La Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP) a accueilli de nombreux événements au cours de son histoire. Retour en images sur quelques moments marquants de notre Faculté.

Les 60 ans de la Faculté

En octobre 2022, la Faculté fêtait ses 60 ans. Pour marquer cet anniversaire, la Faculté a organisé deux grands événements qui ont donné à tous l’occasion de se retrouver et de partager parcours, expériences, talents et souvenirs ! 

Le 13 octobre, une conférence-débat autour de la thématique « Nouveaux rythmes scolaires : A l’Université aussi ? » en présence de la Ministre de l’enseignement supérieur et de représentants de partis. Le débat a été modéré par Béatrice Delvaux (Editorialiste en chef, Le Soir). La conférence-débat en intégralité est disponible sur Youtube.

Le 15 octobre, une soirée anniversaire autour du thème « La Faculté a des talents ». Anciens, professeurs, chercheurs et étudiants ont confronté leurs talents à l'aune des défis d’aujourd'hui et de demain: entrepreneuriat, développement durable, transition digitale et pédagogies innovantes ont été au menu d'une séance académique haute en couleur. La séance académique a été suivie par une soirée festive et conviviale autour d'un cocktail, d'un repas et d'un after-dinner. Toutes les photos de l'événement sont disponibles sur la photothèque.

Découvrez la vidéo souvenir de l'événement ici : 

60 ans

Cérémonie de diplomation en bachelier

Le 16 février 2024 a eu lieu la cérémonie de remise des diplômes des programmes de bachelier en information et communication, en Ingénieur de gestion, en sciences économiques et de gestion et en sciences politiques. Cette cérémonie a été suivie d’un verre de l’amitié, servi par le Cercle des étudiants, rassemblant les diplômés, leurs proches et les membres du personnel de la Faculté. Cette cérémonie a marqué le couronnement de plusieurs années d’efforts et de partage, tant pour les étudiants et leurs proches que pour les membres du personnel. 

Colloque "Réformer la Belgique"

Le 10 octobre 2023, un colloque autour du thème « Faut-il réformer la Belgique » a été organisé à la Faculté Economie Management Communication sciencesPo (EMCP). Celui-ci proposait différents panels et également un débat politique entre les représentants des six partis de la Fédération Wallonie Bruxelles et animé par Arnaud Ruyssen (RTBF). 

À la une

Actualités

Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui

Genre et diversité
Économie

Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités. 

Catherine Guirkinger

Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large. 

Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques. 

Une leçon inaugurale et trois cours avancés

La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle. 

Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.  

Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven

Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.” 

Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction ! 

EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur

Prix

L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes. 

EGOV2026
Plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’Unamur

Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés. 

Un Best Paper Award pour Simon Dechamps

Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens. 

À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.

Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award

Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?. 

Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit. 

L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique. 

Le poster de Lisa Dewulf
Le poster de Lisa Dewulf, présenté à l'occasion de l'EGOV 2026

Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes

Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur. 

Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels. 

Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur

Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition ! 

Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?

Vulgarisation scientifique

Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).

 

TransmId

Portrait

Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.

 

Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne

Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations. 
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.

L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.

TransmId

Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ? 
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences.  Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents 
-    d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
-    de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
 

TransmId

Dépasser une vision figée des identités

Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.

À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.

This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041 

EU

Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs

La Nuit Européenne des Chercheurs

À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.

« L’économie commence par les personnes » - Un prix Nobel à la conférence ERINN 2026

Économie

La conférence annuelle ERINN 2026, organisée par le Centre de recherche CRED de l’Institut DeFiPP, a eu lieu les 15 et 16 juin 2026 à la Faculté EMCP. Financée par le projet ARC IDnomics de la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle a exploré l'interaction entre les identités sociales en pleine évolution et les politiques publiques, ainsi que l'impact de ces facteurs sur les comportements sociétaux et les choix économiques.

Elle accueillait également un invité de marque : le Professeur George Arthur Akerlof, prix Nobel d’économie 2001.  Lors de l’interview que le Professeur Akerlof nous a accordée, il revient sur les origines de sa carrière mais il ne parle pas d’équations ou de modèles économiques. Il parle de personnes.

Catherine Guirkinger, George Arthur Akerlof, Guilhem Cassan
De gauche à droite : Catherine Guirkinger, Goerge Arthur Akerlof et Guilhem Cassan lors de la conférence ERINN 2026 à l'UNamur

George Akerlof a fait ses études à Yale et au Massachusetts Institute of Technology, où il a obtenu son doctorat en 1966, année où il est devenu maître de conférences à Berkeley. Il a été promu professeur titulaire en 1978. Le professeur Akerlof a reçu en 2001 le prix Alfred E. Nobel d'économie ; il a été récompensé pour sa théorie de l'asymétrie d'information et ses effets sur le comportement économique. Il a également été président de l'American Economic Association en 2006. Auparavant, il en avait été vice-président et membre du comité exécutif. Il siège également au Conseil nord-américain de l'Association d'économétrie.  

