Au sein de NaDI, les chercheurs apportent des soutions innovantes aux nouveaux défis sociétaux posés par la révolution digitale (eGov, eHealth, eServices, Big data, etc.). Issus de différentes disciplines, les chercheurs croisent leurs expertises en informatique, technologie, éthique, droit, management ou sociologie. Regroupant six centres de recherche, le Namur Digital Institute offre une expertise multidisciplinaire unique dans tous les domaines de l'informatique, de ses applications et de son impact social.
Parmi ses principales compétences figurent les méthodes formelles, l'interface homme-machine, l'ingénierie des exigences, les techniques de modélisation pour concevoir des systèmes logiciels complexes, les tests, l'assurance qualité, les lignes de produits logiciels, les bases de données, le big data, l'apprentissage automatique et plus généralement l'intelligence artificielle, la sécurité, la vie privée, l'éthique, l'évaluation technologique et le raisonnement juridique.
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Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.
Formation continue : une carte à jouer pour l’université
Formation continue : une carte à jouer pour l’université
Le temps où l’on choisissait un métier une fois pour toutes et où l’expérience suffisait à gravir les échelons semble révolu. Désormais, se former tout au long de la vie est presque devenu une évidence. « Il y a clairement une évolution en ce sens, en particulier dans un contexte d’automatisation et d’intelligence artificielle qui rend d’autant plus importante l’acquisition de nouvelles compétences », commente Michel Ajzen, professeur au sein du Département Management à la Faculté Économie Management Communication SciencePo de l’UNamur et membre du Namur Digital Institute. « Et ce n’est pas une question de générations : qu’on ait 30, 40 ou 50 ans, ce besoin existe. »
Si de nombreuses entreprises mettent en place des formations à destination de leurs salariés, il semble par ailleurs que la « responsabilité de l’employabilité » ait progressivement basculé dans le chef des travailleurs, appelés à prendre davantage en main leur carrière. « Par le passé, le patron était perçu comme responsable du développement du travailleur, voire de son épanouissement, même parfois au-delà du travail », souligne Michel Ajzen. « Mais au fil du temps, cette responsabilité de l’employabilité s’est diluée. » Une tendance renforcée par les nouveaux « scripts de carrière », fortement basés sur la mobilité. « Quand je demande aux étudiants combien d’employeurs ils pensent avoir dans leur vie, la réponse est six en moyenne », poursuit l’enseignant. « Cela veut dire qu’avant même d’entrer dans le monde professionnel, ils ont dans l’idée qu’ils passeront d’un employeur à l’autre, ce qui peut pousser à se sentir “responsable” de sa carrière et donc potentiellement à suivre des formations de sa propre initiative. »
Tactiques de carrière
Se former d’accord, mais à quoi ? Et comment ? Comme l’analyse Michel Ajzen, ce choix relève en grande partie des « tactiques de carrière » adoptées par les travailleurs. « Selon les moments de la vie, ils pourront avoir des tactiques plutôt orientées vers l’emploi, avec l’objectif de s’assurer rapidement un travail alimentaire », explique-t-il.
« À d’autres moments, ils auront une tactique davantage orientée vers l’employabilité, avec l’idée d’acquérir au fil du temps des connaissances qui leur permettront de passer des paliers, qu’il s’agisse de mobilité verticale — au sein d’une même entreprise — ou horizontale — vers une autre entreprise ou un autre poste. Enfin, il y a la tactique “sens” : faire une formation qui les mènera vers un travail qui leur donnera encore plus envie de se lever le matin… »
Par ailleurs, les périodes de formation sont souvent perçues par les travailleurs comme une respiration : l’occasion de prendre du recul et de sortir « le nez du guidon », dans un quotidien professionnel souvent survolté. Un temps de « pause » aujourd’hui encadré par différents dispositifs. Ainsi, la loi du 3 octobre 2022 garantit aux employés du secteur privé un droit individuel à la formation, équivalent à 5 jours par an pour un temps plein. Cette formation peut être organisée par l’employeur ou laissée au libre choix des travailleurs (avec un droit de regard de l’employeur). « Certaines entreprises ne sont toutefois pas tenues de garantir ce droit à leurs travailleurs. C’est notamment le cas des entreprises qui comptent moins de dix membres du personnel », précise Charlotte Lambert, maître de conférences et spécialiste en droit social. « En droit social, il existe par ailleurs des conventions collectives de travail qui complètent la loi par secteur et peuvent prévoir davantage de jours de formation. »
CEP et crédit-temps
Lorsqu’un travailleur souhaite suivre une formation plus conséquente — par exemple un certificat universitaire dont la durée excède le plus souvent cinq jours par an —, il peut par ailleurs recourir à d’autres dispositifs lui permettant de sécuriser tout ou partie de sa rémunération. « Le congé éducation payé ou CEP, qui est une compétence régionale, permet de suivre une formation reconnue d’au moins 32 heures, en ce compris une formation initiale », explique Charlotte Lambert. « Le travailleur conserve sa rémunération, tandis que l’employeur est indemnisé par l’ONEM. »
L’autre option est le crédit-temps « avec motif formation » : ce dispositif régional qui existe uniquement dans le secteur privé permet de réduire ou suspendre temporairement son temps de travail sans porter atteinte à l’existence de son contrat. Dans ce cas, le travailleur reçoit directement une indemnisation de l’ONEM, sous réserve de certaines conditions d’âge et d’ancienneté. Le crédit-temps est par ailleurs limité à une durée de 36 mois. « Ces différents dispositifs ne sont pas nécessairement bien connus du public », commente Charlotte Lambert, « ce qui explique aussi que beaucoup de personnes se découragent de suivre une formation, notamment par peur de perdre leur emploi ou de devoir réduire leur temps de travail et, par conséquent, leur rémunération ». Par ailleurs, ils ne sont accessibles qu’aux travailleurs avec un statut relativement stable (CDI, CDD long…). « Des mécanismes spécifiques mais similaires existent dans le secteur public. Pour les indépendants, par contre, le recours à des congés payés ou des crédits-temps n’est pas possible. Ils doivent donc prendre eux-mêmes en charge le coût indirect de leur formation », précise encore la spécialiste en droit social.
Les super-héros de l’horaire décalé
Face au besoin de formation des travailleurs, les universités ont bien sûr un rôle à jouer. Le décret Paysage du 7 novembre 2013 stipule ainsi qu’elles sont habilitées à organiser des formations continues validées par l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur). « Au sens décrétal, la formation continue ne concerne pas les diplômes de bachelier ou de master, mais plutôt les certificats », précise Charlotte Lambert. Ainsi, pour éviter toute méprise, les étudiants doivent savoir qu’obtenir un certificat universitaire n’équivaut pas à décrocher un grade académique et ne donne donc pas droit aux mêmes prérogatives sur le marché du travail.
