Cet article est extrait du magazine Omalius #40 (mars 2026)

Lancé en novembre 2024, le projet transfrontalier Interreg France-Wallonie-Flandre ORION vise à développer des outils d'évaluation basés sur la modélisation prédictive afin de mieux comprendre et gérer la qualité de l'eau dans le contexte du changement climatique mondial. Grâce à une approche globale, il permettra d'évaluer, de surveiller et même de prévoir la qualité des eaux de la Meuse et la santé de ses écosystèmes.

Améliorer la qualité des eaux de la Meuse

Méthode

  1. Identification des polluants
  2. Etude des dynamiques de pressions
  3. Evaluation des impacts sur le milieu en contexte de réchauffement climatique

Cela permettra une biosurveillance active, la simulation de scénarios futurs, la création d'outils innovants et une gestion raisonnée de la ressource partagée.

Facilitation visuelle reprenant les objectifs du projet Interreg ORION

Le consortium ORION, dirigé par l'Université de Reims Champagne-Ardennes (URCA), rassemble six opérateurs et neuf partenaires, dont des universités, des laboratoires de recherche et des gestionnaires de l'eau en France, en Wallonie et en Flandre. Ceux-ci travaillent dans le cadre d'une collaboration multidisciplinaire impliquant la biologie, la microbiologie, la parasitologie, l'écologie, l'écotoxicologie, la chimie et la modélisation.

À l'UNamur, l'un des six opérateurs du consortium, l’expertise mise à profit est celle du Professeur Eli Thoré, membre de l'Unité de recherche en biologie environnementale et évolutive (URBE) du Département de biologie et chercheur à l'Institut de la vie, de la Terre et de l'environnement (ILEE). Eli Thoré et ses collaborateurs contribuent en particulier à l'évaluation des risques écotoxicologiques et au diagnostic environnemental dans des conditions réelles, y compris dans des environnements dégradés.

Phase 3 du projet : sélection des sites de mise en cage

En novembre 2025, les chercheurs du projet ORION, dont le Dr Omayma Missawi, chercheuse postdoctorale dans l'équipe du Professeur Eli Thoré, ont sillonné le bassin de la Meuse afin d'identifier les sites les plus appropriés pour la mise en cage d'espèces sentinelles dans les rivières Meuse, Sambre et Chiers. 

La Meuse en novembre 2025 - rpospection dans le cadre du projet interreg ORION

Cette phase, qui consiste à exposer les animaux à leur environnement naturel, permet d'évaluer les concentrations de polluants bioaccumulés et leur impact sur leur santé. Associés à des mesures de concentration effectuées directement dans l'eau, ces outils originaux permettent une évaluation fiable de la qualité de l'eau dans le bassin de la Meuse. 

Le processus commence par une évaluation des sites potentiels à l'aide de cartes de pression (Meuse, Sambre, Chiers) établies lors de la phase précédente du projet.  Elle est suivie d'une validation sur le terrain, qui tient compte de paramètres tels que la profondeur, le courant, la température, le pH, l'oxygénation et l'ensoleillement. 

Tout au long du processus, les chercheurs sont particulièrement attentifs à garantir le bien-être des animaux en cage. Afin de réduire leur stress pendant les trois semaines de l’expérience, les chercheurs vérifient la stabilité du lit de la rivière et la possibilité d'ancrer solidement les cages pour éviter tout déplacement. Les critères logistiques et de sécurité sont également pris en compte, comme l'accessibilité du site, la tranquillité de l'endroit afin de limiter les risques de dommages, ou encore la compatibilité avec d'autres espèces sentinelles, idéalement situées à proximité. L’objectif de la prospection sur le terrain est donc bien de confirmer que les sites proposés par les cartes sont réellement adaptés, sûrs et respectueux du bien-être animal.

Une fois mis en cage et exposés dans leur environnement naturel, la recherche passe à une phase diagnostique et intégrative. Les animaux sont récupérés et analysés afin de déterminer quels contaminants ils ont bioaccumulé et comment cette exposition a affecté leur état physiologique et leur santé. En reliant les concentrations de contaminants mesurées aux réponses biologiques, l'étude permet d'évaluer la pression écotoxicologique réelle exercée par le milieu aquatique, plutôt que de se fier uniquement aux mesures chimiques de l'eau elle-même.

Image
Picture of Eli Thoré

L'écotoxicologie en laboratoire ne reflète pas toujours pleinement la complexité des environnements naturels.  En exposant directement les espèces sentinelles sur le terrain, ORION adopte une approche plus réaliste sur le plan environnemental, en capturant les mélanges et les conditions d'exposition réelles qui sont difficiles à reproduire en laboratoire. Cela permet de combler le fossé entre l'écotoxicologie expérimentale et l'évaluation de la santé des écosystèmes.

Professeur Eli Thoré Chercheur à l'Institut ILEE

La genèse - Le projet Interreg France-Wallonie-Flandre DIADeM

En 2017, le professeur (aujourd'hui émérite) Patrick Kestemont faisait partie du consortium DIADeM, un autre projet transfrontalier qui s'était fixé deux objectifs majeurs: 

  1. Mesurer l'effet d'un cocktail de médicaments sur les populations des écosystèmes de la Meuse et de ses affluents 
  2. Développer des outils méthodologiques destinés aux gestionnaires des cours d'eau afin d'améliorer le diagnostic de la qualité de l'eau.

Pari gagné, comme en témoignent les résultats du projet : 

  • Six guides méthodologiques et une approche de mise en cage multi-espèces.
  • Une douzaine d'articles scientifiques et une exposition publique composée de plus de 20 panneaux : « La santé de nos rivières : en danger ? ».
  • Une collaboration renforcée entre l'URCA, l'Université de Namur, l'Université de Liège et divers acteurs de la filière eau en France et en Wallonie.

ORION – Pour le bien de tous

En réunissant différents acteurs et en développant des outils innovants, le projet ORION contribue à protéger la qualité de l'eau et à garantir un environnement sain pour tous : collectivités locales, autorités publiques, établissements d’enseignement supérieur et de recherche ainsi que le grand public. 

L'Université de Namur est également responsable de la production, de la communication et de la diffusion des informations. Diverses ressources seront produites (voir le site internet ORION, section ressources et vidéos) afin de promouvoir la recherche et de sensibiliser le public à la vulnérabilité des écosystèmes et à l'impact de l'activité humaine sur la qualité de l'eau.

Logo interreg ORION

Cet article est tiré de la rubrique "Impact" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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