Un jeune garçon confronté au chômage

Quand j’avais 11 ans, mon père a perdu son emploi. À cet âge-là, je me disais que si mon père dépensait moins, quelqu’un d’autre gagnerait moins, et que cette personne dépenserait alors moins à son tour, et que cela provoquerait des répercussions sur l’ensemble de la société. 

George Akerlof

George Arthur Akerlof - conférence ERINN 2026 (UNamur)

Il se souvient également d’avoir grandi dans un pays marqué par la discrimination raciale et de profondes inégalités. Ces expériences de jeunesse ont façonné une question qui allait rester au cœur de ses travaux pendant des décennies : pourquoi les économies génèrent-elles un chômage et une exclusion persistants alors que la théorie économique classique prédit que les marchés devraient s’équilibrer ?

Apprendre à réfléchir

George Akerlof a grandi dans une famille particulièrement érudite et avait souvent l’impression de ne pas être le plus doué de son entourage. Cette conviction l’a poussé à redoubler d’efforts. Elle a également favorisé chez lui une sorte d’humilité intellectuelle qui l’habite encore aujourd’hui. Avant d’arriver au MIT, Akerlof a passé tout un été à étudier en autodidacte la topologie avancée. Et le professeur qui dispensait ce cours allait laisser une empreinte indélébile. Avant de résoudre une énigme, identifiez la question plus large qui donne toute son importance à cette énigme. Cela est devenu une philosophie de recherche qui l’a accompagné toute sa vie.

« Il faut avoir une vision d’ensemble : d’abord comprendre la structure du problème, puis s’attaquer aux détails. »

George Akerlof

Justice, inégalités et finalité morale

« Je m’inquiétais du chômage, mais je m’inquiétais aussi de la ségrégation. Ces problèmes me semblaient très importants. Je pensais que l’économie était un moyen de les comprendre. »

George Akerlof

Ce souci des problèmes concrets plutôt que des énigmes purement théoriques trouve un écho particulier dans la mission du Centre de recherche en économie du développement (CRED), l’un des trois centres de recherche qui composent l’Institut Development Finance & Public Policies (DeFiPP) de l’Université de Namur. 

Logo Institut DeFiPP

Le DeFiPP rassemble des compétences en économie du développement, en finance et en politiques publiques, tout en encourageant le dialogue entre les disciplines et les approches méthodologiques. Dans ce cadre, le CRED s’est imposé comme l’un des principaux centres européens en économie du développement. 

Fondé par des universitaires tels que Jean-Marie Baland et Jean-Philippe Platteau, le CRED s’est forgé une réputation internationale grâce à des travaux de recherche alliant rigueur théorique et travail de terrain approfondi. Ses chercheurs étudient comment les institutions, les normes sociales, l’action collective, le développement des marchés et les processus politiques façonnent les résultats économiques dans les pays en développement. Une grande partie de ces travaux s’appuie sur des données originales recueillies directement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ce qui permet aux chercheurs de confronter la théorie économique aux réalités observées sur le terrain. 

Ces questions sont au cœur du programme de recherche du CRED. Les chercheurs du centre étudient le rôle des institutions et des normes sociales dans la définition des trajectoires de développement, en analysant comment les règles informelles, les croyances collectives et les structures de gouvernance influencent les opportunités économiques et le bien-être. Leurs travaux alimentent des réseaux de recherche internationaux tels que « Economic Development and Institutions » (EDI), une initiative majeure consacrée à la compréhension des liens entre la qualité des institutions et le développement économique.

L’inde change tout

Cette approche fait écho à l’une des convictions fondamentales d’Akerlof : l’économie ne peut être comprise uniquement à travers des modèles mathématiques. Au cours de ses études, puis lors d’une année formatrice passée en Inde où lui aussi a pu observer les réalités de terrain, il est progressivement convaincu que l’économie ne se résume pas à des faits et chiffres.

« J'ai appris que pour comprendre une économie, il faut comprendre les gens qui y vivent. Il faut comprendre les institutions, les coutumes et les croyances. »

George Akerlof

Le développement, affirme-t-il, ne peut s’expliquer par les seuls marchés. Pour comprendre pourquoi certaines sociétés prospèrent tandis que d’autres restent enlisées dans la pauvreté, il faut saisir comment les individus se comportent au sein d’environnements sociaux et institutionnels spécifiques. 

Le marché des citrons

 Les travaux de George Akerlof sur les asymétries d’information constituent un autre point de convergence. Son article phare, « The Market for Lemons », a démontré que les marchés peuvent échouer lorsque les acheteurs et les vendeurs disposent d’informations différentes. 

« Les gens prennent des décisions sans savoir ce que savent les autres. » 

George Akerlof

Cette découverte a transformé l’économie en montrant que l’information imparfaite n’est pas une exception, mais une caractéristique fondamentale de nombreux marchés.

