La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »
Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »
Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »
En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »
« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »