Comprendre l’Antiquité et éclairer notre monde par les sources grecques et latines
Les littératures grecque et latine sont l’un des fondements de la pensée et de la culture occidentales. Que l’on étudie l’histoire, les littératures, les arts, les courants de pensée…, les références à l’Antiquité gréco-romaine sont omniprésentes, du Moyen Âge à nos jours. Le Département de langues et littératures classiques s’inscrit ainsi à l’intersection des disciplines, au cœur de la Faculté de philosophie et lettres.
Présents dès la création de l’Université de Namur, les cours de latin et de grec initient les étudiants à l’étude des auteurs anciens et du monde dans lequel ceux-ci ont vécu, tout en les faisant réfléchir sur la façon dont chaque époque a compris l’Antiquité et s’en est inspirée. Autant de clés indispensables à une compréhension profonde de notre propre monde.
Le Département de langues et littératures classiques rassemble les enseignants-chercheurs spécialisés dans l’étude des langues et littératures grecques et latines, mais aussi en histoire de l’Antiquité. Cette union de la philologie et de l’histoire est au cœur du projet scientifique et didactique du département. Elle garantit une véritable synergie dans l’enseignement des matières liées à l’Antiquité gréco-romaine.
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Du XVIe siècle à aujourd'hui : deux professeurs de l'UNamur décryptent ce que les livres de l’imprimeur-éditeur Christophe Plantin ont encore à nous apprendre
Du XVIe siècle à aujourd'hui : deux professeurs de l'UNamur décryptent ce que les livres de l’imprimeur-éditeur Christophe Plantin ont encore à nous apprendre
Coordonné par deux professeurs de l'UNamur, un ouvrage collectif rassemble les travaux de 18 chercheurs autour d'une cinquantaine d'ouvrages rares, sélectionnés parmi les plus de 900 éditions de Christophe Plantin conservées à l'Université. Soutenu par la Fondation d'utilité publique Institut Moretus Plantin, ce projet marque une première étape avant le lancement, dès septembre, d'une nouvelle recherche sur le multilinguisme et les pratiques de traduction dans les éditions de l'imprimeur anversois.
Avec ses 905 éditions sorties des presses de Christophe Plantin, la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) de l'UNamur abrite aujourd'hui l'une des plus importantes collections plantiniennes de Belgique. La plus importante est conservée au Musée Plantin-Moretus à Anvers, installé dans l'ancienne maison et imprimerie de Christophe Plantin. Cette richesse patrimoniale s'est considérablement étoffée en 2020, lorsque la collection constituée par Philippe de Dorlodot, grand collectionneur privé d’éditions plantiniennes, a été donnée à la Fondation Roi Baudouin, avec le souhait qu'elle soit conservée à l'UNamur. Un ensemble exceptionnel qui a déjà fait l’objet de l’édition d’un catalogue et qui a donné naissance à un ouvrage collectif consacré à l'héritage de ce grand imprimeur de la Renaissance.
“Tout a commencé par un coup de téléphone du Pôle Patrimoine de la BUMP, qui souhaitait organiser une exposition consacrée à Christophe Plantin à l’occasion du 500e anniversaire de sa naissance en 2020", se souvient Pierre Assenmaker, professeur de langue et littérature latines à l'UNamur et codirecteur scientifique de l'ouvrage. Avec Valérie Leyh, professeure de littérature germanophone qui dispense également un cours d’histoire du livre, ils imaginent alors une collaboration autour de cette figure majeure de l'imprimerie européenne. Mais l'initiative a rapidement pris une autre dimension. “En voyant l’ampleur de cette collection, nous nous sommes dit qu'il fallait aller plus loin qu’une simple exposition”, souligne Valérie Leyh. “D’où l’idée de réaliser un ouvrage qui mette en valeur cette collection exceptionnelle conservée à l'UNamur.”
