Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

Qu’en est-il en matière de collaborations avec les entreprises ? Loin de l’image des chercheurs isolés dans leur « tour d’ivoire », les équipes de l’UNamur travaillent main dans la main avec de nombreux collaborateurs et entrepreneurs. Si les projets de recherche reposent sur des infrastructures de pointe, des équipements performants et l’expertise des scientifiques, leur véritable force réside dans les collaborations qui les animent. Avec le secteur industriel, ces collaborations prennent de multiples formes et sont rendues possibles grâce à une grande diversité de programmes de financement. Voir ci-dessous - Les outils de financement : catalyseurs de collaboration et d'impact.

Focus sur quelques projets qui illustrent le lien étroit entre université et entreprises et la manière dont la recherche universitaire nourrit l’innovation dans le secteur industriel. 

De l’idée à l’application : des années de recherche au service de l’innovation

Passer de la découverte scientifique à l’innovation concrète est un parcours parfois long, mais aussi une aventure passionnante. Cette transition se traduit par le dépôt de brevets, l’accord de licences ou la création de spin-off, ces entreprises issues directement de la recherche académique. Elles permettent de transformer les résultats de la recherche en produits, services ou procédés à haute valeur ajoutée, contribuant à la création d’emplois et au développement économique régional.

Prenons l’exemple d’ICS - Innovative Coatings Solutions S.A., spin-off fondée par le professeur Stéphane Lucas en 2017 à la suite de plusieurs projets de recherche menés au Département de physique de l’UNamur, Namur Institute of Structured Matter (NISM). Aujourd’hui sortie de l’Université et installée sur le parc Créalys (Gembloux), avec 8 ETP, ICS (dirigée par Emile Haye, ancien chercheur du Département de physique) se distingue sur des développements de solutions sur mesure pour tout type de surface. Les travaux des chercheurs, soutenus par différents programmes de financement (F.R.S.-FNRS, First spin-off puis Win²Wal du SPW, FEDER, M-ERANET, Horizon, Pôles de compétitivité…), ont permis de franchir toutes les étapes de la fameuse échelle TRL*, du laboratoire au produit fini.

Echelle TRL : voir ci-dessous - Du fondamental à l'appliqué : un parcours d'innovation et un écosystème au service de l'impact.

Résultat ?  Plusieurs brevets déposés entre 2022 et 2025 et technologies implémentées qui en découlent. À titre d’exemple, un revêtement multifonctionnel à base de carbone aux propriétés remarquables, combinant protection anticorrosive, conductivité, propriétés antimicrobiennes, et flexibilité mécanique est au cœur des applications d’ICS. Une innovation, parmi d’autres, qui s’applique aujourd’hui dans de nombreux domaines : amélioration des piles à combustible, revêtements décoratifs (montres, poignées, robinets), protection de pièces automobiles soumises à de fortes usures, usinage sans fluide de coupe, plus écologique et économique.

Intérieur de la machine de dépôt ICS durant le dépôt d'une couche de cuivre
Intérieur de la machine de dépôt ICS lors du dépôt d'une couche de cuivre

Des passerelles entre chercheurs et entrepreneurs

Ce lien entre recherche et monde économique s’incarne aussi dans des programmes qui associent directement entreprises et doctorants. Le dispositif Win4Doc, soutenu par le Service public de Wallonie (SPW), permet à des entreprises wallonnes de recruter un chercheur pour mener une thèse en collaboration avec une unité universitaire. Depuis sa création en 2018, 23 projets ont été octroyés à l’UNamur, dans des domaines aussi variés que la santé, le numérique, la gestion publique ou le développement durable.

Parmi eux, le projet U-BPM « Vers une méthodologie de gestion des processus métier orientée utilisateur pour soutenir la transformation numérique », porté par le professeur Anthony Simonofski,membre du Centre MIND-IT de l'Institut NaDI (Namur Digital Institute), qui vise à améliorer les processus des organisations via une approche orientée utilisateur. Pour cela, le projet emploie une méthodologie innovante en utilisant l’IA générative pour permettre aux utilisateurs eux-mêmes de partager leur expertise métier au sein des organisations. Le chercheur Malik Schinckus , membre du Centre Management of INformation and DIgital Transformation (MIND-IT) de l’Institut NaDI, travaille en étroite collaboration avec DAIMO, une entreprise de consultance en processus, co-fondée par des alumni de l’UNamur (Martin Minet et Laurent Dehon).

Répondre aux défis sociétaux actuels

À l’UNamur, les chercheurs participent activement à la transition vers une société plus durable, inclusive et innovante, en plaçant leurs compétences au service des politiques publiques, de la formation et des entreprises locales. Le Plan de relance de la Wallonie (PRW) fixe les grandes orientations du Gouvernement wallon en matière d’emploi, d’économie, d’environnement et de climat. Dans ce cadre, l’UNamur s’engage sur plusieurs fronts : ses chercheurs conçoivent de nouvelles solutions technologiques, soutiennent la formation de talents et participent à la transition écologique et numérique de la Région.