Au CRED, les chercheurs examinent de la même manière les frictions qui empêchent les marchés de fonctionner efficacement. Leurs travaux portent sur l’accès au crédit, la productivité agricole, l’intégration des marchés, la fiscalité et le financement du développement, cherchant à comprendre pourquoi certains individus et certaines communautés restent exclus des opportunités économiques. Des projets récents ont porté sur des questions allant du respect des obligations fiscales en Afrique subsaharienne aux effets à long terme des institutions coloniales, en passant par la transformation numérique des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l’Ouest. 

Les équilibres multiples

Un autre thème important qui relie les travaux de George Akerlof et la recherche du CRED concerne le rôle des normes sociales et des équilibres multiples. Il a remis en cause l’idée selon laquelle les économies convergent naturellement vers un résultat optimal unique.

En s’appuyant en partie sur des observations menées en Inde, il soutient que les sociétés peuvent se retrouver prisonnières de schémas comportementaux persistants, entretenus par des croyances et des institutions communes. La pauvreté, la discrimination ou le chômage peuvent donc persister non pas parce que les individus font des choix irrationnels, mais parce que des systèmes entiers d’attentes renforcent les résultats existants.

« L'une des choses que j'ai retenues de mon séjour en Inde, c'est qu'il faut tenir compte de ce que pensent les gens lorsqu'on réfléchit à la notion d'équilibre. Il peut y avoir plusieurs équilibres. »

George Akerlof

Cette perspective a acquis une influence croissante en économie du développement. Les chercheurs du CRED étudient comment les normes sociales influencent les décisions des ménages, les relations entre les sexes, l’action collective et l’accès aux ressources économiques. Une attention particulière a été accordée à la compréhension de la discrimination, du pouvoir de négociation au sein des ménages et des contraintes économiques auxquelles sont confrontées les femmes. Les travaux menés par Catherine Guirkinger, par exemple, examinent les mécanismes à l’origine des inégalités entre les sexes en Afrique subsaharienne et les facteurs qui limitent les opportunités économiques des femmes.

Au-delà de ses travaux de recherche, le CRED constitue également un pôle international dynamique dédié aux échanges scientifiques. Le centre organise régulièrement des conférences, des ateliers, des activités de formation doctorale et des collaborations avec des chercheurs du monde entier. Grâce à ces initiatives, il contribue à la formation de nouvelles générations d’économistes déterminés à relever certains des défis les plus urgents auxquels sont confrontées les sociétés en développement. 

L’identité et l’avenir de l’économie

La collaboration avec Rachel Kranton a représenté, à bien des égards, l’aboutissement du parcours intellectuel de George Akerlof. L’« économie de l’identité » a rassemblé des thèmes présents depuis des décennies : les attentes sociales, les croyances collectives, les normes, les institutions. Les frontières entre l’économie, la sociologie, la psychologie et les sciences politiques sont souvent moins rigides que ne le laissent entendre les institutions universitaires. Le comportement humain ne respecte pas les frontières disciplinaires.

« Ce que les gens pensent devoir faire influence ce qu’ils font réellement. »

George Akerlof

Ce qui ressort en fin de compte des réflexions de George Akerlof, c’est une idée simple mais puissante : l’économie est une science des personnes avant d’être une science des marchés. Les marchés, les institutions et les politiques comptent.  Mais la compréhension du comportement humain reste essentielle.

Ce principe est au cœur de l’identité du CRED. Qu’il s’agisse d’étudier la pauvreté, les inégalités entre les sexes, le développement des marchés, les institutions publiques ou l’action collective, le centre cherche à comprendre comment les résultats économiques sont façonnés par les interactions entre les individus, les communautés et les institutions. Ce faisant, il s’inscrit dans une tradition de recherche alliant rigueur analytique et préoccupation profonde pour les problèmes du monde réel.

Pour George Akerlof, l’objectif de l’économie a toujours été de mieux comprendre la société et d’améliorer le bien-être humain. Pour le CRED, cette ambition reste aujourd’hui plus que jamais d’actualité. 

Références utiles

Le projet ARC IDnomics

Le projet IDnomics (Identités, Normes et Récits) est une Action de Recherche Concertée (ARC) interuniversitaire financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Il explore l’interaction entre des identités sociales en pleine évolution et les politiques publiques, ainsi que l’impact de ces facteurs sur les comportements sociétaux et les choix économiques. 

Cette recherche est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Namur (UNamur) et l’UCLouvain. Les principales caractéristiques et objectifs de cette initiative sont les suivants : 

  • Une approche interdisciplinaire : le projet fait le lien entre l’économie, la sociologie et la science des données afin de comprendre comment l’évolution démographique de la société et les identités collectives influencent l’adoption des politiques publiques.
  • La recherche universitaire : il sert de pôle de recherche fondamentale, visant à développer des centres d’excellence en sciences économiques et sociales.
  • Des conférences de recherche : le projet parraine régulièrement des rencontres universitaires, telles que la série de conférences ERINN (Economic Research on Identity, Norms, and Narratives) organisée à Namur.