En revanche, il existe bel et bien la possibilité pour les travailleurs d’obtenir un diplôme de bachelier ou de master en horaire décalé, comme c’est le cas à la Faculté de droit de l’UNamur. « La particularité du bachelier — puis idéalement du master — universitaire, c’est qu’il s’agit d’une véritable remise à zéro », appuie Mathieu Rolain, coordinateur pédagogique de ce programme et chercheur au Centre Vulnérabilités & Sociétés (V&S) de l’Institut Transitions). « Souvent, c’est une reconversion professionnelle complète et parfois même la réalisation d’un rêve : certains ont 50 ans et vont commencer le barreau… ». En bloc 1 de la Faculté de droit en horaire décalé, on compte chaque année quelque 50 à 60 inscrits : 10 à 15 d’entre eux seront diplômés en bloc 3. « Ce sont des étudiants extrêmement solidaires, qui s’échangent leurs notes et se soutiennent quand l’un d’entre eux est en train de flancher », observe le coordinateur.
Dans la même optique, l’UNamur a à cœur d’adapter au mieux ses dispositifs à ce public. « Beaucoup ont des responsabilités familiales et vivent parfois très loin de Namur », poursuit Mathieu Rolain. « Tous nos cours sont donc enregistrés et mis en ligne. Nous leur donnons aussi accès aux parkings du personnel, nous leur communiquons très en avance les dates d’examens… On essaie de leur montrer qu’on les soutient, qu’on les comprend. » Car pour ces adultes à la vie professionnelle et personnelle bien remplie, (re) commencer des études universitaires « en cours du soir » exige une discipline et une détermination hors du commun, de même que le soutien inconditionnel de l’entourage. « J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour eux », s’enthousiasme Mathieu Rolain. « Pour moi, ce sont des super-héros. On a eu des médecins spécialistes qui venaient après leur journée, des parents solos… Ce sont des profils très atypiques, avec des parcours brillants. C’est aussi un public très exigeant, qui vous attend au tournant, ce qui pour nous, enseignants, est très stimulant. » Car en ouvrant ses portes à un public expérimenté, le monde universitaire continue lui aussi de se former.
L’UNamur, pionnière dans la formation continuée des enseignants
Depuis les années 80, l’Université de Namur se distingue par son expertise dans la formation continuée des enseignants, à la fois dans ses aspects didactiques et psychopédagogiques.
« C’est la Faculté de philosophie et lettres qui avait au départ entamé ce travail pour proposer ce qu’on appelait à l’époque des “recyclages” aux professeurs de français », commente Sandrine Biémar, coordinatrice du centre de formation continuée des enseignants de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (FaSEF), enseignante et membre de l'Institut de Recherche en Didactiques et Éducation (IRDENa). « Ensuite, des formations plus générales sur les aspects psychopédagogiques ont suivi : elles ont été prises en charge initialement par le Département éducation et technologies, aujourd’hui devenu la FaSEF. De même, dans les années 90, la Faculté des sciences et la Faculté des sciences économiques ont développé leur propre centre de formation continuée des enseignants. » Ces quatre centres de formation continuée des enseignants sont désormais réunis dans la « Salle des Pros ».
Si le décret du 17/06/2021 (Livre 6 du Code de l’enseignement) formalise les droits et devoirs des membres du personnel de l’enseignement en termes de formation continue, celle-ci est loin d’être une nouveauté pour la profession.
« Le métier est tellement complexe, soumis à tellement de changements, notamment au niveau des programmes et des méthodes pédagogiques, qu’il est important pour l’enseignant d’inscrire son parcours dans une continuité », insiste Sandrine Biémar. « C’est pourquoi, dès la formation initiale, nous informons les étudiants de ces possibilités de formation continuée. »
Avec pour objectif de former des « praticiens réflexifs », capables de remettre en question leurs propres pratiques pour les réguler et les faire évoluer au fil du temps.
« Nous essayons de rapprocher le monde de la recherche du monde de la pratique : que nous puissions informer les enseignants des nouvelles études, mais qu’ils puissent aussi nous informer de ce qui se passe sur le terrain, poursuit la coordinatrice. La Salle des Pros constitue cet espace d’ouverture vers le monde. »
La Salle des Pros
La dynamique de la formation continue des enseignants à l'Université de Namur, carrefour entre recherche et terrain !
La Salle des Pros est avant tout un lieu à l’écoute des questions que les enseignants se posent dans le cadre de leur pratique. A l'intersection entre les milieux de la pratique et de la recherche, elle traite des problématiques qui émergent du terrain par le biais de réflexions, d'échanges et de constructions communes.
Différenciation et langue de scolarisation
Outre les formations obligatoires et gratuites qu’elle dispense en tant qu’ « opérateur de formation » pour les enseignants, l’UNamur propose aussi plusieurs certificats autour de thématiques spécifiques. « Les enseignants viennent suivre volontairement ces certificats, en plus de leur formation obligatoire et en-dehors de leurs heures de cours, et prennent les frais à leur charge », précise Sandrine Biémar. Parmi les thématiques qui suscitent un intérêt croissant dans le monde enseignant, citons les pratiques de différenciation pédagogique. « Au quotidien, les enseignants sont face à des groupes d’élèves où chacun a des besoins différents, apprend à des rythmes différents », détaille la coordinatrice. « Or il existe toute une série de méthodologies qui permettent de tenir compte de ces différences, ce qui constitue un enjeu aujourd’hui très important, surtout avec la mise en place du tronc commun. » Les formations autour de la langue de scolarisation, centrales pour lutter contre les inégalités, se sont aussi largement développées. « Nous sensibilisons les enseignants au fait qu’ils utilisent un langage propre à l’école — "asseyez-vous", "prenez votre cahier", "analysez", "coloriez" — et que ce langage doit être explicité. Il faut dire aux élèves dans quel but on leur fait faire telle ou telle chose. » Enfin, l’IA constitue sans surprise l’une des nouvelles thématiques dans la formation continue des enseignants, mais aussi d’autres publics (managers, décideurs, etc.). Une nouvelle micro-formation universitaire en intelligence artificielle est ainsi proposée depuis début 2026.
Les atouts d'une formation à horaire décalé / adapté
- Diplôme identique : Le diplôme décerné est le même qu'en horaire de jour.
- Expérience valorisée : Une valorisation des acquis antérieurs est assurée.
- Horaires : Un calendrier et des horaires adaptés à un public adulte.
- Accès : Un campus facilement accessible, tant en train qu'en voiture.
- Organisation : Une dizaine d’heures de cours par semaine.
Nos programmes à horaire décalé /adapté
Bacheliers
- Droit
- Économie et gestion
- Informatique
Masters
- Économie et gestion
- Enseignement (section 4 et 5)
- Informatique
Masters de spécialisation
Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Fruit d'une collaboration avec Isabelle Frochot de l'Université Bourgogne Europe, une étude à laquelle a participé Alain Decrop, professeur de marketing au sein de la Faculté EMCP, montre que la montagne favorise une véritable reconnexion à soi, aux autres et à son environnement. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la prestigieuse revue Recherche et Applications en Marketing (RAM).
