L'Institut de Recherche en Didactiques et Éducation de l’Université de Namur (IRDENa) est constitué de chercheurs issus de différentes facultés et départements de l'Université de Namur.  Ces relations transversales offrent une approche multidisciplinaire et ont pour objectif d’amplifier les synergies entre les chercheurs du monde de l’éducation et des didactiques.

Leur mission est de favoriser l’émergence de nouveaux objets et de nouvelles méthodologies de recherche, issus d’ancrages disciplinaires variés.

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Inauguration de la FaSEF

La formation à/par et dans la pratique professionnelle

Journée d'étude du 12 mai 2026

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La plateforme méthodologique pour les sciences humaines et sociales SHS Impulse propose un soutien adapté aux besoins des chercheurs et renforcer l’excellence en SHS à l’UNamur.

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Actualités

Formation continue : une carte à jouer pour l’université

Pédagogie

Le temps où l’on choisissait un métier une fois pour toutes et où l’expérience suffisait à gravir les échelons semble révolu. Désormais, se former tout au long de la vie est presque devenu une évidence. « Il y a clairement une évolution en ce sens, en particulier dans un contexte d’automatisation et d’intelligence artificielle qui rend d’autant plus importante l’acquisition de nouvelles compétences », commente Michel Ajzen, professeur au sein du Département Management à la Faculté Économie Management Communication SciencePo de l’UNamur et membre du Namur Digital Institute. « Et ce n’est pas une question de générations : qu’on ait 30, 40 ou 50 ans, ce besoin existe. » 

Formation continue

Si de nombreuses entreprises mettent en place des formations à destination de leurs salariés, il semble par ailleurs que la « responsabilité de l’employabilité » ait progressivement basculé dans le chef des travailleurs, appelés à prendre davantage en main leur carrière. « Par le passé, le patron était perçu comme responsable du développement du travailleur, voire de son épanouissement, même parfois au-delà du travail », souligne Michel Ajzen. « Mais au fil du temps, cette responsabilité de l’employabilité s’est diluée. » Une tendance renforcée par les nouveaux « scripts de carrière », fortement basés sur la mobilité. « Quand je demande aux étudiants combien d’employeurs ils pensent avoir dans leur vie, la réponse est six en moyenne », poursuit l’enseignant. « Cela veut dire qu’avant même d’entrer dans le monde professionnel, ils ont dans l’idée qu’ils passeront d’un employeur à l’autre, ce qui peut pousser à se sentir “responsable” de sa carrière et donc potentiellement à suivre des formations de sa propre initiative. » 

Tactiques de carrière

Se former d’accord, mais à quoi ? Et comment ? Comme l’analyse Michel Ajzen, ce choix relève en grande partie des « tactiques de carrière » adoptées par les travailleurs. « Selon les moments de la vie, ils pourront avoir des tactiques plutôt orientées vers l’emploi, avec l’objectif de s’assurer rapidement un travail alimentaire », explique-t-il.

 « À d’autres moments, ils auront une tactique davantage orientée vers l’employabilité, avec l’idée d’acquérir au fil du temps des connaissances qui leur permettront de passer des paliers, qu’il s’agisse de mobilité verticale — au sein d’une même entreprise — ou horizontale — vers une autre entreprise ou un autre poste. Enfin, il y a la tactique “sens” : faire une formation qui les mènera vers un travail qui leur donnera encore plus envie de se lever le matin… » 

Michel Ajzen
Michel Ajzen

Par ailleurs, les périodes de formation sont souvent perçues par les travailleurs comme une respiration : l’occasion de prendre du recul et de sortir « le nez du guidon », dans un quotidien professionnel souvent survolté. Un temps de « pause » aujourd’hui encadré par différents dispositifs. Ainsi, la loi du 3 octobre 2022 garantit aux employés du secteur privé un droit individuel à la formation, équivalent à 5 jours par an pour un temps plein. Cette formation peut être organisée par l’employeur ou laissée au libre choix des travailleurs (avec un droit de regard de l’employeur). « Certaines entreprises ne sont toutefois pas tenues de garantir ce droit à leurs travailleurs. C’est notamment le cas des entreprises qui comptent moins de dix membres du personnel », précise Charlotte Lambert, maître de conférences et spécialiste en droit social. « En droit social, il existe par ailleurs des conventions collectives de travail qui complètent la loi par secteur et peuvent prévoir davantage de jours de formation. » 

CEP et crédit-temps

Lorsqu’un travailleur souhaite suivre une formation plus conséquente — par exemple un certificat universitaire dont la durée excède le plus souvent cinq jours par an —, il peut par ailleurs recourir à d’autres dispositifs lui permettant de sécuriser tout ou partie de sa rémunération. « Le congé éducation payé ou CEP, qui est une compétence régionale, permet de suivre une formation reconnue d’au moins 32 heures, en ce compris une formation initiale », explique Charlotte Lambert. « Le travailleur conserve sa rémunération, tandis que l’employeur est indemnisé par l’ONEM. » 

L’autre option est le crédit-temps « avec motif formation » : ce dispositif régional qui existe uniquement dans le secteur privé permet de réduire ou suspendre temporairement son temps de travail sans porter atteinte à l’existence de son contrat. Dans ce cas, le travailleur reçoit directement une indemnisation de l’ONEM, sous réserve de certaines conditions d’âge et d’ancienneté. Le crédit-temps est par ailleurs limité à une durée de 36 mois. « Ces différents dispositifs ne sont pas nécessairement bien connus du public », commente Charlotte Lambert, « ce qui explique aussi que beaucoup de personnes se découragent de suivre une formation, notamment par peur de perdre leur emploi ou de devoir réduire leur temps de travail et, par conséquent, leur rémunération ». Par ailleurs, ils ne sont accessibles qu’aux travailleurs avec un statut relativement stable (CDI, CDD long…). « Des mécanismes spécifiques mais similaires existent dans le secteur public. Pour les indépendants, par contre, le recours à des congés payés ou des crédits-temps n’est pas possible. Ils doivent donc prendre eux-mêmes en charge le coût indirect de leur formation », précise encore la spécialiste en droit social. 

Les super-héros de l’horaire décalé

Face au besoin de formation des travailleurs, les universités ont bien sûr un rôle à jouer. Le décret Paysage du 7 novembre 2013 stipule ainsi qu’elles sont habilitées à organiser des formations continues validées par l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur). « Au sens décrétal, la formation continue ne concerne pas les diplômes de bachelier ou de master, mais plutôt les certificats », précise Charlotte Lambert. Ainsi, pour éviter toute méprise, les étudiants doivent savoir qu’obtenir un certificat universitaire n’équivaut pas à décrocher un grade académique et ne donne donc pas droit aux mêmes prérogatives sur le marché du travail. 

En revanche, il existe bel et bien la possibilité pour les travailleurs d’obtenir un diplôme de bachelier ou de master en horaire décalé, comme c’est le cas à la Faculté de droit de l’UNamur. « La particularité du bachelier — puis idéalement du master — universitaire, c’est qu’il s’agit d’une véritable remise à zéro », appuie Mathieu Rolain, coordinateur pédagogique de ce programme et chercheur au Centre Vulnérabilités & Sociétés (V&S) de l’Institut Transitions). « Souvent, c’est une reconversion professionnelle complète et parfois même la réalisation d’un rêve : certains ont 50 ans et vont commencer le barreau… ». En bloc 1 de la Faculté de droit en horaire décalé, on compte chaque année quelque 50 à 60 inscrits : 10 à 15 d’entre eux seront diplômés en bloc 3. « Ce sont des étudiants extrêmement solidaires, qui s’échangent leurs notes et se soutiennent quand l’un d’entre eux est en train de flancher », observe le coordinateur. 