Catherine Guirkinger présentera ses recherches à la KU Leuven dans le cadre d’une Chaire Francqui

Genre et diversité
Économie

Professeure d’économie à l’UNamur, Catherine Guirkinger a été invitée par la KU Leuven à occuper une Chaire Francqui. Cette distinction lui donnera l’occasion de présenter ses recherches sur les rapports de genre et les décisions prises au sein des ménages, mais aussi de renforcer les liens entre les deux universités. 

Catherine Guirkinger

Créées en 1933, les Chaires Francqui visent à favoriser les échanges entre universités et à mettre en valeur l’excellence académique. Chaque année, des universités belges invitent des professeurs issus d’autres institutions à donner une série d’environ dix heures de cours, précédée d’une leçon inaugurale ouverte à un public plus large. 

Cette année, la KU Leuven a choisi d’inviter Catherine Guirkinger, professeure d’économie à l’Université de Namur. “Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les arrangements au sein des couples et des familles se recomposent quand le monde autour d'eux change, et ce que ces recompositions changent pour chacun de leurs membres.” “ Ses travaux, menés principalement en Afrique subsaharienne mais aussi en Europe, combinent enquêtes de terrain, expériences et données historiques. 

Une leçon inaugurale et trois cours avancés

La Chaire Francqui débutera par une leçon inaugurale intitulée Economic Change and the Family: Adjustment and Resistance, suivie de trois cours plus techniques destinés aux étudiant·es en master de recherche et en doctorat. Catherine Guirkinger y montrera comment les changements économiques, les lois ou les normes sociales peuvent influencer les décisions prises au sein des ménages. “On ne peut pas ignorer la façon dont les choses se passent à l’intérieur de la famille : toutes politique est en quelque sorte filtrée par celle-ci”, souligne-t-elle. 

Elle s’appuiera notamment sur ses recherches consacrées au divorce, aux violences domestiques, à la prise de décision dans les couples et à l’influence de l’environnement économique sur les familles. Ces cours seront également l’occasion d’échanger avec des étudiant·es déjà engagé·es dans la recherche. “On peut aller plus loin avec un tel public”, souligne Catherine Guirkinger. “C’est toujours très stimulant”.  

Une nouvelle occasion de rapprocher l’UNamur et la KU Leuven

Cette Chaire Francqui s’inscrit aussi dans une relation déjà existante entre l’UNamur et la KU Leuven. Les économistes des deux universités ont notamment collaboré dans le cadre d'un projet EOS (Excellence of Science), le programme de recherche conjoint du FNRS et du FWO. Catherine Guirkinger garde un très bon souvenir de cette expérience : “Ce programme a donné lieu à des échanges scientifiques très riches. Cette chaire est une belle occasion de les prolonger.” 

Sa présence à Leuven offrira ainsi une nouvelle occasion de faire circuler les idées, de partager les recherches menées à Namur et de prolonger les collaborations entre les deux institutions. Félicitations à Catherine Guirkinger pour cette belle distinction ! 

EGOV 2026 : plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’UNamur

Prix

L’UNamur s’est distinguée lors de l’édition 2026 de la conférence internationale IFIP EGOV, consacrée à la transformation numérique des administrations et à la démocratie numérique. Les chercheurs namurois issus de la School of Management de l'UNamur ont présenté quatre articles et trois posters, avec à la clé un Best Paper Award pour Simon Dechamps, un Best Poster Award pour Lisa Dewulf et une nomination pour Eudes Adiba parmi les contributions de recherche les plus innovantes. 

EGOV2026
Plusieurs distinctions pour les chercheurs de l’Unamur

Administration en ligne, e-participation, gouvernance algorithmique ou encore intelligence artificielle : la conférence internationale IFIP EGOV rassemble des chercheurs qui étudient les transformations numériques du secteur public et leurs conséquences pour les citoyens et les administrations. L’UNamur y était particulièrement bien représentée cette année avec quatre articles et trois posters présentés. 

Un Best Paper Award pour Simon Dechamps

Simon Dechamps, doctorant en gestion à l’UNamur et membre du centre MINDIT, a reçu le Best Paper Award 2026 pour son article From the Modern Citizen to Citizens as Multiplicities: Citizen-Centricity as a Sign of a New Episteme?.Son travail s’intéresse à la manière dont les administrations cherchent à mieux adapter leurs services numériques aux besoins des citoyens. 

À partir de quatorze entretiens menés dans des administrations publiques belges, Simon Dechamps montre qu’il est difficile de parler du « citoyen » comme d’un profil unique. Les besoins varient fortement d’une personne à l’autre, et les services publics doivent donc tenir compte de cette diversité. Son travail met ainsi en lumière le besoin de mieux outiller les agents publics pour adapter les services aux différents profils d’usagers.

Lisa Dewulf remporte le Best Poster Award

Lisa Dewulf, doctorante à la School of Management de l’UNamur et membre du centre MINDIT et de l’institut NaDI, a reçu le Best Poster Award pour Do Fictional Representations of AI in Government Relate with Citizens' Perception?. 

