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Comment produire de l’énergie sans épuiser la planète ? Qu’est-ce que l’exploration de l’espace peut encore nous apprendre ? Comment soigner plus efficacement par protonthérapie ? L’intelligence artificielle, amie ou ennemie ? Et le chat de Schrödinger, finalement, comment va-t-il ? 

Vous vous posez ce type de questions et vous aimeriez pouvoir y répondre. Vous aimeriez comprendre, connaître, résoudre, expérimenter, tester, coder, appliquer. Vous aimeriez vous engager pour préserver la planète, pour la santé, pour la société. Vous aimeriez relever le défi de la recherche en entreprise, ou vous préférez mettre vos compétences au service de la connaissance plus fondamentale. En rejoignant le Département de physique de l’Université de Namur, vous serez rassasié et nous vous accueillons avec enthousiasme. 

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Roberta Sessoli – La fusion des sciences

Chimie
Physique et astronomie
Prix

Quel rôle peut jouer la chimie en physique quantique ? Pour répondre à cette question, les Départements de physique et de chimie ont invité la Professeure Roberta Sessoli lors d’un séminaire organisé par l’Institut NISM et la Faculté des sciences. Figure emblématique de la chimie mais aussi de la physique grâce à ses recherches sur le magnétisme moléculaire et de la physique quantique des systèmes moléculaires, Roberta Sessoli a obtenu la prestigieuse Chaire Solvay 2026 en chimie. Elle s’exprime sur son parcours et ses travaux, et adresse quelques conseils aux futures générations. 

Roberta Sessoli - Solvay chair - Chemistry - 2026
Roberta Sessoli, Université de Florence, Italie.

Vous êtes une chimiste renommée, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette voie ? 

Lors d’une journée porte ouverte à laquelle je participais, j’ai eu l’occasion d’échanger avec une professeure qui m’a convaincue de travailler dans le domaine de la chimie. D’après elle, c’était une discipline dans laquelle il y avait plus de question à poser que de réponses à donner. Je suis de nature curieuse et j’ai toujours eu une certaine fascination pour les questions ouvertes.  

Aujourd’hui, lorsque l’on me demande des conseils sur un choix d’étude, je réponds toujours très simplement : « préfères-tu résoudre des problèmes ou découvrir des problèmes ? » Pour ma part, c’est plutôt la deuxième option. 

Comment avez-vous commencé à travailler sur le magnétisme ? 

C’est en deuxième année à l’Université que j’ai commencé à m’y intéresser. J’ai eu l’occasion de travailler sur les systèmes paramagnétiques avec mon mentor, Dante Gatteschi. Ces matériaux ont la particularité de montrer une petite aimantation en présence d’aimants de telle sorte que leur aimantation est non-permanente.  

Au début de ma carrière, j’ai constaté que certaines molécules pouvaient se comporter comme des petits aimants. C’est ce que l’on appelle un « single molecule magnet » (SMM). L’intérêt de ces matériaux provient du fait que lorsqu’un champ magnétique est appliqué à ces molécules, elles peuvent s’aimanter et mettent un laps de temps très long avant de revenir à leur état d’équilibre en absence de champ magnétique, on parle de temps de relaxation lent. Cette particularité permet de stocker l’information magnétique sur une longue durée. 

Quelles sont les implications de cette découverte ? 

À l’époque, les physiciens investiguaient ce type d’effets mais travaillaient essentiellement avec des oxydes de fer qui devaient être principalement cristallins pour pouvoir observer ces effets, ce qui permet d’observer des effets. 

Les propriétés magnétiques des molécules sont essentiellement définies par leur structure chimique qui peut être modulée plus facilement que la structure des solides inorganiques. J’ai donc essayé d’attirer l’attention de différents professeurs sur cette découverte mais c’était difficile pour moi d’avoir leur intérêt car j’étais une femme, j’étais jeune et j’étais chimiste. J’ai finalement eu la chance de rencontrer le professeur Jacques Villain, un théoricien très connu de la physique française. Il s’est fasciné pour les SMM et nous avons commencé à travailler ensemble. C’est grâce à son intérêt pour mes travaux que d’autres physiciens se sont également penchés sur la question des SMM. 

Roberta Sessoli
Roberta Sessoli, séminaire de l'Institut NISM et de la Faculté des sciences de l'UNamur.

En ce moment, vous vous intéressez également à la chiralité. En quoi consiste ce phénomène et pourquoi est-il intéressant pour vos recherches ? 

Avec un projet financé par l'European Research Council (ERC), nous avons récemment commencé à travailler sur un phénomène appelé « chirality induced spin selectivity ». 

La chiralité est une propriété fondamentale d’objets qui ne sont pas superposables à leur image miroir. Une molécule chirale existe donc sous deux formes qui sont appelées énantiomères, et qui sont comme des images miroir l’une de l’autre et du coup non-superposables.  

Le spin, quant à lui, est une propriété quantique d’une particule qui procure à cette particule un moment magnétique intrinsèque et qui, de manière plus simple, la fait se comporter comme un minuscule aimant. 

