Malgré le couvre-feu et de nombreuses privations, la vie retrouve progressivement un semblant de normalité. Aux Facultés, les cours et les examens reprennent. Désireux de ne pas laisser la « direction intellectuelle des étudiants » à l’occupant, les recteurs des institutions universitaires belges ont tous défendu l’idée d’une poursuite des activités pédagogiques et scientifiques. À Namur, les promotions d’étudiants 1941, 1942 et 1943 sont d’ailleurs photographiées en compagnie de leurs professeurs.
La situation évolue toutefois drastiquement durant le printemps et l’été 1943. Le IIIe Reich doit faire face à un important manque de main d’œuvre et il est décidé d’imposer aux jeunes Belges une forme de travail obligatoire. Les étudiants sont réquisitionnés : une série de lois leur refuse d’abord l’inscription aux examens universitaires, puis tout accès à l’enseignement supérieur s’ils n’ont effectué plusieurs mois de travail au service de l’occupant. Les universités sont par ailleurs sommées de livrer les noms et adresses de leurs étudiants. Le recteur des Facultés namuroises, le père Eugène Thibaut (1887-1972), s’y oppose. Craignant une rafle, il fait suspendre les cours en mai 1943.
Mais, si les portes de l’université restent officiellement closes, les professeurs namurois entrent en résistance et organisent clandestinement les cours durant l’année académique 1943-1944. Des syllabi sont secrètement envoyés à quelque 120 étudiants inscrits en Philosophie et Lettres et des « répétiteurs », d’anciens étudiants de confiance, sont désignés pour encadrer les nouveaux inscrits. Le procédé ne peut malheureusement pas s’appliquer aux cursus de sciences, faute de pouvoir organiser des travaux pratiques en laboratoire. Certains jeunes enseignants se déplacent pour dispenser les cours à de petits groupes d’étudiants réunis dans le secret. C’est ainsi que les pères Walthère Derouau (1904-2000), professeur de langues anciennes, et Camille Joset (1912-1992), professeur d’histoire médiévale et moderne, sillonnent la Belgique pour rencontrer leurs élèves.