À première vue, le volume pourrait presque passer inaperçu. Sa reliure est relativement classique et son contenu, rédigé en allemand, se présente principalement sous la forme de textes consacrés à des pratiques horticoles. Pourtant, il pourrait aujourd’hui compter parmi les ouvrages les plus précieux conservés à la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (BUMP, UNamur). 

Intitulé Garten Büchlein, soit « petit livre de jardinage », l’ouvrage est attribué au prince-électeur Auguste de Saxe, grand amateur d’horticulture. Le texte s’intéresse en particulier à la culture des arbres fruitiers et s’inscrit dans une période où le développement des jardins participe aussi à la gestion et à la prospérité des domaines princiers. L’ouvrage porte la date de 1571. Il est écrit en allemand, alors que le latin était plus courant. “À l’époque, le latin reste encore souvent la langue du savoir. Cela montre que c’était un ouvrage plutôt orienté vers la pratique”, explique Olivier Latteur, docteur en Histoire et chargé de valorisation des collections patrimoniales à la BUMP (Pôle Patrimoine).  

Une découverte inattendue dans les collections de l’UNamur

L’histoire de sa redécouverte commence presque par hasard. L’ouvrage était déjà conservé depuis longtemps à l’UNamur et son impression sur parchemin avait attiré l’attention. Sa véritable rareté n’avait toutefois pas encore été établie. 

En février, l’ouvrage est intégré au catalogue informatisé de la bibliothèque par Sandrine Paternotte, bibliothécaire au sein du Pôle Patrimoine de la BUMP. Un mois plus tard, le Dr. Domininik Fugger, un chercheur de l’Université de Francfort spécialisé dans ce type de textes l’a repéré en ligne. Il a rapidement pris contact avec l’UNamur et s’est déplacé quelques jours plus tard pour consulter le volume sur place. Après plusieurs mois de recherches, il a confirmé durant l’été son caractère exceptionnel : il s’agirait aujourd’hui d’une pièce unique au monde. “Jusque-là, l’existence de cette édition était connue grâce à des textes et à des réimpressions réalisées plusieurs décennies plus tard", raconte Olivier Latteur. “Mais aucun exemplaire de cette première version n’était alors identifié. Plus étonnant encore, certaines parties présentes dans le volume conservé à Namur n’ont jamais été retrouvées dans les éditions postérieures. Une partie de son contenu est donc, à ce jour, uniquement accessible grâce à cet exemplaire”.  

Un livre entièrement imprimé sur parchemin

Son contenu est une première rareté. Sa fabrication en est une autre : l’ensemble du livre est imprimé sur parchemin, un choix particulièrement inhabituel au XVIe siècle. “À cette époque, le parchemin coûte plus cher que le papier et demande davantage de travail lors de l’impression, notamment parce que l’encre y adhère plus difficilement. En revanche, il offre une résistance beaucoup plus importante. Ce matériau pouvait ainsi être réservé à des documents prestigieux ou à des ouvrages destinés à être manipulés régulièrement”, précise Olivier. 

Le Garten Büchlein
Le Garten Büchlein

Une pièce exceptionnelle à faire connaître

Comment un tel ouvrage s’est-il retrouvé à Namur ? Certains indices montrent qu’il est présent dans les collections depuis plusieurs décennies. Un ancien ex-libris permet notamment de relier le volume à une l’ancienne bibliothèque scientifique des Facultés universitaires namuroises, probablement dès la fin du XIXe ou le début du XXe siècle. Son parcours antérieur reste en revanche inconnu : aucune marque ne permet aujourd’hui d’identifier clairement ses propriétaires précédents ni de savoir s’il est arrivé par un don, un achat ou un autre biais. “Même le nombre d’exemplaires imprimés à l’origine reste impossible à déterminer”, poursuit Sandrine Paternotte. “Les spécialistes pensent à un petit tirage, mais d’autres exemplaires ont très bien pu exister avant d’être perdus, détruits ou endommagés au fil des siècles. L’exemplaire namurois est simplement, à ce jour, le seul connu”. 

Pour la bibliothèque, cette identification montre aussi toute l’importance du travail de catalogage des fonds anciens. Quelques semaines seulement après son encodage dans le catalogue en ligne, le livre a pu être repéré par un spécialiste à plusieurs centaines de kilomètres de Namur. L’objectif est maintenant de faire connaître davantage l’ouvrage et de le rendre visible auprès des chercheurs susceptibles de s’y intéresser, notamment dans les domaines de l’histoire du livre et de la botanique. Aucun projet de recherche spécifique n’est encore arrêté, mais sa redécouverte pourrait susciter de nouveaux travaux. “C’est toujours particulier de faire ce genre de découverte. Cela montre que les réserves précieuses peuvent encore nous réserver des surprises” conclut Sandrine Paternotte.