En ce moment, vous vous intéressez également à la chiralité. En quoi consiste ce phénomène et pourquoi est-il intéressant pour vos recherches ?
Avec un projet financé par l'European Research Council (ERC), nous avons récemment commencé à travailler sur un phénomène appelé « chirality induced spin selectivity ».
La chiralité est une propriété fondamentale d’objets qui ne sont pas superposables à leur image miroir. Une molécule chirale existe donc sous deux formes qui sont appelées énantiomères, et qui sont comme des images miroir l’une de l’autre et du coup non-superposables.
Le spin, quant à lui, est une propriété quantique d’une particule qui procure à cette particule un moment magnétique intrinsèque et qui, de manière plus simple, la fait se comporter comme un minuscule aimant.
Lorsque des électrons ressortent d’un milieu chiral après l’avoir traversée, leur spin est majoritairement orienté dans une direction particulière, qui dépend de l’énantiomère de la molécule utilisé pour concevoir le milieu chiral.
C’est quelque chose de très intéressant que ce soit pour la production d'oxygène, la photosynthèse artificielle, ou même pour créer des systèmes d’électrochimie. Nous, on l’utilise pour transformer l’information de spin en signal électrique (spin-to-charge conversion). Cela permet de détecter plus facilement l’état des spins dans les molécules en observant le courant électrique. C’est l’un des objectifs principaux de notre projet ERC mais cela demande une certaine pluridisciplinarité. Pour y parvenir, nous travaillons en équipe avec quatre partenaires, regroupant physiciens et chimistes, afin de combiner toutes les expertises.
Le fait d’être une femme a-t-il influencé votre parcours dans le monde de la recherche ?
En début de carrière, j’ai rencontré quelques difficultés pour me faire connaître dans un domaine qui n’était pas le mien et qui était surtout dominé par les hommes.
La seule chose qui peut nous empêcher de bâtir une belle carrière professionnelle, c’est de nous imposer une charge mentale. Certaines femmes ressentent parfois un sentiment de culpabilité lorsqu’elles sont au travail car elles ont l’impression de ne pas être présentes pour leurs enfants, ou à l’inverse de ne pas être assez présentes au travail. C’est une pression à laquelle j’ai refusé de me soumettre en plaçant dès le départ, une frontière étanche entre ces deux parties de ma vie.
Un message pour les jeunes qui souhaiteraient se lancer dans une carrière scientifique ?
Tout d’abord, il est important d’avoir confiance en l’avenir plutôt que d’essayer de le contrôler. L’instabilité fait partie de la vie. Je pense notamment au jour où j’ai dû présenter ma thèse de doctorat à Rome, avec mon enfant de sept jours. Pour autant, cela ne m’a pas fait peur car je sais qu’il y a une solution à chaque problème.
Ensuite, il ne faut pas oublier que la motivation la plus sincère, et donc la plus durable, est de suivre ses propres idées. Peu importe la reconnaissance extérieure du moment que la motivation interne bat son plein.
Enfin, il faut être ouvert d’esprit et ne jamais craindre le changement. Que ce soit l’entourage, les outils ou les avis, tout peut évoluer. L’important c’est de rester flexible et curieux pour ne jamais se fermer de portes.
Propos recueillis par Léa Ciparisse, UNamur, 12 février 2026.