L'ouvrage rassemble ainsi les contributions de 18 chercheurs, issus de l'UNamur et d'autres institutions en Belgique et aux Pays-Bas. La collection ayant déjà fait l'objet d'un catalogue exhaustif, publié avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin, les auteurs ont choisi une approche thématique : comprendre comment Christophe Plantin est devenu, au XVIe siècle, l'un des imprimeurs les plus influents d'Europe. “Nous avons essayé d'identifier les différents facteurs de cette réussite”, explique Pierre Assenmaker. “Par son réseau d'humanistes mais aussi son incroyable sens des affaires, Christophe Plantin savait adapter ses livres à des publics différents, varier les formats, les langues, les illustrations. Il avait déjà cette capacité à penser plusieurs versions d'un même ouvrage selon les attentes de ses lecteurs.”
Les livres, témoins de plusieurs siècles d'histoire
Étudier les 905 ouvrages conservés à la BUMP aurait été un travail titanesque. Les chercheurs ont dû faire des choix. “Nous avons analysé une cinquantaine d’ouvrages qui nous semblaient les plus parlants”, poursuit Pierre Assenmaker. “Certains se distinguent par leur rareté, d'autres par leur beauté ou parce qu'ils illustrent particulièrement bien les stratégies éditoriales de Plantin. Forcément, toute sélection implique des renoncements et il reste encore énormément de trésors qui mériteraient d'être étudiés.” Les chercheurs ont également pu comparer plusieurs exemplaires d'une même édition. “Certains livres ont appartenu à plusieurs collectionneurs. D'autres ont été annotés au fil des siècles”, ajoute Valérie Leyh. “Ces notes manuscrites permettent de suivre la circulation des livres et de comprendre comment ils ont été utilisés ou transmis.”
Au-delà des textes eux-mêmes, les chercheurs se sont aussi intéressés à l'objet-livre. Si l’on choisit aujourd’hui entre un grand format et un format poche, à la Renaissance, les possibilités étaient bien plus nombreuses. Au XVIe siècle, les livres étaient souvent vendus en cahiers non reliés. L'acquéreur décidait ensuite de la reliure, plus ou moins luxueuse, et pouvait même choisir d'ajouter certaines illustrations. Chaque exemplaire devenait alors un objet unique. De plus, comme le souligne Valérie Leyh, un même texte pouvait être décliné en plusieurs langues, avec ou sans illustrations, dans le but de toucher des publics différents. Une stratégie éditoriale particulièrement moderne pour l’époque, qui montre que l'imprimeur réfléchissait à la manière de s’adapter aux attentes de ses lecteurs.
Ces recherches trouvent également un prolongement direct dans les enseignements de l’UNamur, notamment dans le cours « Le livre et la culture numérique » dispensé par Valérie Leyh. Les étudiants sont amenés à consulter une sélection d’ouvrages anciens conservés à la BUMP afin d’en étudier la matérialité. Une manière aussi de mettre ces objets en perspective avec les pratiques de lecture et les usages numériques actuels.
Un nouveau chapitre s'ouvrira dès septembre
Si cet ouvrage marque l'aboutissement de plusieurs années de travail, il ouvre aussi la voie à de nouvelles investigations. Dès septembre, Pierre Assenmaker et Valérie Leyh ont lancé, avec le soutien de la Fondation d'utilité publique Institut Moretus Plantin, un projet de recherche de deux ans consacré au multilinguisme et à la traduction dans la production de Christophe Plantin. L'objectif sera d'étudier une quarantaine ou cinquantaine d'ouvrages conservés à la BUMP afin de mieux comprendre comment l'imprimeur anversois exploitait la diversité linguistique de son époque. “Aujourd'hui, avec les outils de traduction automatique ou l'intelligence artificielle, on a parfois tendance à oublier toute la complexité de la traduction”, constate Valérie Leyh. “À la Renaissance, traduire signifiait aussi adapter une œuvre à un nouveau public. Les traducteurs devenaient parfois co-auteurs.”
