Abstract

Les langues des signes expriment le sens à travers des productions manuelles et non manuelles qui sont produites de manière séquentielle et simultanée, ce qui fait qu’elles difèrent structurellement des langues vocales. Cependant, de nombreuses théories linguistiques restent biaisées en faveur des structures des langues vocales. Une exception à cela est la grammaire de constructions, une théorie linguistique qui analyse les langues à travers leurs associations de forme et de sens, lesquelles peuvent impliquer des articulations manuelles et non manuelles et combiner des structures spécifiques et schématiques. Bien que la grammaire de constructions soit de plus en plus utilisée pour décrire théoriquement les constructions des langues des signes, les implémentations computationnelles restent rares, ce qui limite son application systématique à des corpus. L’applicabilité théorique de la grammaire de constructions aux langues des signes ne garantit toutefois pas que cette théorie puisse être opérationnalisée computationnellement, ce qui soulève des défis en matière de représentation et de traitement. Cette thèse aborde ces défis en introduisant SignFCG, une extension de Fluid Construction Grammar (FCG). SignFCG introduit des représentations phonétiques pour les articulations manuelles des langues des signes, en tenant compte de leur organisation séquentielle et simultanée. En plus, SignFCG fournit des visualisations d’avatar pour les formes signées, ainsi que des outils pour transformer des annotations linguistiques vers le format proposé. Afin d’étudier les types de constructions qui peuvent être opérationnalisés pour un domaine restreint de la Langue des Signes de Belgique Francophone (LSFB), une grammaire computationnelle se composant de 904 constructions a été développée manuellement à partir de GeoQuery-LSFB, une extension du corpus multilingue GeoQuery créée dans le cadre de cette thèse. La grammaire a été évaluée en compréhension et en production, atteignant une couverture élevée. Une étude utilisateur, basée sur des entretiens semi-structurés avec des chercheurs en langues des signes, a permis d’identifier leurs perceptions de l’utilisabilité de SignFCG et de son adoption potentielle. Les participants ont identifié plusieurs applications prometteuses, notamment l’exploration et la formalisation de constructions ainsi que l’étude de la variation constructionnelle selon différents contextes. L’étude utilisateur a également identifié un besoin de plus grande flexibilité dans la représentation des formes proposée par SignFCG, différents niveaux de détail pouvant être nécessaires pour répondre à différentes questions de recherche. Les contributions de cette thèse se situent à l’intersection de la recherche linguistique sur les langues des signes, de la grammaire de constructions et de la linguistique computationnelle. Pour la grammaire de constructions, elle démontre comment les principes constructionnels peuvent être opérationnalisés pour la modalité visuo-gestuelle et comment la combinaison de structures spécifiques et schématiques au sein des constructions peut faciliter cette opérationnalisation. Pour la linguistique computationnelle, elle démontre la faisabilité d’un traitement bidirectionnel entre les formes signées manuellement et les représentations sémantiques structurées dans un domaine restreint, tout en fournissant des ressources pour de futures recherches. L’extension de FCG aux langues des signes fournit également une base pour explorer d’autres domaines de recherche computationnelle dans lesquels FCG a déjà été utilisé.

Jury

  • Prof. Katrien BEULS - Université de Namur, Belgique
  • Prof. Bruno DUMAS - Université de Namur, Belgique
  • Prof. Anthony CLEVE - Université de Namur, Belgique
  • Prof. Laurence MEURANT - Université de Namur, Belgique
  • Prof. Paul VAN EECKE - Artificiel Intelligence Laboratory, Vrije Universiteit Brussel, Belgique
  • Dr. Remi VAN TRIJP - Sony Computer Science Laboratories, France
  • Dr. Michael FILHOL - LISN, CNRS, France