L'Unité de Recherche en Biologie Environnementale et évolutive (URBE) de l’Université de Namur rassemble une communauté dynamique et internationale de scientifiques explorant presque tous les aspects de la biologie environnementale et évolutive. Des gènes aux écosystèmes, l’URBE intègre l’écologie, l’évolution, la science de la biodiversité, l’écotoxicologie, la microbiologie et la biologie du changement global au sein d’un portefeuille de recherche hautement complémentaire.
À l’URBE, les chercheurs combinent travail de terrain, expériences, théorie et modélisation afin de répondre à des questions fondamentales et appliquées sur la manière dont les organismes s’adaptent, interagissent et réagissent aux pressions environnementales. L’unité est particulièrement reconnue pour ses travaux sur les systèmes aquatiques, soutenus par de vastes infrastructures de laboratoire et expérimentales ainsi que par des plateformes analytiques avancées.
En favorisant la collaboration entre disciplines, échelles et nationalités, l’URBE produit une science intégrative à impact réel — faisant progresser la compréhension de la dynamique de la biodiversité et soutenant des solutions aux défis environnementaux actuels.
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Trois projets MSCA Doctoral Networks sélectionnés : un résultat remarquable pour l’UNamur
Trois projets MSCA Doctoral Networks sélectionnés : un résultat remarquable pour l’UNamur
C’est une belle reconnaissance pour la recherche à l’UNamur : trois projets Marie Skłodowska-Curie Doctoral Networks (DN) viennent d’être octroyés, avec une contribution déterminante de chercheurs namurois ! Le premier, en chimie, implique le professeur Stéphane Vincent ; le deuxième, consacré à la résilience des écosystèmes, associe le professeur Frédérik de Laender ; et le troisième, dans le domaine de la photonique, bénéficie de l’expertise du chercheur qualifié F.RS. - FNRS. Michaël Lobet.
Sur l’appel MSCA Doctoral Networks 2025, 1 616 propositions ont été soumises et 141 ont été retenues, soit un taux de succès de 9,6%. Dans ce contexte très compétitif, la sélection de trois projets impliquant l’UNamur constitue un signal fort : il confirme l’excellence scientifique des équipes namuroises et leur capacité à construire des partenariats internationaux de haut niveau, au service de la formation doctorale et de l’innovation. Ce sont six thèses de doctorat qui pourront être financées.
Trois projets, trois thématiques de pointe
GlycoAxis – Comprendre comment l’intestin influence l’inflammation du cerveau
Grant #101311186 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Stéphane Vincent - UNamur, Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS), en collaboration avec 16 partenaires.
Coordination : Université Federico II (Naples, Italie)
Dans de nombreuses maladies neurologiques, on observe à la fois une inflammation du système nerveux et des déséquilibres du microbiote intestinal. GlycoAxis veut aller au-delà des simples corrélations en identifiant les « messagers » moléculaires qui relient l’intestin, le système immunitaire et le cerveau. Le projet se concentre sur des sucres complexes présents à la surface de certaines bactéries (glycanes), soupçonnés de jouer un rôle clé dans l’activation immunitaire et la neuroinflammation. L’objectif : mieux comprendre ces mécanismes et ouvrir la voie à de nouveaux outils de diagnostic, d’imagerie ou de biomarqueurs pour la santé cérébrale.
ReDiLeep – Renforcer la résilience des écosystèmes grâce à la diversité des réponses
Grant # 101312530 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Frédérik de Laender - UNamur, Institute of Life, Earth ant Environment (ILEE) en collaboration avec 20 partenaires.
Coordination : Université de Linköping (Suède).
Face au changement climatique, à la pollution ou à la fragmentation des habitats, certains écosystèmes encaissent les chocs… d’autres basculent. ReDiLeep s’intéresse à un levier central de cette résilience : la diversité des réponses, c’est-à-dire le fait que différentes espèces (ou fonctions) ne réagissent pas toutes de la même manière à une perturbation. Le projet vise à mieux mesurer et modéliser ce mécanisme, afin de relier plus directement la recherche aux besoins de la conservation, de la restauration et des politiques publiques en matière de biodiversité.
SPARK – des matériaux programmables pour contrôler la lumière à très haute vitesse
Grant # 101310184 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Michaël Lobet - UNamur, Namur Institute Of Structured Matter (NISM), en collaboration avec 7 partenaires.
Coordination : Université technologique d’Eindhoven (Pays-Bas)
Nos communications numériques reposent sur la lumière : fibres optiques, capteurs et circuits photoniques capables de traiter l’information. Mais avec l’explosion des données, de l’IA et l’arrivée de réseaux toujours plus rapides, il devient crucial de contrôler la lumière de façon dynamique, beaucoup plus vite qu’avec les composants actuels, souvent « figés ». SPARK explore une nouvelle piste : associer des métamatériaux spatio-temporels (des structures nanométriques conçues pour façonner la lumière) à une lumière elle-même « structurée » dans l’espace et le temps. À la clé : des technologies photoniques reconfigurables pour le calcul, l’imagerie et les communications ultra-rapides.
Les Marie Skłodowska-Curie Doctoral Networks (MSCA-DN), c’est quoi ?
En 1996, l’Union européenne créait les MSCA, un ensemble de bourses prestigieuses destinées à financer la recherche.Les Doctoral Networks du programme MSCA financent des réseaux internationaux qui recrutent et forment des doctorantes et doctorants. Leur ambition : combiner recherche de haut niveau et formation structurée, en favorisant la collaboration interdisciplinaire et intersectorielle ainsi que la mobilité en Europe et au-delà.
