Depuis 2022, la Faculté de droit choisit chaque année une thématique destinée à rassembler l’ensemble de sa communauté. Après l’enfance et la migration, la lutte contre le harcèlement, le développement de l’inclusion puis l’écologie avec « Réenchantons la Terre ! », c’est donc la paix qui accompagnera cette nouvelle année académique.

Avec « Peace & Law », la Faculté souhaite notamment interroger la manière dont le droit peut contribuer à la paix, mais aussi les limites de cet outil et les situations dans lesquelles il peut, au contraire, devenir un instrument de domination ou un facteur de conflit. Le Fil Rouge permet de rassembler étudiants et enseignants autour d’un même thème, tout en créant des liens entre les différents cours.

Le génocide au Rwanda comme point de départ

Pour lancer ce nouveau Fil, la Faculté a choisi de croiser les regards de deux défendeurs acharnés des droits humains, sensibilisés à la guerre et à ses conséquences mais surtout acteurs d’une société pacifiée : Annick Umutoni, psychologue d’origine rwandaise et Jacques Fierens, avocat et professeur émérite de cette faculté.  

Pour Jacques Fierens, le thème « Peace & Law » a immédiatement fait ressurgir une expérience vécue trente ans plus tôt. En 1996, la Faculté de droit a reçu un fax du nouveau Recteur de l’Université nationale du Rwanda, lui-même ancien doctorant de l’Université de Namur. L’université, qui venait de reprendre ses activités après le génocide perpétré contre les Tutsis, recherchait un professeur pour enseigner la philosophie du droit et Jacques Fierens s’est très vite porté volontaire.

Jacques Fierens
Jacques Fierens devant les étudiants de droit.

Devant une cinquantaine d’étudiants, il abordait alors les penseurs qui ont réfléchi aux relations entre droit et paix, de Grotius à Hannah Arendt en passant par Kant. Mais l’exercice le confronte rapidement aux limites de son propre enseignement : comment parler de droit, de justice ou de paix à des étudiants qui ont eux-mêmes vécu les conséquences d’un génocide ?

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Jacques Fierens

“La paix est infiniment plus que la fin de la bagarre ou de la guerre”

Jacques Fierens Avocat et professeur émérite de cette faculté

Pour lui, cette expérience nourrit surtout une conviction sur la place du droit dans la construction de la paix : s’il ne peut pas tout résoudre, il peut et doit en poser certaines bases. “Le droit est incapable de donner la paix”, souligne-t-il. “Par contre, il constitue un seuil, une marche indispensable vers elle”.  

Mémoire, traumatisme et transmission

Le parcours d’Annick Umutoni apporte un autre regard sur cette question. Adolescente au moment du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994, elle a quitté le Rwanda avec les derniers Casques bleus et a poursuivi ensuite sa vie en Belgique. Devenue psychologue, elle accompagne des personnes confrontées aux conséquences de conflits et aux traumatismes qu’ils peuvent laisser d’une génération à l’autre. 

Son travail ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Rwanda. Elle reçoit également des personnes ayant vécu des situations de post-conflit au Congo ou au Burundi, mais aussi des violences intrafamiliales, des mariages forcés ou d’autres formes de violences. “Quand on parle de la paix, on parle aussi de la mémoire, de ce qu’on transmet ou de ce qu’on ne transmet pas, et de la résilience”, explique-t-elle. Lors de son intervention, Annick Umutoni a ainsi montré que réfléchir à la paix implique aussi de parler de traumatisme et de ce qui se construit après le conflit. 

Annick Umutoni
Annick Umutoni

Parler de paix aux futurs juristes

Pour Jacques Fierens, revenir à l’UNamur pour s’adresser aux étudiants avait également une importance particulière. Ancien professeur de la Faculté, il se dit “plus que jamais persuadé que le monde sera sauvé par la jeunesse et par l’éducation qu’elle reçoit”. Pour Annick Umutoni, l’intérêt du Fil Rouge réside aussi dans la rencontre entre plusieurs disciplines et plusieurs regards pour aborder une question aussi large que celle de la paix. 

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Annick Umutoni

“Ce métissage de toutes ces disciplines est important. Il n’y a pas que le droit, il n’y a pas que la philosophie : il faut croiser les regards pour construire quelque chose de plus apaisé”

Annick Umutoni Psychologue d’origine rwandaise

Le lancement du 22 septembre n’est que la première étape. Plusieurs rendez-vous sont déjà programmés. Le 12 octobre, le diplomate Antoine Misonne interviendra autour de la question « Le droit international public existe-t-il encore ? ». Le 22 octobre, Luuk Van Middelaar et Maxime Prévot participeront à une rencontre consacrée à l’Union européenne comme instrument de paix et de protection de la démocratie. Une rencontre sur le conflit israélo-palestinien, avec Simone Susskind et Bichara Khader, est prévue le 4 novembre, tandis qu’une simulation de négociation internationale autour de la crise en Iran sera organisée avec la professeure Elena Aoun. D’autres activités viendront encore compléter le programme au fil des mois, dont un procès simulé sur le thème “Namur en guerre”.