Composant manquant, soudure fragile, polarité inversée, griffe, corps étranger telle qu’une vis qui tombe sur le produit : sur une chaine de production de pièces électroniques pour l’automobile telle que celle de l’entreprise AISIN Europe, les défauts, même s’ils sont rares, doivent pouvoir être détectés de manière immédiate et pertinente. « Mon objectif était de pouvoir apprendre à un ordinateur à repérer ce qui est normal et ce qui est anormal dans des images », résume Arnaud Bougaham, ingénieur data scientist au sein de l’entreprise AISIN EUROPE mais aussi chercheur associé à la Faculté d’informatique de l’UNamur. 

Sur une ligne de production, des images sont en effet prises par des caméras placées au-dessus d’un convoyeur et un système informatique est alors chargé de vérifier, à grande cadence, que chaque pièce est conforme. « Or, si le système d’inspection traditionnel fait bien son travail, il génère aussi beaucoup de faux positifs, de fausses alertes. Ce qui impacte fortement le travail des personnes chargées de confirmer ou infirmer les alertes : elles sont sollicitées sans relâche au risque d’y perdre du temps et de l’énergie ». C’est ce processus qu’Arnaud Bougaham a décidé d’améliorer pour son entreprise en commençant en 2020 une thèse de doctorat au sein du laboratoire HuMaLearn de la Faculté d’informatique reconnu pour son expertise en machine learning, sous la supervision des professeurs Benoit Frenay et Isabelle Linden.

Aujourd’hui, les résultats de sa thèse viennent d’être présentés et sont prometteurs. « J’ai mis au point un modèle qui, avec le recours de l’intelligence artificielle, repère de manière très précise et fiable une image qui est normale d’une autre qui ne l’est pas, réduisant ainsi les fausses alertes d’autrefois. » 

Arnaud Bougaham

De plus le modèle permet aussi, lorsqu’un défaut est soupçonné, d’afficher précisément la zone concernée : l’opérateur peut visualiser l’indication, manipuler la pièce si nécessaire, puis trancher. 

Autre plus-value de l’outil développé ? Le système n’affiche pas seulement un verdict, il indique aussi la confiance que le système a dans sa prédiction. « L’objectif est de filtrer les cas simples et d’attirer l’attention sur des cas plus complexes, afin que les experts ne soient plus noyés par de mauvais diagnostics et puissent se concentrer sur l’essentiel », insiste Arnaud Bougaham.

Un potentiel au-delà de l’automobile

Si l’outil a avant tout été conçu pour répondre au besoin de l’entreprise de production automobile, la logique est générique. « Il pourrait être transposable au sein d’usines qui fabriquent du parquet, du bois, du tissu. Mais aussi dans le secteur médical », s’enthousiasme Arnaud Bougaham. « Une maladie, c’est finalement une anomalie dans une image. Les contraintes se ressemblent : quand il y a un défaut, il faut absolument le détecter, tout en limitant, autant que possible, les fausses alertes. Dans le secteur médical, avoir un outil similaire qui dégrossit l’analyse tout en laissant la responsabilité au médecin peut être impactant. »

Dans cette approche, l’IA n’est donc pas un pilote automatique, mais un outil d’aide à la décision et se met ainsi au service de l’humain. « L’objectif, c’est de faire prendre la décision finale par la personne, pas de manière automatique », ajoute Arnaud Bougaham. Il s’agit d’un assistant qui « filtre, explique et donne toutes les informations pour que derrière, une personne puisse être décisionnaire ». 

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Quand la recherche rencontre la « vérité terrain »

La thèse d’Arnaud Bougaham est née d’un double ancrage : doctorant à l’UNamur et, en parallèle, ingénieur chez AISIN Europe. Cette position lui a donné accès à ce qu’il appelle « la vérité terrain ». « En laboratoire, on peut obtenir de très bons résultats, mais en production il y a une réalité avec un environnement précis. » Données bruitées, conditions variables, contraintes de coûts, et surtout cadence : « il faut que notre système fonctionne au rythme de la ligne ». En partageant son temps de travail entre l’entreprise AISIN Europe et l’UNamur, Arnaud Bougaham démontre ainsi comment une thèse peut avoir un impact concret sur les besoins du terrain. Le tout en devant concilier les fonctionnements et obligations de chacun. 

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Arnaud Bougaham

Côté académique, on va davantage se situer dans l’analyse fine pour trouver des solutions pérennes, là où côté industriel on va davantage être à la recherche d’une solution fiable, ici et maintenant. C’est là que lorsque l’on travaille simultanément pour les deux secteurs, il faut faire preuve de compromis, de dialogue, de confiance. Mais cette complémentarité entre recherche académique et réalité industrielle permet d’aboutir sur des résultats très riches

Arnaud Bougaham Ingénieur data scientist au sein de l’entreprise AISIN EUROPE et chercheur associé à la Faculté d’informatique de l’UNamur

Déployer, généraliser, renforcer

Au-delà des promesses, ces travaux sont déjà confrontés à des cas d’usage concrets. Au sein d’AISIN Europe, le cadre développé est notamment en intégration au sein d’une ligne de production active pour détecter des composants inattendus (comme une vis) sur les cartes de circuits imprimés. Dans le domaine médical, l’approche est orientée pour l’analyse de la réceptivité au coma via un examen d’imagerie médicale qui permet d’observer le fonctionnement des organes et des tissus. Certaines techniques sont également reprises pour une application de segmentation du cancer de l’ovaire ou du lymphome.

Ces résultats démontrent aussi comment une intelligence artificielle peut être fiable et centrée sur l’humain dans des environnements à haut risque.

Le projet en images : L'IA au service de l'humain dans le milieu industriel, mythe ou réalité ? :

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Cet article est tiré de la rubrique "Impact" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41