Mais qu'est-ce qui pousse autant de personnes à partir plusieurs jours en montagne ? C'est la question à laquelle les chercheurs ont voulu répondre. “L'engouement pour la randonnée itinérante en montagne ne cesse de grandir et a de quoi intriguer”, entame Alain Decrop. “Aujourd'hui, certaines destinations sont même confrontées à des phénomènes de surtourisme. Il nous semblait intéressant de comprendre ce que les personnes viennent réellement chercher dans ce type d'expérience”. Les chercheurs ont mené une étude de terrain dans une douzaine de refuges des Alpes françaises. Ce choix n'est pas anodin : les refuges constituent un lieu privilégié pour rencontrer les randonneurs et recueillir leur témoignage après plusieurs heures de marche. Pendant près d'un an, l'équipe a réalisé des entretiens en profondeur et des observations ethnographiques afin de comprendre ce qui se joue réellement durant ces séjours.
Si Alain Decrop n'a pas participé à la collecte des données sur le terrain, son rôle a été déterminant dans l'analyse des résultats. “Les données ont été recueillies par nos collègues en Savoie, qui étaient au plus près du terrain. Mon rôle a consisté à apporter un regard extérieur pour analyser et interpréter ces données, en les reliant aux concepts théoriques”, explique-t-il. “Lorsqu'on est moins impliqué dans la collecte, on peut parfois repérer des éléments que les personnes immergées dans le terrain ne voient plus aussi facilement.” Cette complémentarité entre chercheurs a permis de mieux comprendre ce qui se joue lors d'un séjour en refuge.
Déconnecter pour mieux reconnecter
L'étude montre que la randonnée itinérante en montagne crée des conditions propices au lâcher-prise. La marche, l'environnement naturel et la simplicité de la vie en refuge favorisent ce que les chercheurs appellent une “disponibilité résonante”, un état qui permet de rompre avec les sollicitations du quotidien.
Cette disponibilité retrouvée permet de prendre du recul sur sa vie, de vivre davantage le moment présent et de porter un regard différent sur son environnement. “Cette déconnexion leur permet ensuite de se reconnecter à elles-mêmes, aux autres et à leur environnement”, résume Alain Decrop. “Elles retrouvent une disponibilité mentale qui leur offre un véritable espace de réflexion et d'apaisement.”
Cette recherche, menée pendant près d'un an, a débouché sur une publication dans Recherche et Applications en Marketing (RAM), l'une des revues scientifiques les plus reconnues dans le domaine. “Le processus est particulièrement sélectif : seuls un article sur cinq ou six est accepté”, se félicite Alain Decrop. “C'est une revue très bien classée, ce qui témoigne de la qualité scientifique de notre travail.” Félicitations à Alain Decrop et à l'ensemble de ses collaborateurs pour cette belle reconnaissance scientifique.
À propos d'Alain Decrop
Alain Decrop est professeur ordinaire de marketing à l'Université de Namur, en Belgique. Membre fondateur et ancien directeur du NADI-CeRCLe (Namur Digital Institute - Center for Research on Consumption and Leisure) et du CCMS (Center for research on Consumers and Marketing Strategy), il a également été président de l'Association française du marketing (AFM). Il est titulaire d'une maîtrise en histoire moderne et en économie, et d'un doctorat en administration des affaires.
Alain Decrop a enseigné un certain nombre de cours liés à la gestion du marketing, au comportement des consommateurs, aux communications marketing numériques, aux méthodes de recherche, à la gestion des services et aux modèles d'entreprise collaboratifs.
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
Jamie Wright, un chercheur du Namur Digital Institute de l’UNamur, a participé à une étude menée par l’Université Pompeu Fabra (UPF) de Barcelone, et publiée dans la prestigieuse revue Nature Human Behaviour. Cette étude montre que les langues du monde entier tendent à privilégier l'économie lexicale, en réutilisant des mots pour désigner différents concepts lorsque cela n'entraîne pas de confusion dans la communication.
L’étude était dirigée par le professeur Thomas Brochhagen, chercheur au sein du groupe de Linguistique Computationnelle et de Théorie Linguistique (COLT) du Département de traduction et de sciences du langage de l'UPF de Barcelone. Parmi les coauteurs figurent Xixian Liao (Barcelona Supercomputing Center - Centro Nacional de Supercomputación, BSC-CNS), Jamie D. Wright (Namur Digital Institute de l’Université de Namur et Vrije Universiteit Brussel) et Carmen Saldana (affiliée à l’UPF et à l’Université de Barcelone).
« Ma principale contribution à l’étude publiée dans « Nature Human Behaviour » a porté sur l’analyse des données et la modélisation informatique. Cette étude est une enquête interlinguistique à grande échelle visant à comprendre comment les contraintes communicatives façonnent l’évolution des langues. En analysant des données issues de près de 2 000 langues, nous avons examiné comment celles-ci concilient deux contraintes contradictoires : le gain d’efficacité obtenu en réutilisant des formes lexicales identiques ou similaires, et la nécessité d’éviter toute ambiguïté lorsque des concepts risquent d’être confondus dans la communication », nous explique Jamie Wright.
Les travaux de Jamie Wright avec la professeure Katrien Beuls au Namur Digital Institute s’inscrivent dans le cadre du programme HERMES. Cette recherche examine également les pressions communicatives qui façonnent l’évolution des langues, mais sous un angle complémentaire.
Les chercheurs namurois viennent de publier un autre article dans le « Journal of language Evolution »
« Alors que l’article publié dans *Nature Human Behaviour* identifie des tendances générales à partir d’un large échantillon de langues existantes, celui paru dans le « Journal of Language Evolution » utilise un modèle basé sur des agents pour étudier l’évolution des langues au niveau des agents artificiels en interaction. Dans ces simulations, les agents développent et utilisent des langues communes à travers des échanges communicatifs répétés. Cela nous permet d’étudier comment des conventions linguistiques à l’échelle d’une population émergent d’interactions locales et pourquoi ces conventions peuvent rendre les langues plus robustes, plus faciles à apprendre et plus efficaces sur le plan cognitif. »
Ces deux études abordent donc des questions étroitement liées, à des niveaux différents et selon des approches méthodologiques distinctes. L’étude « Nature Human Behaviour » met en évidence les conséquences interlinguistiques à grande échelle des pressions communicatives, tandis que l’étude « Journal of Language Evolution » basée sur des agents permet d’expliquer comment de tels schémas peuvent émerger de manière dynamique à travers les interactions entre les locuteurs.
Jamie D. Wright - Courte biographie
Jamie D. Wright est doctorant à la Faculté d’informatique de l’Université de Namur et membre de l’Institut de recherche Namur Digital Institute (NaDI), où il travaille avec le professeur Katrien Beuls dans le cadre du programme HERMES, financé par l’Europe, le FNRS et le FWO. Il est également affilié au Laboratoire d’intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel.