Lorsque des électrons ressortent d’un milieu chiral après l’avoir traversée, leur spin est majoritairement orienté dans une direction particulière, qui dépend de l’énantiomère de la molécule utilisé pour concevoir le milieu chiral.  

C’est quelque chose de très intéressant que ce soit pour la production d'oxygène, la photosynthèse artificielle, ou même pour créer des systèmes d’électrochimie. Nous, on l’utilise pour transformer l’information de spin en signal électrique (spin-to-charge conversion). Cela permet de détecter plus facilement l’état des spins dans les molécules en observant le courant électrique. C’est l’un des objectifs principaux de notre projet ERC mais cela demande une certaine pluridisciplinarité. Pour y parvenir, nous travaillons en équipe avec quatre partenaires, regroupant physiciens et chimistes, afin de combiner toutes les expertises. 

Le fait d’être une femme a-t-il influencé votre parcours dans le monde de la recherche ? 

En début de carrière, j’ai rencontré quelques difficultés pour me faire connaître dans un domaine qui n’était pas le mien et qui était surtout dominé par les hommes. 

La seule chose qui peut nous empêcher de bâtir une belle carrière professionnelle, c’est de nous imposer une charge mentale. Certaines femmes ressentent parfois un sentiment de culpabilité lorsqu’elles sont au travail car elles ont l’impression de ne pas être présentes pour leurs enfants, ou à l’inverse de ne pas être assez présentes au travail. C’est une pression à laquelle j’ai refusé de me soumettre en plaçant dès le départ, une frontière étanche entre ces deux parties de ma vie. 

Un message pour les jeunes qui souhaiteraient se lancer dans une carrière scientifique ?  

Tout d’abord, il est important d’avoir confiance en l’avenir plutôt que d’essayer de le contrôler. L’instabilité fait partie de la vie.  Je pense notamment au jour où j’ai dû présenter ma thèse de doctorat à Rome, avec mon enfant de sept jours. Pour autant, cela ne m’a pas fait peur car je sais qu’il y a une solution à chaque problème. 

Ensuite, il ne faut pas oublier que la motivation la plus sincère, et donc la plus durable, est de suivre ses propres idées. Peu importe la reconnaissance extérieure du moment que la motivation interne bat son plein.  

Enfin, il faut être ouvert d’esprit et ne jamais craindre le changement. Que ce soit l’entourage, les outils ou les avis, tout peut évoluer. L’important c’est de rester flexible et curieux pour ne jamais se fermer de portes.  

Propos recueillis par Léa Ciparisse, UNamur, 12 février 2026. 

La Chaire Solvay Internationale en chimie

À la suite du légendaire Conseil Solvay de 1911 sur « Le rayonnement et les quanta », présidé par le lauréat du prix Nobel Hendrik Lorentz, l'Institut international Solvay de physique a été fondé par Ernest Solvay en 1912. L'Institut international Solvay de chimie a été fondé un an plus tard, en 1913. Les deux instituts ont fusionné en 1963 et sont devenus en 1970 les « Instituts internationaux Solvay de physique et de chimie ».

International Solvay Institutes Brussels

Leur mission est de soutenir et de développer la recherche motivée par la curiosité en physique, en chimie et dans les domaines connexes, dans le but « d’élargir et d’approfondir la compréhension des phénomènes naturels ». 

 « En 2025, c’était l’Année internationale des sciences et technologies quantiques. Recevoir la Chaire Solvay Internationale est une responsabilité, surtout pour moi, parce qu’il s’agit de la Chaire Solvay en chimie, et je ne me considère pas vraiment comme une « vraie » chimiste, dans le sens où je travaille un peu à l’interface entre la chimie et la physique. Mais je suis persuadée que, même si je ne travaille pas sur les grands thèmes dominants du moment — la catalyse, les batteries ou la capture du CO₂, qui sont des sujets très en vogue — il existe d’autres domaines dans lesquels la chimie peut jouer un rôle. » 

Roberta Sessoli, février 2026.

Etre chimistes ou être physicien, là est la question !

Etre à moitié chimiste et à moitié physicien, ce n’est pas habituel. Un point commun qu’a le Professeur Yoann Olivier avec son invitée.  Un challenge, certainement, mais aussi une opportunité qui s’est présentée à l’UNamur lors de son arrivée en 2019. La recherche de Yoann Olivier présente des points communs avec la recherche de Roberta Sessoli car il s’intéresse aux effets de spin dans les matériaux organique p-conjugués.

Prof Yoann Olivier

Ces recherches utilisant des méthodes de simulations numériques lui permettent d’accéder à ces propriétés à l’échelle moléculaire voire atomique. Les applications sont nombreuses, tant d’un point de vue technologique (TV OLED, écrans de smartphones), de l’énergie (cellules photovoltaïques, panneaux d’éclairage) ou de la santé (appareils de monitoring, biosenseurs) et plus récemment dans le domaine de l’information quantique (qubit moléculaire, informatique et cryptographie quantique). 

