Dans le delta du Mékong, l’aquaculture est de plus en plus confrontée à la remontée d’eau salée dans des zones habituellement alimentées en eau douce. Ce phénomène, appelé intrusion saline, peut rendre certaines espèces élevées localement plus difficiles à produire. 

C’est dans ce contexte qu’est mené le projet DIVERSAQUA, financé par l’ARES-CCI et coordonné par le professeur Patrick Kestemont, de l’UNamur, et le professeur Nguyen Thanh Phuong, de l’Université de Can Tho. Le projet associe également l’Université de Liège. Son objectif est d’identifier et de mieux maîtriser l’élevage d’espèces capables de supporter ces changements de salinité. 

Un poisson capable de s’adapter à plusieurs niveaux de salinité

Les chercheurs se sont intéressés à Pangasius krempfi, connu localement sous les noms de ca bong lau ou ca dua. Ce poisson-chat est dit euryhalin, ce qui signifie qu’il peut vivre dans des eaux présentant des niveaux de salinité différents. Cette caractéristique en fait un candidat particulièrement intéressant pour les zones du delta du Mékong de plus en plus touchées par l’intrusion d’eau salée. 

L’espèce présente également d’autres atouts : elle peut atteindre une grande taille, sa chair est appréciée et elle possède une valeur économique importante. Dans le delta, elle se rencontre principalement dans les estuaires et les zones côtières. Jusqu’à présent, son élevage restait toutefois limité.  

Une première reproduction réussie en captivité

Après plus de deux années de travail, les équipes du projet sont parvenues à élever des jeunes poissons sauvages jusqu’à l’âge adulte dans un système d’aquaculture en circuit fermé, où l’eau est filtrée et réutilisée. Les poissons arrivés à maturité ont ensuite pu être amenés à se reproduire grâce à des hormones couramment utilisées en aquaculture. Les larves obtenues ont récemment été élevées en bassin jusqu’au stade de jeunes poissons. À terme, ces animaux pourraient devenir les premiers reproducteurs entièrement domestiqués de l’espèce.

L’enjeu est de pouvoir progressivement produire les jeunes poissons nécessaires à l’élevage sans dépendre uniquement des populations sauvages. Cela permettrait de disposer d’un approvisionnement plus régulier et de poursuivre les recherches sur l’élevage commercial de l’espèce. 

Mieux comprendre sa résistance au sel

En parallèle, les chercheurs étudient également la capacité de Pangasius krempfi à supporter différentes concentrations de sel. Plusieurs expériences sont menées aux différents stades de son développement, depuis la larve jusqu’au jeune poisson, pour mieux comprendre ses réactions physiologiques et son système immunitaire. 

Ces travaux doivent permettre de mieux déterminer les conditions dans lesquelles l’espèce peut être élevée et d’évaluer plus précisément son potentiel dans les zones soumises à l’intrusion saline. À plus long terme, le projet DIVERSAQUA cherche ainsi à diversifier les espèces élevées dans le delta du Mékong et à proposer de nouvelles solutions aux aquaculteurs confrontés aux effets du changement climatique. La reproduction réussie de Pangasius krempfi en captivité est donc une première étape importante dans cette direction. Les équipes poursuivent désormais leurs recherches dans le but de mieux connaître l’espèce et d’évaluer les conditions nécessaires à son développement à plus grande échelle. Félicitations à l’ensemble des chercheurs impliqués dans le projet DIVERSAQUA, et tout particulièrement au professeur Patrick Kestemont, qui coordonne le projet pour l’UNamur !