Le projet, qui est mené en collaboration avec Asseline Sel engagée comme chercheuse postdoctorante, vise à mieux comprendre les stratégies éditoriales de Plantin à travers cette question des langues. Pourquoi certains ouvrages étaient-ils traduits ? À quels lecteurs s'adressaient-ils ? Comment un même texte pouvait-il être transformé, raccourci, enrichi ou illustré différemment selon le public visé ? Autant de questions auxquelles les chercheurs tenteront de répondre en analysant, non seulement le contenu des ouvrages, mais aussi leur matérialité, leurs annotations manuscrites et leur parcours au fil des siècles.
Au-delà de l'histoire du livre, les deux chercheurs y voient aussi une invitation à mieux comprendre notre époque. “Le XVIe siècle est une période de profondes transformations, marquée par des crises politiques, religieuses et économiques, mais aussi par une formidable circulation des idées”, conclut Pierre Assenmaker. “Étudier cette période nous rappelle que les temps de crise ne sont pas incompatibles avec le développement de la culture et des connaissances. C'est sans doute l'un des enseignements les plus actuels que nous laisse aujourd'hui Christophe Plantin.”
Envie d’en savoir plus ?
L’ouvrage, disponible aux Presses Universitaires de Namur, et le nouveau projet seront présentés le 8 octobre 2026 à l’UNamur (auditoire L03, accès via rue Grafé). L’inscription à cet événement est gratuite et possible via ce lien. Bienvenue à toutes et à tous !
PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur
PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur
Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux.
Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques).
« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet.
Un triple objectif
Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :
- Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
- Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
- Proposer une datation la plus précise possible.
C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »
Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes
Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »
Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle
Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu.
Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.
« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »
PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.
Des chartes et des pièces de monnaies grecques
Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux :
- Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
- Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Faites connaissance avec l’équipe
- Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
- Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
- Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
- Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
- Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
- Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
- Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
- Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
- Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
- Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
- Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
- Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.
Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge
Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort).
Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).
3 étudiants de « latin-français » font le buzz sur Instagram
3 étudiants de « latin-français » font le buzz sur Instagram
Ils ont 20 ans et sont en BAC 3 latin-français à l’Université de Namur. Depuis le mois de novembre dernier, ils font parler d’eux via les comptes Instagram et Facebook qu’ils ont créés. Chaque semaine, ils y vulgarisent le latin et tentent de faire mieux connaitre cette langue que l’on qualifie trop souvent de « morte ».
Du XVIe siècle à aujourd'hui : deux professeurs de l'UNamur décryptent ce que les livres de l’imprimeur-éditeur Christophe Plantin ont encore à nous apprendre
Du XVIe siècle à aujourd'hui : deux professeurs de l'UNamur décryptent ce que les livres de l’imprimeur-éditeur Christophe Plantin ont encore à nous apprendre
Coordonné par deux professeurs de l'UNamur, un ouvrage collectif rassemble les travaux de 18 chercheurs autour d'une cinquantaine d'ouvrages rares, sélectionnés parmi les plus de 900 éditions de Christophe Plantin conservées à l'Université. Soutenu par la Fondation d'utilité publique Institut Moretus Plantin, ce projet marque une première étape avant le lancement, dès septembre, d'une nouvelle recherche sur le multilinguisme et les pratiques de traduction dans les éditions de l'imprimeur anversois.
Avec ses 905 éditions sorties des presses de Christophe Plantin, la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) de l'UNamur abrite aujourd'hui l'une des plus importantes collections plantiniennes de Belgique. La plus importante est conservée au Musée Plantin-Moretus à Anvers, installé dans l'ancienne maison et imprimerie de Christophe Plantin. Cette richesse patrimoniale s'est considérablement étoffée en 2020, lorsque la collection constituée par Philippe de Dorlodot, grand collectionneur privé d’éditions plantiniennes, a été donnée à la Fondation Roi Baudouin, avec le souhait qu'elle soit conservée à l'UNamur. Un ensemble exceptionnel qui a déjà fait l’objet de l’édition d’un catalogue et qui a donné naissance à un ouvrage collectif consacré à l'héritage de ce grand imprimeur de la Renaissance.
