La Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP) a accueilli de nombreux événements au cours de son histoire. Retour en images sur quelques moments marquants de notre Faculté.
Les 60 ans de la Faculté
En octobre 2022, la Faculté fêtait ses 60 ans. Pour marquer cet anniversaire, la Faculté a organisé deux grands événements qui ont donné à tous l’occasion de se retrouver et de partager parcours, expériences, talents et souvenirs !
Le 13 octobre, une conférence-débat autour de la thématique « Nouveaux rythmes scolaires : A l’Université aussi ? » en présence de la Ministre de l’enseignement supérieur et de représentants de partis. Le débat a été modéré par Béatrice Delvaux (Editorialiste en chef, Le Soir). La conférence-débat en intégralité est disponible sur Youtube.
Le 15 octobre, une soirée anniversaire autour du thème « La Faculté a des talents ». Anciens, professeurs, chercheurs et étudiants ont confronté leurs talents à l'aune des défis d’aujourd'hui et de demain: entrepreneuriat, développement durable, transition digitale et pédagogies innovantes ont été au menu d'une séance académique haute en couleur. La séance académique a été suivie par une soirée festive et conviviale autour d'un cocktail, d'un repas et d'un after-dinner. Toutes les photos de l'événement sont disponibles sur la photothèque.
Découvrez la vidéo souvenir de l'événement ici :
Cérémonie de diplomation en bachelier
Le 16 février 2024 a eu lieu la cérémonie de remise des diplômes des programmes de bachelier en information et communication, en Ingénieur de gestion, en sciences économiques et de gestion et en sciences politiques. Cette cérémonie a été suivie d’un verre de l’amitié, servi par le Cercle des étudiants, rassemblant les diplômés, leurs proches et les membres du personnel de la Faculté. Cette cérémonie a marqué le couronnement de plusieurs années d’efforts et de partage, tant pour les étudiants et leurs proches que pour les membres du personnel.
Colloque "Réformer la Belgique"
Le 10 octobre 2023, un colloque autour du thème « Faut-il réformer la Belgique » a été organisé à la Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP). Celui-ci proposait différents panels et également un débat politique entre les représentants des six partis de la Fédération Wallonie Bruxelles et animé par Arnaud Ruyssen (RTBF).
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George Akerlof : l'économiste qui a remis l'humain au cœur de l'économie
George Akerlof : l'économiste qui a remis l'humain au cœur de l'économie
Tout a commencé lorsqu'un garçon de onze ans a vu son père perdre son emploi. Cette expérience a conduit George Akerlof à s'interroger sur le chômage, puis sur le fonctionnement des marchés, les normes sociales et l'identité. Lauréat du prix Nobel d'économie en 2001, il n'a jamais cessé de défendre une idée simple, mais tellement pertinente : pour comprendre l'économie, il faut d'abord comprendre les personnes qui la font vivre.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir économiste ?
L'événement décisif fut probablement la perte d'emploi de mon père lorsque j'avais onze ans. J'ai commencé à réfléchir aux conséquences du chômage : lorsqu'une famille perd son revenu, elle réduit ses dépenses, ce qui affecte d'autres familles à leur tour. Très tôt, je me suis demandé pourquoi le chômage existait alors que les modèles économiques semblaient prédire que les marchés devraient s'équilibrer.
L'économie était-elle avant tout une discipline intellectuelle pour vous ?
Pas vraiment. Mon intérêt venait surtout des problèmes humains. J'étais préoccupé par le chômage, mais aussi par les inégalités sociales et raciales. Je voulais comprendre ces phénomènes et contribuer, à ma manière, à leur résolution. Pour moi, l'économie n'a jamais été uniquement une affaire de chiffres ou de modèles. Elle devait permettre de mieux comprendre les difficultés auxquelles les individus sont confrontés dans leur vie quotidienne.
Vos études de mathématiques ont-elles influencé votre manière de faire de la recherche ?
Oui. Pendant mes études, j'ai suivi un cours de topologie qui m'a profondément marqué. Le professeur insistait sur une idée simple : avant de s'intéresser aux détails, il faut comprendre la structure générale d'un problème. Cette leçon m'a accompagné toute ma vie. J'ai toujours essayé de commencer par les grandes questions avant de chercher les outils permettant d'y répondre.
