Aujourd’hui, plus de la moitié des communes wallonnes sont confrontées à une pénurie de médecins généralistes, avec des situations particulièrement préoccupantes dans le Hainaut, le sud de la province de Namur et la province de Luxembourg. Les territoires ruraux sont les premiers touchés. 

Médecine rurale - carte des territoires ruraux de Wallonie touchés par la pénurie
Carte des territoires ruraux touchés par la pénurie de médecines généralistes en millieu rural.

Pour le Dr Dominique Henrion, médecin généraliste et responsable du master de spécialisation en médecine générale de l’UNamur (co-diplomation UCLouvain), il est essentiel d’agir dès la formation :

« Les stages répétés en milieu rural augmentent fortement les chances qu’un jeune médecin choisisse ensuite de s’y installer. Nous savons aussi que les étudiants y sont largement favorables. Il fallait donc transformer cet intérêt en possibilité réelle. »

Or, plusieurs obstacles freinent encore ces expériences de terrain : le logement, la mobilité et la crainte de l’isolement. C’est pour répondre à ces difficultés qu’a été imaginé le concept de pôle d’accueil en milieu rural.

Une formule intégrée pour lever les freins

Concrètement, ces pôles proposent aux étudiants de Bac 3 en médecine un stage organisé autour de trois éléments essentiels : un médecin tuteur, un logement à proximité et une solution de transport pendant toute la durée du stage.

Aurélie Strickaert, chargée de projet au sein du Département de médecine de l’UNamur, souligne la logique très concrète du dispositif :

« Nous avons voulu construire une solution simple et efficace, directement centrée sur les besoins des étudiants. En réunissant encadrement, hébergement et mobilité, nous créons les conditions qui rendent un stage en milieu rural réellement accessible et attractif. »

Cette année, neuf pôles d’accueil ont été créés dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, permettant à 26 étudiants de vivre une expérience de stage diversifiée sur le terrain.

Un médecine qui examine un patient

Chevetogne, un pôle pilote exemplaire

Parmi ces différents pôles, celui de Chevetogne se distingue par son caractère structurant et reproductible. Son originalité repose sur la mise à disposition d’un logement au sein du Domaine provincial de Chevetogne, capable d’accueillir sept étudiants effectuant leur stage auprès de médecins installés dans les communes de Ciney, Houyet et Rochefort. Pour faciliter leurs déplacements, chaque commune partenaire met à disposition une navette du CPAS ou un véhicule communal.

Pour la Province de Namur, ce projet s’inscrit pleinement dans ses priorités territoriales et de bien-être. Virginie Solbreux, cheffe de cabinet représentant la Députée provinciale Isabelle Joiret, explique :

« En soutenant cette initiative, la Province de Namur contribue à une réponse concrète à la pénurie de médecins en zones rurales. C’est une manière de soutenir les acteurs locaux, d’encourager l’attractivité du territoire et de participer à une démarche porteuse de sens pour les citoyens. »

Un cadre d’accueil pensé pour les étudiants

Le Domaine provincial de Chevetogne joue un rôle central dans cette phase pilote. En plus de proposer un hébergement adapté, il contribue à réduire le sentiment d’isolement en regroupant les stagiaires sur un même lieu de vie.

Pour Marie-Julie Baeken, directrice du Domaine provincial de Chevetogne, cette implication s’inscrit naturellement dans la vocation du site :

« Le Domaine de Chevetogne offre un cadre de vie confortable, convivial et propice à l’accueil temporaire des étudiants. En participant à ce projet, nous mettons nos infrastructures au service d’un enjeu sociétal important et d’une dynamique territoriale innovante. »

Au-delà de l’accueil pratique, le projet permet aussi de valoriser les coopérations locales entre l’université, les pouvoirs publics provinciaux, les communes et les professionnels de santé.

Une réponse locale à un enjeu de société

En rapprochant les étudiants des réalités de terrain, les pôles d’accueil en milieu rural visent un double objectif : améliorer les conditions de stage et susciter, à plus long terme, des installations médicales dans des zones aujourd’hui sous-dotées.

Avec cette initiative, l’UNamur et ses partenaires démontrent qu’une réponse innovante à la pénurie médicale peut naître de la collaboration entre monde académique, autorités publiques et acteurs locaux. À Chevetogne et dans la région de Ciney, cette dynamique est désormais bien lancée.

Une carte interactive pour objectiver C’est à la fructueuse collaboration interdisciplinaire entre les géographes Aliz Hevesi et Catherine Linard, l’informaticien Nicolas Matton et le Dr Dominique Henrion, que l’on doit la mise en ligne d’une carte présentant un nouvel indice de ruralité spécifique à la Wallonie, qui combine densité de population, typologie urbaine et temps d’accès aux pôles d’activités. Cette carte interactive vise à mieux planifier l’offre de soins dans les zones rurales et à guider les futurs généralistes dans leur choix d’installation. Ce nouvel outil a déjà été diffusé dans la presse spécialisée en vue de sa mise à disposition des professionnels. Publié en open source, la carte interactive est accessible gratuitement ci-dessous. 

Logos des partenaires de l'Obeservatoire de médecine rurale

L’observatoire de médecine rurale de l’UNamur

Depuis 2023, l’Observatoire universitaire en médecine rurale de l’UNamur (OUMRu) travaille sur la question de la raréfaction de l’offre en médecine générale, en particulier dans les zones en pénurie en Wallonie, en vue d’identifier des pistes de solutions en collaboration avec les acteurs de terrain. 

Le master de spécialisation en médecine rurale de l’UNamur

(en co-diplomation UNamur-UCLouvain)