En plus d’être membre des Département de chimie et de physique, il est également membre et de l’Institut de recherche NISM, dont il a renforcé son équipe multidisciplinaire de chercheurs dans le domaine de la synthèse et de la fonctionnalisation de systèmes moléculaires et matériaux nouveaux (0 à 3D), le design de solides à architecture spécifique, les propriétés de leurs surfaces et le développement de techniques avancées pour l’étude de leurs propriétés physico-chimiques.  

Louis Dellieu : Quand la passion de la physique ouvre les portes de l’industrie

Alumni
Physique et astronomie
Biodiversité

Actuellement responsable du développement commercial pour l’Europe chez AGC Plasma Technology Solutions, Louis Dellieu est un physicien passionné qui met ses compétences scientifiques au service d’AGC Glass Europe depuis près de 10 ans. Des ailes d’insectes aux vitrages spéciaux, voyage dans un univers bio-inspiré.

Louis Dellieu

D’où vous est venue cette passion pour la physique ?

Pendant mes études secondaires, j’ai eu un professeur, Matthieu Dontaine, qui a réussi à me transmettre sa passion pour la physique. Comme j’aimais déjà les mathématiques et que je pouvais suivre ce cursus à Namur, je me suis lancé. Au début, je n’avais pas de sujet de prédilection, mais lorsque j’ai commencé les cours d’optique et de biophotonique avec le professeur Jean-Pol Vigneron, j’ai immédiatement trouvé cela passionnant.

Votre parcours semble très lié à la bio-inspiration, à l’étude de la nature. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, la bio-inspiration était une thématique très présente durant mes études à l’UNamur. J’ai trouvé formidable de découvrir des propriétés physiques incroyables directement dans la nature. Je me souviens de Socrate, le serpent dans le bureau du Professeur Vigneron. Il nous disait : « J’étudie les peaux de serpent, car elles ont des couleurs iridescentes, mais aussi parce qu’elles possèdent une structure intéressante qui leur permet de se déplacer ».

Insecte

Il nous parlait aussi du Morpho, ce grand papillon aux ailes d’un bleu métallique éclatant. Cette fascination m’a donné envie d’approfondir le sujet. Avec le Professeur Vigneron, nous sommes allés en France, au Panama et même en Bolivie pour « chasser » des cigales et des papillons afin d’étudier leurs ailes. Leur surface est constituée de couches minces successives qui interagissent avec la lumière pour créer des couleurs uniques. 

C’est ce qui vous a mené à votre sujet de thèse ?

Exactement. J’ai commencé ma thèse en 2013, en étudiant les fonctions de surface des matériaux comme l’antireflet ou l’hydrophobicité. Sous l’excellente supervision du Dr. Michaël Sarrazin et du professeur Olivier Deparis, ma thèse a permis de démontrer, en utilisant l’électrodynamique quantique, qu’en obtenant des propriétés antireflets spécifiques sur certains matériaux, on pouvait indirectement améliorer leurs propriétés de mouillage. C’était une approche assez innovante, et nous avons ensuite travaillé à démontrer ces résultats expérimentalement.

Insecte

Et à peine votre thèse terminée, vous avez été engagé chez AGC Glass Europe. Votre profil les intéressait particulièrement ?

Oui, j’ai eu la chance de finir ma thèse un peu en avance et, un mois à peine après l’avoir soutenue, j’étais engagé chez AGC Glass Europe comme chef de projet. J’ai travaillé sur des sujets passionnants liés aux vitrages spéciaux : anti-balles, anti-explosion, vitrages-écrans, antennes intégrées dans le verre... 

AGC Logo

Après la R&D, vous avez pourtant évolué vers des fonctions plus commerciales. Pourquoi ce changement ?

Mon désir d’évolution m’a mené, après trois ans, chez Eclat Digital, filiale d’AGC Glass Europe. En tant que business developer pour un logiciel de simulation optique, j’ai renoué avec le sujet de ma thèse au cours d’une période passionnante, riche en voyages et en discussions avec des acteurs industriels de haut niveau.

Mon parcours m’a ensuite ramené au cœur du produit en devenant chef de produit pour FINEO : une nouvelle génération de vitrage isolant. Ce produit innovant allie un design ultra-fin à des performances thermiques et acoustiques exceptionnelles, et est fabriqué selon un procédé révolutionnaire ici, en Wallonie.

Mon cheminement professionnel m’a finalement amené chez AGC Plasma Technology Solutions, où la boucle est bouclée. Nous y fabriquons et commercialisons les machines qui permettent de reproduire industriellement les structures multicouches que j’observais dans la nature. Nous avons par exemple fourni les coaters pour produire les miroirs du plus grand télescope au monde, construit par l’ESO au Chili. C’est, en quelque sorte, un retour aux sources.

N’est-ce pas difficile de jongler entre une expertise scientifique pointue et le développement commercial ?