Il a obtenu son master en linguistique théorique et appliquée à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, où il a également travaillé comme assistant de recherche au sein du groupe de recherche COLT. Ses recherches s’appuient sur la modélisation computationnelle et des expériences basées sur des agents pour étudier l’émergence et l’évolution du langage. Ses travaux actuels portent sur la manière dont les contraintes articulatoires et acoustiques liées à la production et à la perception de la parole façonnent les conventions linguistiques et les systèmes de communication.
Félicitations aux chercheurs pour ces publications prestigieuses !
Article cité
Brochhagen, T., Liao, X., Wright, J.D. et al. The interaction of meaning similarity and confusability explains regularity in form–meaning mappings at and below the word level. Nat Hum Behav (2026). https://doi.org/10.1038/s41562-026-02488-3
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Wafa Hammedi : L’impact comme boussole
Entre recherche, enseignement et transmission, Wafa Hammedi, professeure à la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), trace un parcours guidé par ses convictions. Loin des clichés de performance habituellement associés au marketing, elle défend une recherche engagée au service de la société, de l'équité et de l'inclusion.
Vous êtes spécialisée en marketing des services et de l’innovation. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous orienter vers ce domaine de recherche ?
Le marketing des services m’a attirée parce qu’il touche directement à la vie réelle des personnes : se soigner, apprendre, se déplacer, accéder à un service public, interagir avec une technologie ou être accompagné dans une situation de vulnérabilité. Contrairement au marketing des produits, qui porte davantage sur des biens tangibles, le marketing des services s’intéresse à des expériences souvent intangibles, subjectives et profondément humaines.
Ce domaine permet d’analyser ce qui fait la qualité d’une expérience : les interactions humaines ou digitales, la confiance, les émotions, la co-création de valeur, mais aussi les enjeux de justice sociale, d’éthique, d’inclusion et de dignité. Une même expérience peut être vécue différemment selon les individus, leurs ressources, leur situation et leur contexte d’interaction. C’est précisément ce qui rend ce champ de recherche à la fois complexe, passionnant et essentiel.
Ce qui me motive aujourd’hui, c’est de comprendre comment les organisations et les institutions peuvent concevoir des services qui ne soient pas seulement efficaces ou innovants, mais aussi plus justes, plus humains et plus responsables. Pour moi, le marketing des services est un levier pour transformer les expériences vécues et contribuer, très concrètement, au bien-être des personnes et à une société plus inclusive.
Justement, comment ces enjeux d’inclusion, d’équité ou de vulnérabilité se traduisent-ils dans vos recherches ?
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Dans cette perspective, les services ne sont pas réduits à une simple transaction mais replacés au sein d’un écosystème impliquant de multiples acteurs. Pour moi, l’inclusion et l’équité ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté dans le cadre de certains services, qui a plus de difficultés à être entendu, compris ou servi dignement, et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions. Mon objectif en tant que chercheuse est de me saisir de ces questions pour proposer des recommandations concrètes en collaboration étroite avec toutes les parties prenantes. La recherche académique a selon moi la responsabilité de s’engager sur des sujets sociétaux importants et de contribuer à rendre le système des services plus inclusif et respectueux de la dignité des personnes.
Ces questions sont au cœur de mes travaux. Ce ne sont pas des notions abstraites : elles invitent à se demander qui est laissé de côté et comment concevoir des interactions qui renforcent l’autonomie plutôt que de créer de nouvelles exclusions.
Je plaide également pour une recherche en sciences de gestion plus ouverte, plus inclusive et véritablement connectée aux réalités du monde. Trop souvent encore, notre champ reste dominé par un prisme Europe–États-Unis, qui laisse dans l’ombre d’autres contextes, d’autres voix et d’autres expériences. Or, pour rester pertinentes, les sciences de gestion doivent mieux intégrer la diversité des réalités humaines, sociales, culturelles et géographiques. Cet engagement n’est pas seulement une conviction intellectuelle ; il se traduit par des actions concrètes. Par exemple à travers le programme NEXSER, une initiative ambitieuse soutenue par l’Union européenne via Erasmus+, nous avons construit un réseau d’excellence avec des partenaires des pays du Sud. Ces collaborations, nourries par des séjours de recherche, des échanges scientifiques et des projets de recherche communs, permettent d’enrichir nos perspectives, de questionner nos cadres habituels et de produire une recherche plus ancrée, plus juste et plus utile. Que ce soit à travers mes responsabilités institutionnelles, mes collaborations internationales ou mon engagement au sein de ma communauté scientifique, j’essaie de contribuer à des écosystèmes académiques où l’excellence scientifique, l’impact sociétal et l’épanouissement des personnes avancent ensemble. Pour moi, une recherche sans frontières est aussi une recherche qui ouvre des portes.
Vous venez de recevoir le Jay Kandampully Journal of Service Management (JOSM) Mentorship Award, qui récompense le soutien et l’engagement dans le développement de la carrière de jeunes chercheurs. Que représente cette nomination pour vous ?
C’est un réel honneur, et une reconnaissance qui me touche profondément. Cette nomination rappelle que l’impact académique ne se mesure pas uniquement à travers les publications, mais aussi à travers la capacité à transmettre, à accompagner et à faire grandir les autres. Elle reconnaît une dimension centrale de mon identité académique : le mentorat.
J’ai la conviction que soutenir la nouvelle génération de chercheurs, c’est préparer l’avenir de la recherche et de la société. C’est un travail essentiel, exigeant, mais souvent invisible. Accompagner de jeunes chercheurs à trouver leur voix dans un monde académique très compétitif et exigeant, à gagner en confiance, à se sentir légitimes et à développer une recherche de qualité et porteuse de sens est, pour moi, aussi important que produire de la recherche. C’est, en quelque sorte, les accompagner dans l’apprentissage d’un métier exigeant. Cet engagement se traduit concrètement à travers ma participation à des comités, jury de thèses et aussi à travers des programmes de mentorat d’envergue au niveau national et international. Dans la supervision de mes propres doctorants, j’essaie de les encourager à cultiver leur passion pour la recherche scientifique, à développer chez eux un esprit académique, à croire en leur contribution et à construire une recherche qui dépasse leur trajectoire individuelle pour avoir une réelle utilité pour la société. Pour moi, la transmission ne se limite donc pas seulement à l’acquisition de compétences scientifiques ou méthodologiques. Elle implique également la transmission de valeurs fondamentales pour le monde académique : l’intégrité, la rigueur, la responsabilité, l’ouverture intellectuelle, le respect des autres… ainsi que le souci de produire une recherche à la fois utile, solide et capable de répondre aux plus hauts standards scientifiques.
Cette nomination a aussi une résonance particulière pour moi, car elle vient de personnes que j’estime profondément, en Belgique et ailleurs. Le fait que des collègues seniors et de jeunes chercheurs aient pris l’initiative de porter cette candidature à mon insu rend cette reconnaissance encore plus précieuse et profondément personnelle. J’aime sincèrement les interactions avec les jeunes chercheurs. Elles donnent beaucoup de sens à ma mission académique. J’aime prendre le temps de les accompagner, qu’ils soient mes doctorants ou non, avec une exigence que j’espère toujours bienveillante. Comme je le leur dis souvent : « Small details make a big différence ». Je suis donc profondément émue de voir ce travail de longue haleine reconnu par mes pairs.