La conservation de la biodiversité avec des données de terrain et des méthodes computationnelles
La conservation de la biodiversité avec des données de terrain et des méthodes computationnelles
Brendan Reid vient de rejoindre l’équipe de l'Unité de Recherche en Biologie Environnementale et évolutive (URBE), du Département de biologie de la Faculté des sciences. Cette unité fonctionne comme un écosystème collaboratif, rassemblant des compétences et expertises pour faire avancer la recherche sur les organismes et leurs interactions dynamiques avec l'environnement. Plongée dans des recherches aquatiques et semi-aquatiques !
Originaire du New Jersey, aux États-Unis Brendan Reid est devenu professeur de biologie à l'Université de Namur en septembre 2025 et membre de l'Institut de la vie, de la Terre et de l'environnement (ILEE). Ses recherches portent sur les changements chez les organismes et les communautés aquatiques et semi-aquatiques. Il s'intéresse particulièrement aux poissons, aux amphibiens et aux reptiles. Pour mener à bien ses recherches, il utilise la (méta)génomique et la recherche sur le terrain, ainsi que des données démographiques et génomiques. L'objectif ? La préservation et la gestion de la diversité.
Des solutions de conservation durables
Les recherches de Brendan Reid combinent le séquençage génomique de pointe dans l'espace et dans le temps avec l’analyse des données démographiques et sur l'habitat, à l’aide de méthodes computationnelles. L'objectif est de comprendre les réponses évolutives des espèces et des communautés aux changements environnementaux au fil du temps et de proposer des solutions de conservation pour assurer leur durabilité. Il s'intéresse particulièrement à l'utilisation de la génétique et des collections des musées pour comprendre les bases des réponses des espèces aux nouveaux stress et préserver la biodiversité à l'ère actuelle du changement climatique mondial.
Lors d'un séminaire en janvier 2026, Brendan Reid a présenté ses recherches à ses nouveaux collègues : les membres de l'Institut ILEE et les membres du Département de biologie de l'URBE.
Les questions de recherche
Comment la génétique peut-elle nous renseigner sur la diversité biologique ?
Il a mené un projet de recherche postdoctoral sur le codage génétique et l'identification des tortues marines et d'eau douce. Un autre projet de recherche lui a permis d'analyser l'ADN environnemental afin d'évaluer différentes communautés dans des environnements fortement impactés par l'activité humaine : surveillance des récifs, rivières en milieu urbain.
Photo : Tortue Blanding (Emydoidea blandingii) d'une des populations étudiées dans le Wisconsin © Brendan Reid
Comment la perte de diversité génétique et la consanguinité affectent-elles les petites populations ?
Il a étudié cette question dans le cadre de deux projets de recherche postdoctoraux : l'un sur la génétique des poissons d'eau douce et l'autre sur la consanguinité et la condition physique des serpents à sonnettes en voie de disparition.
Comment les populations réagissent-elles à l'impact croissant de l'activité humaine au fil du temps ?
Sa thèse de doctorat portait sur les tortues et les routes. Les travaux sur les tortues se poursuivent grâce à une subvention de l'USFWS. Il dirige actuellement un projet à grande échelle visant à créer une base de données génomiques pour la tortue Blanding, une espèce menacée, qui sera utilisée dans le cadre de la planification de la conservation et de la criminalistique aux États-Unis.
La génomique historique pour répondre aux questions
Il a mené des recherches postdoctorales sur la génomique historique des poissons afin d'étudier l'évolution de la diversité génétique au fil du temps. Le projet « Évolution du cabillaud induite par la pêche » a utilisé des échantillons historiques et contemporains provenant de Norvège et de Terre-Neuve, au Canada.
Photo : Brendan Reid dans les îles Lofoten, en Norvège, avec des séchoirs utilisés dans la pêche norvégienne à la morue - l'un des d'étude dans laquelle les chercheurs ont utilisé des échantillons de 1907 associés à des échantillons des années 2010 afin de comprendre comment la morue s'est adaptée à la surpêche. © Patrice Escandon
Les changements évolutifs en termes de taille et d’âge à la maturité étaient déjà connus, mais nous voulions savoir s’ils étaient oligogéniques (causés par des changements dans quelques gènes seulement) ou polygéniques (causés par des changements dans de nombreux gènes ayant des effets individuels minimes). Nous avons montré que c’était très probablement une évolution polygénique, qui était à l’origine des changements induits par la pêche. L’une des réalisations dont je suis le plus fier est la publication de cette étude dans Philosophical Transactions of the Royal Society, la plus ancienne revue scientifique au monde !
L’article « Détection d’une adaptation polygénique parallèle à une nouvelle pression évolutive dans les populations sauvages : une étude de cas sur le cabillaud de l’Atlantique (Gadus morhua) » est disponible en open accès.
Pour les échantillons historiques, c’est notamment au travers du projet ARC Albatros (aux Philippines) que cela a été possible. Ce projet fait référence à l'expédition de l'USS Albatros en 1908-1909, qui a rapporté une immense collection de spécimens conservés dans de l'éthanol (du rhum à haute teneur en alcool 😊) à la place du formol. Plus de 10.000 spécimens ont été associés à des échantillons contemporains prélevés sur 60 sites entre 2017 et 2022.
Le projet PIRE aux Philippines étudie les changements dans les régions tropicales, mais son objectif principal est de déterminer si les tendances sont similaires dans différentes zones climatiques. Il relie les spécimens de musée collectés au début des années 1900 aux populations contemporaines afin de comprendre comment les changements d'habitat ont influencé la diversité génétique neutre et adaptative des poissons.