Formation

Dans la même optique, l’UNamur a à cœur d’adapter au mieux ses dispositifs à ce public. « Beaucoup ont des responsabilités familiales et vivent parfois très loin de Namur », poursuit Mathieu Rolain. « Tous nos cours sont donc enregistrés et mis en ligne. Nous leur donnons aussi accès aux parkings du personnel, nous leur communiquons très en avance les dates d’examens… On essaie de leur montrer qu’on les soutient, qu’on les comprend. » Car pour ces adultes à la vie professionnelle et personnelle bien remplie, (re) commencer des études universitaires « en cours du soir » exige une discipline et une détermination hors du commun, de même que le soutien inconditionnel de l’entourage. « J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour eux », s’enthousiasme Mathieu Rolain. « Pour moi, ce sont des super-héros. On a eu des médecins spécialistes qui venaient après leur journée, des parents solos… Ce sont des profils très atypiques, avec des parcours brillants. C’est aussi un public très exigeant, qui vous attend au tournant, ce qui pour nous, enseignants, est très stimulant. » Car en ouvrant ses portes à un public expérimenté, le monde universitaire continue lui aussi de se former. 

L’UNamur, pionnière dans la formation continuée des enseignants

Depuis les années 80, l’Université de Namur se distingue par son expertise dans la formation continuée des enseignants, à la fois dans ses aspects didactiques et psychopédagogiques. 

« C’est la Faculté de philosophie et lettres qui avait au départ entamé ce travail pour proposer ce qu’on appelait à l’époque des “recyclages” aux professeurs de français », commente Sandrine Biémar, coordinatrice du centre de formation continuée des enseignants de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (FaSEF), enseignante et membre de l'Institut de Recherche en Didactiques et Éducation (IRDENa). « Ensuite, des formations plus générales sur les aspects psychopédagogiques ont suivi : elles ont été prises en charge initialement par le Département éducation et technologies, aujourd’hui devenu la FaSEF. De même, dans les années 90, la Faculté des sciences et la Faculté des sciences économiques ont développé leur propre centre de formation continuée des enseignants. » Ces quatre centres de formation continuée des enseignants sont désormais réunis dans la « Salle des Pros ». 

Si le décret du 17/06/2021 (Livre 6 du Code de l’enseignement) formalise les droits et devoirs des membres du personnel de l’enseignement en termes de formation continue, celle-ci est loin d’être une nouveauté pour la profession. 

« Le métier est tellement complexe, soumis à tellement de changements, notamment au niveau des programmes et des méthodes pédagogiques, qu’il est important pour l’enseignant d’inscrire son parcours dans une continuité », insiste Sandrine Biémar. « C’est pourquoi, dès la formation initiale, nous informons les étudiants de ces possibilités de formation continuée. » 

Avec pour objectif de former des « praticiens réflexifs », capables de remettre en question leurs propres pratiques pour les réguler et les faire évoluer au fil du temps.

 « Nous essayons de rapprocher le monde de la recherche du monde de la pratique : que nous puissions informer les enseignants des nouvelles études, mais qu’ils puissent aussi nous informer de ce qui se passe sur le terrain, poursuit la coordinatrice. La Salle des Pros constitue cet espace d’ouverture vers le monde. »

La Salle des Pros

La dynamique de la formation continue des enseignants à l'Université de Namur, carrefour entre recherche et terrain !

La Salle des Pros est avant tout un lieu à l’écoute des questions que les enseignants se posent dans le cadre de leur pratique.  A l'intersection entre les milieux de la pratique et de la recherche, elle traite des problématiques qui émergent du terrain par le biais de réflexions, d'échanges et de constructions communes.

Logo Salle des pros

Différenciation et langue de scolarisation

Outre les formations obligatoires et gratuites qu’elle dispense en tant qu’ « opérateur de formation » pour les enseignants, l’UNamur propose aussi plusieurs certificats autour de thématiques spécifiques. « Les enseignants viennent suivre volontairement ces certificats, en plus de leur formation obligatoire et en-dehors de leurs heures de cours, et prennent les frais à leur charge », précise Sandrine Biémar. Parmi les thématiques qui suscitent un intérêt croissant dans le monde enseignant, citons les pratiques de différenciation pédagogique. « Au quotidien, les enseignants sont face à des groupes d’élèves où chacun a des besoins différents, apprend à des rythmes différents », détaille la coordinatrice. « Or il existe toute une série de méthodologies qui permettent de tenir compte de ces différences, ce qui constitue un enjeu aujourd’hui très important, surtout avec la mise en place du tronc commun. » Les formations autour de la langue de scolarisation, centrales pour lutter contre les inégalités, se sont aussi largement développées. « Nous sensibilisons les enseignants au fait qu’ils utilisent un langage propre à l’école — "asseyez-vous", "prenez votre cahier", "analysez", "coloriez" — et que ce langage doit être explicité. Il faut dire aux élèves dans quel but on leur fait faire telle ou telle chose. » Enfin, l’IA constitue sans surprise l’une des nouvelles thématiques dans la formation continue des enseignants, mais aussi d’autres publics (managers, décideurs, etc.). Une nouvelle micro-formation universitaire en intelligence artificielle est ainsi proposée depuis début 2026.

Les atouts d'une formation à horaire décalé / adapté
  • Diplôme identique : Le diplôme décerné est le même qu'en horaire de jour.
  • Expérience valorisée : Une valorisation des acquis antérieurs est assurée.
  • Horaires : Un calendrier et des horaires adaptés à un public adulte.
  • Accès : Un campus facilement accessible, tant en train qu'en voiture.
  • Organisation : Une dizaine d’heures de cours par semaine.

Nos programmes à horaire décalé /adapté

Bacheliers

  • Droit
  • Économie et gestion
  • Informatique

Masters

  • Économie et gestion
  • Enseignement (section 4 et 5)
  • Informatique

Masters de spécialisation

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41

Former des enseignants réflexifs, autonomes et solidaires

Pédagogie

Depuis septembre 2023, la réforme de la formation initiale des enseignants (RFIE) transforme en profondeur le métier d’enseignant. Cette année, elle franchit une nouvelle étape avec le remplacement des anciens masters à finalité didactique et l'agrégation par des masters en enseignement section 4 et 5. Portée par la FaSEF (Faculté des Sciences de l’Éducation et de la Formation), en collaboration avec les Facultés des sciences et EMCP (Économie, Management, Communication et sciencesPo), la réforme s’accompagne d’un partenariat renforcé avec l’HENALLUX (Haute École de Namur-Liège-Luxembourg).

Enseignement

La RFIE trouve ses racines dans un constat préoccupant : notre système éducatif peine à remplir ses missions d’efficacité et d’équité. Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) révèlent des niveaux de compétences inférieurs à la moyenne des pays industrialisés et une incapacité chronique à compenser les inégalités sociales. Dans un contexte européen où l’éducation est pensée comme levier de développement du « capital humain », la Fédération Wallonie-Bruxelles a voulu agir. Inspirée par les objectifs de Lisbonne (2009), la réforme vise à revaloriser le métier d’enseignant, à renforcer la professionnalisation et à mieux préparer les futurs professeurs à la diversité des publics scolaires. Elle ambitionne de transformer en profondeur la culture de formation pour améliorer la réussite de tous les élèves.

Former des praticiens réflexifs et autonomes

La formation des enseignants s’organise désormais autour des âges et des besoins des élèves, des compétences à acquérir dans le cadre de l’évolution du métier et du Pacte pour un enseignement d’excellence.