Vous participez au laboratoire d’innovation sociale, qui sensibilise les étudiants aux objectifs de développement durable à travers des projets concrets. Qu’est-ce que cette approche change dans leur manière d’apprendre ?
Mon approche en tant qu’enseignante rejoint celle que je défends en tant que chercheuse : aider les étudiants à se dépasser tout en rendant vivants des concepts théoriques. Cette approche les fait passer d’une logique d’absorption de contenus à une logique d’engagement. Dans ce laboratoire d’innovation sociale portée par une équipe d’enseignantes très dynamique, les étudiants se glissent dans la peau de « change makers » pour apporter des solutions à une problématique sociétale imminente, autour des objectifs du développement durables comme la pauvreté, le handicap, etc. Nous essayons de les confronter au plus près de la problématique afin qu’ils puissent changer leurs perspectives et mieux comprendre les réalités vécues par d’autres personnes. Ils apprennent ainsi à relier les concepts à des réalités humaines, à collaborer, à expérimenter, à assumer des choix et à réfléchir aux conséquences de leurs actions. Nous utilisons des pédagogies innovantes et immersives. Par exemple, nous avons récemment développé des scénarios de réalité virtuelle permettant de se projeter dans le quotidien d’une personne malvoyante. En plus de stimuler leurs capacités d’innovation, ce cours développe leur empathie, une qualité essentielle pour de futurs dirigeants. Je crois beaucoup à une pédagogie qui forme non seulement de bons étudiants, mais aussi des citoyens et des futurs professionnels capables de penser l’impact de leurs actions. Je suis convaincue que mieux former nos managers aujourd'hui, c'est contribuer à construire une société meilleure, plus juste et plus attentive à chacun.
CV express
Wafa Hammedi est professeure et chercheuse en marketing des services et de l'innovation à l'Université de Namur depuis 2010. Ses travaux, plusieurs fois primés, explorent la manière dont les services peuvent devenir des leviers d'inclusion, d'équité et de transformation sociétale. Elle exerce des responsabilités éditoriales dans des revues académiques de premier plan et accompagne des doctorants distingués par des prix de recherche.
Le Centre de recherche en marketing et service management (CeRCLe)
Wafa Hammedi dirige le NaDI-CeRCLe, le centre de recherche en Marketing et Service Management de l’UNamur. Créé en 2005 au sein de la Faculté Économie Management Communication sciencesPo (EMCP), il rassemble une équipe dynamique d'enseignants, de chercheurs, de doctorants et de praticiens dans le domaine du marketing et de management des services. Le centre place l’impact au cœur de ses travaux, notamment sur la consommation et le management responsable et éthique, les nouveaux modèles de marketing durable ou l’inclusion et la vulnérabilité. Le NaDI-CerCLe est reconnu à l'international comme centre de recherche de premier plan par l'American Marketing Association (SERVSIG) et l’Association Française de Marketing (AFM).
Cet article est tiré de la rubrique "Expert" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Insight Out : la série qui vulgarise la recherche
Avec INSIGHT OUT, le Confluent des Savoirs signe une websérie de vulgarisation née d’une idée de Wafa Hammedi. Les trois premiers épisodes sont consacrés à des recherches en EMCP peu connues du grand public et montrent toute la diversité d’un domaine souvent réduit à tort à quelques clichés. Le projet est appelé à valoriser, à terme, des recherches de toutes les facultés de notre université.
Formation continue : une carte à jouer pour l’université
Formation continue : une carte à jouer pour l’université
Le temps où l’on choisissait un métier une fois pour toutes et où l’expérience suffisait à gravir les échelons semble révolu. Désormais, se former tout au long de la vie est presque devenu une évidence. « Il y a clairement une évolution en ce sens, en particulier dans un contexte d’automatisation et d’intelligence artificielle qui rend d’autant plus importante l’acquisition de nouvelles compétences », commente Michel Ajzen, professeur au sein du Département Management à la Faculté Économie Management Communication SciencePo de l’UNamur et membre du Namur Digital Institute. « Et ce n’est pas une question de générations : qu’on ait 30, 40 ou 50 ans, ce besoin existe. »
Si de nombreuses entreprises mettent en place des formations à destination de leurs salariés, il semble par ailleurs que la « responsabilité de l’employabilité » ait progressivement basculé dans le chef des travailleurs, appelés à prendre davantage en main leur carrière. « Par le passé, le patron était perçu comme responsable du développement du travailleur, voire de son épanouissement, même parfois au-delà du travail », souligne Michel Ajzen. « Mais au fil du temps, cette responsabilité de l’employabilité s’est diluée. » Une tendance renforcée par les nouveaux « scripts de carrière », fortement basés sur la mobilité. « Quand je demande aux étudiants combien d’employeurs ils pensent avoir dans leur vie, la réponse est six en moyenne », poursuit l’enseignant. « Cela veut dire qu’avant même d’entrer dans le monde professionnel, ils ont dans l’idée qu’ils passeront d’un employeur à l’autre, ce qui peut pousser à se sentir “responsable” de sa carrière et donc potentiellement à suivre des formations de sa propre initiative. »
Tactiques de carrière
Se former d’accord, mais à quoi ? Et comment ? Comme l’analyse Michel Ajzen, ce choix relève en grande partie des « tactiques de carrière » adoptées par les travailleurs. « Selon les moments de la vie, ils pourront avoir des tactiques plutôt orientées vers l’emploi, avec l’objectif de s’assurer rapidement un travail alimentaire », explique-t-il.