Des pertes de diversité avérées
Toutes ces recherches ont permis de constater de manière générale que les populations d'insectes, d'oiseaux, de mammifères et de poissons ont diminué et perdu entre 6 et 16 % de leur diversité à ce jour. La génomique confirme un effondrement récent des populations, probablement lié au changement d'habitat lié à l’activité humaine. On constate également une perte de 4% de la diversité dans les zones à forte densité humaine, et une sélection plus forte à proximité des zones de développement plus importantes. Et enfin, les poissons tropicaux perdent globalement leur diversité génétique.
Les futurs projets de recherche à l'UNamur
Parmi les projets que Brendan souhaite développer, une recherche au Domaine d'Haugimont pour la gestion de l'habitat et la surveillance des amphibiens belges menacés. Il se dit impatient de commencer à travailler sur l'ADN environnemental et sur certains projets de surveillance des salamandres dans un avenir proche, notamment un projet du SPW Recherche. Haugimont est reconnu Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB) par la Région wallonne.
Brendan aimerait également se pencher sur la génomique historique (principalement chez les insectes) pour identifier les signes de changement et d’adaptation des communautés à partir des données collectées sur des spécimens.
Et travailler à la renaturation de l’Europe en général, principalement des rivières et des canaux.
De l’importance de la conservation
Brendan aimerait déterminer les besoins et les questions de conservation des espèces en analysant les programmes d'élevage dans les zoos. Il souhaite également poursuivre les analyses génétiques des populations et collecter des données sur le terrain afin de maintenir la cohérence entre la théorie et la pratique et surtout, cibler de manière précise les espèces qui ont le plus besoin de protection.
J'ai choisi de rejoindre l'UNamur parce que je travaille beaucoup avec des organismes aquatiques ou semi-aquatiques, en combinant des techniques moléculaires et des données écologiques, et que les profils de recherche des autres membres de l'URBE m'intéressaient beaucoup. Je voyais là de nombreuses possibilités de collaboration et d'intersections. J'avais également beaucoup travaillé sur des projets de surveillance à long terme dans des réserves naturelles, et j'étais intéressé par le développement de la recherche de l'UNamur au Domaine d'Haugimont.
Outre le travail sur le terrain (qui est la raison d'être de la plupart des biologistes spécialisés dans la conservation), j'aime beaucoup travailler avec les étudiants et développer des idées pour des projets de recherche.
Je suis impatient de me lancer dans des travaux sur l'ADN environnemental et dans certains projets de surveillance des salamandres dans un avenir proche.
Brendan Reid - Mini CV
Brendan est originaire des États-Unis, né dans l'État du New Jersey, il a vécu à New York pendant des années avant de récemment déménager en Belgique. Il a obtenu une licence en biologie et en anglais au Williams College, un master en biologie de la conservation à l'Université Columbia et un doctorat en écologie de la faune sauvage à l'Université du Wisconsin-Madison. Après son doctorat (et avant de rejoindre l'UNamur), il a effectué des recherches postdoctorales à l'American Museum of Natural History, à la Michigan State University, à la Rutgers University et à l'Université de Californie à Santa Cruz.
Compte tenu de la richesse de ses recherches, de son expertise de pointe et de sa motivation, il n'est pas étonnant que Brendan Reid ait été choisi pour rejoindre l'équipe de l'URBE du Département de biologie.
Bienvenue, Brendan !
Institute of Life, Earth and Environment (ILEE)
L’Institut ILEE se consacre à l'avancement de la recherche fondamentale et appliquée en vue d'une meilleure compréhension des processus sous-jacents qui régulent la vie sur terre, à la caractérisation des pressions anthropogéniques sur l'environnement et vice versa, et à la recherche d'alternatives durables pour gérer les ressources naturelles, réduire la pollution, conserver et restaurer la biodiversité.
La biodiversité des rivières américaines analysée pendant 30 ans
La biodiversité des rivières américaines analysée pendant 30 ans
Une équipe de chercheurs américains, avec l’aide de Frédérik De Laender, professeur au Département de biologie de l’UNamur, vient de publier dans la prestigieuse revue Nature. Leur étude décrit comment l’évolution des températures des cours d’eau et les introductions de poissons par l’humain peuvent modifier la biodiversité des rivières aux États-Unis.
En 2021, le professeur Frédérik De Laender a été contacté par des chercheurs américains pour contribuer à une étude sur l’évolution de la diversité aquatique des cours d’eau aux États-Unis. L’objectif : analyser son évolution et identifier les facteurs qui l’expliquent. Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé des données collectées sur trente années, couvrant 389 espèces de poissons dans près de 3 000 rivières et ruisseaux.
« Il existait déjà de nombreuses données sur la diversité aquatique aux États-Unis, mais elles étaient dispersées, enregistrées dans des formats différents et produites selon des techniques et méthodologies variées », explique Frédérik De Laender. « Le défi a donc été de les harmoniser, afin de constituer un ensemble cohérent, capable de révéler des tendances sur plusieurs décennies et à l’échelle d’un continent. »
Les tendances observées
Dans cette étude intitulée « Diverging fish biodiversity trends in cold and warm rivers and streams » les chercheurs ont étudié 389 espèces de poissons dans 2 992 rivières et ruisseaux, entre 1993 et 2019. Les résultats montrent des évolutions contrastées selon la température de l’eau :
- Dans les eaux froides (< 15,4 °C), le nombre de poissons a chuté de 53 % et le nombre d’espèces de 32 %. Les petits poissons ont reculé, remplacés par des espèces plus grandes souvent introduites pour la pêche sportive.
- Dans les eaux chaudes (> 23,8 °C), à l’inverse, le nombre d’individus a augmenté de 70 % et la diversité de 16 %, avec une domination des petites espèces opportunistes.