Vous avez souvent affirmé que l'économie devait dialoguer avec les autres sciences sociales. Pourquoi ?
Parce que les comportements économiques sont influencés par les croyances, les institutions, les normes sociales et la manière dont les individus se perçoivent eux-mêmes. Les modèles économiques sont utiles, mais ils ne suffisent pas à expliquer toute la réalité. Pour comprendre les décisions des personnes, il faut parfois regarder du côté de la psychologie, de la sociologie ou de l'histoire.
Votre séjour en Inde a-t-il joué un rôle important dans cette prise de conscience ?
Oui, profondément. Mon année en Inde a probablement été l'expérience la plus importante de mon parcours intellectuel. J'y ai découvert que le développement économique ne pouvait pas être réduit à une question de capital ou de travail. Les croyances, les institutions, les traditions et les interactions sociales jouaient un rôle essentiel. J'en ai retiré la conviction qu'une économie ne peut être comprise sans comprendre les personnes qui la composent.
Votre article The Market for Lemons a changé la manière dont les économistes voient les marchés. Quelle était l'idée centrale ?
Que l'information n'est pas répartie de façon égale entre les acteurs. Le vendeur en sait souvent davantage que l'acheteur. Cette asymétrie peut conduire à des dysfonctionnements importants et empêcher les marchés de fonctionner comme les modèles classiques le prévoient. Je ne m'attendais pas à ce que cette idée ait un tel impact. Pourtant, elle s'est révélée applicable à de nombreux domaines, de la finance à l'assurance en passant par le marché du travail.
Vous vous êtes ensuite intéressé aux normes sociales et aux équilibres multiples. Pourquoi ?
Certaines situations persistent simplement parce que chacun s'attend à ce que rien ne change. Les croyances collectives influencent les comportements, et les comportements renforcent ces croyances. Une société peut ainsi rester durablement enfermée dans un équilibre inefficace. Mon expérience en Inde, notamment l'observation du système des castes, m'a conduit à penser qu'il n'existe pas toujours un seul équilibre économique possible. Les attentes des individus et les normes sociales peuvent orienter durablement une société dans une direction particulière.
Vos travaux avec l’économiste Rachel Kranton ont conduit à l'économie de l'identité. Qu'apporte cette approche ?
Elle rappelle que les individus ne sont pas seulement motivés par l'argent ou les incitations matérielles. Ils agissent aussi en fonction de leur identité, de leur sentiment d'appartenance et des rôles sociaux auxquels ils s'identifient. Avec Rachel Kranton, nous avons voulu montrer que les comportements économiques dépendent également de la manière dont les personnes se définissent elles-mêmes et de ce qu'elles pensent devoir être. Cette approche permet de mieux comprendre des phénomènes aussi divers que la motivation au travail, la réussite scolaire, les discriminations ou encore les comportements collectifs.
Après toute une carrière de recherche, quelle leçon retenez-vous ?
Que l'économie est avant tout une science des personnes. Les marchés sont importants, mais ils ne peuvent être compris sans tenir compte des êtres humains qui les font fonctionner. Au fond, toutes mes recherches — sur le chômage, l'information, les normes sociales ou l'identité — sont nées de la même conviction : pour comprendre l'économie, il faut comprendre ce que les gens pensent, croient et vivent.
7 phrases-clé de George Akerlof
« Quand j’avais onze ans, mon père a perdu son emploi. »
« Commencez par comprendre la structure du problème. Ensuite, penchez-vous sur les détails. »
« L’Inde a changé ma façon de voir l’économie. »
« L’une des choses que j’ai apprises en Inde, c’est qu’il faut tenir compte de ce que pensent les gens lorsqu’on réfléchit à l’équilibre. »
« Le vendeur sait quelque chose que l’acheteur ignore. »
« L’identité influence le comportement. »
« L’économie commence par les gens. »
La carrière de George Akerlof peut être considérée comme un effort constant pour rapprocher l'économie de la réalité. Du chômage qui a marqué son enfance au développement de l'« économie de l'identité » plus tard dans sa vie, il n'a cessé d'inciter les économistes à aller au-delà des modèles abstraits et à accorder davantage d'attention au comportement humain. En réintroduisant les croyances, les normes sociales et l'identité dans l'analyse économique, il a contribué à transformer la discipline — et nous a rappelé que les économies sont, en fin de compte, créées par des personnes, et non par des équations.