« À d’autres moments, ils auront une tactique davantage orientée vers l’employabilité, avec l’idée d’acquérir au fil du temps des connaissances qui leur permettront de passer des paliers, qu’il s’agisse de mobilité verticale — au sein d’une même entreprise — ou horizontale — vers une autre entreprise ou un autre poste. Enfin, il y a la tactique “sens” : faire une formation qui les mènera vers un travail qui leur donnera encore plus envie de se lever le matin… »
Par ailleurs, les périodes de formation sont souvent perçues par les travailleurs comme une respiration : l’occasion de prendre du recul et de sortir « le nez du guidon », dans un quotidien professionnel souvent survolté. Un temps de « pause » aujourd’hui encadré par différents dispositifs. Ainsi, la loi du 3 octobre 2022 garantit aux employés du secteur privé un droit individuel à la formation, équivalent à 5 jours par an pour un temps plein. Cette formation peut être organisée par l’employeur ou laissée au libre choix des travailleurs (avec un droit de regard de l’employeur). « Certaines entreprises ne sont toutefois pas tenues de garantir ce droit à leurs travailleurs. C’est notamment le cas des entreprises qui comptent moins de dix membres du personnel », précise Charlotte Lambert, maître de conférences et spécialiste en droit social. « En droit social, il existe par ailleurs des conventions collectives de travail qui complètent la loi par secteur et peuvent prévoir davantage de jours de formation. »
CEP et crédit-temps
Lorsqu’un travailleur souhaite suivre une formation plus conséquente — par exemple un certificat universitaire dont la durée excède le plus souvent cinq jours par an —, il peut par ailleurs recourir à d’autres dispositifs lui permettant de sécuriser tout ou partie de sa rémunération. « Le congé éducation payé ou CEP, qui est une compétence régionale, permet de suivre une formation reconnue d’au moins 32 heures, en ce compris une formation initiale », explique Charlotte Lambert. « Le travailleur conserve sa rémunération, tandis que l’employeur est indemnisé par l’ONEM. »
L’autre option est le crédit-temps « avec motif formation » : ce dispositif régional qui existe uniquement dans le secteur privé permet de réduire ou suspendre temporairement son temps de travail sans porter atteinte à l’existence de son contrat. Dans ce cas, le travailleur reçoit directement une indemnisation de l’ONEM, sous réserve de certaines conditions d’âge et d’ancienneté. Le crédit-temps est par ailleurs limité à une durée de 36 mois. « Ces différents dispositifs ne sont pas nécessairement bien connus du public », commente Charlotte Lambert, « ce qui explique aussi que beaucoup de personnes se découragent de suivre une formation, notamment par peur de perdre leur emploi ou de devoir réduire leur temps de travail et, par conséquent, leur rémunération ». Par ailleurs, ils ne sont accessibles qu’aux travailleurs avec un statut relativement stable (CDI, CDD long…). « Des mécanismes spécifiques mais similaires existent dans le secteur public. Pour les indépendants, par contre, le recours à des congés payés ou des crédits-temps n’est pas possible. Ils doivent donc prendre eux-mêmes en charge le coût indirect de leur formation », précise encore la spécialiste en droit social.
Les super-héros de l’horaire décalé
Face au besoin de formation des travailleurs, les universités ont bien sûr un rôle à jouer. Le décret Paysage du 7 novembre 2013 stipule ainsi qu’elles sont habilitées à organiser des formations continues validées par l’ARES (Académie de recherche et d’enseignement supérieur). « Au sens décrétal, la formation continue ne concerne pas les diplômes de bachelier ou de master, mais plutôt les certificats », précise Charlotte Lambert. Ainsi, pour éviter toute méprise, les étudiants doivent savoir qu’obtenir un certificat universitaire n’équivaut pas à décrocher un grade académique et ne donne donc pas droit aux mêmes prérogatives sur le marché du travail.
En revanche, il existe bel et bien la possibilité pour les travailleurs d’obtenir un diplôme de bachelier ou de master en horaire décalé, comme c’est le cas à la Faculté de droit de l’UNamur. « La particularité du bachelier — puis idéalement du master — universitaire, c’est qu’il s’agit d’une véritable remise à zéro », appuie Mathieu Rolain, coordinateur pédagogique de ce programme et chercheur au Centre Vulnérabilités & Sociétés (V&S) de l’Institut Transitions). « Souvent, c’est une reconversion professionnelle complète et parfois même la réalisation d’un rêve : certains ont 50 ans et vont commencer le barreau… ». En bloc 1 de la Faculté de droit en horaire décalé, on compte chaque année quelque 50 à 60 inscrits : 10 à 15 d’entre eux seront diplômés en bloc 3. « Ce sont des étudiants extrêmement solidaires, qui s’échangent leurs notes et se soutiennent quand l’un d’entre eux est en train de flancher », observe le coordinateur.
Dans la même optique, l’UNamur a à cœur d’adapter au mieux ses dispositifs à ce public. « Beaucoup ont des responsabilités familiales et vivent parfois très loin de Namur », poursuit Mathieu Rolain. « Tous nos cours sont donc enregistrés et mis en ligne. Nous leur donnons aussi accès aux parkings du personnel, nous leur communiquons très en avance les dates d’examens… On essaie de leur montrer qu’on les soutient, qu’on les comprend. » Car pour ces adultes à la vie professionnelle et personnelle bien remplie, (re) commencer des études universitaires « en cours du soir » exige une discipline et une détermination hors du commun, de même que le soutien inconditionnel de l’entourage. « J’ai vraiment beaucoup d’admiration pour eux », s’enthousiasme Mathieu Rolain. « Pour moi, ce sont des super-héros. On a eu des médecins spécialistes qui venaient après leur journée, des parents solos… Ce sont des profils très atypiques, avec des parcours brillants. C’est aussi un public très exigeant, qui vous attend au tournant, ce qui pour nous, enseignants, est très stimulant. » Car en ouvrant ses portes à un public expérimenté, le monde universitaire continue lui aussi de se former.
L’UNamur, pionnière dans la formation continuée des enseignants
Depuis les années 80, l’Université de Namur se distingue par son expertise dans la formation continuée des enseignants, à la fois dans ses aspects didactiques et psychopédagogiques.
« C’est la Faculté de philosophie et lettres qui avait au départ entamé ce travail pour proposer ce qu’on appelait à l’époque des “recyclages” aux professeurs de français », commente Sandrine Biémar, coordinatrice du centre de formation continuée des enseignants de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation (FaSEF), enseignante et membre de l'Institut de Recherche en Didactiques et Éducation (IRDENa). « Ensuite, des formations plus générales sur les aspects psychopédagogiques ont suivi : elles ont été prises en charge initialement par le Département éducation et technologies, aujourd’hui devenu la FaSEF. De même, dans les années 90, la Faculté des sciences et la Faculté des sciences économiques ont développé leur propre centre de formation continuée des enseignants. » Ces quatre centres de formation continuée des enseignants sont désormais réunis dans la « Salle des Pros ».
Si le décret du 17/06/2021 (Livre 6 du Code de l’enseignement) formalise les droits et devoirs des membres du personnel de l’enseignement en termes de formation continue, celle-ci est loin d’être une nouveauté pour la profession.
« Le métier est tellement complexe, soumis à tellement de changements, notamment au niveau des programmes et des méthodes pédagogiques, qu’il est important pour l’enseignant d’inscrire son parcours dans une continuité », insiste Sandrine Biémar. « C’est pourquoi, dès la formation initiale, nous informons les étudiants de ces possibilités de formation continuée. »
Avec pour objectif de former des « praticiens réflexifs », capables de remettre en question leurs propres pratiques pour les réguler et les faire évoluer au fil du temps.
« Nous essayons de rapprocher le monde de la recherche du monde de la pratique : que nous puissions informer les enseignants des nouvelles études, mais qu’ils puissent aussi nous informer de ce qui se passe sur le terrain, poursuit la coordinatrice. La Salle des Pros constitue cet espace d’ouverture vers le monde. »
La Salle des Pros
La dynamique de la formation continue des enseignants à l'Université de Namur, carrefour entre recherche et terrain !
