Pourquoi certaines maladies infectieuses représentent-elles un risque plus important dans certaines régions que dans d’autres ? Quel rôle jouent l’urbanisation, les changements climatiques ou encore les déplacements de population dans leur propagation ? C’est à ce type de questions que s’intéresse Catherine Linard, chercheuse au Département de géographie de l’UNamur

Géographe de formation, elle travaille dans le domaine de la géographie de la santé, qui étudie la relation entre santé et lieu “J’étudie la santé, mais avec les yeux d’une géographe. Je m’intéresse surtout au territoire et j’essaie de comprendre les processus naturels et sociaux qui expliquent la santé en un lieu.”

Comprendre les maladies à travers le territoire

Ses recherches portent plus particulièrement sur les maladies vectorielles, c’est-à-dire transmises par des organismes comme les moustiques. Parmi elles figurent notamment la malaria et la dengue. Pour mieux comprendre leur répartition géographique, la chercheuse croise différents facteurs susceptibles d’influencer leur transmission. L’environnement joue évidemment un rôle, puisqu’il détermine notamment les endroits où les moustiques peuvent se développer, mais il ne suffit pas à expliquer la propagation d’une maladie. 

 “J’adopte une vision assez systémique. Nous allons nous intéresser à l’environnement, mais également aux comportements humains, à la mobilité, etc.” Une partie de ses recherches porte ainsi sur l’impact des transformations rapides de nos environnements, comme l’urbanisation rapide du continent africain, sur les maladies transmises par les moustiques. 

 Des travaux qui viennent aujourd’hui de bénéficier d’une importante reconnaissance. Catherine Linard profitera pendant trois ans d’un mandat de la Fondation Francqui. Son dossier a d’abord été sélectionné par le Conseil de recherche de l’UNamur avant d’être retenu par la Fondation. 

Trois ans pour prendre du recul 

Ce mandat permettra à la chercheuse d’être déchargée de la majeure partie de ses enseignements afin de consacrer davantage de temps à ses recherches. Une opportunité particulièrement précieuse dans un quotidien académique partagé entre l’enseignement, la supervision des chercheurs et doctorants, les recherches et les tâches administratives. 

Pas question pour autant d’établir dès aujourd’hui un programme précis pour les trois prochaines années. Catherine Linard souhaite d’abord profiter de cette nouvelle disponibilité pour s’investir davantage dans ses projets en cours et accompagner plusieurs doctorants qui arrivent au terme de leur thèse.

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Catherine Linard

“Ces dernières années, j’avais le sentiment que mon travail était devenu assez fragmenté. Je n’avais plus nécessairement le temps de creuser moi-même certains aspects que j’aurais aimé approfondir. Ce mandat va m’offrir un temps précieux pour m’investir pleinement dans des activités de recherche qui me tiennent à coeur”

Catherine Linard Chercheuse du Département de géographie de l’UNamur

Le mandat devrait également lui permettre de consolider ses collaborations internationales. La chercheuse travaille notamment avec l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, au Sénégal, et envisage de profiter de ces trois années pour renforcer ces échanges et organiser de nouveaux séjours sur le terrain. À plus long terme, elle souhaite surtout retrouver du temps pour explorer de nouvelles pistes et déterminer les prochaines orientations de ses recherches. “La recherche avance à une vitesse folle. Pour rester au courant de tout ce qui se fait dans notre domaine, il faut pouvoir continuer à lire et à suivre les travaux des autres équipes.” 

Une reconnaissance collective 

Catherine Linard voit également dans ce Prix Francqui une reconnaissance du travail mené avec son équipe et ses nombreux collaborateurs. Elle y voit également une reconnaissance pour la géographie de la santé, une discipline longtemps méconnue du grand public, mais dont l’importance a notamment été mise en lumière pendant la pandémie de Covid-19, lorsque la compréhension de la propagation géographique d’une épidémie est devenue un enjeu particulièrement important. “C’est aussi, je pense, une reconnaissance de la pertinence de ces recherches pour la société, de sa capacité à éclairer des enjeux sociétaux majeurs et très actuels, ainsi que de l’intérêt d’un projet résolument interdisciplinaire.” 

Catherine Linard – Courte biographie

Après avoir défendu sa thèse intitulée "Spatial and integrated modelling of complex disease systems" au département de Géographie de l'UCL en janvier 2009, elle a passé 4 mois au département de Zoologie de l'Université d'Oxford (TALA Research Group) en tant que chercheur visiteur. Elle a ensuite débuté un post-doc de 2 ans (2009-2011) à l'Université d'Oxford sur le projet WorldPop, financé par la fondation Wiener-Anspach, suivi par 6 ans (2011-2017) de post-doc au laboratoire d’épidémiologie spatiale (SpELL) de l'ULB (avec financements FNRS et BELSPO). Elle est professeur au département de géographie de l’UNamur depuis 2015.

Catherine Linard