Au contraire, c’est là que je m’épanouis pleinement ! J’aime vraiment le fait que ce métier allie une dimension commerciale et de solides connaissances techniques. Je continue à voyager, à rencontrer des personnes et à découvrir des marchés que je ne connais pas. J’apprends continuellement, et cela rend le travail particulièrement stimulant.

Avez-vous une anecdote marquante de ces années de recherche sur le terrain ?

En parlant du côté aventure, nous étions partis à la « chasse aux insectes » pendant deux semaines en Bolivie, dans un endroit isolé. Le dernier soir, le gérant du camp nous a dit : « Je suis content, il n’y a pas eu de problèmes, mais cela fait deux ou trois jours qu’un gros félin tourne autour du camp ». Il ne voulait pas nous faire paniquer. Finalement, quelle chance nous avons eue de ne pas nous faire dévorer !

Insecte

Pour finir, quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui s’intéressent à la physique ?

Ce sont des études magnifiques qui permettent de contribuer à la compréhension de l’univers. Sans la physique, nous serions bien démunis pour comprendre le monde qui nous entoure. Si les physiciens n’avaient jamais étudié l’électron, rien du monde électronique moderne n’existerait.

Ce que j’ai aussi particulièrement apprécié, c’est d’avoir pu faire mes études à l’Université de Namur, une université à taille humaine. Les promotions sont petites, ce qui favorise une grande proximité avec les professeurs. On s’y sent soutenu et accompagné. Et puis, on y fait de la super science qui ouvre de nombreuses portes ! Qui ne voudrait pas, par exemple, contribuer à développer des anodes 100 % silicium pour augmenter l’autonomie des batteries ? C’est l’un des défis que nous relevons chez AGC Plasma.

AGC Glass +Europe, un leader européen en verre plat

Basé à Louvain-la-Neuve, AGC Glass Europe produit, transforme et commercialise du verre plat à destination des secteurs de la construction (vitrages extérieurs et décoration intérieure), de l’automobile et d’autres secteurs industriels (transport, énergie solaire et high-tech). Il est la branche européenne d’AGC, un leader mondial en verre plat. Employant environ 12 300 personnes, il dispose de plus de 100 sites industriels en Europe.

Pour plus d’informations : www.agc-glass.eu (site corporate), www.agc-yourglass.com (verre pour la construction), www.agc-automotive.com (verre pour l’automobile).

AGC Plasma Technology Solutions

Avec sa division AGC Plasma Technology Solutions, AGC Glass Europe s’est engagé dans champ d’activités proposant ses technologies de dépôt de couches sous vide à un large panel d’industries en dehors du monde verrier. Pour plus d’information sur les équipements et les services offerts par AGC Plasma Technology Solutions.

Cet article est tiré de la rubrique "Alumni" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41

Beau succès des chercheurs namurois lors des appels « Bourses et Mandats » et « Télévie » 2026 du F.R.S.-FNRS

Institution

Le F.R.S.-FNRS a publié ce 23 juin 2026, la liste des lauréats aux différents mandats doctorants et postdoctorants et projets Télévie (recherche axée sur le cancer). Parmi ceux-ci, de nombreux chercheurs de l'UNamur ont obtenu un financement.

Logo FNRS

Six chercheurs ont obtenu un mandat d’aspirant permettant de démarrer une thèse de doctorat : Rachel LAURON de la Faculté des Sciences ; Océane WATELET, Vera NOVAK, Camille LAMBIET, Alionka WÉRENNE ainsi que Théodore HARDY (mandat obtenu à l’ULB en cotutelle avec l’UNamur) de la Faculté de Philosophie et Lettres. 

Un très beau succès a également été obtenu par les chercheurs namurois au mandat de chargé de recherches. Ils sont sept à recevoir ce financement postdoctoral. Il s'agit d’Eleonor CELORA, Nataliya PUCHENKINA, Jérémy ARTRU et Bernardino PITOCCHELLI de la Faculté de Philosophie et Lettres ; de Romain MERTENS de la Faculté de Droit et de David TALUKDER et François WOITRIN de la Faculté d'Économie Management Communication SciencesPo (EMCP). 

Par ailleurs, deux chercheurs permanents du F.R.S.-FNRS au sein de l’UNamur se voient promus Maître de recherche : Francesca CECCHET et Yves CAUDANO tous deux membres du Département de Physique et de l’institut NISM. 

L’appel Télévie a également permis à Marc HENNEQUART d’obtenir un financement pour débuter des recherches visant à mettre en évidence les déterminants métaboliques de la réponse à la déprivation en arginine dans les cancers pancréatiques et colorectaux. 

Félicitations à eux !

 

PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur

Patrimoine, culture et sociétés
Physique et astronomie
Histoire

Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux. 

Parchemin entrée au monastère

Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques). 

« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet. 

Un triple objectif 

Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :

  • Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
  • Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
  • Proposer une datation la plus précise possible. 

C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »

Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes 

Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »

Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle

Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu. 

Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.

« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »

PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.

Des chartes et des pièces de monnaies grecques

Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux : 

  • Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
  • Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Projet Phoenix

Faites connaissance avec l’équipe 

  • Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
  • Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
  • Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
  • Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
  • Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
  • Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
  • Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
  • Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Photo d'équipe PHOENIX

Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.

Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge               

Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort). 

Phoenix - Make it 2026 - étudiants

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

cover-magazine-omalius-avril-2026

Roberta Sessoli – La fusion des sciences

Chimie
Physique et astronomie
Prix

Quel rôle peut jouer la chimie en physique quantique ? Pour répondre à cette question, les Départements de physique et de chimie ont invité la Professeure Roberta Sessoli lors d’un séminaire organisé par l’Institut NISM et la Faculté des sciences. Figure emblématique de la chimie mais aussi de la physique grâce à ses recherches sur le magnétisme moléculaire et de la physique quantique des systèmes moléculaires, Roberta Sessoli a obtenu la prestigieuse Chaire Solvay 2026 en chimie. Elle s’exprime sur son parcours et ses travaux, et adresse quelques conseils aux futures générations. 

Roberta Sessoli - Solvay chair - Chemistry - 2026
Roberta Sessoli, Université de Florence, Italie.

Vous êtes une chimiste renommée, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette voie ? 

Lors d’une journée porte ouverte à laquelle je participais, j’ai eu l’occasion d’échanger avec une professeure qui m’a convaincue de travailler dans le domaine de la chimie. D’après elle, c’était une discipline dans laquelle il y avait plus de question à poser que de réponses à donner. Je suis de nature curieuse et j’ai toujours eu une certaine fascination pour les questions ouvertes.  

Aujourd’hui, lorsque l’on me demande des conseils sur un choix d’étude, je réponds toujours très simplement : « préfères-tu résoudre des problèmes ou découvrir des problèmes ? » Pour ma part, c’est plutôt la deuxième option. 

Comment avez-vous commencé à travailler sur le magnétisme ? 

C’est en deuxième année à l’Université que j’ai commencé à m’y intéresser. J’ai eu l’occasion de travailler sur les systèmes paramagnétiques avec mon mentor, Dante Gatteschi. Ces matériaux ont la particularité de montrer une petite aimantation en présence d’aimants de telle sorte que leur aimantation est non-permanente.  

Au début de ma carrière, j’ai constaté que certaines molécules pouvaient se comporter comme des petits aimants. C’est ce que l’on appelle un « single molecule magnet » (SMM). L’intérêt de ces matériaux provient du fait que lorsqu’un champ magnétique est appliqué à ces molécules, elles peuvent s’aimanter et mettent un laps de temps très long avant de revenir à leur état d’équilibre en absence de champ magnétique, on parle de temps de relaxation lent. Cette particularité permet de stocker l’information magnétique sur une longue durée. 

Quelles sont les implications de cette découverte ? 

À l’époque, les physiciens investiguaient ce type d’effets mais travaillaient essentiellement avec des oxydes de fer qui devaient être principalement cristallins pour pouvoir observer ces effets, ce qui permet d’observer des effets. 

Les propriétés magnétiques des molécules sont essentiellement définies par leur structure chimique qui peut être modulée plus facilement que la structure des solides inorganiques. J’ai donc essayé d’attirer l’attention de différents professeurs sur cette découverte mais c’était difficile pour moi d’avoir leur intérêt car j’étais une femme, j’étais jeune et j’étais chimiste. J’ai finalement eu la chance de rencontrer le professeur Jacques Villain, un théoricien très connu de la physique française. Il s’est fasciné pour les SMM et nous avons commencé à travailler ensemble. C’est grâce à son intérêt pour mes travaux que d’autres physiciens se sont également penchés sur la question des SMM. 

Roberta Sessoli
Roberta Sessoli, séminaire de l'Institut NISM et de la Faculté des sciences de l'UNamur.

En ce moment, vous vous intéressez également à la chiralité. En quoi consiste ce phénomène et pourquoi est-il intéressant pour vos recherches ? 

Avec un projet financé par l'European Research Council (ERC), nous avons récemment commencé à travailler sur un phénomène appelé « chirality induced spin selectivity ». 

La chiralité est une propriété fondamentale d’objets qui ne sont pas superposables à leur image miroir. Une molécule chirale existe donc sous deux formes qui sont appelées énantiomères, et qui sont comme des images miroir l’une de l’autre et du coup non-superposables.  

Le spin, quant à lui, est une propriété quantique d’une particule qui procure à cette particule un moment magnétique intrinsèque et qui, de manière plus simple, la fait se comporter comme un minuscule aimant. 

Lorsque des électrons ressortent d’un milieu chiral après l’avoir traversée, leur spin est majoritairement orienté dans une direction particulière, qui dépend de l’énantiomère de la molécule utilisé pour concevoir le milieu chiral.  

