Historique

Une université riche de son passé et projetée vers l'avenir

Avec plus de 6200 étudiants et 1100 membres du personnel, l'Université de Namur (anciennement "Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix-FUNDP, Namur) joue un rôle moteur dans le développement économique, socio-culturel et scientifique de la Wallonie.

Voici quelques étapes de son histoire, via, soit le film réalisé en 2006 à l'occasion des 175 ans de l'Université, soit le texte ci-dessous.

Des FUNDP à l'UNamur

Des débuts modestes (1831-1845)

Dès 1831, sous l’impulsion de Jean-Baptiste Brabant, père du bourgmestre de Namur, sept familles se cotisent pour faciliter la fondation d’un collège de jésuites à Namur, à condition qu’y soit organisée une classe de philosophie après les études secondaires. Avec cet argent, Jean-Baptiste Brabant achète une partie de l’ancienne abbaye bénédictine de la Paix Notre-Dame et en cède la propriété au Père Herman Meganck, alors vice-recteur de la communauté jésuite.

Placé sous le patronage de Notre-Dame de la Paix, le collège ouvre ses portes le 1er mai 1831. Le 3 octobre, deux étudiants s’inscrivent en philosophie. Toutefois, c’est l’année suivante que la classe de philosophie, qui compte neuf étudiants, est officiellement inaugurée. Ainsi, sans le savoir et de manière modeste, sont jetées les bases des futures Facultés universitaires. Ce type d’enseignement supérieur pouvait exister : le gouvernement de la jeune Belgique, au nom de la liberté d’enseignement proclamée dans la Constitution, venait d’admettre la création de "Facultés libres" à côté des trois Universités d’État fondées par le régime hollandais (Gand, Liège, Louvain).

L’entrée dans la classe de philosophie est soumise à des conditions strictes. Le programme spécifie : “nul n’est admis à fréquenter les cours de Philosophie, s’il n’a pas suivi un cours d’Humanités jusqu’à la Rhétorique inclusivement. En octobre 1834, un programme qui s’étale sur deux ans est mis sur pied. Outre des cours de philosophie, il comporte des cours de sciences (physique, chimie, mathématiques). Au début de l’année académique 1834-1835, 15 étudiants sont inscrits.

Débute alors un long chemin pour la reconnaissance légale de ces diplômes. Une première étape est franchie lors de la promulgation de la loi organique sur l’enseignement supérieur de septembre 1835, qui fixe un nouveau programme d’études et établit un jury central unique dont les membres sont désignés par la Chambre, le Sénat et le Gouvernement. Le jury est seul habilité à délivrer des grades non seulement aux étudiants des Universités d’État et des Universités libres mais également à ceux qui poursuivent leurs études dans d’autres Institutions. À partir de cette date, le rôle des enseignants de l’Institution namuroise consiste à préparer leurs étudiants à se présenter devant le jury central. Dans leur enseignement, les professeurs, qui sont tous jésuites, ont le souci d’inculquer une solide méthode de travail à leurs étudiants. De là vient sans doute la réputation faite aux Facultés de Namur d’assurer une bonne transition entre les études secondaires et l’Université, et cette réputation a eu la vie longue.

Un développement laborieux (1845-1945)

La nouvelle étape est jalonnée par d’autres dispositions légales qui progressivement offrent davantage d’autonomie à l’institution. La loi du 15 juillet 1849 détermine le statut d’élève universitaire et crée un jury central spécifique pour les établissements d’enseignement supérieur. Composé de professeurs des différentes universités et d’un seul professeur provenant des autres établissements d’enseignement supérieur, ce jury est habilité à accorder le grade de candidat en philosophie, lettres et sciences. La discrimination prend fin avec les lois de 1890-1891, qui mettent en place un jury mixte composé pour moitié de professeurs d’universités et pour moitié des établissements concernés, c’est-à-dire les Facultés de Namur, les Facultés Saint-Louis (Bruxelles) et l’École spéciale des mines de Mons. Les Facultés de Namur sont autorisées à organiser le premier cycle en Philosophie, en Sciences et en Sciences médicales. Toutefois, il faudra attendre 1919, pour que s’ouvre à Namur la première candidature en Médecine.

En 1926, les Facultés de Namur sont habilitées à décerner leurs diplômes en leur nom propre. Trois ans plus tard, les deux Chambres réunies votent une loi sur l’enseignement supérieur par laquelle les Facultés de Namur sont assimilées aux Universités. Les Facultés de Namur ont le droit de constituer leurs propres jurys d’examens et jouissent de l’autonomie complète pour les candidatures suivantes : Philosophie et Lettres, Sciences et Sciences naturelles et médicales. C’est la fin d’un long parcours qui a duré environ un siècle. Toutefois, si l’autonomie académique est acquise, il n’en va pas de même du point de vue financier. Alors que la loi de 1929 accorde aux grandes institutions universitaires libres (Bruxelles, Louvain et Mons) un financement de l’État, elle en exclut les "petites facultés", Notre-Dame de la Paix à Namur et Saint-Louis à Bruxelles.

Par ailleurs, depuis septembre 1927, les Facultés, ainsi que le Collège disposent de davantage d’espace à cause du déménagement des élèves internes vers le collège Saint Paul, qui vient d’être inauguré à Godinne sur Meuse.

