Il y a des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. L'Université le sait bien, elle qui réserve toujours un temps de l'enseignement dédié aux travaux pratiques. Mais au-delà du savoir et du savoir-faire, il existe une troisième dimension qui est rarement enseignée de façon appliquée : le savoir-être. Pourtant, être à l'écoute de l'autre, être capable de délivrer un message, cela s'apprend ! Et le jeu peut être un vecteur puissant de transmission de ce savoir. 

Engagée en 2016 à l'UNamur pour réaliser sa thèse après des études de psychologie clinique, Hélène Givron, membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS, doit alors enseigner aux étudiants en 3e bachelier de médecine la relation médecin-patient dans le cadre du cours de psychologie médicale du professeur Martin Desseilles. « À force de lire la littérature existante sur la communication soignant-soigné, j'ai compris que ce n'était pas en leur enseignant la théorie qu'ils allaient devenir de meilleurs communicants », analyse-t-elle. « Il nous fallait passer par de l'apprentissage expérientiel, notamment avec de la simulation. C'est ainsi que j'ai commencé à m'intéresser à des pédagogies plus actives. »

Hélène Givron

La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »

Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »

Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »

En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »

« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »

Jouer le rôle de sa vie

Les étudiants en médecine ne sont par ailleurs pas les seuls à bénéficier de ce genre de pédagogie : « Les étudiants en pharmacie disposent d'une officine didactique, qui leur permet d'expérimenter le contact avec les patients », révèle Hélène Givron. « Tous les jeux de rôles sont également filmés, car on apprend beaucoup en se revoyant. »

Et depuis peu, grâce à un projet Punch (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement) de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et à l’aide de Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue, la psychologue a également pu mettre sur pied un atelier de ludopédagogie dédié à la communication interprofessionnelle. « Depuis quelques années, mes cours se sont étendus à d'autres professions, comme les étudiants en sciences infirmières ou aux sages-femmes », explique-t-elle. « Mais je gardais cette frustration de fonctionner en silo, alors que la littérature montre que les incidents médicaux apparaissent à 70% pour des raisons communicationnelles. »

La psychologue a donc décidé de construire un jeu dont la communication entre les différentes professions est la seule manière de progresser. « Les étudiants y font face à une situation concernant un patient qui est absent, alors qu'il doit recevoir des soins », indique-t-elle. « On y aborde toutes les compétences associées au travail en équipe et au leadership. »

Reste que, si tous ces ateliers passent par le jeu, ils n'en sont pas moins rigoureusement encadrés. « Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages », argumente Hélène Givron. « Suite à leur mise en place, nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Tout cela a été rapporté au cours des conseils facultaires où nos actions étaient motivées. Enfin, nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. »

Ainsi fait-on vivre la déclaration du psychologue et spécialiste de l'enfance Francesco Tonucci : « Tous les apprentissages importants de la vie se font en jouant. »

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Hélène Givron

 Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages. Nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. 

Hélène Givron Coordinatrice pédagogiqueet membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS

Le bien être au centre des TP

Outre la ludopédagogie, la thèse d'Hélène Givron a eu des conséquences plus inattendues : « Nous avons constaté que, lorsque les étudiants étaient anxieux ou en burn-out, la communication les intéressait beaucoup moins. En effet, comment mobiliser des ressources pour écouter l'autre quand on est soi-même au bout du rouleau ? » Cela a permis à la chercheuse de mettre en place des TP centrés sur le bien-être de l'étudiant. « On leur donne ainsi des stratégies de régulation des émotions qu'ils vont pouvoir utiliser pour eux-mêmes, mais aussi pour identifier lorsque leur patient ne va pas bien. Tout est intrinsèquement lié. »

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Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41