NARILIS cherche à stimuler les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs fondamentaux et les médecins, et à établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS vise donc à faciliter la transposition des résultats de la recherche fondamentale en applications cliniques. Sa mission est de promouvoir la recherche multidisciplinaire afin d'améliorer la santé humaine et animale et la qualité de vie.

Un pont entre la science fondamentale et la médecine

NARILIS est fondé sur un partenariat entre l'UNamur et le complexe hospitalier CHU UCL Namur.

Grâce à ce partenariat, NARILIS favorise les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs orientés vers la recherche fondamentale et ceux orientés vers la recherche clinique, et permet d'établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS offre ainsi aux scientifiques l'opportunité de mener des recherches qui ont un impact sur la santé, et finalement de participer au transfert des découvertes scientifiques fondamentales vers des applications cliniques.
Recherche multidisciplinaire et collaborative

NARILIS rassemble des scientifiques de diverses disciplines, notamment des biologistes, des physiciens, des chimistes, des géographes, des pharmaciens et des vétérinaires de l'UNamur, ainsi que des professionnels de la santé humaine du CHU UCL Namur. NARILIS encourage les groupes de recherche à passer du cloisonnement à la synergie et à travailler ensemble pour développer des projets innovants.

Six entités de recherche multidisciplinaires ont été créées au sein de NARILIS :

  • Namur Thrombosis & Hemostasis Center (NTHC)
  • Centre de Médecine et d'Innovation Médicamenteuse de Namur (NAMEDIC)
  • Centre de Nanosécurité de Namur (NNC)
  • Pôle de recherche en cancérologie de Namur
  • Pôle de recherche en infectiologie de Namur (NaRePI)
  • Omnibus Animalibus Studia Sanitatis (OASIS)

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Covid-long : une étude UNamur–CHU UCL Namur décrypte le mécanisme biologique à l’origine des douleurs ressenties par les patients

Sciences de la vie et de la santé
Santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être

Une équipe de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Namur (UNamur) et du CHU UCL Namur (site de Godinne) vient de publier une étude dans le journal Acta Neuropathologica, qui perce quelques mystères sur la provenance des douleurs ressenties par les patients atteints de Covid-long. Leur découverte met en évidence que ces symptômes douloureux peuvent être médiés par une réponse auto-immune. Autrement dit : les patients produisent des anticorps qui attaquent leurs propres neurones, ceux responsables de la perception de la douleur et de la sensibilité profonde du corps, et situés le long de la colonne vertébrale. Ces résultats très prometteurs constituent une avancée scientifique majeure qui ouvre des pistes pour mieux reconnaître la maladie et, à terme, mettre au point un traitement ciblant la symptomatologie douloureuse du Covid-long.

Charles Nicaise et Margaux Mignolet, UNamur, Narilis, CHU UCL Namur

Le Covid-long reste difficile à diagnostiquer et à prendre en charge, notamment en Belgique. Un rapport a récemment estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros le coût sociétal annuel qu’imposera cette épidémie cachée sur les pays membres de l’OCDE. En l’absence de biomarqueurs clairs, une partie des symptômes est encore parfois considérée à tort par de nombreux praticiens comme d’origine psychosomatique. Depuis 2022, l’équipe du Pr Charles Nicaise (Unité de Recherche en Physiologie Moléculaire - Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) - UNamur), avec notamment le travail de Margaux Mignolet chercheuse et doctorante FRIA (F.R.S.- FNRS), explore l’hypothèse d’une dérégulation immunitaire survenant lors de l’infection aiguë et conduisant à la production d’auto-anticorps dirigés contre des composants du système nerveux.

Dans cette perspective, une collaboration s’est nouée entre l’équipe de l’UNamur et celle du Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne). Des patientes et patients souffrant de Covid-long ont été recrutés sous la coordination du Pr Bulpa et de Catherine Deroux, neuropsychologue à la Clinique de la Mémoire. 

Pierre Bulpa (CHU UCL Namur)
Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne)

Treize patients, dont les symptômes étaient évocateurs de neuro-Covid-long et objectivés par des tests portant sur leurs plaintes cognitives et douloureuses se sont vus inclus dans le cadre de cette étude. 

Après prélèvement sanguin, les chercheurs ont isolé leurs immunoglobulines de type G (IgG) et étudié leurs effets dans un modèle de souris de transfert passif, au sein du laboratoire LNR du Pr Charles Nicaise. Les animaux ont été soumis à une batterie de tests comportementaux évaluant notamment les seuils de sensibilité à la douleur, ainsi que d’autres troubles d’ordre cognitif, anxieux ou dépressif.

Plusieurs découvertes majeures ont été observées

  • Transfert d’IgG et douleur : après transfert des IgG de patientes/patients, les souris développent une hypersensibilité douloureuse, notamment une allodynie mécanique -c’est-à-dire qu’un stimulus tactile habituellement non douloureux devient douloureux, ainsi qu’une hyperalgésie thermique – c’est-à-dire qu’un stimulus chaud ou froid inconfortable devient très douloureux.
  • Spécificité de l’effet : le transfert de ces IgG chez la souris de laboratoire n’induit pas de troubles cognitifs (ex: mémoire), anxieux ou dépressifs, suggérant des mécanismes distincts selon les symptômes.
  • Preuve de causalité : lorsque les anticorps sont détruits avant injection, ou lorsque du sérum auquel on a retiré les IgG est injecté, l’effet douloureux disparaît.
  • Cible des auto-anticorps : les IgG se fixent au niveau des ganglions spinaux, le long de la colonne vertébrale, structures qui contiennent des neurones sensitifs assurant le relais par exemple entre la peau et le cerveau. Les auto-anticorps reconnaissent des neurones périphériques impliqués dans la douleur (nociception) et la perception de la position du corps ou de la sensibilité profonde (proprioception).
Ganglions de souris (à gauche) et humains (à droite)

A gauche : ganglion de souris (structure localisée le long de la moelle épinière). En vert les neurones sensoriels ; en rouge, les anticorps des patients covid long ; en jaune, la colocalisation entre neurones et anticorps. Ceci démontre que les anticorps des patients ciblent les neurones sensoriels.  

A droite : ganglion humain ont été appliqués les anticorps des patients covid long afin de vérifier si on observe la liaison aux neurones sensoriels comme chez la souris. En bleu, les noyaux des cellules ;  en rouge les anticorps des patients covid long, ce qui prouve que les anticorps des patients covid long se lient aux neurones sensoriels humains. 

« Nous sommes le 2e groupe dans le monde, après l’UMC Utrecht à quelques semaines d’intervalle, à montrer que les symptômes douloureux chez les patients Covid-long sont médiés par une réaction auto-immune, basée sur la présence d’auto-anticorps de type immunoglobuline G », résume le Pr Charles Nicaise. 

D’autres travaux menés indépendamment à Yale University ou au King’s College London sont en cours d’évaluation par les pairs et semblent aller dans le même sens. 

Des perspectives thérapeutiques

Ces résultats contribuent à objectiver une partie du Covid-long en apportant des bases biologiques à la composante douloureuse. Ils ouvrent des pistes thérapeutiques visant à identifier puis éliminer les auto-anticorps pathogéniques circulants — par exemple via des approches de type plasmaphérèse (filtration du plasma) ou des thérapies ciblées à base d’anti-anticorps. L’étude suggère en revanche que les troubles cognitifs souvent rapportés relèveraient d’autres mécanismes, encore à élucider.