C’est quelque chose de très intéressant que ce soit pour la production d'oxygène, la photosynthèse artificielle, ou même pour créer des systèmes d’électrochimie. Nous, on l’utilise pour transformer l’information de spin en signal électrique (spin-to-charge conversion). Cela permet de détecter plus facilement l’état des spins dans les molécules en observant le courant électrique. C’est l’un des objectifs principaux de notre projet ERC mais cela demande une certaine pluridisciplinarité. Pour y parvenir, nous travaillons en équipe avec quatre partenaires, regroupant physiciens et chimistes, afin de combiner toutes les expertises. 

Le fait d’être une femme a-t-il influencé votre parcours dans le monde de la recherche ? 

En début de carrière, j’ai rencontré quelques difficultés pour me faire connaître dans un domaine qui n’était pas le mien et qui était surtout dominé par les hommes. 

La seule chose qui peut nous empêcher de bâtir une belle carrière professionnelle, c’est de nous imposer une charge mentale. Certaines femmes ressentent parfois un sentiment de culpabilité lorsqu’elles sont au travail car elles ont l’impression de ne pas être présentes pour leurs enfants, ou à l’inverse de ne pas être assez présentes au travail. C’est une pression à laquelle j’ai refusé de me soumettre en plaçant dès le départ, une frontière étanche entre ces deux parties de ma vie. 

Un message pour les jeunes qui souhaiteraient se lancer dans une carrière scientifique ?  

Tout d’abord, il est important d’avoir confiance en l’avenir plutôt que d’essayer de le contrôler. L’instabilité fait partie de la vie.  Je pense notamment au jour où j’ai dû présenter ma thèse de doctorat à Rome, avec mon enfant de sept jours. Pour autant, cela ne m’a pas fait peur car je sais qu’il y a une solution à chaque problème. 

Ensuite, il ne faut pas oublier que la motivation la plus sincère, et donc la plus durable, est de suivre ses propres idées. Peu importe la reconnaissance extérieure du moment que la motivation interne bat son plein.  

Enfin, il faut être ouvert d’esprit et ne jamais craindre le changement. Que ce soit l’entourage, les outils ou les avis, tout peut évoluer. L’important c’est de rester flexible et curieux pour ne jamais se fermer de portes.  

Propos recueillis par Léa Ciparisse, UNamur, 12 février 2026. 

La Chaire Solvay Internationale en chimie

À la suite du légendaire Conseil Solvay de 1911 sur « Le rayonnement et les quanta », présidé par le lauréat du prix Nobel Hendrik Lorentz, l'Institut international Solvay de physique a été fondé par Ernest Solvay en 1912. L'Institut international Solvay de chimie a été fondé un an plus tard, en 1913. Les deux instituts ont fusionné en 1963 et sont devenus en 1970 les « Instituts internationaux Solvay de physique et de chimie ».

International Solvay Institutes Brussels

Leur mission est de soutenir et de développer la recherche motivée par la curiosité en physique, en chimie et dans les domaines connexes, dans le but « d’élargir et d’approfondir la compréhension des phénomènes naturels ». 

 « En 2025, c’était l’Année internationale des sciences et technologies quantiques. Recevoir la Chaire Solvay Internationale est une responsabilité, surtout pour moi, parce qu’il s’agit de la Chaire Solvay en chimie, et je ne me considère pas vraiment comme une « vraie » chimiste, dans le sens où je travaille un peu à l’interface entre la chimie et la physique. Mais je suis persuadée que, même si je ne travaille pas sur les grands thèmes dominants du moment — la catalyse, les batteries ou la capture du CO₂, qui sont des sujets très en vogue — il existe d’autres domaines dans lesquels la chimie peut jouer un rôle. » 

Roberta Sessoli, février 2026.

Etre chimistes ou être physicien, là est la question !

Etre à moitié chimiste et à moitié physicien, ce n’est pas habituel. Un point commun qu’a le Professeur Yoann Olivier avec son invitée.  Un challenge, certainement, mais aussi une opportunité qui s’est présentée à l’UNamur lors de son arrivée en 2019. La recherche de Yoann Olivier présente des points communs avec la recherche de Roberta Sessoli car il s’intéresse aux effets de spin dans les matériaux organique p-conjugués.

Prof Yoann Olivier

Ces recherches utilisant des méthodes de simulations numériques lui permettent d’accéder à ces propriétés à l’échelle moléculaire voire atomique. Les applications sont nombreuses, tant d’un point de vue technologique (TV OLED, écrans de smartphones), de l’énergie (cellules photovoltaïques, panneaux d’éclairage) ou de la santé (appareils de monitoring, biosenseurs) et plus récemment dans le domaine de l’information quantique (qubit moléculaire, informatique et cryptographie quantique). 

En plus d’être membre des Département de chimie et de physique, il est également membre et de l’Institut de recherche NISM, dont il a renforcé son équipe multidisciplinaire de chercheurs dans le domaine de la synthèse et de la fonctionnalisation de systèmes moléculaires et matériaux nouveaux (0 à 3D), le design de solides à architecture spécifique, les propriétés de leurs surfaces et le développement de techniques avancées pour l’étude de leurs propriétés physico-chimiques.  