Ses recherches portent sur les représentations des technologies numériques dans la fiction et sur la manière dont celles-ci peuvent influencer notre perception de ces technologies. Elles s’inscrivent dans le projet ARC Di-Fic, qui explore notamment l’utilisation des films, séries et jeux vidéo dans l’éducation à la citoyenneté numérique. Son poster propose une typologie des représentations de l’intelligence artificielle dans le domaine du gouvernement selon trois dimensions : l’échelle de gouvernance, le type d’IA représenté et son rôle dans le récit. 

L’objectif est de mieux comprendre comment la fiction contribue à construire les imaginaires collectifs autour de l’intelligence artificielle, alors que celle-ci occupe une place croissante dans les administrations. Le jury a notamment salué la pertinence pratique du travail et son apport aux recherches sur l’IA et le gouvernement numérique. 

Le poster de Lisa Dewulf
Le poster de Lisa Dewulf, présenté à l'occasion de l'EGOV 2026

Eudes Adiba parmi les contributions les plus innovantes

Mahougnon Sedjro Eudes Adiba, doctorant à l’UNamur au sein de MINDIT – NaDI, a vu son article sélectionné parmi les trois contributions de recherche les plus innovantes, sur près de 200 soumissions. Ses travaux portent sur l’accessibilité des données publiques et, plus précisément, sur la manière dont les citoyens cherchent une information sur des portails de données ouvertes, comme celui de la Ville de Namur. 

Son étude analyse la manière dont les utilisateurs naviguent réellement sur ces plateformes. En étudiant leurs traces d’interaction, la recherche cherche à mieux comprendre la manière dont les citoyens s’y prennent pour trouver une information publique, dans le but de concevoir à terme des portails plus simples, plus intuitifs et mieux adaptés à leurs usages réels. 

Une édition particulièrement réussie pour l’UNamur

Avec sept contributions présentées, deux prix et une nomination, EGOV 2026 met en lumière la diversité des recherches menées à l’UNamur autour de la transformation numérique, des services publics et de la citoyenneté. Une belle reconnaissance également pour le centre MINDIT, auquel plusieurs de ces chercheurs sont rattachés. Félicitations à l’ensemble des chercheurs et chercheuses ayant contribué aux travaux présentés lors de cette édition ! 

Hériter, choisir, transmettre : comment se construisent les identités ?

Vulgarisation scientifique

Comment nos identités sociales se construisent-elles ? Sont-elles simplement héritées, comme un nom de famille ou une histoire transmise à la naissance ? Ou se construisent-elles peu à peu, au croisement des héritages familiaux, des choix éducatifs et des contextes sociaux dans lesquels les enfants grandissent ? Ces questions sont au cœur des travaux de Juliette Crespin-Boucaud, chercheuse post-doctorante titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie au Centre de recherche en économie du développement (CRED) à l’Université de Namur. À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).

 

TransmId

Portrait

Microéconomiste, Juliette Crespin-Boucaud travaille à la croisée de l’économie du développement, de l’économie de la famille et de l’histoire économique. En 2021, elle obtient son doctorat à la Paris School of Economics. Elle poursuit ensuite plusieurs projets de recherche multidisciplinaires, d’abord à la London School of Economics, puis à l’Institut Barcelona d’Estudis Internacionals. Cette trajectoire nourrit aujourd’hui une approche attentive au dialogue avec d’autres sciences sociales, notamment la science politique, la sociologie et la démographie.

 

Le projet TransmId : Transmission intergénérationnelle de l’identité en Afrique subsaharienne

Dans TranmId, Juliette cherche à comprendre comment les identités sociales (ethniques, nationales, religieuses ou linguistiques) sont produites, acquises et transmises d’une génération à l’autre. En d’autres termes : comment les choix des parents façonnent-ils les identités sociales de leurs enfants ?
Le projet s’intéresse d’abord aux mariages, car le choix d’un ou d’une partenaire influence les identités possibles des enfants nés de cette union. Les appartenances, langues ou religions des parents peuvent ouvrir différents chemins de transmission : un héritage unique, plusieurs héritages combinés, ou des identités qui se recomposent au fil des générations. 
Mais la transmission ne s’arrête pas à la naissance. Elle se poursuit dans des décisions très concrètes : quelle langue parler à la maison ? Dans quelle école inscrire ses enfants ? Quelle place donner à une langue nationale, à une langue maternelle ou parlée dans le cercle familial, à la religion ou aux opportunités scolaires ? L’économie du développement permet de relier ces décisions individuelles à des contextes plus larges : ressources disponibles, politiques publiques, histoire, normes sociales et aspirations familiales.

