George Akerlof a fait ses études à Yale et au Massachusetts Institute of Technology, où il a obtenu son doctorat en 1966, année où il est devenu maître de conférences à Berkeley. Il a été promu professeur titulaire en 1978. Le professeur Akerlof a reçu en 2001 le prix Alfred E. Nobel d'économie ; il a été récompensé pour sa théorie de l'asymétrie d'information et ses effets sur le comportement économique. Il a également été président de l'American Economic Association en 2006. Auparavant, il en avait été vice-président et membre du comité exécutif. Il siège également au Conseil nord-américain de l'Association d'économétrie.  

Un jeune garçon confronté au chômage

Quand j’avais 11 ans, mon père a perdu son emploi. À cet âge-là, je me disais que si mon père dépensait moins, quelqu’un d’autre gagnerait moins, et que cette personne dépenserait alors moins à son tour, et que cela provoquerait des répercussions sur l’ensemble de la société. 

George Akerlof

George Arthur Akerlof - conférence ERINN 2026 (UNamur)

Il se souvient également d’avoir grandi dans un pays marqué par la discrimination raciale et de profondes inégalités. Ces expériences de jeunesse ont façonné une question qui allait rester au cœur de ses travaux pendant des décennies : pourquoi les économies génèrent-elles un chômage et une exclusion persistants alors que la théorie économique classique prédit que les marchés devraient s’équilibrer ?

Apprendre à réfléchir

George Akerlof a grandi dans une famille particulièrement érudite et avait souvent l’impression de ne pas être le plus doué de son entourage. Cette conviction l’a poussé à redoubler d’efforts. Elle a également favorisé chez lui une sorte d’humilité intellectuelle qui l’habite encore aujourd’hui. Avant d’arriver au MIT, Akerlof a passé tout un été à étudier en autodidacte la topologie avancée. Et le professeur qui dispensait ce cours allait laisser une empreinte indélébile. Avant de résoudre une énigme, identifiez la question plus large qui donne toute son importance à cette énigme. Cela est devenu une philosophie de recherche qui l’a accompagné toute sa vie.

« Il faut avoir une vision d’ensemble : d’abord comprendre la structure du problème, puis s’attaquer aux détails. »

George Akerlof

Justice, inégalités et finalité morale

« Je m’inquiétais du chômage, mais je m’inquiétais aussi de la ségrégation. Ces problèmes me semblaient très importants. Je pensais que l’économie était un moyen de les comprendre. »

George Akerlof

Ce souci des problèmes concrets plutôt que des énigmes purement théoriques trouve un écho particulier dans la mission du Centre de recherche en économie du développement (CRED), l’un des trois centres de recherche qui composent l’Institut Development Finance & Public Policies (DeFiPP) de l’Université de Namur. 

Logo Institut DeFiPP

Le DeFiPP rassemble des compétences en économie du développement, en finance et en politiques publiques, tout en encourageant le dialogue entre les disciplines et les approches méthodologiques. Dans ce cadre, le CRED s’est imposé comme l’un des principaux centres européens en économie du développement. 

Fondé par des universitaires tels que Jean-Marie Baland et Jean-Philippe Platteau, le CRED s’est forgé une réputation internationale grâce à des travaux de recherche alliant rigueur théorique et travail de terrain approfondi. Ses chercheurs étudient comment les institutions, les normes sociales, l’action collective, le développement des marchés et les processus politiques façonnent les résultats économiques dans les pays en développement. Une grande partie de ces travaux s’appuie sur des données originales recueillies directement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ce qui permet aux chercheurs de confronter la théorie économique aux réalités observées sur le terrain. 

Ces questions sont au cœur du programme de recherche du CRED. Les chercheurs du centre étudient le rôle des institutions et des normes sociales dans la définition des trajectoires de développement, en analysant comment les règles informelles, les croyances collectives et les structures de gouvernance influencent les opportunités économiques et le bien-être. Leurs travaux alimentent des réseaux de recherche internationaux tels que « Economic Development and Institutions » (EDI), une initiative majeure consacrée à la compréhension des liens entre la qualité des institutions et le développement économique.

L’inde change tout

Cette approche fait écho à l’une des convictions fondamentales d’Akerlof : l’économie ne peut être comprise uniquement à travers des modèles mathématiques. Au cours de ses études, puis lors d’une année formatrice passée en Inde où lui aussi a pu observer les réalités de terrain, il est progressivement convaincu que l’économie ne se résume pas à des faits et chiffres.

« J'ai appris que pour comprendre une économie, il faut comprendre les gens qui y vivent. Il faut comprendre les institutions, les coutumes et les croyances. »

George Akerlof

Le développement, affirme-t-il, ne peut s’expliquer par les seuls marchés. Pour comprendre pourquoi certaines sociétés prospèrent tandis que d’autres restent enlisées dans la pauvreté, il faut saisir comment les individus se comportent au sein d’environnements sociaux et institutionnels spécifiques. 

Le marché des citrons

 Les travaux de George Akerlof sur les asymétries d’information constituent un autre point de convergence. Son article phare, « The Market for Lemons », a démontré que les marchés peuvent échouer lorsque les acheteurs et les vendeurs disposent d’informations différentes. 