“Tout a commencé par un coup de téléphone du Pôle Patrimoine de la BUMP, qui souhaitait organiser une exposition consacrée à Christophe Plantin à l’occasion du 500e anniversaire de sa naissance en 2020", se souvient Pierre Assenmaker, professeur de langue et littérature latines à l'UNamur et codirecteur scientifique de l'ouvrage. Avec Valérie Leyh, professeure de littérature germanophone qui dispense également un cours d’histoire du livre, ils imaginent alors une collaboration autour de cette figure majeure de l'imprimerie européenne. Mais l'initiative a rapidement pris une autre dimension. “En voyant l’ampleur de cette collection, nous nous sommes dit qu'il fallait aller plus loin qu’une simple exposition”, souligne Valérie Leyh. “D’où l’idée de réaliser un ouvrage qui mette en valeur cette collection exceptionnelle conservée à l'UNamur.”
L'ouvrage rassemble ainsi les contributions de 18 chercheurs, issus de l'UNamur et d'autres institutions en Belgique et aux Pays-Bas. La collection ayant déjà fait l'objet d'un catalogue exhaustif, publié avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin, les auteurs ont choisi une approche thématique : comprendre comment Christophe Plantin est devenu, au XVIe siècle, l'un des imprimeurs les plus influents d'Europe. “Nous avons essayé d'identifier les différents facteurs de cette réussite”, explique Pierre Assenmaker. “Par son réseau d'humanistes mais aussi son incroyable sens des affaires, Christophe Plantin savait adapter ses livres à des publics différents, varier les formats, les langues, les illustrations. Il avait déjà cette capacité à penser plusieurs versions d'un même ouvrage selon les attentes de ses lecteurs.”
Les livres, témoins de plusieurs siècles d'histoire
Étudier les 905 ouvrages conservés à la BUMP aurait été un travail titanesque. Les chercheurs ont dû faire des choix. “Nous avons analysé une cinquantaine d’ouvrages qui nous semblaient les plus parlants”, poursuit Pierre Assenmaker. “Certains se distinguent par leur rareté, d'autres par leur beauté ou parce qu'ils illustrent particulièrement bien les stratégies éditoriales de Plantin. Forcément, toute sélection implique des renoncements et il reste encore énormément de trésors qui mériteraient d'être étudiés.” Les chercheurs ont également pu comparer plusieurs exemplaires d'une même édition. “Certains livres ont appartenu à plusieurs collectionneurs. D'autres ont été annotés au fil des siècles”, ajoute Valérie Leyh. “Ces notes manuscrites permettent de suivre la circulation des livres et de comprendre comment ils ont été utilisés ou transmis.”
Au-delà des textes eux-mêmes, les chercheurs se sont aussi intéressés à l'objet-livre. Si l’on choisit aujourd’hui entre un grand format et un format poche, à la Renaissance, les possibilités étaient bien plus nombreuses. Au XVIe siècle, les livres étaient souvent vendus en cahiers non reliés. L'acquéreur décidait ensuite de la reliure, plus ou moins luxueuse, et pouvait même choisir d'ajouter certaines illustrations. Chaque exemplaire devenait alors un objet unique. De plus, comme le souligne Valérie Leyh, un même texte pouvait être décliné en plusieurs langues, avec ou sans illustrations, dans le but de toucher des publics différents. Une stratégie éditoriale particulièrement moderne pour l’époque, qui montre que l'imprimeur réfléchissait à la manière de s’adapter aux attentes de ses lecteurs.
Ces recherches trouvent également un prolongement direct dans les enseignements de l’UNamur, notamment dans le cours « Le livre et la culture numérique » dispensé par Valérie Leyh. Les étudiants sont amenés à consulter une sélection d’ouvrages anciens conservés à la BUMP afin d’en étudier la matérialité. Une manière aussi de mettre ces objets en perspective avec les pratiques de lecture et les usages numériques actuels.