George Akerlof a été interviewé lors de sa participation à la conférence ERINN 2026, organisée par les professeurs Guilhem Cassan et Catherine Guirkinger, de l’institut de recherche DeFiPP et du centre de recherche CRED, dans le cadre du projet IDnomics, une Action de recherche concertée (ARC) interuniversitaire financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).
Cet article est tiré de la rubrique "L'Invité" du magazine Omalius #42 (Septembre 2026).
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités.
Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large.
Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques.
Une leçon inaugurale et trois cours avancés
La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle.
Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.
Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven
Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.”
Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction !
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes.
Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés.
Un Best Paper Award pour Simon Dechamps
Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens.
À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.
Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award
Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?.
Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit.
L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique.
Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes
Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur.
Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels.
Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur
Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition !
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).
Portrait
Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.
Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne
Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations.
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.
L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.
Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ?
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences. Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents
- d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
- de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
Dépasser une vision figée des identités
Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.
À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.
This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041
Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs
La Nuit Européenne des Chercheurs
À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.
George Akerlof : l'économiste qui a remis l'humain au cœur de l'économie
George Akerlof : l'économiste qui a remis l'humain au cœur de l'économie
Tout a commencé lorsqu'un garçon de onze ans a vu son père perdre son emploi. Cette expérience a conduit George Akerlof à s'interroger sur le chômage, puis sur le fonctionnement des marchés, les normes sociales et l'identité. Lauréat du prix Nobel d'économie en 2001, il n'a jamais cessé de défendre une idée simple, mais tellement pertinente : pour comprendre l'économie, il faut d'abord comprendre les personnes qui la font vivre.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir économiste ?
L'événement décisif fut probablement la perte d'emploi de mon père lorsque j'avais onze ans. J'ai commencé à réfléchir aux conséquences du chômage : lorsqu'une famille perd son revenu, elle réduit ses dépenses, ce qui affecte d'autres familles à leur tour. Très tôt, je me suis demandé pourquoi le chômage existait alors que les modèles économiques semblaient prédire que les marchés devraient s'équilibrer.
L'économie était-elle avant tout une discipline intellectuelle pour vous ?
Pas vraiment. Mon intérêt venait surtout des problèmes humains. J'étais préoccupé par le chômage, mais aussi par les inégalités sociales et raciales. Je voulais comprendre ces phénomènes et contribuer, à ma manière, à leur résolution. Pour moi, l'économie n'a jamais été uniquement une affaire de chiffres ou de modèles. Elle devait permettre de mieux comprendre les difficultés auxquelles les individus sont confrontés dans leur vie quotidienne.
Vos études de mathématiques ont-elles influencé votre manière de faire de la recherche ?
Oui. Pendant mes études, j'ai suivi un cours de topologie qui m'a profondément marqué. Le professeur insistait sur une idée simple : avant de s'intéresser aux détails, il faut comprendre la structure générale d'un problème. Cette leçon m'a accompagné toute ma vie. J'ai toujours essayé de commencer par les grandes questions avant de chercher les outils permettant d'y répondre.
Vous avez souvent affirmé que l'économie devait dialoguer avec les autres sciences sociales. Pourquoi ?
Parce que les comportements économiques sont influencés par les croyances, les institutions, les normes sociales et la manière dont les individus se perçoivent eux-mêmes. Les modèles économiques sont utiles, mais ils ne suffisent pas à expliquer toute la réalité. Pour comprendre les décisions des personnes, il faut parfois regarder du côté de la psychologie, de la sociologie ou de l'histoire.
Votre séjour en Inde a-t-il joué un rôle important dans cette prise de conscience ?
Oui, profondément. Mon année en Inde a probablement été l'expérience la plus importante de mon parcours intellectuel. J'y ai découvert que le développement économique ne pouvait pas être réduit à une question de capital ou de travail. Les croyances, les institutions, les traditions et les interactions sociales jouaient un rôle essentiel. J'en ai retiré la conviction qu'une économie ne peut être comprise sans comprendre les personnes qui la composent.
Votre article The Market for Lemons a changé la manière dont les économistes voient les marchés. Quelle était l'idée centrale ?
