir plusieurs jours en montagne ? C'est la question à laquelle les chercheurs ont voulu répondre. “L'engouement pour la randonnée itinérante en montagne ne cesse de grandir et a de quoi intriguer”, entame Alain Decrop. “Aujourd'hui, certaines destinations sont même confrontées à des phénomènes de surtourisme. Il nous semblait intéressant de comprendre ce que les personnes viennent réellement chercher dans ce type d'expérience”. Les chercheurs ont mené une étude de terrain dans une douzaine de refuges des Alpes françaises. Ce choix n'est pas anodin : les refuges constituent un lieu privilégié pour rencontrer les randonneurs et recueillir leur témoignage après plusieurs heures de marche. Pendant près d'un an, l'équipe a réalisé des entretiens en profondeur et des observations ethnographiques afin de comprendre ce qui se joue réellement durant ces séjours.
Si Alain Decrop n'a pas participé à la collecte des données sur le terrain, son rôle a été déterminant dans l'analyse des résultats. “Les données ont été recueillies par nos collègues en Savoie, qui étaient au plus près du terrain. Mon rôle a consisté à apporter un regard extérieur pour analyser et interpréter ces données, en les reliant aux concepts théoriques”, explique-t-il. “Lorsqu'on est moins impliqué dans la collecte, on peut parfois repérer des éléments que les personnes immergées dans le terrain ne voient plus aussi facilement.” Cette complémentarité entre chercheurs a permis de mieux comprendre ce qui se joue lors d'un séjour en refuge.
Déconnecter pour mieux reconnecter
L'étude montre que la randonnée itinérante en montagne crée des conditions propices au lâcher-prise. La marche, l'environnement naturel et la simplicité de la vie en refuge favorisent ce que les chercheurs appellent une “disponibilité résonante”, un état qui permet de rompre avec les sollicitations du quotidien.
Cette disponibilité retrouvée permet de prendre du recul sur sa vie, de vivre davantage le moment présent et de porter un regard différent sur son environnement. “Cette déconnexion leur permet ensuite de se reconnecter à elles-mêmes, aux autres et à leur environnement”, résume Alain Decrop. “Elles retrouvent une disponibilité mentale qui leur offre un véritable espace de réflexion et d'apaisement.”
Cette recherche, menée pendant près d'un an, a débouché sur une publication dans Recherche et Applications en Marketing (RAM), l'une des revues scientifiques les plus reconnues dans le domaine. “Le processus est particulièrement sélectif : seuls un article sur cinq ou six est accepté”, se félicite Alain Decrop. “C'est une revue très bien classée, ce qui témoigne de la qualité scientifique de notre travail.” Félicitations à Alain Decrop et à l'ensemble de ses collaborateurs pour cette belle reconnaissance scientifique.
À propos d'Alain Decrop
Alain Decrop est professeur ordinaire de marketing à l'Université de Namur, en Belgique. Membre fondateur et ancien directeur du NADI-CeRCLe (Namur Digital Institute - Center for Research on Consumption and Leisure) et du CCMS (Center for research on Consumers and Marketing Strategy), il a également été président de l'Association française du marketing (AFM). Il est titulaire d'une maîtrise en histoire moderne et en économie, et d'un doctorat en administration des affaires.
Alain Decrop a enseigné un certain nombre de cours liés à la gestion du marketing, au comportement des consommateurs, aux communications marketing numériques, aux méthodes de recherche, à la gestion des services et aux modèles d'entreprise collaboratifs.
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
Jamie Wright, un chercheur du Namur Digital Institute de l’UNamur, a participé à une étude menée par l’Université Pompeu Fabra (UPF) de Barcelone, et publiée dans la prestigieuse revue Nature Human Behaviour. Cette étude montre que les langues du monde entier tendent à privilégier l'économie lexicale, en réutilisant des mots pour désigner différents concepts lorsque cela n'entraîne pas de confusion dans la communication.
L’étude était dirigée par le professeur Thomas Brochhagen, chercheur au sein du groupe de Linguistique Computationnelle et de Théorie Linguistique (COLT) du Département de traduction et de sciences du langage de l'UPF de Barcelone. Parmi les coauteurs figurent Xixian Liao (Barcelona Supercomputing Center - Centro Nacional de Supercomputación, BSC-CNS), Jamie D. Wright (Namur Digital Institute de l’Université de Namur et Vrije Universiteit Brussel) et Carmen Saldana (affiliée à l’UPF et à l’Université de Barcelone).
« Ma principale contribution à l’étude publiée dans « Nature Human Behaviour » a porté sur l’analyse des données et la modélisation informatique. Cette étude est une enquête interlinguistique à grande échelle visant à comprendre comment les contraintes communicatives façonnent l’évolution des langues. En analysant des données issues de près de 2 000 langues, nous avons examiné comment celles-ci concilient deux contraintes contradictoires : le gain d’efficacité obtenu en réutilisant des formes lexicales identiques ou similaires, et la nécessité d’éviter toute ambiguïté lorsque des concepts risquent d’être confondus dans la communication », nous explique Jamie Wright.
Les travaux de Jamie Wright avec la professeure Katrien Beuls au Namur Digital Institute s’inscrivent dans le cadre du programme HERMES. Cette recherche examine également les pressions communicatives qui façonnent l’évolution des langues, mais sous un angle complémentaire.
Les chercheurs namurois viennent de publier un autre article dans le « Journal of language Evolution »
« Alors que l’article publié dans *Nature Human Behaviour* identifie des tendances générales à partir d’un large échantillon de langues existantes, celui paru dans le « Journal of Language Evolution » utilise un modèle basé sur des agents pour étudier l’évolution des langues au niveau des agents artificiels en interaction. Dans ces simulations, les agents développent et utilisent des langues communes à travers des échanges communicatifs répétés. Cela nous permet d’étudier comment des conventions linguistiques à l’échelle d’une population émergent d’interactions locales et pourquoi ces conventions peuvent rendre les langues plus robustes, plus faciles à apprendre et plus efficaces sur le plan cognitif. »
Ces deux études abordent donc des questions étroitement liées, à des niveaux différents et selon des approches méthodologiques distinctes. L’étude « Nature Human Behaviour » met en évidence les conséquences interlinguistiques à grande échelle des pressions communicatives, tandis que l’étude « Journal of Language Evolution » basée sur des agents permet d’expliquer comment de tels schémas peuvent émerger de manière dynamique à travers les interactions entre les locuteurs.
Jamie D. Wright - Courte biographie
Jamie D. Wright est doctorant à la Faculté d’informatique de l’Université de Namur et membre de l’Institut de recherche Namur Digital Institute (NaDI), où il travaille avec le professeur Katrien Beuls dans le cadre du programme HERMES, financé par l’Europe, le FNRS et le FWO. Il est également affilié au Laboratoire d’intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel.
Il a obtenu son master en linguistique théorique et appliquée à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, où il a également travaillé comme assistant de recherche au sein du groupe de recherche COLT. Ses recherches s’appuient sur la modélisation computationnelle et des expériences basées sur des agents pour étudier l’émergence et l’évolution du langage. Ses travaux actuels portent sur la manière dont les contraintes articulatoires et acoustiques liées à la production et à la perception de la parole façonnent les conventions linguistiques et les systèmes de communication.
Félicitations aux chercheurs pour ces publications prestigieuses !
Article cité
Brochhagen, T., Liao, X., Wright, J.D. et al. The interaction of meaning similarity and confusability explains regularity in form–meaning mappings at and below the word level. Nat Hum Behav (2026). https://doi.org/10.1038/s41562-026-02488-3