L’un des volets du projet, financé par International Growth Centre, s’intéresse plus particulièrement au Mozambique, où les choix linguistiques et éducatifs des parents permettent d’observer très concrètement cette transmission. En effet, dans ce pays marqué par une forte diversité linguistique, le choix d’un programme d’enseignement, d’une langue d’apprentissage ou la langue parlée à la maison participent à la construction du bagage identitaire des enfants. Ces décisions dépendent de contraintes concrètes comme les ressources financières disponibles, les langues connues ou pratiquées par les parents, les écoles accessibles, mais elles sont aussi directement liées aux aspirations que les parents ont pour leurs enfants : lui donner les meilleures chances pour l’avenir, préserver une langue familiale ou maintenir une identité culturelle.

TransmId

Pour comprendre ces choix, Juliette observe les comportements des familles comme autant d’indices. Quelle langue parle-t-on à la maison ? Quel programme (bilingue ou non) préfère-t-on pour ses enfants ? 
Pour étudier comment les parents composent le « bagage d’identités » de leurs enfants, l'enquête porte à la fois sur les pratiques des parents et sur leurs attentes et préférences.  Pour mesurer ces dernières, l’enquête propose aux parents 
-    d'estimer les bénéfices des deux types de programmes. Par exemple : parmi 10 enfants du programme bilingue / unilingue, combien parleront portugais à la fin de l’école primaire ?)
-    de réfléchir à des scénarios hypothétiques où la langue parlée en famille, la profession des parents et le genre de l’enfant varient. Par exemple : quel est le programme que vont préférer pour leur fille des parents agriculteurs qui ne parlent pas portugais à la maison ?)
Ces informations sont ensuite mises en regard des pratiques réelles des familles : langues parlées à la maison, programmes fréquentés, etc.
 

TransmId

Dépasser une vision figée des identités

Les identités ethniques, nationales ou linguistiques ne sont pas seulement des catégories héritées une fois pour toutes. Elles se construisent aussi dans des choix ordinaires : se marier, parler une langue à la maison, inscrire un enfant dans une école, privilégier un apprentissage plutôt qu’un autre.

À travers ces recherches, Juliette Crespin-Boucaud montre que l’éducation n’est pas seulement un lieu d’acquisition de savoirs. Elle est aussi un espace de transmission, d’arbitrage et de projection vers l’avenir. Entre héritage familial, identité nationale et opportunités sociales, la langue devient alors un fil conducteur pour comprendre comment les familles façonnent les identités des générations futures.

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF)

La bourse Marie Skłodowska-Curie (MSCA-PF) est un financement européen sélectif qui permet à un chercheur postdoctoral de mener un projet ambitieux dans une nouvelle institution, souvent à l’étranger. Elle soutient à la fois l’excellence du projet, la mobilité du chercheur et le développement de sa carrière scientifique.

This project has received funding from the European Union under the Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Postdoctoral Fellowships programme under grant agreement No 101151041 

EU

Vulgarisation et facilitations : Aline Wilmet - Confluent des Savoirs

La Nuit Européenne des Chercheurs

À l’occasion de la Nuit européenne des chercheurs, l’UNamur met à l’honneur plusieurs recherches menées dans le cadre des Actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA). Pour rendre ces travaux et leurs enjeux accessibles au plus grand nombre, le Confluent des Savoirs, service de vulgarisation et de diffusion de la recherche à l'UNamur, a réalisé une facilitation visuelle de chaque projet. Ces facilitations ont pour but de structurer les informations scientifiques sous la forme d’une synthèse illustrée et vulgarisée associant mots-clés, schémas et éléments graphiques pour saisir rapidement les mécanismes étudiés et les grandes questions de recherche.

« L’économie commence par les personnes » - Un prix Nobel à la conférence ERINN 2026

Économie

La conférence annuelle ERINN 2026, organisée par le Centre de recherche CRED de l’Institut DeFiPP, a eu lieu les 15 et 16 juin 2026 à la Faculté EMCP. Financée par le projet ARC IDnomics de la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle a exploré l'interaction entre les identités sociales en pleine évolution et les politiques publiques, ainsi que l'impact de ces facteurs sur les comportements sociétaux et les choix économiques.

Elle accueillait également un invité de marque : le Professeur George Arthur Akerlof, prix Nobel d’économie 2001.  Lors de l’interview que le Professeur Akerlof nous a accordée, il revient sur les origines de sa carrière mais il ne parle pas d’équations ou de modèles économiques. Il parle de personnes.

Catherine Guirkinger, George Arthur Akerlof, Guilhem Cassan
De gauche à droite : Catherine Guirkinger, Goerge Arthur Akerlof et Guilhem Cassan lors de la conférence ERINN 2026 à l'UNamur

George Akerlof a fait ses études à Yale et au Massachusetts Institute of Technology, où il a obtenu son doctorat en 1966, année où il est devenu maître de conférences à Berkeley. Il a été promu professeur titulaire en 1978. Le professeur Akerlof a reçu en 2001 le prix Alfred E. Nobel d'économie ; il a été récompensé pour sa théorie de l'asymétrie d'information et ses effets sur le comportement économique. Il a également été président de l'American Economic Association en 2006. Auparavant, il en avait été vice-président et membre du comité exécutif. Il siège également au Conseil nord-américain de l'Association d'économétrie.  