Louis Dellieu : Quand la passion de la physique ouvre les portes de l’industrie

Alumni
Physique et astronomie
Biodiversité

Actuellement responsable du développement commercial pour l’Europe chez AGC Plasma Technology Solutions, Louis Dellieu est un physicien passionné qui met ses compétences scientifiques au service d’AGC Glass Europe depuis près de 10 ans. Des ailes d’insectes aux vitrages spéciaux, voyage dans un univers bio-inspiré.

Louis Dellieu

D’où vous est venue cette passion pour la physique ?

Pendant mes études secondaires, j’ai eu un professeur, Matthieu Dontaine, qui a réussi à me transmettre sa passion pour la physique. Comme j’aimais déjà les mathématiques et que je pouvais suivre ce cursus à Namur, je me suis lancé. Au début, je n’avais pas de sujet de prédilection, mais lorsque j’ai commencé les cours d’optique et de biophotonique avec le professeur Jean-Pol Vigneron, j’ai immédiatement trouvé cela passionnant.

Votre parcours semble très lié à la bio-inspiration, à l’étude de la nature. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, la bio-inspiration était une thématique très présente durant mes études à l’UNamur. J’ai trouvé formidable de découvrir des propriétés physiques incroyables directement dans la nature. Je me souviens de Socrate, le serpent dans le bureau du Professeur Vigneron. Il nous disait : « J’étudie les peaux de serpent, car elles ont des couleurs iridescentes, mais aussi parce qu’elles possèdent une structure intéressante qui leur permet de se déplacer ».

Insecte

Il nous parlait aussi du Morpho, ce grand papillon aux ailes d’un bleu métallique éclatant. Cette fascination m’a donné envie d’approfondir le sujet. Avec le Professeur Vigneron, nous sommes allés en France, au Panama et même en Bolivie pour « chasser » des cigales et des papillons afin d’étudier leurs ailes. Leur surface est constituée de couches minces successives qui interagissent avec la lumière pour créer des couleurs uniques. 

C’est ce qui vous a mené à votre sujet de thèse ?

Exactement. J’ai commencé ma thèse en 2013, en étudiant les fonctions de surface des matériaux comme l’antireflet ou l’hydrophobicité. Sous l’excellente supervision du Dr. Michaël Sarrazin et du professeur Olivier Deparis, ma thèse a permis de démontrer, en utilisant l’électrodynamique quantique, qu’en obtenant des propriétés antireflets spécifiques sur certains matériaux, on pouvait indirectement améliorer leurs propriétés de mouillage. C’était une approche assez innovante, et nous avons ensuite travaillé à démontrer ces résultats expérimentalement.

Insecte

Et à peine votre thèse terminée, vous avez été engagé chez AGC Glass Europe. Votre profil les intéressait particulièrement ?

Oui, j’ai eu la chance de finir ma thèse un peu en avance et, un mois à peine après l’avoir soutenue, j’étais engagé chez AGC Glass Europe comme chef de projet. J’ai travaillé sur des sujets passionnants liés aux vitrages spéciaux : anti-balles, anti-explosion, vitrages-écrans, antennes intégrées dans le verre... 

AGC Logo

Après la R&D, vous avez pourtant évolué vers des fonctions plus commerciales. Pourquoi ce changement ?

Mon désir d’évolution m’a mené, après trois ans, chez Eclat Digital, filiale d’AGC Glass Europe. En tant que business developer pour un logiciel de simulation optique, j’ai renoué avec le sujet de ma thèse au cours d’une période passionnante, riche en voyages et en discussions avec des acteurs industriels de haut niveau.

Mon parcours m’a ensuite ramené au cœur du produit en devenant chef de produit pour FINEO : une nouvelle génération de vitrage isolant. Ce produit innovant allie un design ultra-fin à des performances thermiques et acoustiques exceptionnelles, et est fabriqué selon un procédé révolutionnaire ici, en Wallonie.

Mon cheminement professionnel m’a finalement amené chez AGC Plasma Technology Solutions, où la boucle est bouclée. Nous y fabriquons et commercialisons les machines qui permettent de reproduire industriellement les structures multicouches que j’observais dans la nature. Nous avons par exemple fourni les coaters pour produire les miroirs du plus grand télescope au monde, construit par l’ESO au Chili. C’est, en quelque sorte, un retour aux sources.

N’est-ce pas difficile de jongler entre une expertise scientifique pointue et le développement commercial ?

Au contraire, c’est là que je m’épanouis pleinement ! J’aime vraiment le fait que ce métier allie une dimension commerciale et de solides connaissances techniques. Je continue à voyager, à rencontrer des personnes et à découvrir des marchés que je ne connais pas. J’apprends continuellement, et cela rend le travail particulièrement stimulant.

Avez-vous une anecdote marquante de ces années de recherche sur le terrain ?