- Les cours d’eau intermédiaires (15–24 °C) ont peu évolué.
Ces tendances montrent que les changements de température et les introductions de certaines espèces de poissons pour la pêche contribuent à transformer les communautés aquatiques locales.
La bonne nouvelle, c’est que nos résultats indiquent aussi que des actions de gestion ciblées, comme la restauration des cours d’eau, la limitation des introductions ou l’adaptation des pratiques de pêche, peuvent avoir un impact positif.
Frédérik De Laender – Mini CV
Frédérik De Laender est professeur au Département de biologie de l’Université de Namur, où il dirige le Laboratoire d’Écologie Environnementale des Écosystèmes. Il est directeur de l’Unité de Recherche en Biologie Environnementale et Évolutive (URBE) et également membre des Instituts Life-Earth-Environment (ILEE) et système complexes (naXys) de l’UNamur.
Frédérik De Laender est un écologiste communautaire théorique qui étudie les liens entre changements environnementaux, biodiversité et fonctionnement des écosystèmes. Principalement axé sur la modélisation, il a également mené des expériences sur le plancton et contribué à des méta-analyses. Ses travaux portent notamment sur la stabilité écologique et la coexistence, afin de mieux comprendre les mécanismes qui déterminent la composition des communautés.
La recherche au Département de biologie
Le Département de biologie, riche de ses professeurs permanents mène une recherche scientifique internationale de pointe. Celle-ci se répartit entre 5 unités de recherche abordant des thématiques variées de biologie cellulaire et moléculaire, de microbiologie moléculaire, de biologie environnementale et évolutive, de biologie végétale et de didactique.
Comprendre pour mieux protéger : un projet de recherche conjoint FNRS-FRQ novateur sur le béluga du Saint-Laurent
Comprendre pour mieux protéger : un projet de recherche conjoint FNRS-FRQ novateur sur le béluga du Saint-Laurent
Un projet déposé par le Laboratoire de Physiologie Évolutive et Adaptative (LEAP) du professeur Frédéric Silvestre de l’Université de Namur a été classé parmi les 6 meilleurs projets de recherche financés par le FNRS et le Fonds de recherche du Québec (FRQ) pour une collaboration scientifique entre la Wallonie et le Québec. Le but ? Comprendre l'impact des activités humaines sur les bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent (ESL) à l’aide d’approches interdisciplinaires pour permettre d’améliorer les stratégies de conservation de cette espèce menacée.
Le béluga (Delphinapterus leucas) de l'estuaire du Saint-Laurent (ESL) au Québec (Canada) vit dans un écosystème marin fortement impacté par les activités humaines et ne montre aucun signe de rétablissement depuis plusieurs décennies. Aussi appelé baleine blanche ou dauphin blanc, le béluga a une espérance de vie aux alentours des 70 ans. On constate notamment des maladies infectieuses et une augmentation de la mortalité post-partum chez les femelles, mais les causes exactes restent indéterminées. Cependant, l'exposition aux contaminants serait l'une des causes de l'augmentation de la mortalité précoce observée ces dernières années.
Une des principales limites à l'évaluation de la santé des individus de cette population en relation avec l'exposition aux contaminants est l'absence de méthode permettant de déterminer l'âge des bélugas vivants de l'ESL.
Jusqu’ici, la méthode la plus fiable pour déterminer leur âge était de compter les stries de croissance à l’intérieur de leurs dents. Autant dire que cette technique ne s’applique qu’aux bélugas morts… L’expertise des chercheurs namurois du Laboratoire de Physiologie Évolutive et Adaptative (LEAP) du Professeur Frédéric Silvestre va permettre le développement ’une nouvelle « horloge épigénétique » et de l’utiliser pour estimer l'âge des bélugas vivants, ce qui permettra en fin de compte d'améliorer les stratégies de conservation afin d'aider cette population menacée à se rétablir.
Une horloge épigénétique pour déterminer l’âge des bélugas
Le projet s'intitule : « Une horloge épigénétique pour estimer l'âge des bélugas du Saint-Laurent et son impact sur l'accumulation de contaminants, le stress et la santé de cette population menacée ».
L’épigénétique, c’est l'étude des changements dans l'activité des gènes, n'impliquant pas de modification de la séquence d'ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires. L’un des éléments «régulateurs» de l’expression des gènes st la méthylation: un groupement chimique qui vient se fixer à certains endroits sur le brin d’ADN pour favoriser ou limiter l’expression des gènes. Depuis quelques décennies, on a découvert que la méthylation changeait de manière prévisible au cours du vieillissement, selon un schéma qu’on nomme «horloge épigénétique». Une fois cette horloge établie pour une population d’individus donnée, il est donc possible de déduire l’âge d’un individu en cherchant la présence ou l’absence de méthylation sur l’ADN. Il suffit pour cela de quelques cellules, par exemple des cellules de peau.
L’équipe internationale et interdisciplinaire
Une équipe de scientifiques de haut niveau issus des deux régions est impliquée.
- Pr Frédéric Silvestre et Dr Alice Dennis – UNamur, Belgique
- Dr Krishna Das – ULiège, Belgique
- Dr Jonathan Verreault – Université du Québec à Montréal, Canada
- Dr Stéphane Lair – Université de Montréal, Canada
- Dr Magali Houde – Environnement et changement climatique Canada
- Dr Véronique Lesage – Pêche et océans Canada
- Dr Robert Michaud – Groupe de recherche et d’enseignement sur les mammifères marins (GREMM), Québec, Canada
L’expertise namuroise pour préserver la biodiversité
L’équipe de chercheurs validera cette nouvelle méthode et étudiera le lien avec l'accumulation de contaminants, le stress physiologique et la santé globale de cette population menacée, en comparant la population du ESL à une population plus saine de bélugas de l'Arctique canadien.