Que l'information n'est pas répartie de façon égale entre les acteurs. Le vendeur en sait souvent davantage que l'acheteur. Cette asymétrie peut conduire à des dysfonctionnements importants et empêcher les marchés de fonctionner comme les modèles classiques le prévoient. Je ne m'attendais pas à ce que cette idée ait un tel impact. Pourtant, elle s'est révélée applicable à de nombreux domaines, de la finance à l'assurance en passant par le marché du travail.
Vous vous êtes ensuite intéressé aux normes sociales et aux équilibres multiples. Pourquoi ?
Certaines situations persistent simplement parce que chacun s'attend à ce que rien ne change. Les croyances collectives influencent les comportements, et les comportements renforcent ces croyances. Une société peut ainsi rester durablement enfermée dans un équilibre inefficace. Mon expérience en Inde, notamment l'observation du système des castes, m'a conduit à penser qu'il n'existe pas toujours un seul équilibre économique possible. Les attentes des individus et les normes sociales peuvent orienter durablement une société dans une direction particulière.
Vos travaux avec l’économiste Rachel Kranton ont conduit à l'économie de l'identité. Qu'apporte cette approche ?
Elle rappelle que les individus ne sont pas seulement motivés par l'argent ou les incitations matérielles. Ils agissent aussi en fonction de leur identité, de leur sentiment d'appartenance et des rôles sociaux auxquels ils s'identifient. Avec Rachel Kranton, nous avons voulu montrer que les comportements économiques dépendent également de la manière dont les personnes se définissent elles-mêmes et de ce qu'elles pensent devoir être. Cette approche permet de mieux comprendre des phénomènes aussi divers que la motivation au travail, la réussite scolaire, les discriminations ou encore les comportements collectifs.
Après toute une carrière de recherche, quelle leçon retenez-vous ?
Que l'économie est avant tout une science des personnes. Les marchés sont importants, mais ils ne peuvent être compris sans tenir compte des êtres humains qui les font fonctionner. Au fond, toutes mes recherches — sur le chômage, l'information, les normes sociales ou l'identité — sont nées de la même conviction : pour comprendre l'économie, il faut comprendre ce que les gens pensent, croient et vivent.
7 phrases-clé de George Akerlof
« Quand j’avais onze ans, mon père a perdu son emploi. »
« Commencez par comprendre la structure du problème. Ensuite, penchez-vous sur les détails. »
« L’Inde a changé ma façon de voir l’économie. »
« L’une des choses que j’ai apprises en Inde, c’est qu’il faut tenir compte de ce que pensent les gens lorsqu’on réfléchit à l’équilibre. »
« Le vendeur sait quelque chose que l’acheteur ignore. »
« L’identité influence le comportement. »
« L’économie commence par les gens. »
La carrière de George Akerlof peut être considérée comme un effort constant pour rapprocher l'économie de la réalité. Du chômage qui a marqué son enfance au développement de l'« économie de l'identité » plus tard dans sa vie, il n'a cessé d'inciter les économistes à aller au-delà des modèles abstraits et à accorder davantage d'attention au comportement humain. En réintroduisant les croyances, les normes sociales et l'identité dans l'analyse économique, il a contribué à transformer la discipline — et nous a rappelé que les économies sont, en fin de compte, créées par des personnes, et non par des équations.
George Akerlof a été interviewé lors de sa participation à la conférence ERINN 2026, organisée par les professeurs Guilhem Cassan et Catherine Guirkinger, de l’institut de recherche DeFiPP et du centre de recherche CRED, dans le cadre du projet IDnomics, une Action de recherche concertée (ARC) interuniversitaire financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).
Cet article est tiré de la rubrique "L'Invité" du magazine Omalius #42 (Septembre 2026).
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui
Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités.
Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large.
Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques.
Une leçon inaugurale et trois cours avancés
La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle.
Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.
Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven
Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.”
Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction !
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur
L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes.
Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés.
Un Best Paper Award pour Simon Dechamps
Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens.
À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.
Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award
Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?.
Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit.
L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique.
Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes
Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur.
Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels.
Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur
Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition !
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?
Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).
Portrait
Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.
Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne
Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations.
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.
L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.
Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ?
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences. Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents
- d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
- de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
Dépasser une vision figée des identités
Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.
À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)
La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.
This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041
Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs
La Nuit Européenne des Chercheurs
À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.