Une expansion progressive depuis les années 60

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’Institution vit toujours sur fonds propres et cette situation n’est pas brillante. En 1949, les Facultés sont constituées en une ASBL distincte de celle du collège, ce qui permet l’octroi de quelques subsides versés occasionnellement par le Ministre de l’éducation nationale … subsides qui ne suffisent évidemment pas à faire face aux frais de l’enseignement et de la recherche. Fort de ses relations nouées dans la Résistance, le Père Camille Joset, de concert avec les responsables des Facultés Saint-Louis à Bruxelles, entame des négociations pour que, à l’image des universités complètes, ces deux institutions bénéficient de subventions annuelles du gouvernement. Il faut attendre 1960 pour qu’il obtienne gain de cause. Et les premiers subsides sont versés en 1962. Par la suite les "facultés universitaires" entreront dans le cercle des grandes universités pour former le Conseil Interuniversitaire de la Communauté Française (CIUF) et le recteur des Facultés universitaires de Namur deviendra membre du Conseil des Recteurs des universités francophones (CREF).

historique.jpgGrâce à cet apport financier, un vaste programme de constructions est élaboré. En trente ans, le visage des Facultés Notre-Dame de la Paix va se modifier profondément : réaménagement de la faculté de Philosophie et lettres, édification des bâtiments de Sciences et de Médecine sur le terrain laissé libre par le transfert du collège à Erpent en 1971, construction de la faculté des Sciences économiques et sociales et de celle de Droit, de l’institut d’Informatique, de la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin et du grand amphithéâtre Pedro Arrupe, rénovation de l’Arsenal pour accueillir les restaurants universitaires.

À partir des années 60, la communauté universitaire namuroise subit deux modifications notoires. D’une part, des enseignants laïques viennent étoffer le corps académique et scientifique de l’institution jusqu’alors composé uniquement de jésuites. D’autre part, la population étudiante, qui provient de toutes les régions du pays, augmente de manière rapide et continue : 466 étudiants en 1960, 1832 en 1970, 2.936 en 1980, 4.325 en 1990, 4.322 en 2005. Outre l’augmentation des jeunes qui désirent faire des études universitaires, plusieurs facteurs expliquent la progression du nombre d’étudiants à Namur. Tout d’abord l’arrivée, à partir de 1953, des premières étudiantes. Depuis lors leur nombre n’a cessé d’augmenter. Elles sont aujourd’hui majoritaires ! Ensuite, l’élargissement de l’éventail des études de candidatures : en 1953, mise en place d’une épreuve complémentaire préparatoire à la licence en Sciences économiques et sociales ; en 1961, ouverture de la section de Germaniques en faculté de Philosophie et lettres ; l’année suivante organisation de la deuxième et de la troisième candidatures en médecine. Enfin, la possibilité d’organiser des études de deuxième et de troisième cycle : en 1963, mise sur pied des licences en Sciences économiques ; en 1965, reconnaissance légale du caractère universitaire de la faculté des Sciences économiques et sociales, dès lors habilitée à délivrer les diplômes des trois cycles ; en 1971, il en va de même pour les sciences mathématiques, physiques, chimiques et biologiques ; en 1970, création de l’institut d’Informatique, le premier du genre dans le pays.

Le fait de pouvoir délivrer des diplômes de deuxième et surtout de troisième cycle stimule la recherche et attire des chercheurs. Ainsi, à côté de l’enseignement où la qualité est toujours visée, un potentiel de recherche se constitue progressivement. Il sera notamment reconnu, d’une part, par l’attribution de trois prix Francqui à des professeurs de la faculté des Sciences et, d’autre part, par des spin-off performantes. C’est en 1972 que la première dissertation doctorale est défendue aux Facultés. Grâce au décret de 1994 relatif aux études universitaires et aux grades académiques, les facultés incomplètes, qui ne possèdent que le premier cycle, sont autorisées à organiser des programmes de troisième cycle et à délivrer des diplômes de doctorat. 

C’est le 31 mars 2004 que le Parlement de la Communauté française de Belgique adopte le décret « définissant l’enseignement supérieur, favorisant son intégration à l’espace européen de l’enseignement supérieur et refinançant les universités ». Le 30 juin 2004, les Recteurs des FUNDP, des FUCAM (Facultés Universitaires Catholiques de Mons), des FUSL (Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles) et de l’UCL (Université Catholique de Louvain à Louvain-La-Neuve) signent le document de constitution de l’«Académie universitaire ‘Louvain’» au sein de laquelle collaborent désormais activement ces quatre universités. Dès la rentrée académique de septembre 2005, les étudiants de première génération sont accueillis dans le nouveau cadre (baccalauréat - master) des études universitaires défini par le décret en application des accords européens dits « de Bologne ».

Le caractère international de l’Institution s’est accentué au fil du temps.

D’une part, par la provenance des étudiants spécialement ceux de troisième cycle et, d’autre part, par le recrutement du corps professoral. De plus, un effort particulier est consenti pour s’ouvrir aux pays du Sud: quelques bourses de doctorats sont octroyées aux étudiants des pays moins favorisés. De ce point de vue, il convient de signaler le « Forum Universitaire de Coopération Internationale et de Développement » (FUCID), une ONG créée par les Facultés en 1976.

Fidèles à leur histoire marquée par la tradition humaniste et jésuite, l'Université de Namur remplir de son mieux les trois missions propres à toute institution universitaire : l’enseignement, la recherche et le service à la communauté. À partir de la ville de Namur, capitale de la Région Wallonne où elle est bien enracinée, l'Université entend rayonner sur sa région, son pays et dans le reste du monde... Bref, être une université au cœur de la cité des hommes.

Michel Hermans s.j. et Pierre Sauvage s.j.