Un nouveau chapitre s'ouvrira dès septembre
Si cet ouvrage marque l'aboutissement de plusieurs années de travail, il ouvre aussi la voie à de nouvelles investigations. Dès septembre, Pierre Assenmaker et Valérie Leyh ont lancé, avec le soutien de la Fondation d'utilité publique Institut Moretus Plantin, un projet de recherche de deux ans consacré au multilinguisme et à la traduction dans la production de Christophe Plantin. L'objectif sera d'étudier une quarantaine ou cinquantaine d'ouvrages conservés à la BUMP afin de mieux comprendre comment l'imprimeur anversois exploitait la diversité linguistique de son époque. “Aujourd'hui, avec les outils de traduction automatique ou l'intelligence artificielle, on a parfois tendance à oublier toute la complexité de la traduction”, constate Valérie Leyh. “À la Renaissance, traduire signifiait aussi adapter une œuvre à un nouveau public. Les traducteurs devenaient parfois co-auteurs.”
Le projet, qui est mené en collaboration avec Asseline Sel engagée comme chercheuse postdoctorante, vise à mieux comprendre les stratégies éditoriales de Plantin à travers cette question des langues. Pourquoi certains ouvrages étaient-ils traduits ? À quels lecteurs s'adressaient-ils ? Comment un même texte pouvait-il être transformé, raccourci, enrichi ou illustré différemment selon le public visé ? Autant de questions auxquelles les chercheurs tenteront de répondre en analysant, non seulement le contenu des ouvrages, mais aussi leur matérialité, leurs annotations manuscrites et leur parcours au fil des siècles.
Au-delà de l'histoire du livre, les deux chercheurs y voient aussi une invitation à mieux comprendre notre époque. “Le XVIe siècle est une période de profondes transformations, marquée par des crises politiques, religieuses et économiques, mais aussi par une formidable circulation des idées”, conclut Pierre Assenmaker. “Étudier cette période nous rappelle que les temps de crise ne sont pas incompatibles avec le développement de la culture et des connaissances. C'est sans doute l'un des enseignements les plus actuels que nous laisse aujourd'hui Christophe Plantin.”
Envie d’en savoir plus ?
L’ouvrage, disponible aux Presses Universitaires de Namur, et le nouveau projet seront présentés le 8 octobre 2026 à l’UNamur (auditoire L03, accès via rue Grafé). L’inscription à cet événement est gratuite et possible via ce lien. Bienvenue à toutes et à tous !
PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur
PHOENIX : Faire renaître les sciences du patrimoine à l’UNamur
Avec le projet PHOENIX, l’UNamur renoue avec une expertise ancienne : celle des sciences du patrimoine. À l’aide de techniques de pointe et des apports de l’intelligence artificielle, une équipe transdisciplinaire réunissant des experts en histoire, en archéologie et en physique s’est donnée pour mission de renouveler la compréhension d’objets patrimoniaux pour en comprendre les origines, les modes de production et les usages. Sous leur loupe : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux.
Les sciences du patrimoine sont en train de connaître un nouveau souffle à l’UNamur. Ce domaine de recherche – qui consiste à mobiliser les techniques et expertises issues des sciences exactes (physique, chimie, biologie) pour étudier des objets patrimoniaux anciens – se réinvente grâce au projet PHOENIX, porté par sept chercheurs issus des Facultés des sciences (Département de physique) et de philosophie et lettres (Départements d’histoire et de langues et littératures classiques).