En résumé, cette recherche vise à mieux comprendre comment l'âge biologique, tel que mesuré par l'horloge épigénétique, influence la vulnérabilité des bélugas aux facteurs de stress environnementaux et à leur santé.
Ce projet abordera des questions de recherche fondamentales jamais explorées auparavant chez les bélugas,
Un nouveau doctorant rejoindra l’équipe namuroise, sous la direction de Frédéric Silvestre et travaillera en collaboration avec la chercheuse Justine Bélik sur la base de l'EpiClock qu’elle a développé pour le rivulus des mangroves.
Avecun projet sur le rivulus des mangroves en Floride et au Belize, et celui sur les populations de poissons et d'invertébrés dans les montagnes équatoriennes, il s'agit du troisième projet scientifique utilisant l’expertise des chercheurs namurois en épigénétique écologique chez les animaux sauvages pour aider à préserver la biodiversité.
FNRS – La liberté de chercher
Recherche collaborative F.R.S.-FNRS – FRQ (Fédération Wallonie-Bruxelles – Québec)
Le F.R.S.-FNRS a lancé des appels PINT-Bilat-P pour des projets de recherche bilatéraux avec le Fonds de Recherche du Québec. Ces appels s’inscrivent dans le cadre d’une volonté de développer des partenariats stratégiques. Ce programme bilatéral de recherche a pour but de créer un effet de levier pour l’excellence scientifique et d’amener les chercheurs et chercheuses de la Fédération Wallonie-Bruxelles et du Québec à développer des projets de recherche conjoints novateurs.
Trois projets MSCA Doctoral Networks sélectionnés : un résultat remarquable pour l’UNamur
Trois projets MSCA Doctoral Networks sélectionnés : un résultat remarquable pour l’UNamur
C’est une belle reconnaissance pour la recherche à l’UNamur : trois projets Marie Skłodowska-Curie Doctoral Networks (DN) viennent d’être octroyés, avec une contribution déterminante de chercheurs namurois ! Le premier, en chimie, implique le professeur Stéphane Vincent ; le deuxième, consacré à la résilience des écosystèmes, associe le professeur Frédérik de Laender ; et le troisième, dans le domaine de la photonique, bénéficie de l’expertise du chercheur qualifié F.RS. - FNRS. Michaël Lobet.
Sur l’appel MSCA Doctoral Networks 2025, 1 616 propositions ont été soumises et 141 ont été retenues, soit un taux de succès de 9,6%. Dans ce contexte très compétitif, la sélection de trois projets impliquant l’UNamur constitue un signal fort : il confirme l’excellence scientifique des équipes namuroises et leur capacité à construire des partenariats internationaux de haut niveau, au service de la formation doctorale et de l’innovation. Ce sont six thèses de doctorat qui pourront être financées.
Trois projets, trois thématiques de pointe
GlycoAxis – Comprendre comment l’intestin influence l’inflammation du cerveau
Grant #101311186 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Stéphane Vincent - UNamur, Namur Research Institute for Life Sciences (NARILIS), en collaboration avec 16 partenaires.
Coordination : Université Federico II (Naples, Italie)
Dans de nombreuses maladies neurologiques, on observe à la fois une inflammation du système nerveux et des déséquilibres du microbiote intestinal. GlycoAxis veut aller au-delà des simples corrélations en identifiant les « messagers » moléculaires qui relient l’intestin, le système immunitaire et le cerveau. Le projet se concentre sur des sucres complexes présents à la surface de certaines bactéries (glycanes), soupçonnés de jouer un rôle clé dans l’activation immunitaire et la neuroinflammation. L’objectif : mieux comprendre ces mécanismes et ouvrir la voie à de nouveaux outils de diagnostic, d’imagerie ou de biomarqueurs pour la santé cérébrale.
ReDiLeep – Renforcer la résilience des écosystèmes grâce à la diversité des réponses
Grant # 101312530 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Frédérik de Laender - UNamur, Institute of Life, Earth ant Environment (ILEE) en collaboration avec 20 partenaires.
Coordination : Université de Linköping (Suède).
Face au changement climatique, à la pollution ou à la fragmentation des habitats, certains écosystèmes encaissent les chocs… d’autres basculent. ReDiLeep s’intéresse à un levier central de cette résilience : la diversité des réponses, c’est-à-dire le fait que différentes espèces (ou fonctions) ne réagissent pas toutes de la même manière à une perturbation. Le projet vise à mieux mesurer et modéliser ce mécanisme, afin de relier plus directement la recherche aux besoins de la conservation, de la restauration et des politiques publiques en matière de biodiversité.
SPARK – des matériaux programmables pour contrôler la lumière à très haute vitesse
Grant # 101310184 du 01/01/2027 au 31/12/2031 - Projet porté par Michaël Lobet - UNamur, Namur Institute Of Structured Matter (NISM), en collaboration avec 7 partenaires.
Coordination : Université technologique d’Eindhoven (Pays-Bas)
Nos communications numériques reposent sur la lumière : fibres optiques, capteurs et circuits photoniques capables de traiter l’information. Mais avec l’explosion des données, de l’IA et l’arrivée de réseaux toujours plus rapides, il devient crucial de contrôler la lumière de façon dynamique, beaucoup plus vite qu’avec les composants actuels, souvent « figés ». SPARK explore une nouvelle piste : associer des métamatériaux spatio-temporels (des structures nanométriques conçues pour façonner la lumière) à une lumière elle-même « structurée » dans l’espace et le temps. À la clé : des technologies photoniques reconfigurables pour le calcul, l’imagerie et les communications ultra-rapides.
