Mais qu'est-ce qui pousse autant de personnes à partir plusieurs jours en montagne ? C'est la question à laquelle les chercheurs ont voulu répondre. “L'engouement pour la randonnée itinérante en montagne ne cesse de grandir et a de quoi intriguer”, entame Alain Decrop. “Aujourd'hui, certaines destinations sont même confrontées à des phénomènes de surtourisme. Il nous semblait intéressant de comprendre ce que les personnes viennent réellement chercher dans ce type d'expérience”. Les chercheurs ont mené une étude de terrain dans une douzaine de refuges des Alpes françaises. Ce choix n'est pas anodin : les refuges constituent un lieu privilégié pour rencontrer les randonneurs et recueillir leur témoignage après plusieurs heures de marche. Pendant près d'un an, l'équipe a réalisé des entretiens en profondeur et des observations ethnographiques afin de comprendre ce qui se joue réellement durant ces séjours. 

Si Alain Decrop n'a pas participé à la collecte des données sur le terrain, son rôle a été déterminant dans l'analyse des résultats. “Les données ont été recueillies par nos collègues en Savoie, qui étaient au plus près du terrain. Mon rôle a consisté à apporter un regard extérieur pour analyser et interpréter ces données, en les reliant aux concepts théoriques”, explique-t-il. “Lorsqu'on est moins impliqué dans la collecte, on peut parfois repérer des éléments que les personnes immergées dans le terrain ne voient plus aussi facilement.” Cette complémentarité entre chercheurs a permis de mieux comprendre ce qui se joue lors d'un séjour en refuge. 

Déconnecter pour mieux reconnecter

L'étude montre que la randonnée itinérante en montagne crée des conditions propices au lâcher-prise. La marche, l'environnement naturel et la simplicité de la vie en refuge favorisent ce que les chercheurs appellent une “disponibilité résonante”, un état qui permet de rompre avec les sollicitations du quotidien. 

Cette disponibilité retrouvée permet de prendre du recul sur sa vie, de vivre davantage le moment présent et de porter un regard différent sur son environnement. “Cette déconnexion leur permet ensuite de se reconnecter à elles-mêmes, aux autres et à leur environnement”, résume Alain Decrop. “Elles retrouvent une disponibilité mentale qui leur offre un véritable espace de réflexion et d'apaisement.” 

Cette recherche, menée pendant près d'un an, a débouché sur une publication dans Recherche et Applications en Marketing (RAM), l'une des revues scientifiques les plus reconnues dans le domaine. “Le processus est particulièrement sélectif : seuls un article sur cinq ou six est accepté”, se félicite Alain Decrop. “C'est une revue très bien classée, ce qui témoigne de la qualité scientifique de notre travail.” Félicitations à Alain Decrop et à l'ensemble de ses collaborateurs pour cette belle reconnaissance scientifique. 

À propos d'Alain Decrop

Alain Decrop est professeur ordinaire de marketing à l'université de Namur, en Belgique. Membre fondateur et ancien directeur du NADI-CeRCLe (Namur Digital Institute - Center for Research on Consumption and Leisure) et du CCMS (Center for research on Consumers and Marketing Strategy), il a également été président de l'Association française du marketing (AFM). Il est titulaire d'une maîtrise en histoire moderne et en économie, et d'un doctorat en administration des affaires. 

Alain Decrop a enseigné un certain nombre de cours liés à la gestion du marketing, au comportement des consommateurs, aux communications marketing numériques, aux méthodes de recherche, à la gestion des services et aux modèles d'entreprise collaboratifs.

Alain Decrop