Chaque programme se construit autour de six axes : formation disciplinaire, communication, se former à et par la pratique, didactique et pédagogie, sciences humaines et sociales, recherche en éducation et en didactique. 

Schéma explicatif RFIE

Les étudiants apprennent donc à articuler savoirs, pratiques et recherche pour devenir des enseignants réflexifs, capables d’évaluer leurs actions, d’ajuster leurs méthodes et de collaborer avec leurs pairs.

Diversité et différenciation au cœur de la formation

L’un des piliers de la réforme concerne la prise en compte de la diversité des élèves. « Tous n’apprennent pas de la même manière ni au même rythme », rappelle Sandrine Biémar, vice-doyenne de la FaSEF. « Nous voulons que nos enseignants soient aptes à diversifier leurs pratiques, sans tomber dans l’individualisation extrême. »
Les cours de psychologie de l’apprentissage, de sociologie de l’éducation ou encore de différenciation pédagogique permettent d’aborder la pluralité comme une richesse. « Comprendre qu’on a soi-même un style cognitif particulier », ajoute Sephora Boucenna, « c’est déjà une manière de rencontrer la diversité. Cela amène à proposer une variété de chemins d’apprentissage, plutôt que de juger l'élève incapable. »

Pour les élèves, cette évolution se traduit par des dispositifs pédagogiques plus adaptés et une meilleure compréhension de leurs besoins en vue de réduire les inégalités. L’objectif est clair : éviter le redoublement comme réponse aux difficultés, former des citoyens compétents et contribuer à une école qui retrouve son rôle d’ascenseur social.

Des stages repensés pour ancrer le métier

Autre changement majeur : les étudiants bénéficient désormais de stages plus longs, mieux encadrés et intégrés à leur parcours de formation. « Accueillir un stagiaire, ce n’est pas seulement lui ouvrir sa classe, l'observer, et l'évaluer, c'est aussi pouvoir l'accompagner », souligne Sandrine BiémarRaison pour laquelle, l’UNamur propose un certificat spécifique pour les maîtres de stages.

Ce suivi facilite la transition vers l’emploi. Les enquêtes montrent qu’entre 30 et 40 % des jeunes enseignants quittent la profession dans les cinq premières années. « En renforçant la formation à et par la pratique, nous voulons consolider leur entrée dans le métier et éviter ces décrochages », ajoute-t-elle.

Une collaboration renforcée

Assurer la continuité entre les différents niveaux d’enseignement est également un objectif central de cette réforme. « Grâce à la nouvelle structure en 5 sections (cf. illustration) », explique Sandrine Biémar, « un instituteur maternel comprend mieux ce qui se joue dans les premières années du primaire, et un professeur du secondaire perçoit la manière dont se construisent les apprentissages en amont. Cette cohérence permet d’éviter les ruptures et de renforcer la continuité du parcours des élèves. »

Pour cela, l’UNamur collabore avec l'HENALLUX au sein d’un consortium. « Universités et hautes écoles travaillaient autrefois en parallèle », rappelle Sandrine Biémar. « Désormais, nous construisons ensemble les programmes et les dispositifs pédagogiques. Même si l’UNamur a une longue tradition de formation des enseignants pour le secondaire supérieur, elle est maintenant impliquée dans la formation des enseignants de la première maternelle à la 6ème secondaire."

Un réseau éducatif cohérent

Ces collaborations s’étendent à la formation continue grâce à la Salle des Pros, structure de l’UNamur qui regroupe les centres de formation continue à destination des enseignants. 

« À travers cette réforme, nous créons un réseau d’acteurs éducatifs cohérent et durable », résume Sephora Boucenna. « En reliant formation initiale, recherche et formation continue, nous posons les bases d’une profession enseignante forte, réflexive et solidaire. » 

Cet article est tiré de la rubrique "Impact" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

28 nouveaux projets de recherche financés grâce au FNRS

Prix

Le F.R.S.-FNRS vient de publier les résultats de ses différents appels 2025. Il s’agit des appels « Crédits & Projets » et « WelCHANGE » ainsi que les appels « FRIA » (Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture) et « FRESH » (Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines) visant à soutenir des thèses de doctorat. Résultats pour l’UNamur ? 28 projets sélectionnés témoignant de la qualité et de la richesse de la recherche à l’UNamur. 

Logo FNRS

L’appel « Crédits & Projets » a permis d’obtenir 12 financements pour de nouveaux projets ambitieux. Parmi ceux-ci, notons deux financements « équipement », huit financements « crédits de recherche (CDR) », deux financements « projets de recherche (PDR) » dont un en collaboration avec l’ULB. L’appel de soutien à la recherche doctorale FRIA financera onze bourses de doctorat et l’appel FRESH, trois. 

Deux prestigieux Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) ont également été obtenus.  Ce financement de 3 ans permet de soutenir de jeunes chercheurs permanents désireux de développer un programme de recherche original et novateur en acquérant leur autonomie scientifique au sein de leur département.  

Signalons également les deux projets financés dans le cadre de l’appel « WelCHANGE » ; instrument de financement de projets de recherche ayant des impacts sociétaux potentiels, portés par une promotrice principale ou un promoteur principal relevant des Sciences Humaines et Sociales.

Les résultats en détail

Appel Equipement  

  • Xavier De Bolle, Institut Narilis, Co-promoteur en collaboration avec l’UCLouvain
  • Luca Fusaro, Institut NISM 

Appel Crédits de recherche (CDR) 

  • Marc Hennequart, Institut NARILIS
  • Nicolas Gillet, Institut NARILIS
  • Jean-Yves Matroule, Institut NARILIS
  • Patricia Renard, Institut NARILIS
  • Francesco Renzi, Institut NARILIS
  • Stéphane Vincent, Institut NISM
  • Laurence Meurant, Institut NaLTT
  • Emma-Louise Silva, Institut NaLTT  

Appel Projets de recherche (PDR) 

  • Jérémy Dodeigne, Institut Transitions, Co-promoteur en collaboration avec l’ULB
  • Luc Henrard, Institut NISM; Co-promoteur: Yoann Olivier, Institut NISM 

Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture (FRIA)

  • Emma Bongiovanni - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM
  • Simon Chabot - Promotrice : Carine Michiels, Institut Narilis ; Co-promotrice : Anne-Catherine Heuskin, Institut Narilis
  • Lee Denis - Promotrice : Muriel Lepère, Institut ILEE
  • Maé Desclez - Promoteur : Johan Yans, Institut ILEE ; Co-promoteur : Hamed Pourkhorsandi (Université de Toulouse)
  • Pierre Lombard - Promoteur : Benoît Muylkens, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Amandine Pecquet - Promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Kilian Petit - Promoteur : Henri-François Renard, Institut Narilis ; Co-promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Simon Rouxhet - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM ; Co-promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis
  • William Soulié - Promoteur : Yoann Olivier, Institut NISM
  • Elisabeth Wanlin - Promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Laura Willam - Promoteur : Frédérik De Laender, Institut ILEE 

Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines (FRESH) 

  • Louis Droussin - Promoteur : Arthur Borriello, Institut Transitions ; Co-promoteur : Vincent Jacquet, Institut Transitions
  • Nicolas Larrea Avila - Promoteur : Guilhem Cassan, Institut DeFIPP
  • Victor Sluyters – Promotrice : Wafa Hammedi, Institut NADI
  • Amandine Leboutte - Co-promotrice : Erika Wauthia (UMons) ; Co-promoteur : Cédric Vanhoolandt, Institut IRDENa.

Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) 

  • Charlotte Beaudart, Institut Narilis
  • Eli Thoré Institut ILEE 

Appel WelCHANGE  

  • Nathalie Burnay Institut Transitions, en collaboration avec l’UCLouvain
  • Catherine Guirkinger Institut DeFIPP

Félicitations à tous et toutes ! 

Université et démocratie : un lien vivant, parfois menacé

Paroles d'experts
Démocratie

Méfiance envers les institutions politiques traditionnelles et les élus, montée des logiques autoritaires, définancement des services publics… La démocratie semble aujourd’hui traverser une zone de turbulences. Dans ce contexte, quel rôle l’université joue-t-elle ? Pour éclairer cette question, nous avons rencontré quatre chercheurs issus de disciplines différentes : la pédagogue Sephora Boucenna, le philosophe Louis Carré, le politologue Vincent Jacquet, la juriste Aline Nardi. Leurs regards croisés dessinent les contours d’un enjeu plus que jamais d’actualité : penser et défendre le lien entre université et démocratie.

démocratie-visages

La démocratie n’a rien d’un concept figé. Elle fait débat, surtout aujourd’hui. Louis Carré, directeur du Département de philosophie et membre de l’Espace philosophique de Namur (Institut ESPHIN), en propose une définition en trois dimensions : un régime politique, un état de droit et une manière de faire société.

Le concept de démocratie : entre pouvoir du peuple et centralisation

« Étymologiquement, la démocratie est un régime politique qui consiste à donner le pouvoir au peuple », rappelle-t-il. « Nos démocraties occidentales reposent aujourd’hui sur l’idée que le peuple est souverain, sans pour autant gouverner directement. De là naît une tension entre la démocratie idéale et la démocratie réelle. » Vincent Jacquet, professeur au Département des sciences sociales, politiques et de la communication et président de l’Institut Transitions appuie le propos : « La démocratie est un idéal d’autogouvernement des citoyens, mais il est en tension avec des logiques plus centralisatrices, plus autoritaires. […] Nos systèmes politiques sont traversés par ces différentes tensions, avec à la fois des logiques autoritaires de plus en plus présentes, y compris chez nous, et des logiques de participation qui s’accompagnent parfois de beaucoup d’espoir et de déception aussi. »

Deuxième pilier selon Louis Carré : l’État de droit. La démocratie garantit les droits fondamentaux de tous les citoyens par la constitution. Mais là encore, gare aux paradoxes : « On pourrait en effet imaginer des lois prises par la majorité des représentants ou par un référendum, mais qui contreviennent aux droits fondamentaux », souligne le philosophe. La démocratie ne peut donc se résumer au seul principe majoritaire.

Enfin, la démocratie est également une manière de faire société. Elle repose sur un réel pluralisme : diversité des opinions, des croyances et des valeurs. « Cela suppose l’existence d’un espace public relativement autonome face au pouvoir en place qui, par moment, conteste les décisions prises par les gouvernements qui ont été élus », insiste Louis Carré.

La méfiance des citoyens vis-à-vis du politique n’est, à ce titre, pas nécessairement un symptôme de crise démocratique. Elle peut même en être un signe de vitalité, comme l’explique Vincent Jacquet : « Le fait que les citoyens soient critiques envers leur gouvernement n’est pas forcément négatif parce que, dans une démocratie, les citoyens doivent pouvoir contrôler les actions des gouvernants ».

Photo de Vincent Jacquet
Vincent Jacquet

Former les gouvernants… et les gouvernés

Dans ce contexte, quelle est la responsabilité de l’université ? Louis Carré rappelle d’abord une réalité simple : une grande partie de nos élus sont passés par les bancs de l’université. Mais sa mission d’enseignement ne s’arrête pas là. « Il s’agit de former des citoyens éclairés, pas seulement des gouvernants. Les universités doivent offrir un enseignement supérieur de qualité, ouvert au plus grand nombre », affirme-t-il.

« La démocratie suppose en effet des citoyens capables de débattre, de réfléchir, de problématiser les enjeux », complète Sephora Boucenna, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et membre de l’Institut de Recherches en Didactiques et Éducation de l’UNamur (IRDENA). Il s’agit donc de former des esprits réflexifs, aptes à interroger leur époque.

Former des enseignants réflexifs, pour des citoyens critiques

L’université forme également ceux qui, demain, éduqueront les générations futures : les enseignants. Et là encore, la démocratie est en jeu.

 « Notre mission est de former des enseignants réflexifs qui, eux-mêmes, apprendront à leurs élèves à penser de manière critique », insiste Sephora Boucenna. Cela passe par un travail en profondeur sur l’analyse de pratiques, la construction collective et l’apprentissage du débat, dès la formation initiale des enseignants jusqu'à leur formation continue. 

Sephora BOUCENNA
Sephora Boucenna

Produire et diffuser du savoir… en toute indépendance

Outre l’enseignement, l’université a également une mission de recherche et de service à la société. Elle produit des savoirs qui peuvent éclairer les politiques publiques, mais aussi les questionner. Cette fonction critique suppose une indépendance réelle vis-à-vis du politique. « Pour analyser avec lucidité les mécanismes démocratiques, y compris ceux que les gouvernements mettent en place, il faut que l’université garde sa liberté de recherche et de parole », souligne Vincent Jacquet.

 

Louis Carré va plus loin : « Comme la presse, l’université est une forme de contre-pouvoir dans l’espace public ». Il précise par ailleurs qu’« il y a une confusion entre liberté d’opinion et liberté académique. Les savoirs universitaires passent par une série de procédures de vérification, d’expérimentation, de discussion au sein de la communauté scientifique. Cela leur donne une robustesse qui n’est pas celle d’une opinion, d’une valeur, d’une croyance. » 

Louis Carré
Louis Carré

Cette fonction critique de l’université suppose donc une indépendance forte. Or, en Belgique, le financement des universités relève largement du pouvoir politique. « Celane doit pas signifier une mise sous tutelle », alerte Louis Carré. « Mener des recherches critiques, qui ne satisfont pas à court terme des commanditaires, demande une indépendance, y compris de moyens. Il faut des chercheurs en nombre qui puissent analyser différents types de dynamiques. Plus on coupera dans les finances de la recherche, comme c’est le cas aujourd’hui, moins on aura de chercheurs et donc de capacité d’analyse indépendante et de diversité des perspectives », insiste Vincent Jacquet.

Le mouvement « Université en colère », récemment lancé au sein des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entend dénoncer les effets du définancement. Ses représentants appellent à « garantir les conditions de développement d’une université ouverte, indépendante, de qualité et accessible au plus grand nombre. Face aux défis sociaux, économiques et politiques de notre temps et parce que d’autres choix de société, et donc budgétaires, sont possibles, il est plus que jamais essentiel de renforcer les institutions et les acteurs au cœur de la production du savoir. » 

Entre vigilance et engagement : un lien à réinventer

La démocratie ne se limite donc ni aux élections ni aux institutions. Elle repose sur une vigilance collective, portée par les citoyens, les savoirs… et les lieux où ces savoirs se construisent. À ce titre, l’université apparaît comme un maillon essentiel de la vitalité démocratique. À condition de rester indépendante, accessible et ouverte sur la société.

« La démocratie, ce n’est pas seulement une affaire d’institutions. C’est l’affaire de citoyens qui la font vivre et qui s’organisent pour faire valoir leurs perspectives à différents moments », insiste Vincent Jacquet. Une invitation claire à ne pas rester spectateur, mais à participer, avec lucidité et exigence, à la construction d’un avenir démocratique commun.

Une année académique, placée sous la thématique de la démocratie

Retrouvez le discours prononcé par la Rectrice Annick Castiaux lors de la Cérémonie de rentrée académique 2025-2026.