Un jeune garçon confronté au chômage

Quand j’avais 11 ans, mon père a perdu son emploi. À cet âge-là, je me disais que si mon père dépensait moins, quelqu’un d’autre gagnerait moins, et que cette personne dépenserait alors moins à son tour, et que cela provoquerait des répercussions sur l’ensemble de la société. 

George Akerlof

George Arthur Akerlof - conférence ERINN 2026 (UNamur)

Il se souvient également d’avoir grandi dans un pays marqué par la discrimination raciale et de profondes inégalités. Ces expériences de jeunesse ont façonné une question qui allait rester au cœur de ses travaux pendant des décennies : pourquoi les économies génèrent-elles un chômage et une exclusion persistants alors que la théorie économique classique prédit que les marchés devraient s’équilibrer ?

Apprendre à réfléchir

George Akerlof a grandi dans une famille particulièrement érudite et avait souvent l’impression de ne pas être le plus doué de son entourage. Cette conviction l’a poussé à redoubler d’efforts. Elle a également favorisé chez lui une sorte d’humilité intellectuelle qui l’habite encore aujourd’hui. Avant d’arriver au MIT, Akerlof a passé tout un été à étudier en autodidacte la topologie avancée. Et le professeur qui dispensait ce cours allait laisser une empreinte indélébile. Avant de résoudre une énigme, identifiez la question plus large qui donne toute son importance à cette énigme. Cela est devenu une philosophie de recherche qui l’a accompagné toute sa vie.

« Il faut avoir une vision d’ensemble : d’abord comprendre la structure du problème, puis s’attaquer aux détails. »

George Akerlof

Justice, inégalités et finalité morale

« Je m’inquiétais du chômage, mais je m’inquiétais aussi de la ségrégation. Ces problèmes me semblaient très importants. Je pensais que l’économie était un moyen de les comprendre. »

George Akerlof

Ce souci des problèmes concrets plutôt que des énigmes purement théoriques trouve un écho particulier dans la mission du Centre de recherche en économie du développement (CRED), l’un des trois centres de recherche qui composent l’Institut Development Finance & Public Policies (DeFiPP) de l’Université de Namur. 

Logo Institut DeFiPP

Le DeFiPP rassemble des compétences en économie du développement, en finance et en politiques publiques, tout en encourageant le dialogue entre les disciplines et les approches méthodologiques. Dans ce cadre, le CRED s’est imposé comme l’un des principaux centres européens en économie du développement. 

Fondé par des universitaires tels que Jean-Marie Baland et Jean-Philippe Platteau, le CRED s’est forgé une réputation internationale grâce à des travaux de recherche alliant rigueur théorique et travail de terrain approfondi. Ses chercheurs étudient comment les institutions, les normes sociales, l’action collective, le développement des marchés et les processus politiques façonnent les résultats économiques dans les pays en développement. Une grande partie de ces travaux s’appuie sur des données originales recueillies directement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ce qui permet aux chercheurs de confronter la théorie économique aux réalités observées sur le terrain. 

Ces questions sont au cœur du programme de recherche du CRED. Les chercheurs du centre étudient le rôle des institutions et des normes sociales dans la définition des trajectoires de développement, en analysant comment les règles informelles, les croyances collectives et les structures de gouvernance influencent les opportunités économiques et le bien-être. Leurs travaux alimentent des réseaux de recherche internationaux tels que « Economic Development and Institutions » (EDI), une initiative majeure consacrée à la compréhension des liens entre la qualité des institutions et le développement économique.

L’inde change tout

Cette approche fait écho à l’une des convictions fondamentales d’Akerlof : l’économie ne peut être comprise uniquement à travers des modèles mathématiques. Au cours de ses études, puis lors d’une année formatrice passée en Inde où lui aussi a pu observer les réalités de terrain, il est progressivement convaincu que l’économie ne se résume pas à des faits et chiffres.

« J'ai appris que pour comprendre une économie, il faut comprendre les gens qui y vivent. Il faut comprendre les institutions, les coutumes et les croyances. »

George Akerlof

Le développement, affirme-t-il, ne peut s’expliquer par les seuls marchés. Pour comprendre pourquoi certaines sociétés prospèrent tandis que d’autres restent enlisées dans la pauvreté, il faut saisir comment les individus se comportent au sein d’environnements sociaux et institutionnels spécifiques. 

Le marché des citrons

 Les travaux de George Akerlof sur les asymétries d’information constituent un autre point de convergence. Son article phare, « The Market for Lemons », a démontré que les marchés peuvent échouer lorsque les acheteurs et les vendeurs disposent d’informations différentes. 

« Les gens prennent des décisions sans savoir ce que savent les autres. » 

George Akerlof

Cette découverte a transformé l’économie en montrant que l’information imparfaite n’est pas une exception, mais une caractéristique fondamentale de nombreux marchés.