Les Marie Skłodowska-Curie Doctoral Networks (MSCA-DN), c’est quoi ?
En 1996, l’Union européenne créait les MSCA, un ensemble de bourses prestigieuses destinées à financer la recherche.Les Doctoral Networks du programme MSCA financent des réseaux internationaux qui recrutent et forment des doctorantes et doctorants. Leur ambition : combiner recherche de haut niveau et formation structurée, en favorisant la collaboration interdisciplinaire et intersectorielle ainsi que la mobilité en Europe et au-delà.
La conservation de la biodiversité avec des données de terrain et des méthodes computationnelles
La conservation de la biodiversité avec des données de terrain et des méthodes computationnelles
Brendan Reid vient de rejoindre l’équipe de l'Unité de Recherche en Biologie Environnementale et évolutive (URBE), du Département de biologie de la Faculté des sciences. Cette unité fonctionne comme un écosystème collaboratif, rassemblant des compétences et expertises pour faire avancer la recherche sur les organismes et leurs interactions dynamiques avec l'environnement. Plongée dans des recherches aquatiques et semi-aquatiques !
Originaire du New Jersey, aux États-Unis Brendan Reid est devenu professeur de biologie à l'Université de Namur en septembre 2025 et membre de l'Institut de la vie, de la Terre et de l'environnement (ILEE). Ses recherches portent sur les changements chez les organismes et les communautés aquatiques et semi-aquatiques. Il s'intéresse particulièrement aux poissons, aux amphibiens et aux reptiles. Pour mener à bien ses recherches, il utilise la (méta)génomique et la recherche sur le terrain, ainsi que des données démographiques et génomiques. L'objectif ? La préservation et la gestion de la diversité.
Des solutions de conservation durables
Les recherches de Brendan Reid combinent le séquençage génomique de pointe dans l'espace et dans le temps avec l’analyse des données démographiques et sur l'habitat, à l’aide de méthodes computationnelles. L'objectif est de comprendre les réponses évolutives des espèces et des communautés aux changements environnementaux au fil du temps et de proposer des solutions de conservation pour assurer leur durabilité. Il s'intéresse particulièrement à l'utilisation de la génétique et des collections des musées pour comprendre les bases des réponses des espèces aux nouveaux stress et préserver la biodiversité à l'ère actuelle du changement climatique mondial.
Lors d'un séminaire en janvier 2026, Brendan Reid a présenté ses recherches à ses nouveaux collègues : les membres de l'Institut ILEE et les membres du Département de biologie de l'URBE.
Les questions de recherche
Comment la génétique peut-elle nous renseigner sur la diversité biologique ?
Il a mené un projet de recherche postdoctoral sur le codage génétique et l'identification des tortues marines et d'eau douce. Un autre projet de recherche lui a permis d'analyser l'ADN environnemental afin d'évaluer différentes communautés dans des environnements fortement impactés par l'activité humaine : surveillance des récifs, rivières en milieu urbain.
Photo : Tortue Blanding (Emydoidea blandingii) d'une des populations étudiées dans le Wisconsin © Brendan Reid
Comment la perte de diversité génétique et la consanguinité affectent-elles les petites populations ?
Il a étudié cette question dans le cadre de deux projets de recherche postdoctoraux : l'un sur la génétique des poissons d'eau douce et l'autre sur la consanguinité et la condition physique des serpents à sonnettes en voie de disparition.
Comment les populations réagissent-elles à l'impact croissant de l'activité humaine au fil du temps ?
Sa thèse de doctorat portait sur les tortues et les routes. Les travaux sur les tortues se poursuivent grâce à une subvention de l'USFWS. Il dirige actuellement un projet à grande échelle visant à créer une base de données génomiques pour la tortue Blanding, une espèce menacée, qui sera utilisée dans le cadre de la planification de la conservation et de la criminalistique aux États-Unis.
La génomique historique pour répondre aux questions
Il a mené des recherches postdoctorales sur la génomique historique des poissons afin d'étudier l'évolution de la diversité génétique au fil du temps. Le projet « Évolution du cabillaud induite par la pêche » a utilisé des échantillons historiques et contemporains provenant de Norvège et de Terre-Neuve, au Canada.
Photo : Brendan Reid dans les îles Lofoten, en Norvège, avec des séchoirs utilisés dans la pêche norvégienne à la morue - l'un des d'étude dans laquelle les chercheurs ont utilisé des échantillons de 1907 associés à des échantillons des années 2010 afin de comprendre comment la morue s'est adaptée à la surpêche. © Patrice Escandon
Les changements évolutifs en termes de taille et d’âge à la maturité étaient déjà connus, mais nous voulions savoir s’ils étaient oligogéniques (causés par des changements dans quelques gènes seulement) ou polygéniques (causés par des changements dans de nombreux gènes ayant des effets individuels minimes). Nous avons montré que c’était très probablement une évolution polygénique, qui était à l’origine des changements induits par la pêche. L’une des réalisations dont je suis le plus fier est la publication de cette étude dans Philosophical Transactions of the Royal Society, la plus ancienne revue scientifique au monde !
L’article « Détection d’une adaptation polygénique parallèle à une nouvelle pression évolutive dans les populations sauvages : une étude de cas sur le cabillaud de l’Atlantique (Gadus morhua) » est disponible en open accès.
Pour les échantillons historiques, c’est notamment au travers du projet ARC Albatros (aux Philippines) que cela a été possible. Ce projet fait référence à l'expédition de l'USS Albatros en 1908-1909, qui a rapporté une immense collection de spécimens conservés dans de l'éthanol (du rhum à haute teneur en alcool 😊) à la place du formol. Plus de 10.000 spécimens ont été associés à des échantillons contemporains prélevés sur 60 sites entre 2017 et 2022.
