Le Covid-long reste difficile à diagnostiquer et à prendre en charge, notamment en Belgique. Un rapport a récemment estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros le coût sociétal annuel qu’imposera cette épidémie cachée sur les pays membres de l’OCDE. En l’absence de biomarqueurs clairs, une partie des symptômes est encore parfois considérée à tort par de nombreux praticiens comme d’origine psychosomatique. Depuis 2022, l’équipe du Pr Charles Nicaise (Unité de Recherche en Physiologie Moléculaire - Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS) - UNamur), avec notamment le travail de Margaux Mignolet chercheuse et doctorante FRIA (F.R.S.- FNRS), explore l’hypothèse d’une dérégulation immunitaire survenant lors de l’infection aiguë et conduisant à la production d’auto-anticorps dirigés contre des composants du système nerveux.

Dans cette perspective, une collaboration s’est nouée entre l’équipe de l’UNamur et celle du Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne). Des patientes et patients souffrant de Covid-long ont été recrutés sous la coordination du Pr Bulpa et de Catherine Deroux, neuropsychologue à la Clinique de la Mémoire. 

Pierre Bulpa (CHU UCL Namur)
Pr Pierre Bulpa (Soins Intensifs - CHU UCL Namur – Site de Godinne)

Treize patients, dont les symptômes étaient évocateurs de neuro-Covid-long et objectivés par des tests portant sur leurs plaintes cognitives et douloureuses se sont vus inclus dans le cadre de cette étude. 

Après prélèvement sanguin, les chercheurs ont isolé leurs immunoglobulines de type G (IgG) et étudié leurs effets dans un modèle de souris de transfert passif, au sein du laboratoire LNR du Pr Charles Nicaise. Les animaux ont été soumis à une batterie de tests comportementaux évaluant notamment les seuils de sensibilité à la douleur, ainsi que d’autres troubles d’ordre cognitif, anxieux ou dépressif.

Plusieurs découvertes majeures ont été observées

  • Transfert d’IgG et douleur : après transfert des IgG de patientes/patients, les souris développent une hypersensibilité douloureuse, notamment une allodynie mécanique -c’est-à-dire qu’un stimulus tactile habituellement non douloureux devient douloureux, ainsi qu’une hyperalgésie thermique – c’est-à-dire qu’un stimulus chaud ou froid inconfortable devient très douloureux.
  • Spécificité de l’effet : le transfert de ces IgG chez la souris de laboratoire n’induit pas de troubles cognitifs (ex: mémoire), anxieux ou dépressifs, suggérant des mécanismes distincts selon les symptômes.
  • Preuve de causalité : lorsque les anticorps sont détruits avant injection, ou lorsque du sérum auquel on a retiré les IgG est injecté, l’effet douloureux disparaît.
  • Cible des auto-anticorps : les IgG se fixent au niveau des ganglions spinaux, le long de la colonne vertébrale, structures qui contiennent des neurones sensitifs assurant le relais par exemple entre la peau et le cerveau. Les auto-anticorps reconnaissent des neurones périphériques impliqués dans la douleur (nociception) et la perception de la position du corps ou de la sensibilité profonde (proprioception).
Ganglions de souris (à gauche) et humains (à droite)

A gauche : ganglion de souris (structure localisée le long de la moelle épinière). En vert les neurones sensoriels ; en rouge, les anticorps des patients covid long ; en jaune, la colocalisation entre neurones et anticorps. Ceci démontre que les anticorps des patients ciblent les neurones sensoriels.  

A droite : ganglion humain ont été appliqués les anticorps des patients covid long afin de vérifier si on observe la liaison aux neurones sensoriels comme chez la souris. En bleu, les noyaux des cellules ;  en rouge les anticorps des patients covid long, ce qui prouve que les anticorps des patients covid long se lient aux neurones sensoriels humains. 

« Nous sommes le 2e groupe dans le monde, après l’UMC Utrecht à quelques semaines d’intervalle, à montrer que les symptômes douloureux chez les patients Covid-long sont médiés par une réaction auto-immune, basée sur la présence d’auto-anticorps de type immunoglobuline G », résume le Pr Charles Nicaise. 

D’autres travaux menés indépendamment à Yale University ou au King’s College London sont en cours d’évaluation par les pairs et semblent aller dans le même sens. 

Des perspectives thérapeutiques

Ces résultats contribuent à objectiver une partie du Covid-long en apportant des bases biologiques à la composante douloureuse. Ils ouvrent des pistes thérapeutiques visant à identifier puis éliminer les auto-anticorps pathogéniques circulants — par exemple via des approches de type plasmaphérèse (filtration du plasma) ou des thérapies ciblées à base d’anti-anticorps. L’étude suggère en revanche que les troubles cognitifs souvent rapportés relèveraient d’autres mécanismes, encore à élucider.

Un partenariat fort entre l’UNamur et le CHU UCL Namur

L’étude s’appuie sur un travail multidisciplinaire associant cliniciens, neurobiologistes et plateformes technologiques, dans la continuité des collaborations mises en place durant la pandémie. La proximité entre l’UNamur et plus particulièrement l’Institut Narilis, et le CHU UCL Namur facilite le passage rapide d’observations cliniques vers des expériences en laboratoire et participe à la compréhension de problèmes de santé publique tels que le Covid-long.

Logos Unamur - Institut de recherche NARILIS et CHU UCL Namur (site Godinne)

L'équipe de recherche

  • Charles Nicaise, URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Margaux Mignolet, doctorante FRIA (F.R.S. - FNRS), URPhyM, NARILIS, UNamur
  • Catherine Deroux, Clinique de la Mémoire, CHU UCL Namur (site de Godinne)
  • Pr Pierre Bulpa, Soins Intensifs, CHU UCL Namur (site de Godinne)

Ainsi que tous les collaborateurs, médecins, virologistes, étudiants, techniciens de laboratoire, patients et volontaires que l'équipe remercie pour leur dévouement.

La pandémie de Covid-19 est une tragédie humaine qui a causé des millions de morts à travers le monde et mis en grande tension toute notre société. Mais elle a aussi été un formidable moment collectif pour de nombreux scientifiques de l'UNamur, dont les recherches se poursuivent pour tenter de mieux comprendre cette maladie et ses conséquences.

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