Un partenariat fort entre l’UNamur et le CHU UCL Namur

L’étude s’appuie sur un travail multidisciplinaire associant cliniciens, neurobiologistes et plateformes technologiques, dans la continuité des collaborations mises en place durant la pandémie. La proximité entre l’UNamur et plus particulièrement l’Institut Narilis, et le CHU UCL Namur facilite le passage rapide d’observations cliniques vers des expériences en laboratoire et participe à la compréhension de problèmes de santé publique tels que le Covid-long.

Logos Unamur - Institut de recherche NARILIS et CHU UCL Namur (site Godinne)

L'équipe de recherche

  • Charles Nicaise, URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Margaux Mignolet, doctorante FRIA (F.R.S. - FNRS), URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Catherine Deroux, Clinique de la Mémoire, CHU UCL Namur (site de Godinne)
  • Pr Pierre Bulpa, Soins Intensifs, CHU UCL Namur (site de Godinne)

Ainsi que tous les collaborateurs, médecins, virologistes, étudiants, techniciens de laboratoire, patients et volontaires que l'équipe remercie pour leur dévouement.

La pandémie de Covid-19 est une tragédie humaine qui a causé des millions de morts à travers le monde et mis en grande tension toute notre société. Mais elle a aussi été un formidable moment collectif pour de nombreux scientifiques de l'UNamur, dont les recherches se poursuivent pour tenter de mieux comprendre cette maladie et ses conséquences.

Lire notre article : Covid-19, cinq ans déjà : Retour sur le rôle majeur de l’UNamur face à la pandémie

La lutte contre le cancer au cœur des projets Télévie à l’UNamur

Institution
Sciences de la vie et de la santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être
Biologie
Physique et astronomie

Ce samedi 18 avril 2026, le Vice-Recteur à la recherche Benoît Champagne et la professeure Anne-Catherine Heuskin, promotrice de projets Télévie, ont représenté la communauté UNamur sur le plateau de la grande soirée Télévie. Ils ont remis à cette occasion un chèque de 20.000 euros pour soutenir cette opération du FRS-FNRS qui collecte les fonds permettant le financement de nombreux projets de recherche dans les universités en Fédération Wallonie-Bruxelles, avec un objectif : améliorer les traitements contre cette maladie qui touche désormais près de 80.000 nouveaux patients et emporte près de 30.000 vies chaque année en Belgique. 

Photo des membres UNamur présents à la cérémonie de remise du chèque de contribution de l'UNamur au Télévie 2026

La recherche, c’est l’espoir

Si la recherche scientifique a amélioré significativement le taux de guérison de certains cancers durant les dernières décennies, d’autres restent incurables ou récidivent rapidement. À cet égard, les progrès de la recherche scientifique sont un véritable espoir pour tous les patients qui espèrent bénéficier de traitements de plus en plus ciblés et innovants. Focus sur les projets Télévie en cours à l’UNamur.  

Les chercheurs Télévie à l’UNamur et leurs promoteurs académiques
Les chercheurs Télévie à l’UNamur et leurs promoteurs académiques

Améliorer les effets de la radiothérapie et de la protonthérapie

La radiothérapie est un traitement qui concerne aujourd’hui 50 % des patients atteints de cancer. Plusieurs projets sont menés au Département de physique sous la direction de la professeure Anne-Catherine Heuskin, afin d’en optimiser l’efficacité tout en diminuant les effets secondaires dommageables pour les patients. 

 

Jade Nichols, Thierry Arnould, Giacomo Lopopolo, Anne-Catherine Heuskin, Keïla Openge-Navenge et Shalini Iyer, ancienne doctorante Télévie aujourd’hui chercheuse postdoctorante sur le projet ProtherWal de la Région wallonne en matière de protonthérapie.
Jade Nichols, Thierry Arnould, Giacomo Lopopolo, Anne-Catherine Heuskin, Keïla Openge-Navenge et Shalini Iyer, ancienne doctorante Télévie aujourd’hui chercheuse postdoctorante sur le projet ProtherWal de la Région wallonne en matière de protonthérapie.

Giacomo Lopopolo étudie ainsi les conséquences du stress oxydatif généré par la radiothérapie et des lésions qu’il engendre sur les mitochondries des cellules, en particulier dans le traitement du cancer du poumon. Objectif : étudier les doses nécessaires dans les plans de traitement en radiothérapie conventionnelle ou en protonthérapie afin de garantir un traitement efficace tout en améliorant la qualité de vie du patient. Ce projet interdisciplinaire bénéficie également de l’expertise du professeur Thierry Arnould, copromoteur (URBC). 

De son côté, Keïla Openge-Navenge tente de décrypter les mécanismes de radiorésistance à l’œuvre dans les tumeurs du sein, du poumon et du cancer colorectal, et en particulier le rôle du métabolisme lipidique, de la ferroptose et des mitochondries au sein des cellules cancéreuses. 

Jade Nichols, qui vient de rejoindre l’UNamur, entame un projet Télévie afin de comprendre la réponse apportée par les macrophages, qui jouent un rôle essentiel dans la formation du microenvironnement tumoral, à des irradiations à ultra-haut débit de dose (UHDR), un phénomène jusqu’ici inexploré et dont les résultats pourraient contribuer, à terme, à optimiser les stratégies de traitement qui exploitent à la fois l'irradiation et les réponses immunitaires du patient lui-même.

Comprendre les tumeurs pour mieux les combattre

Au sein de l’URBC, sous la direction de la professeure Carine Michiels, plusieurs projets visent à mieux comprendre les facteurs contribuant au développement de différents types de tumeurs et aux mécanismes mis en place en réponse aux traitements.

 

Shalini Iyer, Eloïse Rapport, Inès Bouriez, Manon Van Den Abbeel, Carine Michiels, Anne-Catherine Heuskin et Emma Lambert.
Shalini Iyer, Eloïse Rapport, Inès Bouriez, Manon Van Den Abbeel, Carine Michiels, Anne-Catherine Heuskin et Emma Lambert.

Inès Bourriez consacre ses recherches aux cancers cutanés, qui représentent 40 % des cancers diagnostiqués aujourd’hui. Elle s’intéresse à l’impact du vieillissement de la peau et à l’accumulation de cellules dites sénescentes sur le développement des tumeurs et de leur progression. 

La compréhension de la réaction des cellules aux radiations fait également l’objet des projets menés par Emma Lambert, d’une part, et Manon Van Den Abbeel d’autre part, grâce à une collaboration avec Anne-Catherine Heuskin au sein du LARN. Manon Van Den Abbeel étudie les conditions d'irradiation induisant une réponse immunitaire la plus importante possible pour contourner les différents mécanismes d’immunosuppression développés au sein des tumeurs, et ainsi renforcer l'immunogénicité des tumeurs et donc leur reconnaissance et leur destruction par le système immunitaire. 

Emma Lambert démarre quant à elle un projet sur le glioblastome, tumeur cérébrale agressive et aujourd’hui incurable, afin de mieux comprendre les mécanismes de résistance développés lors de traitements combinés utilisant chimiothérapie, radiothérapie ou protonthérapie. 

Quant à Eloïse Rapport, elle s’intéresse à une troisième forme de radiothérapie, utilisant des particules alpha, c’est-à-dire des atomes d’hélium ionisés, afin d’augmenter la mort des cellules cancéreuses au sein de tumeurs. En particulier, elle étudie les différentes formes de mort cellulaire induite et leur éventuelle immunogénicité. 

Améliorer le diagnostic du cancer du pancréas

Le cancer du pancréas, en particulier l'adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC), reste l'un des cancers les plus mortels, avec un taux de survie à cinq ans de seulement 13 %. Suite à la nature asymptomatique de la maladie à ses premiers stades, le diagnostic est souvent réalisé à un stade avancé. Cette situation couplée au manque de traitements efficaces et à l'environnement tumoral immunosuppresseur qui limite l'efficacité des thérapies immunitaires, explique le mauvais pronostic du PDAC. La détection précoce de ce type de cancer est donc cruciale, mais les outils diagnostiques actuels ont une sensibilité et une spécificité limitées. 

C’est à ce projet que se consacre Emma Thompson, qui a rejoint l’équipe du professeur Marc Hennequart au sein de l’URPhyM. Ce travail explore les altérations métaboliques associées à la progression précoce du PDAC dans le but de découvrir de nouveaux biomarqueurs permettant une détection et une intervention plus précoces, donnant plus de chance de guérison aux patients. 

Marc Hennequart et Emma Thompson
Marc Hennequart et Emma Thompson

La communauté UNamur mobilisée pour soutenir le Télévie et la lutte contre le cancer

Comme chaque année depuis 23 ans, la communauté UNamur fait la part belle aux événements pour collecter des dons au bénéfice de l’opération Télévie. En 2026, les étudiantes et les étudiants se sont particulièrement investis au travers de trois initiatives.

Le 18 février, l’équipe du kot à projet ImproNam s’est mobilisée une nouvelle fois en affrontant la troupe namuroise Oh My God lors d’un match d’improvisation haut en couleurs, qui a permis de récolter une belle somme de 1 058,02 euros. 

« C’est toujours un plaisir de contribuer, à notre échelle, à un projet tel que le Télévie. C’est un évènement qui permet de rassembler toutes les générations » - Calixte Henin Groves, étudiante et présidente de l’ImproNam. 

Le match ImproNam au profit du Télévie 2026
Crédit photo : Marie Michel Photographe.

Le 12 mars, l’Assemblée Générale des Étudiants a fait résonner les murs de l’Arsenal lors de la deuxième édition du Grand Blind Test à l’UNamur. Une soirée conviviale, qui a rassemblé une trentaine d’équipes du personnel, des étudiantes et des étudiants autour des meilleurs tubes des 30 dernières années, et a permis de réunir, grâce au soutien des sponsors, 6.338,91 euros. 

Enfin, le Cercle Informatique de Namur a consacré son Live Caritatif 24H sur la plateforme Twitch. Au fil des heures, et grâce à la générosité, aux animations et défis relevés par les membres du Cercle, c’est une belle somme de 1.831,91 € qui a pu être reversée au Télévie. 

Bravo à toutes et à tous ! 

L’UNamur remercie l’ensemble des étudiantes, étudiants et membres du personnel qui se sont mobilisés au profit de l’opération Télévie sur le campus. 

L’UNamur remercie également l’ensemble des fournisseurs et sponsors qui s’associent à ces initiatives et contribuent à faire grimper le compteur du Télévie. 

Les sponsors du Télévie

Depuis de nombreuses années, la communauté universitaire, ses alumni et ses partenaires se mobilisent au profit la recherche contre le cancer au travers de l’opération Télévie. L'intégralité des dons collectés est reversée au FNRS.

Logo du Télévie

Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

Image
Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "L'expert" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

cover-magazine-omalius-avril-2026

Carine Michiels lauréate de la Chaire SCK CEN « Roger Van Geen » 2025

Biologie
Sciences de la vie et de la santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être

Créée à l'initiative du Centre d'étude de l'énergie nucléaire belge SCK CEN, cette Chaire est décernée tous les deux ans par le F.R.S.-FNRS et le FWO afin de récompenser un chercheur de premier plan dans le domaine des sciences nucléaires et de leurs applications. En 2025, la Chaire rend hommage à la brillante carrière de Carine Michiels, pour ses contributions exceptionnelles à la radiobiologie et à la recherche sur le cancer. 

Photo de Carine Michiels avec les logos FNRS, SCK CEN et institut de recherche NARILIS

Au cours des deux dernières décennies, Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire à l'UNamur et membre du groupe radiobiologie de l’institut de recherche en sciences de la vie (NARILIS) de l’UNamur, a considérablement approfondi la compréhension des mécanismes moléculaires qui sous-tendent l'interaction entre les rayonnements et les cellules cancéreuses. Au sein du pôle cancer de l’Institut, ses recherches s'appuient sur une forte intégration de la biologie cellulaire et de la physique des rayonnements, soutenue par une collaboration de longue date avec les physiciens de l’Institut, le professeur Stéphane Lucas et le professeur Anne-Catherine Heuskin. En jetant un pont entre la biologie et la physique, son équipe a mené des recherches interdisciplinaires de pointe dans le but d'améliorer l'efficacité de la radiothérapie contre le cancer. 

Préserver les cellules saines

L'une de leurs principales réalisations est le développement d'approches thérapeutiques innovantes qui combinent des techniques d'irradiation avancées, telles que la protonthérapie, avec des composés nanohybrides uniques. Ces composés, composés de nanoparticules d'or couplées à des anticorps ciblés, agissent comme des radiosensibilisateurs, augmentant la sensibilité des cellules cancéreuses aux rayonnements tout en limitant les dommages causés aux tissus sains environnants.

En ouvrant la voie à des traitements plus précis et personnalisés du cancer, les recherches de Carine Michiels s'inscrivent pleinement dans les objectifs de la chaire SCK CEN. Ses réalisations illustrent comment la recherche fondamentale en sciences des rayonnements peut se traduire par des progrès significatifs en médecine et en santé publique.

Des collaborations de longue date

L’Université de Namur et le SCK CEN développent des collaborations depuis longues années, notamment via recherches collaboratives et des co-promotion de thèses, dont récemment celle de Naomi Daems, pour laquelle Carine Michiels et Stéphane Lucas était co-promoteurs avec la professeure Sarah Baatout (SCK CEN).  Grâce à cette dernière, Carine Michiels a rejoint le groupe d’experts de la délégation belge d’UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Affects of Atomic Radiation), un comité international de l’ONU mis en place pour évaluer les effets des radiations ionisantes sur la santé humaine et l’environnement.

Image
Photo de Carine Michiels

Je tiens particulièrement à remercier mes collègues Sarah Baatout du SCK CEN, Stéphane Lucas et Anne-Catherine Heuskin de l’UNamur pour les collaborations de recherche.  Je remercie également le Télévie du F.R.S.-FNRS et le projet de recherche stratégique Proton Therapy Research in Wallonia (PROTHER-WAL) du SPW Recherche pour leur soutien !

