Portrait

Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.

 

Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne

Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations. 
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.

L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.

TransmId

Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ? 
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences.  Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents 
-    d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
-    de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
 

TransmId

Dépasser une vision figée des identités

Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.

À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.

This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041 

EU

Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs

La Nuit Européenne des Chercheurs

À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.