La chaire Roger Van Geen célèbre votre contribution à la recherche contre le cancer. Cependant, il ne s'agit pas de votre sujet de recherche initial…

En effet, j'ai commencé mes recherches en biologie par une thèse de doctorat sur l'hyperoxie, c'est-à-dire l'impact d'un surplus d'oxygène sur les cellules. Je travaillais à l'époque dans le laboratoire du professeur José Remacle, qui s'intéressait au vieillissement. Ce dernier est caractérisé par des stress oxydatifs et la formation de radicaux libres, auquel la cellule peut s’adapter grâce à des enzymes antioxydantes. Pour les étudier, nous avons donc décidé d'exacerber quelque peu la situation, et de créer des conditions dans lesquelles l'oxygène était trop présent. Nous avons obtenu de bons résultats, mais il ne s'agissait pas d'une situation physiologique. Nous nous sommes alors penchés sur le phénomène d'hypoxie-réoxygénation, comme lors d'un infarctus, qui provoque une augmentation de la production de radicaux libres lors de la réoxygénation.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Nous nous attendions à observer des changements dans les cellules lors de la phase de réoxygénation. Or, il s'est produit exactement l'inverse ! Les réponses ont majoritairement eu lieu durant la phase d'hypoxie, c'est-à-dire la privation d'oxygène. À ce moment, il s'agissait d'un phénomène très peu étudié. Nous nous sommes rendu compte qu'il engendrait quantité d'effets, notamment au niveau des cancers. Ce sujet a abouti à un prix Nobel, en 2019.

Mes recherches m'ont ainsi amenée à devenir spécialiste de la réponse des cellules à différents stress. Cette voie de recherche s'est également avérée extrêmement fructueuse, car nous avons découvert que l'hypoxie était un facteur majeur de résistance des cellules cancéreuses à différentes thérapies, dont la chimiothérapie. Un jour, mon collègue physicien Stéphane Vincent m’a demandé s'il était possible d'étudier la réponse des cellules à l'irradiation, en particulier par protons. Plus précise que celle réalisée aux rayons X, on l’obtient grâce à un accélérateur de particules, dont dispose l'UNamur. Si cette technique commençait à être utilisée en radiothérapie, la réponse des cellules n'avait, quant à elle, que peu été étudiée.

La radiothérapie fait justement partie de vos grands sujets de recherche, et pour lequel la chaire Roger Van Geen vous a été attribuée. Qu'étudiez-vous précisément ?

La radiothérapie dite classique, à rayons X, manque de précision, ce qui signifie que les tissus sains autour de la tumeur sont également affectés par les radiations. Pour limiter cela, nous cherchons un moyen d'augmenter les effets des rayons au sein de la tumeur. De cette manière, il est possible de délivrer une dose plus faible de rayons, avec moins d'effets secondaires sur les tissus sains, tout en gardant le même effet thérapeutique sur les cellules cancéreuses. Et pour cela, nous utilisons des nanoparticules d'or qui, en raison de leurs propriétés particulières, sensibilisent les cellules tumorales aux radiations. Pour autant, même si l'engouement autour de ces particules est toujours très important en raison des bons résultats obtenus, aucun traitement n'a encore été approuvé par les autorités de régulation, ce qui démontre l'importance de poursuivre les recherches.

En quoi consiste la chaire que vous a attribuée la SCK CEN ?

Il s'agit d'abord d'un prix récompensant l'ensemble de mes recherches, qui constitue une belle reconnaissance scientifique de mes travaux. Mais je veux ici souligner toute l'importance de la collaboration scientifique, en particulier celle des physiciens Stéphane Lucas et Anne-Catherine Heuskin. Sans leur contribution, aucun de ces travaux sur la radiothérapie n'aurait existé. Il faut également saluer l'importance du Télévie, qui a permis de financer de nombreuses thèses sur le sujet.

Cette chaire est également assortie d'un cycle de cinq conférences que je donnerai à Mol (province d’Anvers). En plus de la conférence inaugurale, qui a eu lieu en juin, ces conférences portent sur l'hypoxie et son effet sur la résistance aux chimio et radiothérapies, l'utilisation des nanoparticules comme radiosensibilisateurs, et la létalité synthétique, un domaine que nous avons également beaucoup étudié, qui consiste à créer une synergie entre chimiothérapie et radiothérapie. Enfin, la dernière conférence portera sur un de mes futurs domaines de recherche, qui concerne la mort cellulaire immunogénique. L'idée consiste à irradier des cellules cancéreuses de telle manière à ce que leur mort active le système immunitaire envers les cellules cancéreuses.

Au-delà de vos activités de recherche, vous avez également été vice-rectrice à la recherche à l'UNamur durant huit ans. Quel était votre rôle ?

Cette fonction consiste notamment à gérer les financements et l'organisation de la recherche, des instituts et des plateformes technologiques, via un organe dénommé le Conseil de la Recherche. Ce dernier répartit les différents financements avec le plus de transparence possible. Durant mes deux mandats, j'ai été très attachée à soutenir la diversité des thématiques de recherche, afin de donner à chacune d’entre elles les outils qui leur conviennent.

J'ai également été en contact étroit avec les vice-recteurs et vice-rectrices à la recherche des autres universités francophones de Belgique. Notre but était d'avoir une voix commune vis-à-vis des différentes parties prenantes, depuis la Région wallonne jusqu'à l'Union européenne, afin d'exprimer des revendications uniques. C’était très important pour moi et cela nous a permis d'obtenir de grandes avancées, comme l'obtention de financements particuliers pour les plateformes technologiques, qui ont permis l’acquisition d’instruments de mesure remarquables, ou encore la formation d'une plateforme interuniversitaire d'alternatives aux expériences animales.

Le Télévie, cœur battant de la recherche contre le cancer

En 2026, pas moins de 8 projets de recherche Télévie sont menés à l'UNamur, au sein de l’institut NARILIS. Ils mobilisent des expertises variées, dans une optique interdisciplinaire, afin d'améliorer l'efficacité des traitements et la qualité de vie des patients. Pour donner plus de moyens à l’opération Télévie, vous pouvez adresser votre don sur le compte de l’UNamur IBAN BE92 3500 0000 0123 avec la mention « DON 5847850 Télévie » ou faire un don en ligne, en mentionnant « Télévie » comme projet. 

Ensemble, nous ferons gagner la vie !

Cet article est tiré de la rubrique "L'experte" du magazine Omalius #42 (Septembre 2026).

Omalius-Septembre-2026