Carine Michiels Professeure de biologie cellulaire, UNamur

Une série de conférences à Mol

Outre se voir octroyer un prix personnel, la titulaire de la chaire SCK CEN donnera une conférence inaugurale ainsi qu'une série de conférences destinées aux étudiants, aux chercheurs du SCK CEN et à la communauté nucléaire belge en général, lors d'un séjour scientifique au Centre de recherche de Mol, en Belgique. La série de conférences sera organisée en collaboration avec l'Académie SCK CEN.

Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS)

NARILIS cherche à stimuler les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs fondamentaux et les médecins, et à établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS vise donc à faciliter la transposition des résultats de la recherche fondamentale en applications cliniques. Sa mission est de promouvoir la recherche multidisciplinaire afin d'améliorer la santé humaine et animale et la qualité de vie.

Logo institut de recherche narilis

Covid-long : une étude UNamur–CHU UCL Namur décrypte le mécanisme biologique à l’origine des douleurs ressenties par les patients

Sciences de la vie et de la santé
Santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être

Une équipe de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Namur (UNamur) et du CHU UCL Namur (site de Godinne) vient de publier une étude dans le journal Acta Neuropathologica, qui perce quelques mystères sur la provenance des douleurs ressenties par les patients atteints de Covid-long. Leur découverte met en évidence que ces symptômes douloureux peuvent être médiés par une réponse auto-immune. Autrement dit : les patients produisent des anticorps qui attaquent leurs propres neurones, ceux responsables de la perception de la douleur et de la sensibilité profonde du corps, et situés le long de la colonne vertébrale. Ces résultats très prometteurs constituent une avancée scientifique majeure qui ouvre des pistes pour mieux reconnaître la maladie et, à terme, mettre au point un traitement ciblant la symptomatologie douloureuse du Covid-long.

Charles Nicaise et Margaux Mignolet, UNamur, Narilis, CHU UCL Namur

Le Covid-long reste difficile à diagnostiquer et à prendre en charge, notamment en Belgique. Un rapport a récemment estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros le coût sociétal annuel qu’imposera cette épidémie cachée sur les pays membres de l’OCDE. En l’absence de biomarqueurs clairs, une partie des symptômes est encore parfois considérée à tort par de nombreux praticiens comme d’origine psychosomatique. Depuis 2022, l’équipe du Pr Charles Nicaise (Unité de Recherche en Physiologie Moléculaire - Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) - UNamur), avec notamment le travail de Margaux Mignolet chercheuse et doctorante FRIA (F.R.S.- FNRS), explore l’hypothèse d’une dérégulation immunitaire survenant lors de l’infection aiguë et conduisant à la production d’auto-anticorps dirigés contre des composants du système nerveux.

Dans cette perspective, une collaboration s’est nouée entre l’équipe de l’UNamur et celle du Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne). Des patientes et patients souffrant de Covid-long ont été recrutés sous la coordination du Pr Bulpa et de Catherine Deroux, neuropsychologue à la Clinique de la Mémoire. 

Pierre Bulpa (CHU UCL Namur)
Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne)

Treize patients, dont les symptômes étaient évocateurs de neuro-Covid-long et objectivés par des tests portant sur leurs plaintes cognitives et douloureuses se sont vus inclus dans le cadre de cette étude. 

Après prélèvement sanguin, les chercheurs ont isolé leurs immunoglobulines de type G (IgG) et étudié leurs effets dans un modèle de souris de transfert passif, au sein du laboratoire LNR du Pr Charles Nicaise. Les animaux ont été soumis à une batterie de tests comportementaux évaluant notamment les seuils de sensibilité à la douleur, ainsi que d’autres troubles d’ordre cognitif, anxieux ou dépressif.

Plusieurs découvertes majeures ont été observées

  • Transfert d’IgG et douleur : après transfert des IgG de patientes/patients, les souris développent une hypersensibilité douloureuse, notamment une allodynie mécanique -c’est-à-dire qu’un stimulus tactile habituellement non douloureux devient douloureux, ainsi qu’une hyperalgésie thermique – c’est-à-dire qu’un stimulus chaud ou froid inconfortable devient très douloureux.
  • Spécificité de l’effet : le transfert de ces IgG chez la souris de laboratoire n’induit pas de troubles cognitifs (ex: mémoire), anxieux ou dépressifs, suggérant des mécanismes distincts selon les symptômes.
  • Preuve de causalité : lorsque les anticorps sont détruits avant injection, ou lorsque du sérum auquel on a retiré les IgG est injecté, l’effet douloureux disparaît.
  • Cible des auto-anticorps : les IgG se fixent au niveau des ganglions spinaux, le long de la colonne vertébrale, structures qui contiennent des neurones sensitifs assurant le relais par exemple entre la peau et le cerveau. Les auto-anticorps reconnaissent des neurones périphériques impliqués dans la douleur (nociception) et la perception de la position du corps ou de la sensibilité profonde (proprioception).
Ganglions de souris (à gauche) et humains (à droite)

A gauche : ganglion de souris (structure localisée le long de la moelle épinière). En vert les neurones sensoriels ; en rouge, les anticorps des patients covid long ; en jaune, la colocalisation entre neurones et anticorps. Ceci démontre que les anticorps des patients ciblent les neurones sensoriels.  

A droite : ganglion humain ont été appliqués les anticorps des patients covid long afin de vérifier si on observe la liaison aux neurones sensoriels comme chez la souris. En bleu, les noyaux des cellules ;  en rouge les anticorps des patients covid long, ce qui prouve que les anticorps des patients covid long se lient aux neurones sensoriels humains. 

« Nous sommes le 2e groupe dans le monde, après l’UMC Utrecht à quelques semaines d’intervalle, à montrer que les symptômes douloureux chez les patients Covid-long sont médiés par une réaction auto-immune, basée sur la présence d’auto-anticorps de type immunoglobuline G », résume le Pr Charles Nicaise. 

D’autres travaux menés indépendamment à Yale University ou au King’s College London sont en cours d’évaluation par les pairs et semblent aller dans le même sens. 

Des perspectives thérapeutiques

Ces résultats contribuent à objectiver une partie du Covid-long en apportant des bases biologiques à la composante douloureuse. Ils ouvrent des pistes thérapeutiques visant à identifier puis éliminer les auto-anticorps pathogéniques circulants — par exemple via des approches de type plasmaphérèse (filtration du plasma) ou des thérapies ciblées à base d’anti-anticorps. L’étude suggère en revanche que les troubles cognitifs souvent rapportés relèveraient d’autres mécanismes, encore à élucider.

Un partenariat fort entre l’UNamur et le CHU UCL Namur

L’étude s’appuie sur un travail multidisciplinaire associant cliniciens, neurobiologistes et plateformes technologiques, dans la continuité des collaborations mises en place durant la pandémie. La proximité entre l’UNamur et plus particulièrement l’Institut Narilis, et le CHU UCL Namur facilite le passage rapide d’observations cliniques vers des expériences en laboratoire et participe à la compréhension de problèmes de santé publique tels que le Covid-long.