Au CRED, les chercheurs examinent de la même manière les frictions qui empêchent les marchés de fonctionner efficacement. Leurs travaux portent sur l’accès au crédit, la productivité agricole, l’intégration des marchés, la fiscalité et le financement du développement, cherchant à comprendre pourquoi certains individus et certaines communautés restent exclus des opportunités économiques. Des projets récents ont porté sur des questions allant du respect des obligations fiscales en Afrique subsaharienne aux effets à long terme des institutions coloniales, en passant par la transformation numérique des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l’Ouest. 

Les équilibres multiples

Un autre thème important qui relie les travaux de George Akerlof et la recherche du CRED concerne le rôle des normes sociales et des équilibres multiples. Il a remis en cause l’idée selon laquelle les économies convergent naturellement vers un résultat optimal unique.

En s’appuyant en partie sur des observations menées en Inde, il soutient que les sociétés peuvent se retrouver prisonnières de schémas comportementaux persistants, entretenus par des croyances et des institutions communes. La pauvreté, la discrimination ou le chômage peuvent donc persister non pas parce que les individus font des choix irrationnels, mais parce que des systèmes entiers d’attentes renforcent les résultats existants.

« L'une des choses que j'ai retenues de mon séjour en Inde, c'est qu'il faut tenir compte de ce que pensent les gens lorsqu'on réfléchit à la notion d'équilibre. Il peut y avoir plusieurs équilibres. »

George Akerlof

Cette perspective a acquis une influence croissante en économie du développement. Les chercheurs du CRED étudient comment les normes sociales influencent les décisions des ménages, les relations entre les sexes, l’action collective et l’accès aux ressources économiques. Une attention particulière a été accordée à la compréhension de la discrimination, du pouvoir de négociation au sein des ménages et des contraintes économiques auxquelles sont confrontées les femmes. Les travaux menés par Catherine Guirkinger, par exemple, examinent les mécanismes à l’origine des inégalités entre les sexes en Afrique subsaharienne et les facteurs qui limitent les opportunités économiques des femmes.

Au-delà de ses travaux de recherche, le CRED constitue également un pôle international dynamique dédié aux échanges scientifiques. Le centre organise régulièrement des conférences, des ateliers, des activités de formation doctorale et des collaborations avec des chercheurs du monde entier. Grâce à ces initiatives, il contribue à la formation de nouvelles générations d’économistes déterminés à relever certains des défis les plus urgents auxquels sont confrontées les sociétés en développement. 

L’identité et l’avenir de l’économie

La collaboration avec Rachel Kranton a représenté, à bien des égards, l’aboutissement du parcours intellectuel de George Akerlof. L’« économie de l’identité » a rassemblé des thèmes présents depuis des décennies : les attentes sociales, les croyances collectives, les normes, les institutions. Les frontières entre l’économie, la sociologie, la psychologie et les sciences politiques sont souvent moins rigides que ne le laissent entendre les institutions universitaires. Le comportement humain ne respecte pas les frontières disciplinaires.

« Ce que les gens pensent devoir faire influence ce qu’ils font réellement. »

George Akerlof

Ce qui ressort en fin de compte des réflexions de George Akerlof, c’est une idée simple mais puissante : l’économie est une science des personnes avant d’être une science des marchés. Les marchés, les institutions et les politiques comptent.  Mais la compréhension du comportement humain reste essentielle.

Ce principe est au cœur de l’identité du CRED. Qu’il s’agisse d’étudier la pauvreté, les inégalités entre les sexes, le développement des marchés, les institutions publiques ou l’action collective, le centre cherche à comprendre comment les résultats économiques sont façonnés par les interactions entre les individus, les communautés et les institutions. Ce faisant, il s’inscrit dans une tradition de recherche alliant rigueur analytique et préoccupation profonde pour les problèmes du monde réel.

Pour George Akerlof, l’objectif de l’économie a toujours été de mieux comprendre la société et d’améliorer le bien-être humain. Pour le CRED, cette ambition reste aujourd’hui plus que jamais d’actualité. 

Références utiles

Le projet ARC IDnomics

Le projet IDnomics (Identités, Normes et Récits) est une Action de Recherche Concertée (ARC) interuniversitaire financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Il explore l’interaction entre des identités sociales en pleine évolution et les politiques publiques, ainsi que l’impact de ces facteurs sur les comportements sociétaux et les choix économiques. 

Cette recherche est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Namur (UNamur) et l’UCLouvain. Les principales caractéristiques et objectifs de cette initiative sont les suivants : 

  • Une approche interdisciplinaire : le projet fait le lien entre l’économie, la sociologie et la science des données afin de comprendre comment l’évolution démographique de la société et les identités collectives influencent l’adoption des politiques publiques.
  • La recherche universitaire : il sert de pôle de recherche fondamentale, visant à développer des centres d’excellence en sciences économiques et sociales.
  • Des conférences de recherche : le projet parraine régulièrement des rencontres universitaires, telles que la série de conférences ERINN (Economic Research on Identity, Norms, and Narratives) organisée à Namur.
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