La RFIE trouve ses racines dans un constat préoccupant : notre système éducatif peine à remplir ses missions d’efficacité et d’équité. Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) révèlent des niveaux de compétences inférieurs à la moyenne des pays industrialisés et une incapacité chronique à compenser les inégalités sociales. Dans un contexte européen où l’éducation est pensée comme levier de développement du « capital humain », la Fédération Wallonie-Bruxelles a voulu agir. Inspirée par les objectifs de Lisbonne (2009), la réforme vise à revaloriser le métier d’enseignant, à renforcer la professionnalisation et à mieux préparer les futurs professeurs à la diversité des publics scolaires. Elle ambitionne de transformer en profondeur la culture de formation pour améliorer la réussite de tous les élèves.

Former des praticiens réflexifs et autonomes

La formation des enseignants s’organise désormais autour des âges et des besoins des élèves, des compétences à acquérir dans le cadre de l’évolution du métier et du Pacte pour un enseignement d’excellence.

Chaque programme se construit autour de six axes : formation disciplinaire, communication, se former à et par la pratique, didactique et pédagogie, sciences humaines et sociales, recherche en éducation et en didactique. 

Schéma explicatif RFIE

Les étudiants apprennent donc à articuler savoirs, pratiques et recherche pour devenir des enseignants réflexifs, capables d’évaluer leurs actions, d’ajuster leurs méthodes et de collaborer avec leurs pairs.

Diversité et différenciation au cœur de la formation

L’un des piliers de la réforme concerne la prise en compte de la diversité des élèves. « Tous n’apprennent pas de la même manière ni au même rythme », rappelle Sandrine Biémar, vice-doyenne de la FaSEF. « Nous voulons que nos enseignants soient aptes à diversifier leurs pratiques, sans tomber dans l’individualisation extrême. »
Les cours de psychologie de l’apprentissage, de sociologie de l’éducation ou encore de différenciation pédagogique permettent d’aborder la pluralité comme une richesse. « Comprendre qu’on a soi-même un style cognitif particulier », ajoute Sephora Boucenna, « c’est déjà une manière de rencontrer la diversité. Cela amène à proposer une variété de chemins d’apprentissage, plutôt que de juger l'élève incapable. »

Pour les élèves, cette évolution se traduit par des dispositifs pédagogiques plus adaptés et une meilleure compréhension de leurs besoins en vue de réduire les inégalités. L’objectif est clair : éviter le redoublement comme réponse aux difficultés, former des citoyens compétents et contribuer à une école qui retrouve son rôle d’ascenseur social.

Des stages repensés pour ancrer le métier

Autre changement majeur : les étudiants bénéficient désormais de stages plus longs, mieux encadrés et intégrés à leur parcours de formation. « Accueillir un stagiaire, ce n’est pas seulement lui ouvrir sa classe, l'observer, et l'évaluer, c'est aussi pouvoir l'accompagner », souligne Sandrine BiémarRaison pour laquelle, l’UNamur propose un certificat spécifique pour les maîtres de stages.

Ce suivi facilite la transition vers l’emploi. Les enquêtes montrent qu’entre 30 et 40 % des jeunes enseignants quittent la profession dans les cinq premières années. « En renforçant la formation à et par la pratique, nous voulons consolider leur entrée dans le métier et éviter ces décrochages », ajoute-t-elle.

Une collaboration renforcée

Assurer la continuité entre les différents niveaux d’enseignement est également un objectif central de cette réforme. « Grâce à la nouvelle structure en 5 sections (cf. illustration) », explique Sandrine Biémar, « un instituteur maternel comprend mieux ce qui se joue dans les premières années du primaire, et un professeur du secondaire perçoit la manière dont se construisent les apprentissages en amont. Cette cohérence permet d’éviter les ruptures et de renforcer la continuité du parcours des élèves. »

Pour cela, l’UNamur collabore avec l'HENALLUX au sein d’un consortium. « Universités et hautes écoles travaillaient autrefois en parallèle », rappelle Sandrine Biémar. « Désormais, nous construisons ensemble les programmes et les dispositifs pédagogiques. Même si l’UNamur a une longue tradition de formation des enseignants pour le secondaire supérieur, elle est maintenant impliquée dans la formation des enseignants de la première maternelle à la 6ème secondaire."

Un réseau éducatif cohérent

Ces collaborations s’étendent à la formation continue grâce à la Salle des Pros, structure de l’UNamur qui regroupe les centres de formation continue à destination des enseignants. 

« À travers cette réforme, nous créons un réseau d’acteurs éducatifs cohérent et durable », résume Sephora Boucenna. « En reliant formation initiale, recherche et formation continue, nous posons les bases d’une profession enseignante forte, réflexive et solidaire. » 

Cet article est tiré de la rubrique "Impact" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025