Logos Unamur - Institut de recherche NARILIS et CHU UCL Namur (site Godinne)

L'équipe de recherche

  • Charles Nicaise, URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Margaux Mignolet, doctorante FRIA (F.R.S. - FNRS), URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Catherine Deroux, Clinique de la Mémoire, CHU UCL Namur (site de Godinne)
  • Pr Pierre Bulpa, Soins Intensifs, CHU UCL Namur (site de Godinne)

Ainsi que tous les collaborateurs, médecins, virologistes, étudiants, techniciens de laboratoire, patients et volontaires que l'équipe remercie pour leur dévouement.

La pandémie de Covid-19 est une tragédie humaine qui a causé des millions de morts à travers le monde et mis en grande tension toute notre société. Mais elle a aussi été un formidable moment collectif pour de nombreux scientifiques de l'UNamur, dont les recherches se poursuivent pour tenter de mieux comprendre cette maladie et ses conséquences.

Lire notre article : Covid-19, cinq ans déjà : Retour sur le rôle majeur de l’UNamur face à la pandémie

La lutte contre le cancer au cœur des projets Télévie à l’UNamur

Institution
Sciences de la vie et de la santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être
Biologie
Physique et astronomie

Ce samedi 18 avril 2026, le Vice-Recteur à la recherche Benoît Champagne et la professeure Anne-Catherine Heuskin, promotrice de projets Télévie, ont représenté la communauté UNamur sur le plateau de la grande soirée Télévie. Ils ont remis à cette occasion un chèque de 20.000 euros pour soutenir cette opération du FRS-FNRS qui collecte les fonds permettant le financement de nombreux projets de recherche dans les universités en Fédération Wallonie-Bruxelles, avec un objectif : améliorer les traitements contre cette maladie qui touche désormais près de 80.000 nouveaux patients et emporte près de 30.000 vies chaque année en Belgique. 

Photo des membres UNamur présents à la cérémonie de remise du chèque de contribution de l'UNamur au Télévie 2026

La recherche, c’est l’espoir

Si la recherche scientifique a amélioré significativement le taux de guérison de certains cancers durant les dernières décennies, d’autres restent incurables ou récidivent rapidement. À cet égard, les progrès de la recherche scientifique sont un véritable espoir pour tous les patients qui espèrent bénéficier de traitements de plus en plus ciblés et innovants. Focus sur les projets Télévie en cours à l’UNamur.  

Les chercheurs Télévie à l’UNamur et leurs promoteurs académiques
Les chercheurs Télévie à l’UNamur et leurs promoteurs académiques

Améliorer les effets de la radiothérapie et de la protonthérapie

La radiothérapie est un traitement qui concerne aujourd’hui 50 % des patients atteints de cancer. Plusieurs projets sont menés au Département de physique sous la direction de la professeure Anne-Catherine Heuskin, afin d’en optimiser l’efficacité tout en diminuant les effets secondaires dommageables pour les patients. 

 

Jade Nichols, Thierry Arnould, Giacomo Lopopolo, Anne-Catherine Heuskin, Keïla Openge-Navenge et Shalini Iyer, ancienne doctorante Télévie aujourd’hui chercheuse postdoctorante sur le projet ProtherWal de la Région wallonne en matière de protonthérapie.
Jade Nichols, Thierry Arnould, Giacomo Lopopolo, Anne-Catherine Heuskin, Keïla Openge-Navenge et Shalini Iyer, ancienne doctorante Télévie aujourd’hui chercheuse postdoctorante sur le projet ProtherWal de la Région wallonne en matière de protonthérapie.

Giacomo Lopopolo étudie ainsi les conséquences du stress oxydatif généré par la radiothérapie et des lésions qu’il engendre sur les mitochondries des cellules, en particulier dans le traitement du cancer du poumon. Objectif : étudier les doses nécessaires dans les plans de traitement en radiothérapie conventionnelle ou en protonthérapie afin de garantir un traitement efficace tout en améliorant la qualité de vie du patient. Ce projet interdisciplinaire bénéficie également de l’expertise du professeur Thierry Arnould, copromoteur (URBC). 

De son côté, Keïla Openge-Navenge tente de décrypter les mécanismes de radiorésistance à l’œuvre dans les tumeurs du sein, du poumon et du cancer colorectal, et en particulier le rôle du métabolisme lipidique, de la ferroptose et des mitochondries au sein des cellules cancéreuses. 

Jade Nichols, qui vient de rejoindre l’UNamur, entame un projet Télévie afin de comprendre la réponse apportée par les macrophages, qui jouent un rôle essentiel dans la formation du microenvironnement tumoral, à des irradiations à ultra-haut débit de dose (UHDR), un phénomène jusqu’ici inexploré et dont les résultats pourraient contribuer, à terme, à optimiser les stratégies de traitement qui exploitent à la fois l'irradiation et les réponses immunitaires du patient lui-même.

Comprendre les tumeurs pour mieux les combattre

Au sein de l’URBC, sous la direction de la professeure Carine Michiels, plusieurs projets visent à mieux comprendre les facteurs contribuant au développement de différents types de tumeurs et aux mécanismes mis en place en réponse aux traitements.

 

Shalini Iyer, Eloïse Rapport, Inès Bouriez, Manon Van Den Abbeel, Carine Michiels, Anne-Catherine Heuskin et Emma Lambert.
Shalini Iyer, Eloïse Rapport, Inès Bouriez, Manon Van Den Abbeel, Carine Michiels, Anne-Catherine Heuskin et Emma Lambert.

Inès Bourriez consacre ses recherches aux cancers cutanés, qui représentent 40 % des cancers diagnostiqués aujourd’hui. Elle s’intéresse à l’impact du vieillissement de la peau et à l’accumulation de cellules dites sénescentes sur le développement des tumeurs et de leur progression. 

La compréhension de la réaction des cellules aux radiations fait également l’objet des projets menés par Emma Lambert, d’une part, et Manon Van Den Abbeel d’autre part, grâce à une collaboration avec Anne-Catherine Heuskin au sein du LARN. Manon Van Den Abbeel étudie les conditions d'irradiation induisant une réponse immunitaire la plus importante possible pour contourner les différents mécanismes d’immunosuppression développés au sein des tumeurs, et ainsi renforcer l'immunogénicité des tumeurs et donc leur reconnaissance et leur destruction par le système immunitaire. 

Emma Lambert démarre quant à elle un projet sur le glioblastome, tumeur cérébrale agressive et aujourd’hui incurable, afin de mieux comprendre les mécanismes de résistance développés lors de traitements combinés utilisant chimiothérapie, radiothérapie ou protonthérapie. 

Quant à Eloïse Rapport, elle s’intéresse à une troisième forme de radiothérapie, utilisant des particules alpha, c’est-à-dire des atomes d’hélium ionisés, afin d’augmenter la mort des cellules cancéreuses au sein de tumeurs. En particulier, elle étudie les différentes formes de mort cellulaire induite et leur éventuelle immunogénicité. 

Améliorer le diagnostic du cancer du pancréas

Le cancer du pancréas, en particulier l'adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC), reste l'un des cancers les plus mortels, avec un taux de survie à cinq ans de seulement 13 %. Suite à la nature asymptomatique de la maladie à ses premiers stades, le diagnostic est souvent réalisé à un stade avancé. Cette situation couplée au manque de traitements efficaces et à l'environnement tumoral immunosuppresseur qui limite l'efficacité des thérapies immunitaires, explique le mauvais pronostic du PDAC. La détection précoce de ce type de cancer est donc cruciale, mais les outils diagnostiques actuels ont une sensibilité et une spécificité limitées. 