Le projet PIRE aux Philippines étudie les changements dans les régions tropicales, mais son objectif principal est de déterminer si les tendances sont similaires dans différentes zones climatiques. Il relie les spécimens de musée collectés au début des années 1900 aux populations contemporaines afin de comprendre comment les changements d'habitat ont influencé la diversité génétique neutre et adaptative des poissons.
Des pertes de diversité avérées
Toutes ces recherches ont permis de constater de manière générale que les populations d'insectes, d'oiseaux, de mammifères et de poissons ont diminué et perdu entre 6 et 16 % de leur diversité à ce jour. La génomique confirme un effondrement récent des populations, probablement lié au changement d'habitat lié à l’activité humaine. On constate également une perte de 4% de la diversité dans les zones à forte densité humaine, et une sélection plus forte à proximité des zones de développement plus importantes. Et enfin, les poissons tropicaux perdent globalement leur diversité génétique.
Les futurs projets de recherche à l'UNamur
Parmi les projets que Brendan souhaite développer, une recherche au Domaine d'Haugimont pour la gestion de l'habitat et la surveillance des amphibiens belges menacés. Il se dit impatient de commencer à travailler sur l'ADN environnemental et sur certains projets de surveillance des salamandres dans un avenir proche, notamment un projet du SPW Recherche. Haugimont est reconnu Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB) par la Région wallonne.
Brendan aimerait également se pencher sur la génomique historique (principalement chez les insectes) pour identifier les signes de changement et d’adaptation des communautés à partir des données collectées sur des spécimens.
Et travailler à la renaturation de l’Europe en général, principalement des rivières et des canaux.
De l’importance de la conservation
Brendan aimerait déterminer les besoins et les questions de conservation des espèces en analysant les programmes d'élevage dans les zoos. Il souhaite également poursuivre les analyses génétiques des populations et collecter des données sur le terrain afin de maintenir la cohérence entre la théorie et la pratique et surtout, cibler de manière précise les espèces qui ont le plus besoin de protection.
J'ai choisi de rejoindre l'UNamur parce que je travaille beaucoup avec des organismes aquatiques ou semi-aquatiques, en combinant des techniques moléculaires et des données écologiques, et que les profils de recherche des autres membres de l'URBE m'intéressaient beaucoup. Je voyais là de nombreuses possibilités de collaboration et d'intersections. J'avais également beaucoup travaillé sur des projets de surveillance à long terme dans des réserves naturelles, et j'étais intéressé par le développement de la recherche de l'UNamur au Domaine d'Haugimont.
Outre le travail sur le terrain (qui est la raison d'être de la plupart des biologistes spécialisés dans la conservation), j'aime beaucoup travailler avec les étudiants et développer des idées pour des projets de recherche.
Je suis impatient de me lancer dans des travaux sur l'ADN environnemental et dans certains projets de surveillance des salamandres dans un avenir proche.
Brendan Reid - Mini CV
Brendan est originaire des États-Unis, né dans l'État du New Jersey, il a vécu à New York pendant des années avant de récemment déménager en Belgique. Il a obtenu une licence en biologie et en anglais au Williams College, un master en biologie de la conservation à l'Université Columbia et un doctorat en écologie de la faune sauvage à l'Université du Wisconsin-Madison. Après son doctorat (et avant de rejoindre l'UNamur), il a effectué des recherches postdoctorales à l'American Museum of Natural History, à la Michigan State University, à la Rutgers University et à l'Université de Californie à Santa Cruz.
Compte tenu de la richesse de ses recherches, de son expertise de pointe et de sa motivation, il n'est pas étonnant que Brendan Reid ait été choisi pour rejoindre l'équipe de l'URBE du Département de biologie.
Bienvenue, Brendan !
Institute of Life, Earth and Environment (ILEE)
L’Institut ILEE se consacre à l'avancement de la recherche fondamentale et appliquée en vue d'une meilleure compréhension des processus sous-jacents qui régulent la vie sur terre, à la caractérisation des pressions anthropogéniques sur l'environnement et vice versa, et à la recherche d'alternatives durables pour gérer les ressources naturelles, réduire la pollution, conserver et restaurer la biodiversité.
La biodiversité des rivières américaines analysée pendant 30 ans
La biodiversité des rivières américaines analysée pendant 30 ans
Une équipe de chercheurs américains, avec l’aide de Frédérik De Laender, professeur au Département de biologie de l’UNamur, vient de publier dans la prestigieuse revue Nature. Leur étude décrit comment l’évolution des températures des cours d’eau et les introductions de poissons par l’humain peuvent modifier la biodiversité des rivières aux États-Unis.
En 2021, le professeur Frédérik De Laender a été contacté par des chercheurs américains pour contribuer à une étude sur l’évolution de la diversité aquatique des cours d’eau aux États-Unis. L’objectif : analyser son évolution et identifier les facteurs qui l’expliquent. Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé des données collectées sur trente années, couvrant 389 espèces de poissons dans près de 3 000 rivières et ruisseaux.