Parmi ces initiatives, le projet BatFactory, porté par le Professeur Bao-Lian Su, membre de l’Unité de recherche en chimie des nanomatériaux (CNANO) et du Namur Institute of Structured Matter (NISM) mobilise les compétences des cinq universités en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et de trois centres de recherche agréés (CENAERO, CRM Group et MATERIA NOVA). L’objectif est de produire des matériaux haute performance pour batteries de stockage par des procédés respectueux de l’environnement, intelligents et facilitant la circularité au bénéfice du tissu industriel wallon.

L'équipe de chercheurs du projet BatFactory
L'équipe de chercheurs du projet BatFactory

Ouvrir les marchés wallons à l’international

Depuis leur création en 2006, les pôles de compétitivité rassemblent entreprises, centres de recherche agréés et universités autour de projets collaboratifs ambitieux. L’UNamur y est fortement impliquée.

Un exemple marquant : le projet HEPATANT, un projet du pôle WAGRALIM porté par les Laboratoires ORTIS, une entreprise pionnière dans le domaine de la phytosanté (compléments alimentaires à base de plantes) depuis 60 ans. Dans ce projet, le professeur Thierry Arnould (Faculté des sciences, URBC-Institut NARILIS), en collaboration avec des équipes de l’UCLouvain de la professeure Isabelle Leclercq et les Fermes universitaires de Louvain (FERM), teste des ingrédients nutritionnels naturels capables de lutter contre la stéatose hépatique. Objectif : élaborer une solution naturelle capable de prévenir ce trouble hépatique et d’en empêcher, ou du moins d’en ralentir, l’évolution vers des stades avancés, voire irréversibles.

Wallonie-Bruxelles International (WBI), avec notamment le programme Excellence, permet également l’envoi de doctorants et de postdoctorants dans les meilleures universités et à l’inverse l’accueil de postdoctorants en Belgique via une bourse de mobilité afin d'encourager le développement de la recherche en Wallonie et à l'international de la recherche dans les thématiques des pôles de compétitivité.  

Une recherche sans frontières

Les grands défis du XXIᵉ siècle, changement climatique, santé, gouvernance, transition numérique, ne connaissent pas de frontières. C’est pourquoi la recherche universitaire se pense désormais à l’échelle européenne et mondiale. À l’UNamur, cette ouverture internationale se traduit par une présence active dans de nombreux programmes collaboratifs, qui favorisent le partage d’expertise et la co-construction de solutions globales.

L’innovation s’enrichit aussi de la diversité. Grâce au programme BEWARE Fellowships 2, cofinancé par la Commission européenne (Actions Marie Skłodowska-Curie, COFUND - contrat 847587) et le SPW, des chercheurs internationaux viennent renforcer les équipes de recherche wallonnes. Par exemple, ILabBot, un projet dirigé par le professeur Elio Tuci, membre du Namur Institute for Complex Systems (naXys), pôle robotique, qui travaille à la conception d’un robot mobile autonome pour l’industrie pharmaceutique, en partenariat avec l’entreprise Cilyx sa, un projet à fort potentiel pour la santé et la sécurité industrielle.

L’équipe du professeur Jean-Marc Van Gyseghem, membre de l’Institut de recherche Namur Digital Institute (NaDI-CRIDS), participe quant à elle au projet européen « Testing and Experimentation Facility for Health AI and Robotics (TEF-Health) ». Objectif : créer un réseau de collaborations durables entre l’industrie, la recherche universitaire et les acteurs du secteur de la santé afin d’accélérer le transfert technologique des innovations vers la pratique.

Comme le souligne la professeure Petra Ritter, Directrice de la section Simulation cérébrale, Institut berlinois de la santé et coordinatrice du projet : « les partenariats à long terme au sein des réseaux d’innovation sont essentiels pour transformer les découvertes scientifiques en solutions concrètes. En travaillant ensemble, nous évitons les duplications et maximisons l’impact des investissements. » 

Ce projet illustre comment la recherche interdisciplinaire, le droit et la technologie peuvent se conjuguer pour améliorer la qualité de vie. Ces collaborations internationales reflètent aussi parfaitement la capacité de l’UNamur à attirer des talents et des partenaires du monde entier pour cocréer les solutions de demain.

Un moteur de transformation

Ce petit échantillon des activités montre que la recherche namuroise rayonne bien au-delà des murs de l’Université. Qu’il s’agisse de matériaux, de transition numérique, d’IA, d’énergie, de santé publique ou de sécurité industrielle, les chercheurs de l’UNamur contribuent à une science ouverte et engagée, ancrée dans le monde et tournée vers les besoins des citoyens.

De la recherche fondamentale à la recherche appliquée, l’UNamur démontre chaque jour que la recherche est un moteur de transformation. Grâce à l’engagement de ses chercheurs, au soutien de ses partenaires de tous horizons, aux bailleurs de fonds, aux partenaires industriels et à un solide écosystème de valorisation, l’UNamur participe activement à façonner une société ouverte sur le monde, plus innovante, plus responsable et plus durable.