C’est à ce projet que se consacre Emma Thompson, qui a rejoint l’équipe du professeur Marc Hennequart au sein de l’URPhyM. Ce travail explore les altérations métaboliques associées à la progression précoce du PDAC dans le but de découvrir de nouveaux biomarqueurs permettant une détection et une intervention plus précoces, donnant plus de chance de guérison aux patients. 

Marc Hennequart et Emma Thompson
Marc Hennequart et Emma Thompson

La communauté UNamur mobilisée pour soutenir le Télévie et la lutte contre le cancer

Comme chaque année depuis 23 ans, la communauté UNamur fait la part belle aux événements pour collecter des dons au bénéfice de l’opération Télévie. En 2026, les étudiantes et les étudiants se sont particulièrement investis au travers de trois initiatives.

Le 18 février, l’équipe du kot à projet ImproNam s’est mobilisée une nouvelle fois en affrontant la troupe namuroise Oh My God lors d’un match d’improvisation haut en couleurs, qui a permis de récolter une belle somme de 1 058,02 euros. 

« C’est toujours un plaisir de contribuer, à notre échelle, à un projet tel que le Télévie. C’est un évènement qui permet de rassembler toutes les générations » - Calixte Henin Groves, étudiante et présidente de l’ImproNam. 

Le match ImproNam au profit du Télévie 2026
Crédit photo : Marie Michel Photographe.

Le 12 mars, l’Assemblée Générale des Étudiants a fait résonner les murs de l’Arsenal lors de la deuxième édition du Grand Blind Test à l’UNamur. Une soirée conviviale, qui a rassemblé une trentaine d’équipes du personnel, des étudiantes et des étudiants autour des meilleurs tubes des 30 dernières années, et a permis de réunir, grâce au soutien des sponsors, 6.338,91 euros. 

Enfin, le Cercle Informatique de Namur a consacré son Live Caritatif 24H sur la plateforme Twitch. Au fil des heures, et grâce à la générosité, aux animations et défis relevés par les membres du Cercle, c’est une belle somme de 1.831,91 € qui a pu être reversée au Télévie. 

Bravo à toutes et à tous ! 

L’UNamur remercie l’ensemble des étudiantes, étudiants et membres du personnel qui se sont mobilisés au profit de l’opération Télévie sur le campus. 

L’UNamur remercie également l’ensemble des fournisseurs et sponsors qui s’associent à ces initiatives et contribuent à faire grimper le compteur du Télévie. 

Les sponsors du Télévie

Depuis de nombreuses années, la communauté universitaire, ses alumni et ses partenaires se mobilisent au profit la recherche contre le cancer au travers de l’opération Télévie. L'intégralité des dons collectés est reversée au FNRS.

Logo du Télévie

Au cœur du nucléaire

Institution

La découverte du nucléaire a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, parallèlement aux débats qui concernent sa place dans la production d’énergie et ses potentialités destructrices, le nucléaire continue d’être utilisé dans de multiples domaines, comme la recherche médicale et les thérapies contre le cancer. À l’UNamur, le nucléaire est ainsi au cœur du travail de biologistes, physiciens ou encore historiens de l’art.

Une chercheuse qui utilise un microscope

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #40 (Mars 2026).

« Le 6 août 1945 fut le jour zéro. Le jour où il a été démontré que l’histoire universelle ne continuera peut-être pas, que nous sommes capables en tout cas de couper son fil, ce jour a inauguré un nouvel âge de l’histoire du monde » écrivait Günter Anders, considéré comme le premier « philosophe de la bombe », dans « Hiroshima est partout » (1982). 

Pour de nombreux penseurs, l’invention de la bombe atomique et son utilisation contre le Japon par les États-Unis constituent un point de bascule dans le destin de l’humanité. L'accident de Tchernobyl en 1986, il y a 40 ans en avril, et celui de Fukushima en 2011, dont le 15ème anniversaire vient d’être célébré, seront deux autres événements marquants, rappelant les dangers potentiels de l’énergie atomique. 

« Günter Anders parle aussi de globocide, soit la possibilité qui est apparue avec le nucléaire de "tout faire disparaître" », explique Danielle Leenaerts, chercheuse en histoire de l’art à l’UNamur.  « Il souligne aussi l’impossibilité de dissocier les risques du nucléaire militaire et du nucléaire civil, puisqu’il existe des retombées radioactives possibles dans les deux champs. » 

Survivants d’Hiroshima

Aujourd’hui, le nucléaire est pourtant omniprésent dans nos vies. Chaque jour, de nombreux travailleurs sont, par exemple, exposés aux rayons ionisants. En Belgique, toute personne professionnellement exposée à ces rayonnements doit d’ailleurs porter un dosimètre à hauteur de la poitrine (article 30.6 de l'Arrêté Royal du 20 juillet 2001). Des données qui sont ensuite centralisées, analysées et archivées chaque mois par l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Épidémiologiste, chercheuse à la Faculté de médecine et membre de l’Institut de recherche Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) à l’UNamur, Médéa Locquet est aussi membre de la délégation belge du Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), dont la mission est d’évaluer les niveaux et les effets de l'exposition aux rayonnements ionisants sur la santé humaine et l'environnement. Dans ce cadre, elle étudie notamment les effets des expositions professionnelles (« occupational studies ») – que ce soit chez les pilotes d’avion soumis aux rayons cosmiques, les travailleurs des mines d’uranium ou le personnel du secteur de la santé – mais aussi des expositions environnementales, et notamment à l’impact du radon, 

« un gaz radioactif d’origine naturelle, émis par les sols et pouvant s’accumuler dans les bâtiments, qui constitue aujourd’hui la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac », rappelle-t-elle. 

Dans le cadre de sa collaboration avec l’UNSCEAR, Médéa Locquet participe avec ses collègues du Japon à la « Lifespan Study » qui étudie les conséquences des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki sur les survivants irradiés et leur descendance. Si l’on connaît la dangerosité d’une exposition aiguë aux rayons ionisants (effets dits « déterministes »), les effets d’une exposition à faible dose (« effets stochastiques ») demeurent plus complexes à comprendre et à évaluer

« En général, en médecine, on va de la recherche fondamentale vers la recherche appliquée. Ici, c’est l’inverse : par l’observation d’une application du nucléaire militaire, nous étudions directement les effets sur les êtres humains pour établir les normes de radioprotection et confirmer certains mécanismes d’action des effets des rayons ionisants en retournant vers la recherche expérimentale », explique la chercheuse. 

Le nucléaire contre le cancer

« À l’heure actuelle, plus de 50 % des patients atteints de cancers subiront au moins une fois de la radiothérapie »

Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire, membre de l’Institut de recherche NARILIS et de l’Unité de recherche en biologie cellulaire animale (URBC).

Photo de Carine michiels (c) UNamur - Benjamin Brolet
Carine Michiels

Les cellules cancéreuses ont, en effet, pour caractéristique de proliférer de manière continue. 