« PHOENIX est né de la rencontre entre plusieurs chercheurs d’horizons différents, mais animés par la même envie d’étudier la matérialité d’objets patrimoniaux. On peut notamment citer Julien Colaux, dont l’un des prédécesseurs avait mené au Laboratoire d'Analyse par Réactions Nucléaires (LARN) de l’UNamur les premiers projets en sciences du patrimoine. C’est une sorte de retour aux sources », se souvient Nicolas Ruffini-Ronzani, chercheur au Département d’histoire, président de l’institut PaTHs et l’un des porteurs du projet.
Un triple objectif
Avec PHOENIX, les chercheurs souhaitent faire parler deux types d’objets : des pièces de monnaie antiques et des parchemins médiévaux (voir encart). Plus précisément, trois objectifs guident leurs recherches :
- Comprendre la composition des artefacts étudiés. Pour les parchemins, identifier l’espèce animale (mouton, chèvre ou veau) et, pour la monnaie, caractériser l’alliage métallique.
- Mieux appréhender la chaîne opératoire de production et de traitement. Par exemple, déterminer quelles parties de l’animal ont été utilisées dans la confection d’un parchemin.
- Proposer une datation la plus précise possible.
C’est dans ce dernier objectif que réside le principal enjeu. « On ne va pas pouvoir dater ces objets à l'année près », avertit Olivier Deparis, professeur au Département de physique et membre de l’institut de recherche NISM. « L’idée est de donner une fourchette temporelle qui soit aussi fine, si pas meilleure, que celle déjà fournie par la paléographie (l’étude des écritures anciennes) ou l’analyse des textes. Si on atteint le quart de siècle, ce sera déjà une belle avancée. »
Faire dialoguer sciences humaines et sciences exactes
Pour y parvenir, l’équipe de PHOENIX utilise différentes techniques non-invasives, en particulier les spectroscopies infrarouges et Raman, la spectrométrie de masse d’ions secondaires à temps de vol (ToF-SIMS) et les analyses par faisceau d’ions (IBA). Ces approches – qui mobilisent les outils de pointe de l’UNamur comme l’accélérateur de particules ALTAÏS (voir Omalius #36) – fournissent des renseignements détaillés sur la composition physico-chimique des matériaux, comme l’origine animale et les formulations d’encres pour les parchemins ou le type d’alliage métallique pour les monnaies. « Le recours aux sciences exactes va permettre d’enrichir nos études et donc de mieux comprendre comment étaient produits ces objets par le passé », précise Nicolas Ruffini-Ronzani. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la collaboration entre sciences humaines et sciences exactes a une longue histoire derrière elle, qui remonte au 19e siècle, voire bien avant pour les monnaies. »
Un vent de renouveau grâce à l’Intelligence artificielle
Ces outils vont permettre de scruter les parchemins et les monnaies jusque dans les moindres détails, à l’échelle du pixel. Ces analyses poussées génèrent donc un volume colossal de données brutes à traiter. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer leur traitement et révéler les informations « cachées » dans les données, en dégageant les grandes tendances invisibles à l’œil nu.
Surtout, elle donnera un coup de pouce pour relever le défi de la datation des objets étudiés. Des documents datés, comme des chartes, vont ainsi être utilisés comme références pour tester la robustesse du modèle, en comparant les résultats obtenus aux dates déjà connues. « Si les résultats sont convaincants, la technique pourra être appliquée à des documents non datés », se réjouit Nicolas Ruffini-Ronzani. Il s’agirait là d’une avancée non négligeable dans la recherche historique.
« L’usage des méthodes d’apprentissage automatique n’est pas la panacée », nuance cependant Olivier Deparis. « On a voulu l’exploiter comme une question ouverte, pour évaluer son bénéfice. »
PHOENIX pourrait ainsi incarner une nouvelle ère pour les sciences du patrimoine, où l’intelligence artificielle, à l’image du phénix dont le projet porte le nom, ouvre de nouvelles façons d’analyser et de comprendre les matériaux du passé.
Des chartes et des pièces de monnaies grecques
Le corpus de PHOENIX concerne deux types d’objets patrimoniaux :
- Un lot de 168 pièces de monnaie d’argent liées à la cité d’Argos (Grèce), issues de la collection privée de Tony Hackens (1937-1999), ancien professeur d’Archéologie à l’UCLouvain.