« Les gens prennent des décisions sans savoir ce que savent les autres. » 

George Akerlof

Cette découverte a transformé l’économie en montrant que l’information imparfaite n’est pas une exception, mais une caractéristique fondamentale de nombreux marchés.

Au CRED, les chercheurs examinent de la même manière les frictions qui empêchent les marchés de fonctionner efficacement. Leurs travaux portent sur l’accès au crédit, la productivité agricole, l’intégration des marchés, la fiscalité et le financement du développement, cherchant à comprendre pourquoi certains individus et certaines communautés restent exclus des opportunités économiques. Des projets récents ont porté sur des questions allant du respect des obligations fiscales en Afrique subsaharienne aux effets à long terme des institutions coloniales, en passant par la transformation numérique des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l’Ouest. 

Les équilibres multiples

Un autre thème important qui relie les travaux de George Akerlof et la recherche du CRED concerne le rôle des normes sociales et des équilibres multiples. Il a remis en cause l’idée selon laquelle les économies convergent naturellement vers un résultat optimal unique.

En s’appuyant en partie sur des observations menées en Inde, il soutient que les sociétés peuvent se retrouver prisonnières de schémas comportementaux persistants, entretenus par des croyances et des institutions communes. La pauvreté, la discrimination ou le chômage peuvent donc persister non pas parce que les individus font des choix irrationnels, mais parce que des systèmes entiers d’attentes renforcent les résultats existants.

« L'une des choses que j'ai retenues de mon séjour en Inde, c'est qu'il faut tenir compte de ce que pensent les gens lorsqu'on réfléchit à la notion d'équilibre. Il peut y avoir plusieurs équilibres. »

George Akerlof

Cette perspective a acquis une influence croissante en économie du développement. Les chercheurs du CRED étudient comment les normes sociales influencent les décisions des ménages, les relations entre les sexes, l’action collective et l’accès aux ressources économiques. Une attention particulière a été accordée à la compréhension de la discrimination, du pouvoir de négociation au sein des ménages et des contraintes économiques auxquelles sont confrontées les femmes. Les travaux menés par Catherine Guirkinger, par exemple, examinent les mécanismes à l’origine des inégalités entre les sexes en Afrique subsaharienne et les facteurs qui limitent les opportunités économiques des femmes.

Au-delà de ses travaux de recherche, le CRED constitue également un pôle international dynamique dédié aux échanges scientifiques. Le centre organise régulièrement des conférences, des ateliers, des activités de formation doctorale et des collaborations avec des chercheurs du monde entier. Grâce à ces initiatives, il contribue à la formation de nouvelles générations d’économistes déterminés à relever certains des défis les plus urgents auxquels sont confrontées les sociétés en développement. 

L’identité et l’avenir de l’économie

La collaboration avec Rachel Kranton a représenté, à bien des égards, l’aboutissement du parcours intellectuel de George Akerlof. L’« économie de l’identité » a rassemblé des thèmes présents depuis des décennies : les attentes sociales, les croyances collectives, les normes, les institutions. Les frontières entre l’économie, la sociologie, la psychologie et les sciences politiques sont souvent moins rigides que ne le laissent entendre les institutions universitaires. Le comportement humain ne respecte pas les frontières disciplinaires.

« Ce que les gens pensent devoir faire influence ce qu’ils font réellement. »

George Akerlof

Ce qui ressort en fin de compte des réflexions de George Akerlof, c’est une idée simple mais puissante : l’économie est une science des personnes avant d’être une science des marchés. Les marchés, les institutions et les politiques comptent.  Mais la compréhension du comportement humain reste essentielle.

Ce principe est au cœur de l’identité du CRED. Qu’il s’agisse d’étudier la pauvreté, les inégalités entre les sexes, le développement des marchés, les institutions publiques ou l’action collective, le centre cherche à comprendre comment les résultats économiques sont façonnés par les interactions entre les individus, les communautés et les institutions. Ce faisant, il s’inscrit dans une tradition de recherche alliant rigueur analytique et préoccupation profonde pour les problèmes du monde réel.

Pour George Akerlof, l’objectif de l’économie a toujours été de mieux comprendre la société et d’améliorer le bien-être humain. Pour le CRED, cette ambition reste aujourd’hui plus que jamais d’actualité. 

Références utiles

Le projet ARC IDnomics

Le projet IDnomics (Identités, Normes et Récits) est une Action de Recherche Concertée (ARC) interuniversitaire financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Il explore l’interaction entre des identités sociales en pleine évolution et les politiques publiques, ainsi que l’impact de ces facteurs sur les comportements sociétaux et les choix économiques. 

Cette recherche est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Namur (UNamur) et l’UCLouvain. Les principales caractéristiques et objectifs de cette initiative sont les suivants : 

  • Une approche interdisciplinaire : le projet fait le lien entre l’économie, la sociologie et la science des données afin de comprendre comment l’évolution démographique de la société et les identités collectives influencent l’adoption des politiques publiques.
  • La recherche universitaire : il sert de pôle de recherche fondamentale, visant à développer des centres d’excellence en sciences économiques et sociales.
  • Des conférences de recherche : le projet parraine régulièrement des rencontres universitaires, telles que la série de conférences ERINN (Economic Research on Identity, Norms, and Narratives) organisée à Namur.