La recherche à l'UNamur en chiffres

La recherche en chiffres : 30,3 millions d’euros de budget R&D en 2024, 1 000 chercheurs, 1 067 publications, 450 projets de recherche en cours, 22 spin-off

Les outils de financement : catalyseurs de collaboration et d'impact

En Belgique, il existe une grande diversité de programmes de soutien à la recherche, chacun contribuant à un moment différent du parcours d’innovation. Ces dispositifs ne servent pas uniquement à financer des projets : ils favorisent également les rencontres inspirantes et fructueuses, la pluridisciplinarité et la collaboration entre chercheurs et tous les acteurs de la société.

  • Soutenir la recherche fondamentale - À la base de toute avancée, il y a la recherche fondamentale : celle qui cherche à comprendre avant d’appliquer. La Fédération Wallonie-Bruxelles, à travers les Actions de Recherche Concertées (ARC) ou les Fonds Spéciaux de Recherche (FSR), ainsi que le F.R.S.-FNRS, soutient principalement ce type de recherche.
  • Relier la recherche aux besoins publics et sociétaux - Au niveau fédéral, la Politique scientifique fédérale (BELSPO) soutient des projets de recherche qui éclairent les décisions publiques : gestion de l’environnement, santé, spatial, mobilité ou encore politiques sociales.
  • Ouvrir les horizons européens - L’Union européenne, via son programme-cadre Horizon Europe (2021-2027), et le programme connexe ESA, constitue une autre pierre angulaire du financement de la recherche. Elle encourage des projets collaboratifs ou individuels, de nature fondamentale ou appliquée, et incite les équipes à travailler au-delà des frontières.
  • Valoriser la recherche au service de l’économie régionale - Les Région wallonne et de Bruxelles-Capitale concentrent leurs efforts sur la recherche appliquée, celle dont les retombées sont directement perceptibles par les entreprises et les citoyens. Les programmes du SPW Recherche, comme les Win4Doc, Win²Wal, Win4SpinOff, Pôles de compétitivité wallons ou Plan de relance, permettent à la recherche universitaire de s’ancrer dans le tissu socio-économique local, en créant des emplois, des nouvelles technologies et de nouvelles dynamiques. Le Département Recherche et Innovation (R&I) de Wallonie-Bruxelles International (WBI) en collaboration avec le F.R.S.-FNRS et la SPEER (RW) soutient l’internationalisation des acteurs du secteur de la R&I en Fédération Wallonie-Bruxelles en renforçant notamment leur présence et leur visibilité dans les programmes et réseaux internationaux de recherche.
  • Les interactions en B2B - Les universités, quant à elles, tissent de nombreux partenariats directs avec les entreprises et les acteurs socio-économiques régionaux, nationaux et internationaux : collaborations de recherche, analyses, expertises, formations continues ou mise à disposition d’infrastructures de pointe. Ces collaborations, ancrées dans la réalité du terrain, assurent que chaque découverte trouve une voie vers l’application concrète, au bénéfice de la société.

Du fondamental à l’appliqué : un parcours d’innovation et un écosystème au service de l’impact

Avant qu’une idée ne devienne un produit, un service ou une solution concrète, elle traverse de nombreuses étapes. Peu à peu, les chercheurs font évoluer leurs travaux vers des applications tangibles, en les confrontant à la réalité du terrain. 

Pour mesurer ce passage du concept à la mise en pratique, on utilise une échelle appelée Technology Readiness Level (TRL), qui va du niveau 1 (recherche fondamentale) au niveau 9 (application concrète et lancement sur le marché). Cette progression illustre parfaitement la manière dont la recherche nourrit l’innovation, étape par étape, souvent en collaboration étroite avec des partenaires institutionnels, économiques, industriels ou citoyens.

Si la recherche produit des connaissances, leur transformation en innovations utiles nécessite un accompagnement structuré. À l’UNamur, les chercheurs ne sont jamais seuls : ils peuvent compter sur l’expertise de l’Administration de la recherche (ADRE), qui joue un rôle de facilitateur essentiel. Ses conseillers scientifiques accompagnent les chercheurs à chaque étape, pour que leurs découvertes trouvent la meilleure voie de valorisation possible : création de spin-off, dépôt de brevets, signature de licences ou partenariats industriels. 

Depuis 2008, les ADRE des universités de la FWB sont rassemblées au sein du réseau LiEU (Liaison Entreprises–Universités). Grâce au soutien conjoint du Fonds social européen (FSE) puis du FEDER, et de la Région wallonne, ce réseau a permis de professionnaliser la valorisation de la recherche grâce à un travail collectif via les programmes MIRVAL, MIRVAL+ et MIRVALIS. Son ambition : accroître l’impact économique et social des recherches universitaires, en lien avec la S3 - Stratégie de spécialisation intelligente.

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025