Discours de la Rectrice à la Cérémonie de rentrée académique 2025-2026

Cet article est tiré de la rubrique "Le jour où" du magazine Omalius #38 (Septembre 2025).

cover-omalius-septembre-2025

Formation continue : une carte à jouer pour l’université

Pédagogie

Le temps où l’on choisissait un métier une fois pour toutes et où l’expérience suffisait à gravir les échelons semble révolu. Désormais, se former tout au long de la vie est presque devenu une évidence. « Il y a clairement une évolution en ce sens, en particulier dans un contexte d’automatisation et d’intelligence artificielle qui rend d’autant plus importante l’acquisition de nouvelles compétences », commente Michel Ajzen, professeur au sein du Département Management à la Faculté Économie Management Communication SciencePo de l’UNamur et membre du Namur Digital Institute. « Et ce n’est pas une question de générations : qu’on ait 30, 40 ou 50 ans, ce besoin existe. » 

Formation continue

Si de nombreuses entreprises mettent en place des formations à destination de leurs salariés, il semble par ailleurs que la « responsabilité de l’employabilité » ait progressivement basculé dans le chef des travailleurs, appelés à prendre davantage en main leur carrière. « Par le passé, le patron était perçu comme responsable du développement du travailleur, voire de son épanouissement, même parfois au-delà du travail », souligne Michel Ajzen. « Mais au fil du temps, cette responsabilité de l’employabilité s’est diluée. » Une tendance renforcée par les nouveaux « scripts de carrière », fortement basés sur la mobilité. « Quand je demande aux étudiants combien d’employeurs ils pensent avoir dans leur vie, la réponse est six en moyenne », poursuit l’enseignant. « Cela veut dire qu’avant même d’entrer dans le monde professionnel, ils ont dans l’idée qu’ils passeront d’un employeur à l’autre, ce qui peut pousser à se sentir “responsable” de sa carrière et donc potentiellement à suivre des formations de sa propre initiative. » 

Tactiques de carrière

Se former d’accord, mais à quoi ? Et comment ? Comme l’analyse Michel Ajzen, ce choix relève en grande partie des « tactiques de carrière » adoptées par les travailleurs. « Selon les moments de la vie, ils pourront avoir des tactiques plutôt orientées vers l’emploi, avec l’objectif de s’assurer rapidement un travail alimentaire », explique-t-il.

 « À d’autres moments, ils auront une tactique davantage orientée vers l’employabilité, avec l’idée d’acquérir au fil du temps des connaissances qui leur permettront de passer des paliers, qu’il s’agisse de mobilité verticale — au sein d’une même entreprise — ou horizontale — vers une autre entreprise ou un autre poste. Enfin, il y a la tactique “sens” : faire une formation qui les mènera vers un travail qui leur donnera encore plus envie de se lever le matin… » 

Michel Ajzen
Michel Ajzen

Par ailleurs, les périodes de formation sont souvent perçues par les travailleurs comme une respiration : l’occasion de prendre du recul et de sortir « le nez du guidon », dans un quotidien professionnel souvent survolté. Un temps de « pause » aujourd’hui encadré par différents dispositifs. Ainsi, la loi du 3 octobre 2022 garantit aux employés du secteur privé un droit individuel à la formation, équivalent à 5 jours par an pour un temps plein. Cette formation peut être organisée par l’employeur ou laissée au libre choix des travailleurs (avec un droit de regard de l’employeur). « Certaines entreprises ne sont toutefois pas tenues de garantir ce droit à leurs travailleurs. C’est notamment le cas des entreprises qui comptent moins de dix membres du personnel », précise Charlotte Lambert, maître de conférences et spécialiste en droit social. « En droit social, il existe par ailleurs des conventions collectives de travail qui complètent la loi par secteur et peuvent prévoir davantage de jours de formation. » 

CEP et crédit-temps

Lorsqu’un travailleur souhaite suivre une formation plus conséquente — par exemple un certificat universitaire dont la durée excède le plus souvent cinq jours par an —, il peut par ailleurs recourir à d’autres dispositifs lui permettant de sécuriser tout ou partie de sa rémunération. « Le congé éducation payé ou CEP, qui est une compétence régionale, permet de suivre une formation reconnue d’au moins 32 heures, en ce compris une formation initiale », explique Charlotte Lambert. « Le travailleur conserve sa rémunération, tandis que l’employeur est indemnisé par l’ONEM. » 

L’autre option est le crédit-temps « avec motif formation » : ce dispositif régional qui existe uniquement dans le secteur privé permet de réduire ou suspendre temporairement son temps de travail sans porter atteinte à l’existence de son contrat. Dans ce cas, le travailleur reçoit directement une indemnisation de l’ONEM, sous réserve de certaines conditions d’âge et d’ancienneté. Le crédit-temps est par ailleurs limité à une durée de 36 mois. « Ces différents dispositifs ne sont pas nécessairement bien connus du public », commente Charlotte Lambert, « ce qui explique aussi que beaucoup de personnes se découragent de suivre une formation, notamment par peur de perdre leur emploi ou de devoir réduire leur temps de travail et, par conséquent, leur rémunération ». Par ailleurs, ils ne sont accessibles qu’aux travailleurs avec un statut relativement stable (CDI, CDD long…). « Des mécanismes spécifiques mais similaires existent dans le secteur public. Pour les indépendants, par contre, le recours à des congés payés ou des crédits-temps n’est pas possible. Ils doivent donc prendre eux-mêmes en charge le coût indirect de leur formation », précise encore la spécialiste en droit social. 

Les super-héros de l’horaire décalé

Face au besoin de formation des travailleurs, les universités ont bien sûr un rôle à jouer. Le décret Paysage du 7 novembre 2013 stipule ainsi qu’elles sont habilitées à organiser des formations continues validées par l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur). « Au sens décrétal, la formation continue ne concerne pas les diplômes de bachelier ou de master, mais plutôt les certificats », précise Charlotte Lambert. Ainsi, pour éviter toute méprise, les étudiants doivent savoir qu’obtenir un certificat universitaire n’équivaut pas à décrocher un grade académique et ne donne donc pas droit aux mêmes prérogatives sur le marché du travail. 

En revanche, il existe bel et bien la possibilité pour les travailleurs d’obtenir un diplôme de bachelier ou de master en horaire décalé, comme c’est le cas à la Faculté de droit de l’UNamur. « La particularité du bachelier — puis idéalement du master — universitaire, c’est qu’il s’agit d’une véritable remise à zéro », appuie Mathieu Rolain, coordinateur pédagogique de ce programme et chercheur au Centre Vulnérabilités & Sociétés (V&S) de l’Institut Transitions). « Souvent, c’est une reconversion professionnelle complète et parfois même la réalisation d’un rêve : certains ont 50 ans et vont commencer le barreau… ». En bloc 1 de la Faculté de droit en horaire décalé, on compte chaque année quelque 50 à 60 inscrits : 10 à 15 d’entre eux seront diplômés en bloc 3. « Ce sont des étudiants extrêmement solidaires, qui s’échangent leurs notes et se soutiennent quand l’un d’entre eux est en train de flancher », observe le coordinateur. 