- Plusieurs centaines de chartes médiévales et modernes issues du fonds d’archives de l’abbaye cistercienne Notre-Dame du Vivier (Marche-les-Dames, Namur), actuellement conservées aux Archives de l’État à Namur.
Faites connaissance avec l’équipe
- Francesca Cecchet (Département de physique – Instituts NISM et NARILIS)
- Lucas Baseil (Département de physique - Institut NISM)
- Julien Colaux (Département de physique – Instituts NISM et PaTHs)
- Olivier Deparis (Département de physique – Instituts NISM, naXys et PaTHs)
- Christophe Flament (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
- Louise Fauchier (Département de langues et littératures classiques – Institut PaTHs)
- Laurent Houssiau (Département de physique – Institut NISM)
- Alexandre Mayer (Département de physique – Instituts NISM et naXys)
- Giulia Morabito (Département de physique - Instituts NISM et PaTHs)
- Nicolas Ruffini-Ronzani (Département d’histoire – Instituts PaTHs)
- Nicolas Gros (Département de Physique – Instituts NISM et PaTHs)
- Manon Bart (Département de Physique – Instituts NISM et naXys)
Le projet PHOENIX bénéficie d’un financement du programme d’action de recherche concertée (ARC) de septembre 2024 à août 2029. Il constitue la suite du projet interdisciplinaire Pergamenum21, impulsé en 2014 par la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin (BUMP) sous la houlette du professeur Olivier Deparis et consacré à l’étude scientifique du parchemin en vue d’améliorer les pratiques de restauration.
Le Projet PHOENIX au First Lego League Challenge
Des jeunes rochefortois ont mis à l’honneur le projet PHOENIX lors du concours international First Lego League, une compétition de robotique ouverte aux jeunes de 10 à 16 ans. Pour coller au thème annuel consacré aux nouvelles technologies dans le domaine de l’archéologie, cette équipe du Centre des Jeunes et de la Culture de Rochefort s’est inspirée de la technique IBA pour élaborer un jeu de recherche permettant d’identifier l’origine de pièces de monnaies de la Grèce Antique modélisées à l’aide d’une imprimante 3D. Leur projet a tapé dans l’œil du jury et leur a permis de se qualifier pour la finale nationale qui a eu lieu en mars dernier. Au-delà du concours, ce jeu original sera présenté lors de la journée des familles de l’Archéoparc de la Malagne (Rochefort).
Cet article est tiré de la rubrique "Eurêka" du magazine Omalius #40 (Avril 2026).
3 étudiants de « latin-français » font le buzz sur Instagram
3 étudiants de « latin-français » font le buzz sur Instagram
Ils ont 20 ans et sont en BAC 3 latin-français à l’Université de Namur. Depuis le mois de novembre dernier, ils font parler d’eux via les comptes Instagram et Facebook qu’ils ont créés. Chaque semaine, ils y vulgarisent le latin et tentent de faire mieux connaitre cette langue que l’on qualifie trop souvent de « morte ».
Événements
La singularité auctoriale en régime contemporain : motifs, mutations, enjeux
Colloque international organisé par le Namur Institute of Language, Text and Transmediality (NALTT).
Appel à communication
Les propositions de communication, d’une longueur maximale de 2.500 signes (références bibliographiques incluses) et accompagnées d’une notice bio-bibliographique, devront être envoyées pour le 1er octobre 2026 à david.vrydaghs@unamur.be. La réponse du comité scientifique parviendra aux soumissionnaires au plus tard le 15 octobre 2026.
Le colloque se déroulera à l’Université de Namur (61, rue de Bruxelles, 5000 Namur, Belgique), les jeudi 25 et vendredi 26 février 2027, en présentiel uniquement. Une publication des travaux est envisagée à l’issue des journées.