Un dispositif né d'une conviction : articuler enseignement et recherche dès le début du cursus

Lancé en 2010 par NARILIS (Namur Research Institute for Life Sciences), le dispositif «étudiant-chercheur » repose sur une idée simple, mais ambitieuse : permettre à des étudiants motivés de s'immerger dans une démarche de recherche dès leur bachelier. L'objectif n'est pas nécessairement de former de futurs académiques, mais de pousser les étudiants hors de leur zone de confort, de développer leur capacité à apprendre par eux-mêmes et à aborder des sujets complexes avec méthode et autonomie. Des atouts précieux, quelle que soit la carrière envisagée.

Aujourd'hui, ce modèle pédagogique fait son chemin au-delà de l’Institut NARILIS. À la Faculté de droit de l'UNamur, Donaciene Quoirin a tenté l’expérience l’année dernière dans le cadre de la rédaction d’un article scientifique aux côtés de Géraldine Mathieu, professeure de droit de la famille et de la jeunesse, et Bee Marique, avocate et collaboratrice didactique. Sa mission ? Recueillir la parole des enfants. Cette année, elle s’est engagée, avec Lisa Salmon, dans le projet CAPACITI, centré sur les droits de l'enfant en collaboration avec la chercheuse Manon Brulard.

Le projet CAPACITI : de la théorie au terrain

CAPACITI est un projet de recherche qui vise à impliquer les enfants dans la connaissance et la défense de leurs droits. Loin du travail de bureau, il implique d'aller directement à la rencontre des enfants, notamment dans les écoles, pour recueillir leur parole et comprendre comment ils perçoivent leurs droits.

Les étudiantes ont donc eu pour mission de concevoir des outils d'animation ludiques, mener des ateliers avec des classes, prendre des notes, animer des séquences

« On a par exemple créé un petit jeu qui s'appelait ‘D'accord, pas d'accord’, avec des pancartes ou encore un jeu des images pour relier un droit à son illustration… Des outils concrets qu'on a élaborés en collaboration avec Manon Brulard », explique Donaciene.

Lisa, de son côté, s'est concentrée sur le développement d'un jeu de société inspiré du Monopoly et du Trivial Pursuit, tout en participant activement aux animations sur le terrain. 

Plus récemment, elles ont aussi contribué à un travail de recherche approfondi sur les procédures d'audition d’enfants en droit belge. Un travail qui permettra de créer des fiches ludiques pour les enfants afin de répondre à toutes leurs questions sur la manière dont les auditions par le juge se déroulent.

Enfant qui s'exprime - Projet de recherche qui vise à davantage écoouter les enfants

Une expérience de terrain qui marque

Ce qui frappe Donaciene et Lisa, ce n'est pas seulement la richesse intellectuelle du projet, mais la réalité humaine qu'il révèle. Lors des animations dans les écoles, les enfants se livrent avec une facilité déconcertante, parfois sur des sujets très sensibles. 

« Ça fait deux heures qu'on est là et ils viennent nous parler de choses très personnelles. Je trouvais ça assez impressionnant », confie Donaciene.

Lisa, elle, a été frappée par le regard que les enfants portent parfois les uns sur les autres : « Ce qui m'a marqué, c'est que même entre eux, ils peuvent se juger. Des enfants qui essaient de parler, pas très sûrs d'eux, face à un groupe qui juge… »

Sur la question des droits eux-mêmes, le constat est clair : les enfants en connaissent peu, ou mal, la portée concrète. « C'est pour eux et c'est essentiel, mais ils n'en savent pas grand-chose », résume Lisa. Donaciene observe pour sa part deux profils : ceux qui savent qu'ils ont des droits, mais les perçoivent comme peu respectés face à l'autorité parentale, et ceux qui n'en ont jamais entendu parler.

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Manon Brulard, chercheuse en Faculté de droit

« Je veux vraiment les considérer comme des chercheuses à part entière. Je leur donne des missions utiles, des missions qui auront un impact concret. Je n'ai pas envie de leur demander de faire un travail que personne ne lira. »

Manon Brulard chercheuse en Faculté de droit

Une collaboration entre pairs, une dynamique inédite

Ce qui rend le dispositif pédagogique particulièrement original, c'est aussi la nature du lien entre la chercheuse et les étudiantes. Manon Brulard, chercheuse principale sur le projet, n'a que trois ans de plus que Donaciene et Lisa. Une proximité qui crée une dynamique de collaboration réelle, horizontale, loin du schéma classique encadrant-encadré.

« Je veux vraiment les considérer comme des chercheuses à part entière. Je leur donne des missions utiles, des missions qui auront un impact concret. Je n'ai pas envie de leur demander de faire un travail que personne ne lira », insiste Manon.

Pour elle, travailler avec des étudiantes-chercheuses rompt également l'isolement propre à la recherche : « La recherche est un travail très solitaire. Pouvoir échanger après les animations, partager les réflexions, c'est extrêmement enrichissant. »

Un tremplin, pas une contrainte de crédits

L'intégration du statut d'étudiant-chercheuse dans le cursus n'est pas anodine. Si Donaciene a d'abord participé de façon bénévole sous le statut étudiante-chercheuse à la rédaction d’un article scientifique, la participation des étudiantes au projet CAPACITI est aujourd'hui valorisée dans le cadre de leur stage de pratique juridique, à hauteur de 4 crédits.

Mais au-delà des crédits, c'est l'expérience elle-même qui prime. Donaciene le dit sans détour : voir une recherche de l'intérieur, de ses prémices à ses retombées concrètes, lui a ouvert des perspectives sur le métier de chercheur. Lisa, quant à elle, regrette que le dispositif soit encore trop peu visible : « Si je n'avais pas suivi l'option Droit de la jeunesse, je n'aurais jamais su que ce statut existait. »

Toutes deux espèrent poursuivre l'aventure l'an prochain et peut-être, un jour, faire de la recherche leur métier. Sous réserve, soulèvent-elles avec lucidité, que les critères d'accès à la carrière académique ne viennent pas fermer des portes à des étudiants pourtant déjà riches d'une expérience concrète et précieuse.

Logos Interreg et Capaciti