Qu’est-ce qui rend le nickel si essentiel aujourd’hui ?

Le nickel est un métal étonnamment polyvalent, apprécié pour sa résistance et sa durabilité. C’est ce qui explique sa présence dans de nombreuses applications du quotidien. On l’utilise depuis plus de 100 ans dans la fabrication de l’inox, que l’on retrouve partout dans nos cuisines, notamment dans les éviers ou les couverts. Le nickel donne à ces ustensiles une grande durabilité et leur permet de mieux résister à la corrosion, notamment face aux produits ménagers. On le retrouve aussi dans certaines infrastructures. L’Atomium, par exemple, a été entièrement recouvert d’une couche d’inox contenant du nickel après que son revêtement d’origine eut vieilli. Cela lui garantit plusieurs décennies de résistance sans se dégrader. Le nickel est également indispensable aux batteries des voitures électriques car il améliore leur densité énergétique, mais aussi à de nombreuses autres technologies liées aux énergies renouvelables. Enfin, c’est l’un des métaux les plus recyclés et son importance devrait encore s’accroître avec le retour croissant des batteries en fin de vie.

Quel est le rôle du Nickel Institute ?

Le Nickel Institute est une organisation mondiale, basée au Canada, avec des bureaux sur plusieurs continents. Sa mission principale est de promouvoir un approvisionnement responsable en nickel et de soutenir le développement durable de cette industrie. Pour cela, nous avons trois départements complémentaires. Le premier, scientifique, est composé de toxicologues spécialisés en santé humaine et environnementale, ainsi que d’un conseiller en prévention chargé de la protection des travailleurs. Le deuxième se concentre sur les politiques publiques et la durabilité en suivant l’évolution des réglementations internationales. Il développe des méthodologies, notamment pour mesurer l’empreinte carbone. Enfin, le troisième est dédié au développement du marché et veille à ce que les différentes applications du nickel soient mieux connues et que les marchés restent ouverts au niveau mondial.

Vous venez d’être nommée présidente du Nickel Institute. Que représente cette nomination dans votre parcours de chimiste ?

C’est un rôle que je souhaitais vraiment atteindre dans ma carrière. Après mes études à l’UNamur, une année en chimie industrielle à Louvain, un doctorat en Angleterre et un post-doctorat aux Pays-Bas, je n’ai plus pratiqué la chimie en laboratoire, mais ma formation a toujours accompagné ma carrière. Elle m’a donné un esprit analytique et critique, une compréhension des substances chimiques, de leurs propriétés et des processus industriels. Cela m’a permis de dialoguer efficacement avec les autorités et les parties prenantes tout au long de ma carrière. J’explique souvent que des études en chimie ne mènent pas uniquement au laboratoire. Elles ouvrent de nombreuses portes et donnent accès à une multitude de parcours.

Quels défis environnementaux et sociétaux attendent l’industrie du nickel ?

Les enjeux sont importants, surtout parce que ce métal est essentiel à la transition énergétique. On le retrouve dans de nombreuses technologies liées au climat, comme les batteries de voitures électriques, l’hydroélectricité ou les éoliennes. Mais le nickel reste un produit minier et sa production se situe principalement dans des pays en développement où l’environnement, les conditions de travail et les communautés locales ne sont pas toujours la priorité. C’est pourquoi le Nickel Institute travaille étroitement avec les autorités, les entreprises et d’autres acteurs pour améliorer la compréhension du nickel et de ses risques. L’objectif est de s’assurer que ceux qui produisent ou manipulent ce métal connaissent les bonnes pratiques pour gérer les risques liés à l’extraction, la production et l’usage industriel. L’enjeu reste donc d’accompagner l’industrie vers des pratiques plus responsables et durables.

Que retenez-vous de votre parcours à l’UNamur ? 

J’ai adoré mes années à l’UNamur. Je suis Flamande et beaucoup de mes amis ne comprenaient pas pourquoi je choisissais Namur plutôt que Leuven, mais je ne l’ai jamais regretté. L’ambiance y était très conviviale et le contact avec les professeurs et les assistants très chaleureux. À tel point que nous sommes toujours en contact, quarante ans après notre première année en chimie !

Y a-t-il un souvenir en particulier que vous souhaiteriez partager ?

L’un de mes plus beaux souvenirs est la série de concerts que nous avons organisés à l’Arsenal pendant deux années de suite. Je jouais du piano et j’ai notamment eu l’occasion d’interpréter un morceau à quatre mains avec le professeur Jean-Marie André, ou encore un trio avec deux autres professeurs. C’était quelque chose de très naturel à Namur, grâce à la taille humaine de l’université, où tout le monde se connaissait. Cette proximité, je ne suis pas sûre que je l’aurais retrouvée ailleurs.

Quel conseil donneriez-vous à de futurs chimistes ?

N’hésitez pas ! Les études de chimie ouvrent de nombreuses portes. Il faut bien sûr avoir un esprit scientifique, mais c’est une formation qui permet de développer des compétences utiles dans de nombreux métiers. Je conseillerai aussi d’accorder une vraie importance aux langues. En Belgique, maîtriser plusieurs langues est un atout essentiel pour évoluer dans l’industrie. Je remarque aussi que les opportunités pour les femmes dans les carrières scientifiques sont bien plus nombreuses qu’autrefois. Au début de ma vie professionnelle, j’étais souvent la seule femme dans la pièce, aujourd’hui, les équipes sont beaucoup plus mixtes, y compris dans une industrie lourde comme celle des métaux. Le fait d’être devenue la première femme présidente du Nickel Institute est assez encourageant.

ligne du temps du parcours professionnel de Véronique Steukers

Cet article est tiré de la rubrique "Alumni" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

Le saviez-vous ?

Le 11 février est la Journée internationale des femmes et des filles de science. À cette occasion, l’UNamur organise la 6e édition de son colloque Women in Science. Cet événement annuel vise à promouvoir l'accès des femmes et des filles à la science et à la technologie ainsi que leur participation pleine et équitable. Il rappelle le rôle important des femmes dans la communauté scientifique et constitue une excellente occasion d'encourager et de promouvoir de l'égalité des chances pour tous les genres dans les domaines scientifiques et technologiques.