Formation

Dans la même optique, l’UNamur a à cœur d’adapter au mieux ses dispositifs à ce public. « Beaucoup ont des responsabilités familiales et vivent parfois très loin de Namur », poursuit Mathieu Rolain. « Tous nos cours sont donc enregistrés et mis en ligne. Nous leur donnons aussi accès aux parkings du personnel, nous leur communiquons très en avance les dates d’examens… On essaie de leur montrer qu’on les soutient, qu’on les comprend. » Car pour ces adultes à la vie professionnelle et personnelle bien remplie, (re) commencer des études universitaires « en cours du soir » exige une discipline et une détermination hors du commun, de même que le soutien inconditionnel de l’entourage. « J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour eux », s’enthousiasme Mathieu Rolain. « Pour moi, ce sont des super-héros. On a eu des médecins spécialistes qui venaient après leur journée, des parents solos… Ce sont des profils très atypiques, avec des parcours brillants. C’est aussi un public très exigeant, qui vous attend au tournant, ce qui pour nous, enseignants, est très stimulant. » Car en ouvrant ses portes à un public expérimenté, le monde universitaire continue lui aussi de se former. 

L’UNamur, pionnière dans la formation continuée des enseignants

Depuis les années 80, l’Université de Namur se distingue par son expertise dans la formation continuée des enseignants, à la fois dans ses aspects didactiques et psychopédagogiques. 

« C’est la Faculté de philosophie et lettres qui avait au départ entamé ce travail pour proposer ce qu’on appelait à l’époque des “recyclages” aux professeurs de français », commente Sandrine Biémar, coordinatrice du centre de formation continuée des enseignants de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (FaSEF), enseignante et membre de l'Institut de Recherche en Didactiques et Éducation (IRDENa). « Ensuite, des formations plus générales sur les aspects psychopédagogiques ont suivi : elles ont été prises en charge initialement par le Département éducation et technologies, aujourd’hui devenu la FaSEF. De même, dans les années 90, la Faculté des sciences et la Faculté des sciences économiques ont développé leur propre centre de formation continuée des enseignants. » Ces quatre centres de formation continuée des enseignants sont désormais réunis dans la « Salle des Pros ». 

Si le décret du 17/06/2021 (Livre 6 du Code de l’enseignement) formalise les droits et devoirs des membres du personnel de l’enseignement en termes de formation continue, celle-ci est loin d’être une nouveauté pour la profession. 

« Le métier est tellement complexe, soumis à tellement de changements, notamment au niveau des programmes et des méthodes pédagogiques, qu’il est important pour l’enseignant d’inscrire son parcours dans une continuité », insiste Sandrine Biémar. « C’est pourquoi, dès la formation initiale, nous informons les étudiants de ces possibilités de formation continuée. » 

Avec pour objectif de former des « praticiens réflexifs », capables de remettre en question leurs propres pratiques pour les réguler et les faire évoluer au fil du temps.

 « Nous essayons de rapprocher le monde de la recherche du monde de la pratique : que nous puissions informer les enseignants des nouvelles études, mais qu’ils puissent aussi nous informer de ce qui se passe sur le terrain, poursuit la coordinatrice. La Salle des Pros constitue cet espace d’ouverture vers le monde. »

La Salle des Pros

La dynamique de la formation continue des enseignants à l'Université de Namur, carrefour entre recherche et terrain !

La Salle des Pros est avant tout un lieu à l’écoute des questions que les enseignants se posent dans le cadre de leur pratique.  A l'intersection entre les milieux de la pratique et de la recherche, elle traite des problématiques qui émergent du terrain par le biais de réflexions, d'échanges et de constructions communes.

Logo Salle des pros

Différenciation et langue de scolarisation

Outre les formations obligatoires et gratuites qu’elle dispense en tant qu’ « opérateur de formation » pour les enseignants, l’UNamur propose aussi plusieurs certificats autour de thématiques spécifiques. « Les enseignants viennent suivre volontairement ces certificats, en plus de leur formation obligatoire et en-dehors de leurs heures de cours, et prennent les frais à leur charge », précise Sandrine Biémar. Parmi les thématiques qui suscitent un intérêt croissant dans le monde enseignant, citons les pratiques de différenciation pédagogique. « Au quotidien, les enseignants sont face à des groupes d’élèves où chacun a des besoins différents, apprend à des rythmes différents », détaille la coordinatrice. « Or il existe toute une série de méthodologies qui permettent de tenir compte de ces différences, ce qui constitue un enjeu aujourd’hui très important, surtout avec la mise en place du tronc commun. » Les formations autour de la langue de scolarisation, centrales pour lutter contre les inégalités, se sont aussi largement développées. « Nous sensibilisons les enseignants au fait qu’ils utilisent un langage propre à l’école — "asseyez-vous", "prenez votre cahier", "analysez", "coloriez" — et que ce langage doit être explicité. Il faut dire aux élèves dans quel but on leur fait faire telle ou telle chose. » Enfin, l’IA constitue sans surprise l’une des nouvelles thématiques dans la formation continue des enseignants, mais aussi d’autres publics (managers, décideurs, etc.). Une nouvelle micro-formation universitaire en intelligence artificielle est ainsi proposée depuis début 2026.

Les atouts d'une formation à horaire décalé / adapté
  • Diplôme identique : Le diplôme décerné est le même qu'en horaire de jour.
  • Expérience valorisée : Une valorisation des acquis antérieurs est assurée.
  • Horaires : Un calendrier et des horaires adaptés à un public adulte.
  • Accès : Un campus facilement accessible, tant en train qu'en voiture.
  • Organisation : Une dizaine d’heures de cours par semaine.

Nos programmes à horaire décalé /adapté

Bacheliers

  • Droit
  • Économie et gestion
  • Informatique

Masters

  • Économie et gestion
  • Enseignement (section 4 et 5)
  • Informatique

Masters de spécialisation

Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).

Omalius 41

Former des enseignants réflexifs, autonomes et solidaires

Pédagogie

Depuis septembre 2023, la réforme de la formation initiale des enseignants (RFIE) transforme en profondeur le métier d’enseignant. Cette année, elle franchit une nouvelle étape avec le remplacement des anciens masters à finalité didactique et l'agrégation par des masters en enseignement section 4 et 5. Portée par la FaSEF (Faculté des Sciences de l’Éducation et de la Formation), en collaboration avec les Facultés des sciences et EMCP (Économie, Management, Communication et sciencesPo), la réforme s’accompagne d’un partenariat renforcé avec l’HENALLUX (Haute École de Namur-Liège-Luxembourg).

Enseignement

La RFIE trouve ses racines dans un constat préoccupant : notre système éducatif peine à remplir ses missions d’efficacité et d’équité. Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) révèlent des niveaux de compétences inférieurs à la moyenne des pays industrialisés et une incapacité chronique à compenser les inégalités sociales. Dans un contexte européen où l’éducation est pensée comme levier de développement du « capital humain », la Fédération Wallonie-Bruxelles a voulu agir. Inspirée par les objectifs de Lisbonne (2009), la réforme vise à revaloriser le métier d’enseignant, à renforcer la professionnalisation et à mieux préparer les futurs professeurs à la diversité des publics scolaires. Elle ambitionne de transformer en profondeur la culture de formation pour améliorer la réussite de tous les élèves.

Former des praticiens réflexifs et autonomes

La formation des enseignants s’organise désormais autour des âges et des besoins des élèves, des compétences à acquérir dans le cadre de l’évolution du métier et du Pacte pour un enseignement d’excellence.

Chaque programme se construit autour de six axes : formation disciplinaire, communication, se former à et par la pratique, didactique et pédagogie, sciences humaines et sociales, recherche en éducation et en didactique. 

Schéma explicatif RFIE

Les étudiants apprennent donc à articuler savoirs, pratiques et recherche pour devenir des enseignants réflexifs, capables d’évaluer leurs actions, d’ajuster leurs méthodes et de collaborer avec leurs pairs.