En parlant du côté aventure, nous étions partis à la « chasse aux insectes » pendant deux semaines en Bolivie, dans un endroit isolé. Le dernier soir, le gérant du camp nous a dit : « Je suis content, il n’y a pas eu de problèmes, mais cela fait deux ou trois jours qu’un gros félin tourne autour du camp ». Il ne voulait pas nous faire paniquer. Finalement, quelle chance nous avons eue de ne pas nous faire dévorer !

Insecte

Pour finir, quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui s’intéressent à la physique ?

Ce sont des études magnifiques qui permettent de contribuer à la compréhension de l’univers. Sans la physique, nous serions bien démunis pour comprendre le monde qui nous entoure. Si les physiciens n’avaient jamais étudié l’électron, rien du monde électronique moderne n’existerait.

Ce que j’ai aussi particulièrement apprécié, c’est d’avoir pu faire mes études à l’Université de Namur, une université à taille humaine. Les promotions sont petites, ce qui favorise une grande proximité avec les professeurs. On s’y sent soutenu et accompagné. Et puis, on y fait de la super science qui ouvre de nombreuses portes ! Qui ne voudrait pas, par exemple, contribuer à développer des anodes 100 % silicium pour augmenter l’autonomie des batteries ? C’est l’un des défis que nous relevons chez AGC Plasma.

AGC Glass +Europe, un leader européen en verre plat

Basé à Louvain-la-Neuve, AGC Glass Europe produit, transforme et commercialise du verre plat à destination des secteurs de la construction (vitrages extérieurs et décoration intérieure), de l’automobile et d’autres secteurs industriels (transport, énergie solaire et high-tech). Il est la branche européenne d’AGC, un leader mondial en verre plat. Employant environ 12 300 personnes, il dispose de plus de 100 sites industriels en Europe.

Pour plus d’informations : www.agc-glass.eu (site corporate), www.agc-yourglass.com (verre pour la construction), www.agc-automotive.com (verre pour l’automobile).

AGC Plasma Technology Solutions

Avec sa division AGC Plasma Technology Solutions, AGC Glass Europe s’est engagé dans champ d’activités proposant ses technologies de dépôt de couches sous vide à un large panel d’industries en dehors du monde verrier. Pour plus d’information sur les équipements et les services offerts par AGC Plasma Technology Solutions.

Cet article est tiré de la rubrique "Alumni" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41

Beau succès des chercheurs namurois lors des appels « Bourses et Mandats » et « Télévie » 2026 du F.R.S.-FNRS

Institution

Le F.R.S.-FNRS a publié ce 23 juin 2026, la liste des lauréats aux différents mandats doctorants et postdoctorants et projets Télévie (recherche axée sur le cancer). Parmi ceux-ci, de nombreux chercheurs de l'UNamur ont obtenu un financement.

Logo FNRS

Six chercheurs ont obtenu un mandat d’aspirant permettant de démarrer une thèse de doctorat : Rachel LAURON de la Faculté des Sciences ; Océane WATELET, Vera NOVAK, Camille LAMBIET, Alionka WÉRENNE ainsi que Théodore HARDY (mandat obtenu à l’ULB en cotutelle avec l’UNamur) de la Faculté de Philosophie et Lettres. 

Un très beau succès a également été obtenu par les chercheurs namurois au mandat de chargé de recherches. Ils sont sept à recevoir ce financement postdoctoral. Il s'agit d’Eleonor CELORA, Nataliya PUCHENKINA, Jérémy ARTRU et Bernardino PITOCCHELLI de la Faculté de Philosophie et Lettres ; de Romain MERTENS de la Faculté de Droit et de David TALUKDER et François WOITRIN de la Faculté d'Économie Management Communication SciencesPo (EMCP). 

Par ailleurs, deux chercheurs permanents du F.R.S.-FNRS au sein de l’UNamur se voient promus Maître de recherche : Francesca CECCHET et Yves CAUDANO tous deux membres du Département de Physique et de l’institut NISM. 

L’appel Télévie a également permis à Marc HENNEQUART d’obtenir un financement pour débuter des recherches visant à mettre en évidence les déterminants métaboliques de la réponse à la déprivation en arginine dans les cancers pancréatiques et colorectaux. 

Félicitations à eux !

 

PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur

Patrimoine, culture et sociétés
Physique et astronomie
Histoire

Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux. 

Parchemin entrée au monastère

Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques). 

« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet. 

Un triple objectif 

Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :

  • Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
  • Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
  • Proposer une datation la plus précise possible. 

C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »

Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes 

Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »

Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle

Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu. 

Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.

« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »

PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.

Des chartes et des pièces de monnaies grecques

Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux : 

  • Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
  • Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Projet Phoenix

Faites connaissance avec l’équipe 

  • Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
  • Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
  • Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
  • Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
  • Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
  • Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
  • Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
  • Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
  • Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
  • Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Photo d'équipe PHOENIX

Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.

Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge               

Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort). 

Phoenix - Make it 2026 - étudiants

Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).

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