Crédit photo : (c) Shutterstock - Craig Cordier

Les venins animaux constituent une source remarquable de diversité moléculaire. Leur étude, appelée vénomique, permet d’identifier et de caractériser les peptides et les protéines qui les composent. Optimisés par l’évolution pour interagir de manière rapide et sélective avec des cibles biologiques, certains de ces peptides pourraient offrir de nouvelles opportunités pour mieux détecter, comprendre ou cibler des cellules cancéreuses. 

Un projet soutenu par le programme Win4SpinOff du SPW Recherche

C’est cette piste qu’explore le projet VENOM2 (Venom-based Exploration for Novel Oncology Molecules), qui vient de bénéficier d’un financement Win4SpinOff, une mesure du SPW Recherche destinée à soutenir la maturation de résultats de recherche en vue de la création de sociétés spin-off en Wallonie.

Cibler les cancers les plus résistants aux traitements

VENOM2 se concentre dans un premier temps sur un cancer réfractaire pour lequel les options thérapeutiques restent limitées. Ce choix repose notamment sur l’intérêt croissant pour certaines cibles biologiques impliquées dans la progression tumorale et la résistance aux traitements, que des peptides issus de venins pourraient contribuer à mieux détecter, moduler ou cibler. 

VENOM2 - projet Win4SpinOff du SPW Recherche - Jean-Pierre Gillet

Une thèse de doctorat en cotutelle entre l’ULiège et l’UNamur

Le projet est mené sous la supervision conjointe des Professeurs Loïc Quinton (Laboratoire de Spectrométrie de masseMolSysFaculté des Sciences, ULiège) et Jean-Pierre Gillet - sur la photo - (Laboratoire de Biologie Moléculaire du Cancer (LBMC), Institut de recherche NARILIS, Faculté de médecine, UNamur). Il s’appuie sur la complémentarité de leurs expertises respectives : d’une part, la spectrométrie de masse, la protéomique et l’analyse fine de mélanges biologiques complexes tels que les venins ; d’autre part, l’étude des mécanismes de résistance des cancers aux traitements.

Il est porté par Lou Freuville, doctorante en cotutelle au MSLab ULiège et au LBMC UNamur. Elle bénéficie, dans ce cadre, de l’encadrement conjoint de ses deux promoteurs pour mener à bien ce projet.

Une approche combinant expertise analytique et biologie du cancer

Concrètement, VENOM2 combinera le fractionnement de venins, le criblage fonctionnel sur modèles cellulaires sains et cancéreux et des analyses structurales avancées afin d’identifier des peptides capables de cibler spécifiquement des cellules cancéreuses ou des mécanismes impliqués dans la progression tumorale. L’approche associe ainsi l’expertise analytique de l’ULiège dans la caractérisation des peptides et l’expertise de l’UNamur dans les modèles biologiques et cellulaires du cancer.

L’originalité du projet repose sur un double potentiel de valorisation. Certains peptides pourraient être développés comme agents de ciblage pour l’imagerie moléculaire, contribuant à un diagnostic plus précis. D’autres candidats pourraient présenter un potentiel thérapeutique, en modulant sélectivement des voies biologiques clés en oncologie.

« Avec VENOM2, nous voulons transformer une biodiversité encore largement sous-exploitée en opportunités pour l’oncologie de précision. Le financement Win4SpinOff nous donne les moyens de franchir de nouvelles étapes importantes en recherche et l’opportunité de confronter nos idées au marché. Il concrétise notre volonté de développer des solutions thérapeutiques innovantes pour les cancers réfractaires aux traitements conventionnels », soulignent les Professeurs Loïc Quinton et Jean-Pierre Gillet.

Vers une future spin-off wallonne

Au-delà de son ambition scientifique, VENOM2 s’inscrit dans une dynamique de transfert technologique et de création de valeur, en posant les bases d’une future entreprise spin-off spécialisée dans la valorisation de peptides issus de venins pour la santé humaine, avec l’appui des équipes de transfert de technologies de l’ULiège, de l’UNamur et de la société de valorisation et d’investissement de l’ULiège, Gesval. 

« Ce projet se situe à l’interface entre plusieurs expertises : l’analyse fine des venins, la biologie du cancer et le développement de modèles cellulaires pertinents. L’objectif est d’identifier des peptides capables non seulement de reconnaître certaines cellules tumorales, mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes pour mieux comprendre et cibler des mécanismes impliqués dans les cancers résistants aux traitements actuels », explique Lou Freuville. 

Le projet a été construit avec l’accompagnement des équipes de transfert de technologies : Yasmina Zeroual pour l’ULiège, Daniel Maréchal pour Gesval, ainsi qu’Eléana Somville et Joël Marinozzi pour l’UNamur.

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