Diversité et différenciation au cœur de la formation

L’un des piliers de la réforme concerne la prise en compte de la diversité des élèves. « Tous n’apprennent pas de la même manière ni au même rythme », rappelle Sandrine Biémar, vice-doyenne de la FaSEF. « Nous voulons que nos enseignants soient aptes à diversifier leurs pratiques, sans tomber dans l’individualisation extrême. »
Les cours de psychologie de l’apprentissage, de sociologie de l’éducation ou encore de différenciation pédagogique permettent d’aborder la pluralité comme une richesse. « Comprendre qu’on a soi-même un style cognitif particulier », ajoute Sephora Boucenna, « c’est déjà une manière de rencontrer la diversité. Cela amène à proposer une variété de chemins d’apprentissage, plutôt que de juger l'élève incapable. »

Pour les élèves, cette évolution se traduit par des dispositifs pédagogiques plus adaptés et une meilleure compréhension de leurs besoins en vue de réduire les inégalités. L’objectif est clair : éviter le redoublement comme réponse aux difficultés, former des citoyens compétents et contribuer à une école qui retrouve son rôle d’ascenseur social.

Des stages repensés pour ancrer le métier

Autre changement majeur : les étudiants bénéficient désormais de stages plus longs, mieux encadrés et intégrés à leur parcours de formation. « Accueillir un stagiaire, ce n’est pas seulement lui ouvrir sa classe, l'observer, et l'évaluer, c'est aussi pouvoir l'accompagner », souligne Sandrine BiémarRaison pour laquelle, l’UNamur propose un certificat spécifique pour les maîtres de stages.

Ce suivi facilite la transition vers l’emploi. Les enquêtes montrent qu’entre 30 et 40 % des jeunes enseignants quittent la profession dans les cinq premières années. « En renforçant la formation à et par la pratique, nous voulons consolider leur entrée dans le métier et éviter ces décrochages », ajoute-t-elle.

Une collaboration renforcée

Assurer la continuité entre les différents niveaux d’enseignement est également un objectif central de cette réforme. « Grâce à la nouvelle structure en 5 sections (cf. illustration) », explique Sandrine Biémar, « un instituteur maternel comprend mieux ce qui se joue dans les premières années du primaire, et un professeur du secondaire perçoit la manière dont se construisent les apprentissages en amont. Cette cohérence permet d’éviter les ruptures et de renforcer la continuité du parcours des élèves. »

Pour cela, l’UNamur collabore avec l'HENALLUX au sein d’un consortium. « Universités et hautes écoles travaillaient autrefois en parallèle », rappelle Sandrine Biémar. « Désormais, nous construisons ensemble les programmes et les dispositifs pédagogiques. Même si l’UNamur a une longue tradition de formation des enseignants pour le secondaire supérieur, elle est maintenant impliquée dans la formation des enseignants de la première maternelle à la 6ème secondaire."

Un réseau éducatif cohérent

Ces collaborations s’étendent à la formation continue grâce à la Salle des Pros, structure de l’UNamur qui regroupe les centres de formation continue à destination des enseignants. 

« À travers cette réforme, nous créons un réseau d’acteurs éducatifs cohérent et durable », résume Sephora Boucenna. « En reliant formation initiale, recherche et formation continue, nous posons les bases d’une profession enseignante forte, réflexive et solidaire. » 

Cet article est tiré de la rubrique "Impact" du magazine Omalius #39 (Décembre 2025).

 

Cover Omalius décembre 2025

28 nouveaux projets de recherche financés grâce au FNRS

Prix

Le F.R.S.-FNRS vient de publier les résultats de ses différents appels 2025. Il s’agit des appels « Crédits & Projets » et « WelCHANGE » ainsi que les appels « FRIA » (Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture) et « FRESH » (Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines) visant à soutenir des thèses de doctorat. Résultats pour l’UNamur ? 28 projets sélectionnés témoignant de la qualité et de la richesse de la recherche à l’UNamur. 

Logo FNRS

L’appel « Crédits & Projets » a permis d’obtenir 12 financements pour de nouveaux projets ambitieux. Parmi ceux-ci, notons deux financements « équipement », huit financements « crédits de recherche (CDR) », deux financements « projets de recherche (PDR) » dont un en collaboration avec l’ULB. L’appel de soutien à la recherche doctorale FRIA financera onze bourses de doctorat et l’appel FRESH, trois. 

Deux prestigieux Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) ont également été obtenus.  Ce financement de 3 ans permet de soutenir de jeunes chercheurs permanents désireux de développer un programme de recherche original et novateur en acquérant leur autonomie scientifique au sein de leur département.  

Signalons également les deux projets financés dans le cadre de l’appel « WelCHANGE » ; instrument de financement de projets de recherche ayant des impacts sociétaux potentiels, portés par une promotrice principale ou un promoteur principal relevant des Sciences Humaines et Sociales.

Les résultats en détail

Appel Equipement  

  • Xavier De Bolle, Institut Narilis, Co-promoteur en collaboration avec l’UCLouvain
  • Luca Fusaro, Institut NISM 

Appel Crédits de recherche (CDR) 

  • Marc Hennequart, Institut NARILIS
  • Nicolas Gillet, Institut NARILIS
  • Jean-Yves Matroule, Institut NARILIS
  • Patricia Renard, Institut NARILIS
  • Francesco Renzi, Institut NARILIS
  • Stéphane Vincent, Institut NISM
  • Laurence Meurant, Institut NaLTT
  • Emma-Louise Silva, Institut NaLTT  

Appel Projets de recherche (PDR) 

  • Jérémy Dodeigne, Institut Transitions, Co-promoteur en collaboration avec l’ULB
  • Luc Henrard, Institut NISM; Co-promoteur: Yoann Olivier, Institut NISM 

Fonds pour la formation à la Recherche dans l’Industrie et dans l’Agriculture (FRIA)

  • Emma Bongiovanni - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM
  • Simon Chabot - Promotrice : Carine Michiels, Institut Narilis ; Co-promotrice : Anne-Catherine Heuskin, Institut Narilis
  • Lee Denis - Promotrice : Muriel Lepère, Institut ILEE
  • Maé Desclez - Promoteur : Johan Yans, Institut ILEE ; Co-promoteur : Hamed Pourkhorsandi (Université de Toulouse)
  • Pierre Lombard - Promoteur : Benoît Muylkens, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Amandine Pecquet - Promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis ; Co-promoteur : Damien Coupeau, Institut Narilis
  • Kilian Petit - Promoteur : Henri-François Renard, Institut Narilis ; Co-promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Simon Rouxhet - Promotrice : Catherine Michaux, Institut NISM ; Co-promoteur : Nicolas Gillet, Institut Narilis
  • William Soulié - Promoteur : Yoann Olivier, Institut NISM
  • Elisabeth Wanlin - Promoteur : Xavier De Bolle, Institut Narilis
  • Laura Willam - Promoteur : Frédérik De Laender, Institut ILEE 

Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines (FRESH) 

  • Louis Droussin - Promoteur : Arthur Borriello, Institut Transitions ; Co-promoteur : Vincent Jacquet, Institut Transitions
  • Nicolas Larrea Avila - Promoteur : Guilhem Cassan, Institut DeFIPP
  • Victor Sluyters – Promotrice : Wafa Hammedi, Institut NADI
  • Amandine Leboutte - Co-promotrice : Erika Wauthia (UMons) ; Co-promoteur : Cédric Vanhoolandt, Institut IRDENa.

Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) 

  • Charlotte Beaudart, Institut Narilis
  • Eli Thoré Institut ILEE 

Appel WelCHANGE  

  • Nathalie Burnay Institut Transitions, en collaboration avec l’UCLouvain
  • Catherine Guirkinger Institut DeFIPP

Félicitations à tous et toutes ! 