« En utilisant des rayons ionisants, la radiothérapie va pouvoir arracher des électrons aux atomes de ces cellules, ce qui conduit à la production de radicaux libres qui endommagent les macromolécules, notamment l’ADN, explique Anne-Catherine Heuskin, biophysicienne et chercheuse en radiobiologie. Les cellules cancéreuses auront alors beaucoup plus de mal à se répliquer, en particulier si l’ADN est fortement touché. »

Anne-Catherine Heuskin dans le local de l'accélérateur de particules ALTAïS de l'UNamur
Anne-Catherine Heuskin

La radiothérapie utilise traditionnellement un faisceau de rayons X pour viser la tumeur, mais aujourd’hui, les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux protons

« L’UNamur possède le seul irradiateur par protons en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui nous permet d’étudier leurs avantages par rapport aux des rayons X », souligne Carine Michiels. 

Lire à ce propos notre article précédent : ALTAïS – Pénétrer dans les profondeurs de la matière pour répondre aux enjeux actuels

« Les protons ont un avantage balistique », détaille Anne-Catherine Heuskin. « Quand on vise la tumeur avec des rayons X, il y a une partie qui est absorbée et une autre qui ressort par l’autre côté. En irradiant en amont, on touche donc aussi en aval. Or le but est d’épargner au maximum les tissus sains : dans le cancer du sein, on cherche par exemple à ne pas irradier le cœur. » 

Parce qu’ils interagissent différemment avec la matière, les protons déposent un peu de l’énergie de manière continue au fur et à mesure de leur trajet. 

« Par contre, quand il leur reste seulement quelques centimètres/millimètres à parcourir, ils vont tout déposer d’un seul coup », poursuit Anne-Catherine Heuskin. « Ce qui se trouve en aval est alors préservé. » 

La protonthérapie s’avère particulièrement intéressante pour le traitement des cancers pédiatriques, c’est-à-dire pour des patients qui ont une espérance de vie encore très longue et qui ont donc plus de risques de vivre les conséquences d’une irradiation passée de leurs tissus sains. 

À côté de ces techniques de radiothérapie externe, il est aussi possible de traiter des tumeurs par radiothérapie interne, 

« en attachant un atome radioactif à un "carrier", par exemple des nanoparticules d’or, qui va transporter cet atome jusqu’à la tumeur via la circulation », explique Carine Michiels. 

Cette technique permet d’obtenir le maximum d’effets sur les cellules cancéreuses en épargnant au maximum les autres cellules normales. 

« Depuis 5 ou 10 ans, la grande avancée dans le traitement du cancer, c’est l’immunothérapie », poursuit-elle. « Mais on ne comprend pas encore pourquoi certains patients y répondent et d’autres pas. L’une des hypothèses est qu’il faudrait booster les cellules cancéreuses pour qu’elles soient reconnues par le système immunitaire. Et là, la radiothérapie a un énorme rôle à jouer car en abîmant les cellules cancéreuses, elle va permettre de booster la réponse immunitaire. La combinaison de la radiothérapie et de l’immunothérapie est donc amenée à prendre une place prépondérante. » 

Des effets qui miment le vieillissement

Aujourd’hui, la communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques à long terme (cancer, leucémies, etc.) des expositions médicales au nucléaire

« Plusieurs études récentes mettent en évidence une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez des patients ayant bénéficié de scanners répétés durant l'enfance », explique Médéa Locquet. « Pendant l’enfance, la forte activité proliférative et la différenciation des cellules les rendent plus radiosensibles, ce qui augmente le risque d’effets tardifs, notamment à l’âge adulte. » 

De même, un traitement par radiothérapie peut augmenter le risque de certaines maladies, même si ces risques sont aujourd’hui bien connus et globalement bien maîtrisés. 

« Mon hypothèse de recherche, avance Médéa Locquet, est que les effets d’une exposition aux rayons ionisants miment le processus de vieillissement, puisque ce que l’on va retrouver, ce sont principalement des complications telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, mais aussi des troubles endocriniens ou neurodégénératifs, à savoir donc, des maladies qui apparaissent en population générale avec l’avancée en âge. Confirmer cette hypothèse permettrait d’optimiser les doses pour prévenir ce vieillissement accéléré et l’apparition d’effets tardifs liés au traitement. On pourrait aussi essayer de le prévenir en utilisant des sénomorphiques (ndlr : agents qui bloquent les effets délétères des cellules sénescentes), mais aussi grâce à des programmes d’activité physique et de nutrition dans le suivi post-cancer. »

Trois questions pour comprendre le nucléaire

C’est quoi l’énergie nucléaire ?

L’énergie nucléaire est une forme d’énergie libérée par le noyau des atomes, composé de protons et de neutrons. Elle peut être produite par la fission (division du noyau de l’atome en plusieurs parties) ou par la fusion de plusieurs noyaux. L’énergie nucléaire utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité provient de la fission nucléaire. La production d’énergie au moyen de la fusion (telle qu’elle a lieu au cœur du soleil et des étoiles) est toujours en phase de recherche-développement.

Comment fonctionne la fission nucléaire ?

Dans la fission nucléaire, le noyau d’un atome se divise en plusieurs noyaux plus petits, libérant ainsi de l’énergie grâce à une réaction en chaîne. Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium 235 percuté par un neutron se divise en deux noyaux plus petits et deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont ensuite percuter d’autres atomes d’uranium 235, qui se divisent à leur tour en produisant d’autres neutrons, avec un effet multiplicateur qui libère de l’énergie sous forme de chaleur et de rayonnement. 

Quelles sont les applications du nucléaire ?

Depuis la découverte de la radioactivité, les propriétés du nucléaire sont utilisées dans de nombreuses applications, notamment dans les armes nucléaires, ainsi que dans les navires et sous-marins militaires. Mais le nucléaire a aussi de nombreuses applications dans la recherche, la médecine, l’industrie, l’agroalimentaire (lutte contre les insectes ravageurs et micro-organismes pathogènes) ou encore l’archéologie et la muséographie (datation et authentification de certaines pièces).

L’atome par les artistes

Au début du 20e siècle, les premières découvertes sur la structure de l’atome vont rapidement passionner les artistes car elles bouleversent le rapport à la matière, « désormais comprise comme énergie, ce qui permet d’imaginer un art affranchi de la pesanteur et de l’opacité des apparences de la nature », expliquait ainsi le Musée d’Art Moderne de Paris, qui a consacré en 2025 une vaste exposition à cette thématique (« L’Age atomique. Des artistes à l’épreuve de l’histoire »).

« À travers les époques, on observe une permanence du dialogue entre arts et sciences », rappelle à ce propos Danielle Leenaerts. 

Deux voies se dessinent alors : d’un côté, l'abstraction comme chez Vassily Kandinsky ou Hilma af Klint, de l’autre l'art conceptuel d’un Marcel Duchamp. 

Oeuvre de l'exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire
Oeuvre de l'exposition "(Faire) face au nucléaire" présentée par Danielle Leenaerts au Delta - Namur.

« Le choix de rendre possible la bombe atomique a ensuite engagé chez les artistes une réflexion sur la représentation de l’irreprésentable, notamment suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki », poursuit la chercheuse. 

