Les modèles linguistiques d’IA actuels se concentrent sur la compréhension et la génération de langues humaines telles que le néerlandais ou l’anglais. Ces langues humaines trouvent historiquement leur fondement dans nos propres perceptions sensorielles. Lorsque des agents d’IA physiques ou virtuels sont équipés de capteurs pour lesquels les humains n’ont pas d’équivalent sensoriel direct – tels que le lidar, le sonar, l’infrarouge ou l’analyse chimique –, le langage humain existant s’avère insuffisant.
Jérôme Botoko Ekila, doctorant à l’AI Lab de la VUB, explique : « Au lieu de contraindre les systèmes d’IA à communiquer dans une langue humaine qui ne correspond pas à leurs capteurs, nous leur permettons de faire développer leur propre « langue naturelle artificielle ». Ils construisent des concepts efficaces qui correspondent exactement à ce qu’ils perçoivent via leurs capteurs, même s’il s’agit de données incompréhensibles pour les humains. »
Comme, dans la pratique, les capteurs de différentes machines ou de différents véhicules ne peuvent pas toujours être calibrés de manière identique, le langage consitute, selon les chercheurs, la solution idéale.
Paul Van Eecke, professeur d’intelligence artificielle à la VUB : « Dans les applications industrielles ou physiques, il est tout simplement irréaliste de s’attendre à ce que tous les capteurs de différents robots ou véhicules soient calibrés de manière parfaitement identique. Les humains résolvent ce problème grâce au langage : si je dis que je me trouve près de la « voiture rouge », nous nous comprenons sans que nos yeux n’enregistrent exactement les mêmes valeurs de couleur. Le langage constitue une couche d’abstraction au-dessus des valeurs des capteurs, et c’est précisément ce que nous laissons désormais ces agents d’IA construire de manière autonome. »