La Salle des Pros est avant tout un lieu à l’écoute des questions que les enseignants se posent dans le cadre de leur pratique. A l'intersection entre les milieux de la pratique et de la recherche, elle traite des problématiques qui émergent du terrain par le biais de réflexions, d'échanges et de constructions communes.
Différenciation et langue de scolarisation
Outre les formations obligatoires et gratuites qu’elle dispense en tant qu’ « opérateur de formation » pour les enseignants, l’UNamur propose aussi plusieurs certificats autour de thématiques spécifiques. « Les enseignants viennent suivre volontairement ces certificats, en plus de leur formation obligatoire et en-dehors de leurs heures de cours, et prennent les frais à leur charge », précise Sandrine Biémar. Parmi les thématiques qui suscitent un intérêt croissant dans le monde enseignant, citons les pratiques de différenciation pédagogique. « Au quotidien, les enseignants sont face à des groupes d’élèves où chacun a des besoins différents, apprend à des rythmes différents », détaille la coordinatrice. « Or il existe toute une série de méthodologies qui permettent de tenir compte de ces différences, ce qui constitue un enjeu aujourd’hui très important, surtout avec la mise en place du tronc commun. » Les formations autour de la langue de scolarisation, centrales pour lutter contre les inégalités, se sont aussi largement développées. « Nous sensibilisons les enseignants au fait qu’ils utilisent un langage propre à l’école — "asseyez-vous", "prenez votre cahier", "analysez", "coloriez" — et que ce langage doit être explicité. Il faut dire aux élèves dans quel but on leur fait faire telle ou telle chose. » Enfin, l’IA constitue sans surprise l’une des nouvelles thématiques dans la formation continue des enseignants, mais aussi d’autres publics (managers, décideurs, etc.). Une nouvelle micro-formation universitaire en intelligence artificielle est ainsi proposée depuis début 2026.
Les atouts d'une formation à horaire décalé / adapté
- Diplôme identique : Le diplôme décerné est le même qu'en horaire de jour.
- Expérience valorisée : Une valorisation des acquis antérieurs est assurée.
- Horaires : Un calendrier et des horaires adaptés à un public adulte.
- Accès : Un campus facilement accessible, tant en train qu'en voiture.
- Organisation : Une dizaine d’heures de cours par semaine.
Nos programmes à horaire décalé /adapté
Bacheliers
- Droit
- Économie et gestion
- Informatique
Masters
- Économie et gestion
- Enseignement (section 4 et 5)
- Informatique
Masters de spécialisation
Cet article est tiré de la rubrique "Enjeux" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Pourquoi les randonnées en montagne nous ressourcent : une recherche menée par l'UNamur et l'Université de Bourgogne livre des réponses
Fruit d'une collaboration avec Isabelle Frochot de l'Université Bourgogne Europe, une étude à laquelle a participé Alain Decrop, professeur de marketing au sein de la Faculté EMCP, montre que la montagne favorise une véritable reconnexion à soi, aux autres et à son environnement. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la prestigieuse revue Recherche et Applications en Marketing (RAM).
Mais qu'est-ce qui pousse autant de personnes à partir plusieurs jours en montagne ? C'est la question à laquelle les chercheurs ont voulu répondre. “L'engouement pour la randonnée itinérante en montagne ne cesse de grandir et a de quoi intriguer”, entame Alain Decrop. “Aujourd'hui, certaines destinations sont même confrontées à des phénomènes de surtourisme. Il nous semblait intéressant de comprendre ce que les personnes viennent réellement chercher dans ce type d'expérience”. Les chercheurs ont mené une étude de terrain dans une douzaine de refuges des Alpes françaises. Ce choix n'est pas anodin : les refuges constituent un lieu privilégié pour rencontrer les randonneurs et recueillir leur témoignage après plusieurs heures de marche. Pendant près d'un an, l'équipe a réalisé des entretiens en profondeur et des observations ethnographiques afin de comprendre ce qui se joue réellement durant ces séjours.
Si Alain Decrop n'a pas participé à la collecte des données sur le terrain, son rôle a été déterminant dans l'analyse des résultats. “Les données ont été recueillies par nos collègues en Savoie, qui étaient au plus près du terrain. Mon rôle a consisté à apporter un regard extérieur pour analyser et interpréter ces données, en les reliant aux concepts théoriques”, explique-t-il. “Lorsqu'on est moins impliqué dans la collecte, on peut parfois repérer des éléments que les personnes immergées dans le terrain ne voient plus aussi facilement.” Cette complémentarité entre chercheurs a permis de mieux comprendre ce qui se joue lors d'un séjour en refuge.
Déconnecter pour mieux reconnecter
L'étude montre que la randonnée itinérante en montagne crée des conditions propices au lâcher-prise. La marche, l'environnement naturel et la simplicité de la vie en refuge favorisent ce que les chercheurs appellent une “disponibilité résonante”, un état qui permet de rompre avec les sollicitations du quotidien.
Cette disponibilité retrouvée permet de prendre du recul sur sa vie, de vivre davantage le moment présent et de porter un regard différent sur son environnement. “Cette déconnexion leur permet ensuite de se reconnecter à elles-mêmes, aux autres et à leur environnement”, résume Alain Decrop. “Elles retrouvent une disponibilité mentale qui leur offre un véritable espace de réflexion et d'apaisement.”
Cette recherche, menée pendant près d'un an, a débouché sur une publication dans Recherche et Applications en Marketing (RAM), l'une des revues scientifiques les plus reconnues dans le domaine. “Le processus est particulièrement sélectif : seuls un article sur cinq ou six est accepté”, se félicite Alain Decrop. “C'est une revue très bien classée, ce qui témoigne de la qualité scientifique de notre travail.” Félicitations à Alain Decrop et à l'ensemble de ses collaborateurs pour cette belle reconnaissance scientifique.
À propos d'Alain Decrop
Alain Decrop est professeur ordinaire de marketing à l'Université de Namur, en Belgique. Membre fondateur et ancien directeur du NADI-CeRCLe (Namur Digital Institute - Center for Research on Consumption and Leisure) et du CCMS (Center for research on Consumers and Marketing Strategy), il a également été président de l'Association française du marketing (AFM). Il est titulaire d'une maîtrise en histoire moderne et en économie, et d'un doctorat en administration des affaires.
Alain Decrop a enseigné un certain nombre de cours liés à la gestion du marketing, au comportement des consommateurs, aux communications marketing numériques, aux méthodes de recherche, à la gestion des services et aux modèles d'entreprise collaboratifs.
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
2 000 langues utilisent les mêmes schémas d’économie lexicale – une étude publiée dans Nature Human Behaviour
Jamie Wright, un chercheur du Namur Digital Institute de l’UNamur, a participé à une étude menée par l’Université Pompeu Fabra (UPF) de Barcelone, et publiée dans la prestigieuse revue Nature Human Behaviour. Cette étude montre que les langues du monde entier tendent à privilégier l'économie lexicale, en réutilisant des mots pour désigner différents concepts lorsque cela n'entraîne pas de confusion dans la communication.