Université et démocratie : un lien vivant, parfois menacé

Paroles d'experts
Démocratie

Méfiance envers les institutions politiques traditionnelles et les élus, montée des logiques autoritaires, définancement des services publics… La démocratie semble aujourd’hui traverser une zone de turbulences. Dans ce contexte, quel rôle l’université joue-t-elle ? Pour éclairer cette question, nous avons rencontré quatre chercheurs issus de disciplines différentes : la pédagogue Sephora Boucenna, le philosophe Louis Carré, le politologue Vincent Jacquet, la juriste Aline Nardi. Leurs regards croisés dessinent les contours d’un enjeu plus que jamais d’actualité : penser et défendre le lien entre université et démocratie.

démocratie-visages

La démocratie n’a rien d’un concept figé. Elle fait débat, surtout aujourd’hui. Louis Carré, directeur du Département de philosophie et membre de l’Espace philosophique de Namur (Institut ESPHIN), en propose une définition en trois dimensions : un régime politique, un état de droit et une manière de faire société.

Le concept de démocratie : entre pouvoir du peuple et centralisation

« Étymologiquement, la démocratie est un régime politique qui consiste à donner le pouvoir au peuple », rappelle-t-il. « Nos démocraties occidentales reposent aujourd’hui sur l’idée que le peuple est souverain, sans pour autant gouverner directement. De là naît une tension entre la démocratie idéale et la démocratie réelle. » Vincent Jacquet, professeur au Département des sciences sociales, politiques et de la communication et président de l’Institut Transitions appuie le propos : « La démocratie est un idéal d’autogouvernement des citoyens, mais il est en tension avec des logiques plus centralisatrices, plus autoritaires. […] Nos systèmes politiques sont traversés par ces différentes tensions, avec à la fois des logiques autoritaires de plus en plus présentes, y compris chez nous, et des logiques de participation qui s’accompagnent parfois de beaucoup d’espoir et de déception aussi. »

Deuxième pilier selon Louis Carré : l’État de droit. La démocratie garantit les droits fondamentaux de tous les citoyens par la constitution. Mais là encore, gare aux paradoxes : « On pourrait en effet imaginer des lois prises par la majorité des représentants ou par un référendum, mais qui contreviennent aux droits fondamentaux », souligne le philosophe. La démocratie ne peut donc se résumer au seul principe majoritaire.

Enfin, la démocratie est également une manière de faire société. Elle repose sur un réel pluralisme : diversité des opinions, des croyances et des valeurs. « Cela suppose l’existence d’un espace public relativement autonome face au pouvoir en place qui, par moment, conteste les décisions prises par les gouvernements qui ont été élus », insiste Louis Carré.

La méfiance des citoyens vis-à-vis du politique n’est, à ce titre, pas nécessairement un symptôme de crise démocratique. Elle peut même en être un signe de vitalité, comme l’explique Vincent Jacquet : « Le fait que les citoyens soient critiques envers leur gouvernement n’est pas forcément négatif parce que, dans une démocratie, les citoyens doivent pouvoir contrôler les actions des gouvernants ».

Photo de Vincent Jacquet
Vincent Jacquet

Former les gouvernants… et les gouvernés

Dans ce contexte, quelle est la responsabilité de l’université ? Louis Carré rappelle d’abord une réalité simple : une grande partie de nos élus sont passés par les bancs de l’université. Mais sa mission d’enseignement ne s’arrête pas là. « Il s’agit de former des citoyens éclairés, pas seulement des gouvernants. Les universités doivent offrir un enseignement supérieur de qualité, ouvert au plus grand nombre », affirme-t-il.

« La démocratie suppose en effet des citoyens capables de débattre, de réfléchir, de problématiser les enjeux », complète Sephora Boucenna, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et membre de l’Institut de Recherches en Didactiques et Éducation de l’UNamur (IRDENA). Il s’agit donc de former des esprits réflexifs, aptes à interroger leur époque.

Former des enseignants réflexifs, pour des citoyens critiques

L’université forme également ceux qui, demain, éduqueront les générations futures : les enseignants. Et là encore, la démocratie est en jeu.

 « Notre mission est de former des enseignants réflexifs qui, eux-mêmes, apprendront à leurs élèves à penser de manière critique », insiste Sephora Boucenna. Cela passe par un travail en profondeur sur l’analyse de pratiques, la construction collective et l’apprentissage du débat, dès la formation initiale des enseignants jusqu'à leur formation continue. 

Sephora BOUCENNA
Sephora Boucenna

Produire et diffuser du savoir… en toute indépendance

Outre l’enseignement, l’université a également une mission de recherche et de service à la société. Elle produit des savoirs qui peuvent éclairer les politiques publiques, mais aussi les questionner. Cette fonction critique suppose une indépendance réelle vis-à-vis du politique. « Pour analyser avec lucidité les mécanismes démocratiques, y compris ceux que les gouvernements mettent en place, il faut que l’université garde sa liberté de recherche et de parole », souligne Vincent Jacquet.

 

Louis Carré va plus loin : « Comme la presse, l’université est une forme de contre-pouvoir dans l’espace public ». Il précise par ailleurs qu’« il y a une confusion entre liberté d’opinion et liberté académique. Les savoirs universitaires passent par une série de procédures de vérification, d’expérimentation, de discussion au sein de la communauté scientifique. Cela leur donne une robustesse qui n’est pas celle d’une opinion, d’une valeur, d’une croyance. » 

Louis Carré
Louis Carré

Cette fonction critique de l’université suppose donc une indépendance forte. Or, en Belgique, le financement des universités relève largement du pouvoir politique. « Celane doit pas signifier une mise sous tutelle », alerte Louis Carré. « Mener des recherches critiques, qui ne satisfont pas à court terme des commanditaires, demande une indépendance, y compris de moyens. Il faut des chercheurs en nombre qui puissent analyser différents types de dynamiques. Plus on coupera dans les finances de la recherche, comme c’est le cas aujourd’hui, moins on aura de chercheurs et donc de capacité d’analyse indépendante et de diversité des perspectives », insiste Vincent Jacquet.

Le mouvement « Université en colère », récemment lancé au sein des universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entend dénoncer les effets du définancement. Ses représentants appellent à « garantir les conditions de développement d’une université ouverte, indépendante, de qualité et accessible au plus grand nombre. Face aux défis sociaux, économiques et politiques de notre temps et parce que d’autres choix de société, et donc budgétaires, sont possibles, il est plus que jamais essentiel de renforcer les institutions et les acteurs au cœur de la production du savoir. » 

Entre vigilance et engagement : un lien à réinventer

La démocratie ne se limite donc ni aux élections ni aux institutions. Elle repose sur une vigilance collective, portée par les citoyens, les savoirs… et les lieux où ces savoirs se construisent. À ce titre, l’université apparaît comme un maillon essentiel de la vitalité démocratique. À condition de rester indépendante, accessible et ouverte sur la société.

« La démocratie, ce n’est pas seulement une affaire d’institutions. C’est l’affaire de citoyens qui la font vivre et qui s’organisent pour faire valoir leurs perspectives à différents moments », insiste Vincent Jacquet. Une invitation claire à ne pas rester spectateur, mais à participer, avec lucidité et exigence, à la construction d’un avenir démocratique commun.

Une année académique, placée sous la thématique de la démocratie

Retrouvez le discours prononcé par la Rectrice Annick Castiaux lors de la Cérémonie de rentrée académique 2025-2026.

Discours de la Rectrice à la Cérémonie de rentrée académique 2025-2026

Cet article est tiré de la rubrique "Le jour où" du magazine Omalius #38 (Septembre 2025).

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