Au début du mois de mai 1940, beaucoup de Belges espèrent encore que leur pays, protégé par sa neutralité, puisse échapper au conflit qui avait éclaté quelques mois plus tôt. Au sein des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, devenues aujourd’hui Université de Namur, on procède ainsi tout à fait normalement aux inscriptions de la première session d’examens qui se profile à l’horizon. Mais la situation bascule le 10 mai lorsque les forces allemandes envahissent la Belgique. Deux jours plus tard, Namur est bombardée et, le 15, la ville tombe aux mains de la Wehrmacht. Débutent alors quatre années marquées par un régime d’occupation de plus en plus autoritaire.

 

Les Facultés durant l’occupation

Malgré le couvre-feu et de nombreuses privations, la vie retrouve progressivement un semblant de normalité. Aux Facultés, les cours et les examens reprennent. Désireux de ne pas laisser la « direction intellectuelle des étudiants » à l’occupant, les recteurs des institutions universitaires belges ont tous défendu l’idée d’une poursuite des activités pédagogiques et scientifiques. À Namur, les promotions d’étudiants 1941, 1942 et 1943 sont d’ailleurs photographiées en compagnie de leurs professeurs. 

La situation évolue toutefois drastiquement durant le printemps et l’été 1943. Le IIIe Reich doit faire face à un important manque de main d’œuvre et il est décidé d’imposer aux jeunes Belges une forme de travail obligatoire. Les étudiants sont réquisitionnés : une série de lois leur refuse d’abord l’inscription aux examens universitaires, puis tout accès à l’enseignement supérieur s’ils n’ont effectué plusieurs mois de travail au service de l’occupant. Les universités sont par ailleurs sommées de livrer les noms et adresses de leurs étudiants. Le recteur des Facultés namuroises, le père Eugène Thibaut (1887-1972), s’y oppose. Craignant une rafle, il fait suspendre les cours en mai 1943.

Mais, si les portes de l’université restent officiellement closes, les professeurs namurois entrent en résistance et organisent clandestinement les cours durant l’année académique 1943-1944. Des syllabi sont secrètement envoyés à quelque 120 étudiants inscrits en Philosophie et Lettres et des « répétiteurs », d’anciens étudiants de confiance, sont désignés pour encadrer les nouveaux inscrits. Le procédé ne peut malheureusement pas s’appliquer aux cursus de sciences, faute de pouvoir organiser des travaux pratiques en laboratoire. Certains jeunes enseignants se déplacent pour dispenser les cours à de petits groupes d’étudiants réunis dans le secret. C’est ainsi que les pères Walthère Derouau (1904-2000), professeur de langues anciennes, et Camille Joset (1912-1992), professeur d’histoire médiévale et moderne, sillonnent la Belgique pour rencontrer leurs élèves. 

Camille Joset : un résistant jésuite

Parallèlement à ses activités pédagogiques, Camille Joset est aussi un acteur majeur de la Résistance belge. Dès le mois de janvier 1941, il avait intégré les rangs du Mouvement national belge (MNB) dont son père avait pris la tête. Le réseau récolte des informations et publie un journal clandestin, La Voix des Belges, dans lequel Camille Joset signe des articles sous les pseudonymes de Pierre puis d’André. À la suite de l’arrestation de son père, en mai 1942, il prend la direction de l’organe de presse. Il joue également un rôle important au sein du MNB, en mettant en place des réseaux d’informations et des filières d’évacuation pour les Juifs et pour les réfractaires au travail obligatoire. Ses travaux historiques et archéologiques consti

Camille Joset

En 1943, enseignant à Namur, Camille Joset déploie son énergie au bénéfice des étudiants. Mais, en juin 1944, le jésuite apprend que son nom a été livré à la Gestapo. Pour lui échapper, il organise une mise en scène avec la complicité du recteur des Facultés : quittant ostensiblement les bâtiments universitaires, une valise à la main, il fait mine de prendre la direction de la gare de Namur, avant de rebrousser discrètement chemin et d’aller se cacher dans une petite chambre située au sein du « quadrilatère » (bâtiment principal des Facultés, à l’arrière du 61 rue de Bruxelles). Il y séjourne pendant deux mois, ravitaillé par le recteur et par le père André Schortgen (1902-1955). Face à la menace de perquisitions, le père Joset est finaleme

La Voix des Belges

Le 5 septembre 1944, la ville de Namur est libérée par les forces américaines. Les Facultés rouvrent rapidement leurs portes et la vie reprend son cours. La Libération marque également la fin de l’engagement de Camille Joset au sein de la Résistance : son action sera saluée, au sortir de la guerre, par les autorités belges et étrangères. Bâtisseur et visionnaire, il devient administrateur délégué des Facultés Notre-Dame de la Paix, obtient à leur profit un meilleur financement public, étend considérablement le campus et joue un rôle fondamental dans la naissance de la Faculté des sciences économiques et sociales, dont il sera le premier doyen (1961-1968), ainsi que de l’Institut d’informatique (1970). 

Cet article est tiré de la rubrique "Le jour où" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

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