L’étude était dirigée par le professeur Thomas Brochhagen, chercheur au sein du groupe de Linguistique Computationnelle et de Théorie Linguistique (COLT) du Département de traduction et de sciences du langage de l'UPF de Barcelone. Parmi les coauteurs figurent Xixian Liao (Barcelona Supercomputing Center - Centro Nacional de Supercomputación, BSC-CNS), Jamie D. Wright (Namur Digital Institute de l’Université de Namur et Vrije Universiteit Brussel) et Carmen Saldana (affiliée à l’UPF et à l’Université de Barcelone).
« Ma principale contribution à l’étude publiée dans « Nature Human Behaviour » a porté sur l’analyse des données et la modélisation informatique. Cette étude est une enquête interlinguistique à grande échelle visant à comprendre comment les contraintes communicatives façonnent l’évolution des langues. En analysant des données issues de près de 2 000 langues, nous avons examiné comment celles-ci concilient deux contraintes contradictoires : le gain d’efficacité obtenu en réutilisant des formes lexicales identiques ou similaires, et la nécessité d’éviter toute ambiguïté lorsque des concepts risquent d’être confondus dans la communication », nous explique Jamie Wright.
Les travaux de Jamie Wright avec la professeure Katrien Beuls au Namur Digital Institute s’inscrivent dans le cadre du programme HERMES. Cette recherche examine également les pressions communicatives qui façonnent l’évolution des langues, mais sous un angle complémentaire.
Les chercheurs namurois viennent de publier un autre article dans le « Journal of language Evolution »
« Alors que l’article publié dans *Nature Human Behaviour* identifie des tendances générales à partir d’un large échantillon de langues existantes, celui paru dans le « Journal of Language Evolution » utilise un modèle basé sur des agents pour étudier l’évolution des langues au niveau des agents artificiels en interaction. Dans ces simulations, les agents développent et utilisent des langues communes à travers des échanges communicatifs répétés. Cela nous permet d’étudier comment des conventions linguistiques à l’échelle d’une population émergent d’interactions locales et pourquoi ces conventions peuvent rendre les langues plus robustes, plus faciles à apprendre et plus efficaces sur le plan cognitif. »
Ces deux études abordent donc des questions étroitement liées, à des niveaux différents et selon des approches méthodologiques distinctes. L’étude « Nature Human Behaviour » met en évidence les conséquences interlinguistiques à grande échelle des pressions communicatives, tandis que l’étude « Journal of Language Evolution » basée sur des agents permet d’expliquer comment de tels schémas peuvent émerger de manière dynamique à travers les interactions entre les locuteurs.
Jamie D. Wright - Courte biographie
Jamie D. Wright est doctorant à la Faculté d’informatique de l’Université de Namur et membre de l’Institut de recherche Namur Digital Institute (NaDI), où il travaille avec le professeur Katrien Beuls dans le cadre du programme HERMES, financé par l’Europe, le FNRS et le FWO. Il est également affilié au Laboratoire d’intelligence artificielle de la Vrije Universiteit Brussel.
Il a obtenu son master en linguistique théorique et appliquée à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, où il a également travaillé comme assistant de recherche au sein du groupe de recherche COLT. Ses recherches s’appuient sur la modélisation computationnelle et des expériences basées sur des agents pour étudier l’émergence et l’évolution du langage. Ses travaux actuels portent sur la manière dont les contraintes articulatoires et acoustiques liées à la production et à la perception de la parole façonnent les conventions linguistiques et les systèmes de communication.
Félicitations aux chercheurs pour ces publications prestigieuses !
Article cité
Brochhagen, T., Liao, X., Wright, J.D. et al. The interaction of meaning similarity and confusability explains regularity in form–meaning mappings at and below the word level. Nat Hum Behav (2026). https://doi.org/10.1038/s41562-026-02488-3
Événements
Et si l’IA était votre confident ? (ESIA#1)
Et si vos confidences aux chatbots n’étaient pas si privées qu’elles en ont l’air ? Cette première séance du cycle "Et si l'IA ?" vous plonge dans les coulisses des chatbots pour comprendre ce qu’ils font vraiment de vos données et jusqu’où va leur “discrétion”.
Et si vous confiiez à une intelligence artificielle vos doutes, vos émotions ou des informations sensibles ? Cette première séance du cycle "Et si l'IA ?" explore les usages de l’IA dans des contextes personnels et parfois intimes, où des outils comme les chatbots deviennent des interlocuteurs privilégiés. À partir de cas concrets — notamment l’utilisation de ChatGPT comme soutien psychologique ou pour traiter des données confidentielles — les intervenants analyseront les coulisses techniques de ces systèmes ainsi que les enjeux juridiques liés à la protection de la vie privée.
Le public sera invité à découvrir, étape par étape, ce qui se cache derrière une réponse générée par IA : quels acteurs interviennent, comment les données circulent et quels risques cela implique. À travers une activité interactive ludique, chacun pourra mieux comprendre les implications de ses interactions avec ces outils et réfléchir aux limites à poser.
Et si l’IA faisait des erreurs ? (ESIA#2)
Et si une IA vous répondait avec aplomb… tout en se trompant totalement ? Durant cette deuxième séance du cycle "Et si l'IA ?", testez votre capacité à démasquer ses erreurs et découvrez pourquoi même des outils avancés peuvent halluciner.
Les intelligences artificielles sont-elles fiables ? Peuvent-elles inventer des informations sans que l’on s’en rende compte ? Cette deuxième séance du cycle "Et si l'IA ?" met en lumière le phénomène des « hallucinations » de l’IA, ces erreurs parfois crédibles qui peuvent avoir des conséquences importantes, notamment dans des contextes professionnels.
En s’appuyant sur des exemples réels, comme des rapports contenant de fausses références, les intervenants expliqueront pourquoi ces erreurs surviennent, quelles en sont les causes techniques et comment les détecter. Une activité interactive invitera le public à distinguer le vrai du faux dans des réponses générées par IA, tout en découvrant les limites des solutions comme le prompt engineering.
L’objectif : développer un regard critique face aux réponses de l’IA et mieux appréhender ses limites.
Et si l’IA était aussi subjective que vous ? (ESIA#3)
t si l’IA héritait de nos biais et de nos angles morts ? Durant cette troisième séance du cycle "Et si l'IA ?", comparez, questionnez et expérimentez pour révéler la part de subjectivité cachée derrière des réponses en apparence neutres.
L’IA est souvent perçue comme neutre et objective. Mais est-ce vraiment le cas ? Cette troisième séance du cycle "Et si l'IA ?" questionne les biais et discriminations qui peuvent être intégrés dans les systèmes d’intelligence artificielle, en écho à des exemples marquants comme des algorithmes de recrutement ou de justice biaisés.
À travers des démonstrations et des expériences interactives, la séance vise à déconstruire le mythe de la neutralité technologique et à réfléchir aux moyens de concevoir des systèmes plus équitables et inclusifs.