Liberté d’expression

Aujourd’hui, « face à un lobby industriel phénoménal », plasticiens et photographes continuent de s’emparer à bras le corps de cette thématique et plus globalement des questionnements liés à l’anthropocène, à savoir cette nouvelle ère où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces naturelles.

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Danielle Leenaerts

« Dans un contexte où l’on assiste à une polarisation des débats et où il est très difficile de rester audible et de défendre un point de vue critique sans être taxé de complotiste, il y a, autour du nucléaire, un véritable enjeu lié à la liberté d’expression »

Danielle Leenaerts Chercheuse en histoire de l'art à l'UNamur

En témoigne notamment le travail de l’artiste belge Cécile Massart, qui s’intéresse aux sites d’enfouissement des déchets comme lieux de mémoire, ou celui de la photographe Jacqueline Salmon, qui a notamment documenté le démantèlement de la centrale Superphenix (Isère), « offrant une forme de connaissance » différente et complémentaire de celle des scientifiques. Toutes deux sont représentées au sein de l’exposition présentée par Danielle Leenaerts au Delta, (Faire) face au nucléaire et de son ouvrage éponyme (éd. La Lettre Volée).

Cet article est tiré de la rubrique "L'expert" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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Carine Michiels lauréate de la Chaire SCK CEN « Roger Van Geen » 2025

Biologie
Sciences de la vie et de la santé
ODD 3 - Bonne santé et bien-être

Créée à l'initiative du Centre d'étude de l'énergie nucléaire belge SCK CEN, cette Chaire est décernée tous les deux ans par le F.R.S.-FNRS et le FWO afin de récompenser un chercheur de premier plan dans le domaine des sciences nucléaires et de leurs applications. En 2025, la Chaire rend hommage à la brillante carrière de Carine Michiels, pour ses contributions exceptionnelles à la radiobiologie et à la recherche sur le cancer. 

Photo de Carine Michiels avec les logos FNRS, SCK CEN et institut de recherche NARILIS

Au cours des deux dernières décennies, Carine Michiels, professeure de biologie cellulaire à l'UNamur et membre du groupe radiobiologie de l’institut de recherche en sciences de la vie (NARILIS) de l’UNamur, a considérablement approfondi la compréhension des mécanismes moléculaires qui sous-tendent l'interaction entre les rayonnements et les cellules cancéreuses. Au sein du pôle cancer de l’Institut, ses recherches s'appuient sur une forte intégration de la biologie cellulaire et de la physique des rayonnements, soutenue par une collaboration de longue date avec les physiciens de l’Institut, le professeur Stéphane Lucas et le professeur Anne-Catherine Heuskin. En jetant un pont entre la biologie et la physique, son équipe a mené des recherches interdisciplinaires de pointe dans le but d'améliorer l'efficacité de la radiothérapie contre le cancer. 

Préserver les cellules saines

L'une de leurs principales réalisations est le développement d'approches thérapeutiques innovantes qui combinent des techniques d'irradiation avancées, telles que la protonthérapie, avec des composés nanohybrides uniques. Ces composés, composés de nanoparticules d'or couplées à des anticorps ciblés, agissent comme des radiosensibilisateurs, augmentant la sensibilité des cellules cancéreuses aux rayonnements tout en limitant les dommages causés aux tissus sains environnants.

En ouvrant la voie à des traitements plus précis et personnalisés du cancer, les recherches de Carine Michiels s'inscrivent pleinement dans les objectifs de la chaire SCK CEN. Ses réalisations illustrent comment la recherche fondamentale en sciences des rayonnements peut se traduire par des progrès significatifs en médecine et en santé publique.

Des collaborations de longue date

L’Université de Namur et le SCK CEN développent des collaborations depuis longues années, notamment via recherches collaboratives et des co-promotion de thèses, dont récemment celle de Naomi Daems, pour laquelle Carine Michiels et Stéphane Lucas était co-promoteurs avec la professeure Sarah Baatout (SCK CEN).  Grâce à cette dernière, Carine Michiels a rejoint le groupe d’experts de la délégation belge d’UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Affects of Atomic Radiation), un comité international de l’ONU mis en place pour évaluer les effets des radiations ionisantes sur la santé humaine et l’environnement.

Image
Photo de Carine Michiels

Je tiens particulièrement à remercier mes collègues Sarah Baatout du SCK CEN, Stéphane Lucas et Anne-Catherine Heuskin de l’UNamur pour les collaborations de recherche.  Je remercie également le Télévie du F.R.S.-FNRS et le projet de recherche stratégique Proton Therapy Research in Wallonia (PROTHER-WAL) du SPW Recherche pour leur soutien !

Carine Michiels Professeure de biologie cellulaire, UNamur

Une série de conférences à Mol

Outre se voir octroyer un prix personnel, la titulaire de la chaire SCK CEN donnera une conférence inaugurale ainsi qu'une série de conférences destinées aux étudiants, aux chercheurs du SCK CEN et à la communauté nucléaire belge en général, lors d'un séjour scientifique au Centre de recherche de Mol, en Belgique. La série de conférences sera organisée en collaboration avec l'Académie SCK CEN.

Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS)

NARILIS cherche à stimuler les interactions bidirectionnelles entre les chercheurs fondamentaux et les médecins, et à établir des passerelles entre le laboratoire et le chevet du patient. NARILIS vise donc à faciliter la transposition des résultats de la recherche fondamentale en applications cliniques. Sa mission est de promouvoir la recherche multidisciplinaire afin d'améliorer la santé humaine et animale et la qualité de vie.

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  • 08
    2026
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    2026

Conférence IBAF 2026

Congrès / Colloque / Conférence

Conférence IBAF 2026

Durable
Physique
Matériaux, énergie et environnement
Patrimoine, culture et sociétés
8
2026 13:00 - 11
2026 15:00
Université de Namur - rue de Bruxelles, 61 - 5000 Namur
Personne de contact :  Colaux Julien

Seize ans après avoir accueilli l’édition 2010, l’UNamur est heureuse de renouer avec cette tradition scientifique et d’accueillir la 11e édition des Rencontres Ion Beam Applications Francophones (IBAF). L’organisation de cette édition sera portée par les scientifiques du Département de physique de l’UNamur actifs dans le domaine de la science des matériaux, de la biophysique et des applications interdisciplinaires des faisceaux d’ions.

Logo de la conférence IBAF 2026 (UNamur, 8-11 septembre 2026)

Les Rencontres IBAF sont organisées depuis 2003, avec une périodicité de 2 ans depuis 2008, par la Division Faisceaux d’Ions de la Société Française du Vide (SFV), doyenne des sociétés nationales du vide dans le monde qui a célébré en 2025 son 80e anniversaire.

Comme lors des éditions précédentes, IBAF 2026 proposera un programme riche et varié avec des conférences invitées, des communications orales et posters et des sessions techniques. Le tout agrémenté d’une présence industrielle pour favoriser les échanges entre recherche et innovation. 

La conférence couvrira un large éventail de thématiques, allant des instruments et techniques de faisceaux d’ions, à la physique des interactions ions-matière, en passant par l’analyse et la modification de matériaux, les applications aux sciences de la vie, aux sciences de la terre et de l’environnement, ainsi qu’aux sciences du patrimoine.

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