En analysant les déclarations d’effets indésirables enregistrées dans la base de pharmacovigilance américaine de la Food and Drug Administration, des chercheurs de l’UNamur ont montré que certaines pilules contenant des estrogènes plus proches de ceux produits naturellement par l’organisme, comme le 17β-estradiol ou l’estétrol, étaient associées à moins de signalements de caillots sanguins que les pilules contenant de l’éthinylestradiol, un estrogène de synthèse largement utilisé depuis plusieurs décennies. Plus encore, les proportions observées avec ces nouvelles générations de contraceptifs étaient proches de celles rapportées avec des pilules ne contenant qu’un progestatif, réputés comme étant les plus sécuritaires au niveau cardiovasculaire.

Cette étude confirme les données collectées par la même équipe dans EudraVigilance, la base de données européenne de gestion et d’analyse des déclarations d’effets indésirables liés aux médicaments, et parues en 2025 dans la revue Contraception.

Les conclusions de ces travaux envoient un signal important en matière de santé publique, car la pilule est utilisée par des millions de femmes à travers le monde. Ces résultats conduisent à repenser certaines habitudes de prescription au profit d’options à profil thrombotique plus favorable voire neutre. Une contribution d’autant plus primordiale aujourd’hui, alors que de plus en plus de personnes se détournent des contraceptifs ou traitements hormonaux de substitution pourtant essentiels en termes de santé publique.

« Notre objectif est de faire bouger les lignes au niveau des recommandations de prescription. Les preuves biologiques et observationnelles en faveur des formulations à base d’estrogènes naturels se multiplient. Ces données nous montrent que des alternatives plus sûres existent, il est temps d’inverser la tendance. » - Lucie Raskin, Chercheuse au Département de pharmacie.

La recherche belge pionnière en matière de santé féminine

Au-delà des résultats eux-mêmes, cette publication illustre le rôle de la recherche académique belge dans un domaine à fort impact sociétal. À travers ce travail, Lucie Raskin incarne une nouvelle génération de chercheuses engagées sur des questions concrètes de santé des femmes, tandis que Jonathan Douxfils apporte l’expertise scientifique et clinique développée depuis plusieurs années sur les liens entre hormones, coagulation et risque thrombotique. Cette expertise dépasse aujourd’hui le cadre local et s’inscrit dans une dynamique européenne et internationale, notamment à travers la participation de Jonathan Douxfils à plusieurs réseaux d’experts internationaux consacrés à la sécurité contraceptive et à l’évaluation du risque thrombotique lié aux hormones.

Si la thrombose veineuse est la complication la plus grave liée à la prise de contraceptif hormonal, d’autres volets commencent par ailleurs à être étudiés par la communauté scientifique, notamment en termes de santé osseuse ou de santé mentale. Concernant les risques de cancer du sein, là aussi, les données sont en train d’être actualisées et démontrent des profils favorables en fonction du progestatif utilisé.

Prévenir, protéger, personnaliser

Ces travaux démontrent qu’un choix contraceptif plus éclairé est possible et qu’une meilleure utilisation des connaissances scientifiques peut améliorer la prévention, limiter des événements graves et renforcer une médecine plus personnalisée dans le domaine de la santé féminine. 

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Jonathan Douxfils, Faculté de médecine

Mieux distinguer les profils de risque entre contraceptifs permet d’améliorer l’information donnée aux femmes, d’aider les médecins à faire des choix plus individualisés et, à terme, de réduire des complications évitables. Il ne s’agit pas de remettre en cause la contraception hormonale, mais de contribuer à une contraception plus sûre, plus moderne et mieux adaptée au profil de chaque femme.

Jonathan Douxfils Professeur au Département de pharmacie et directeur de l’Unité de Recherche en Pharmacologie et Toxicologie Clinique (URPC)

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L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC)

L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC) de l'UNamur a pour mission principale de mener des études et des recherches visant à évaluer l'efficacité, la sécurité et l'impact clinique des médicaments, des traitements et des interventions médicales. Elle rassemble des chercheurs des différents départements de la Faculté de médecine.