« Il existait déjà de nombreuses données sur la diversité aquatique aux États-Unis, mais elles étaient dispersées, enregistrées dans des formats différents et produites selon des techniques et méthodologies variées », explique Frédérik De Laender. « Le défi a donc été de les harmoniser, afin de constituer un ensemble cohérent, capable de révéler des tendances sur plusieurs décennies et à l’échelle d’un continent. »
Les tendances observées
Dans cette étude intitulée « Diverging fish biodiversity trends in cold and warm rivers and streams » les chercheurs ont étudié 389 espèces de poissons dans 2 992 rivières et ruisseaux, entre 1993 et 2019. Les résultats montrent des évolutions contrastées selon la température de l’eau :
- Dans les eaux froides (< 15,4 °C), le nombre de poissons a chuté de 53 % et le nombre d’espèces de 32 %. Les petits poissons ont reculé, remplacés par des espèces plus grandes souvent introduites pour la pêche sportive.
- Dans les eaux chaudes (> 23,8 °C), à l’inverse, le nombre d’individus a augmenté de 70 % et la diversité de 16 %, avec une domination des petites espèces opportunistes.
- Les cours d’eau intermédiaires (15–24 °C) ont peu évolué.
Ces tendances montrent que les changements de température et les introductions de certaines espèces de poissons pour la pêche contribuent à transformer les communautés aquatiques locales.
La bonne nouvelle, c’est que nos résultats indiquent aussi que des actions de gestion ciblées, comme la restauration des cours d’eau, la limitation des introductions ou l’adaptation des pratiques de pêche, peuvent avoir un impact positif.
Frédérik De Laender – Mini CV
Frédérik De Laender est professeur au Département de biologie de l’Université de Namur, où il dirige le Laboratoire d’Écologie Environnementale des Écosystèmes. Il est directeur de l’Unité de Recherche en Biologie Environnementale et Évolutive (URBE) et également membre des Instituts Life-Earth-Environment (ILEE) et système complexes (naXys) de l’UNamur.
Frédérik De Laender est un écologiste communautaire théorique qui étudie les liens entre changements environnementaux, biodiversité et fonctionnement des écosystèmes. Principalement axé sur la modélisation, il a également mené des expériences sur le plancton et contribué à des méta-analyses. Ses travaux portent notamment sur la stabilité écologique et la coexistence, afin de mieux comprendre les mécanismes qui déterminent la composition des communautés.
La recherche au Département de biologie
Le Département de biologie, riche de ses professeurs permanents mène une recherche scientifique internationale de pointe. Celle-ci se répartit entre 5 unités de recherche abordant des thématiques variées de biologie cellulaire et moléculaire, de microbiologie moléculaire, de biologie environnementale et évolutive, de biologie végétale et de didactique.
Comprendre pour mieux protéger : un projet de recherche conjoint FNRS-FRQ novateur sur le béluga du Saint-Laurent
Comprendre pour mieux protéger : un projet de recherche conjoint FNRS-FRQ novateur sur le béluga du Saint-Laurent
Un projet déposé par le Laboratoire de Physiologie Évolutive et Adaptative (LEAP) du professeur Frédéric Silvestre de l’Université de Namur a été classé parmi les 6 meilleurs projets de recherche financés par le FNRS et le Fonds de recherche du Québec (FRQ) pour une collaboration scientifique entre la Wallonie et le Québec. Le but ? Comprendre l'impact des activités humaines sur les bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent (ESL) à l’aide d’approches interdisciplinaires pour permettre d’améliorer les stratégies de conservation de cette espèce menacée.
Le béluga (Delphinapterus leucas) de l'estuaire du Saint-Laurent (ESL) au Québec (Canada) vit dans un écosystème marin fortement impacté par les activités humaines et ne montre aucun signe de rétablissement depuis plusieurs décennies. Aussi appelé baleine blanche ou dauphin blanc, le béluga a une espérance de vie aux alentours des 70 ans. On constate notamment des maladies infectieuses et une augmentation de la mortalité post-partum chez les femelles, mais les causes exactes restent indéterminées. Cependant, l'exposition aux contaminants serait l'une des causes de l'augmentation de la mortalité précoce observée ces dernières années.
Une des principales limites à l'évaluation de la santé des individus de cette population en relation avec l'exposition aux contaminants est l'absence de méthode permettant de déterminer l'âge des bélugas vivants de l'ESL.
Jusqu’ici, la méthode la plus fiable pour déterminer leur âge était de compter les stries de croissance à l’intérieur de leurs dents. Autant dire que cette technique ne s’applique qu’aux bélugas morts… L’expertise des chercheurs namurois du Laboratoire de Physiologie Évolutive et Adaptative (LEAP) du Professeur Frédéric Silvestre va permettre le développement ’une nouvelle « horloge épigénétique » et de l’utiliser pour estimer l'âge des bélugas vivants, ce qui permettra en fin de compte d'améliorer les stratégies de conservation afin d'aider cette population menacée à se rétablir.
Une horloge épigénétique pour déterminer l’âge des bélugas
Le projet s'intitule : « Une horloge épigénétique pour estimer l'âge des bélugas du Saint-Laurent et son impact sur l'accumulation de contaminants, le stress et la santé de cette population menacée ».
L’épigénétique, c’est l'étude des changements dans l'activité des gènes, n'impliquant pas de modification de la séquence d'ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires. L’un des éléments «régulateurs» de l’expression des gènes st la méthylation: un groupement chimique qui vient se fixer à certains endroits sur le brin d’ADN pour favoriser ou limiter l’expression des gènes. Depuis quelques décennies, on a découvert que la méthylation changeait de manière prévisible au cours du vieillissement, selon un schéma qu’on nomme «horloge épigénétique». Une fois cette horloge établie pour une population d’individus donnée, il est donc possible de déduire l’âge d’un individu en cherchant la présence ou l’absence de méthylation sur l’ADN. Il suffit pour cela de quelques cellules, par exemple des cellules de peau.
L’équipe internationale et interdisciplinaire
Une équipe de scientifiques de haut niveau issus des deux régions est impliquée.
- Pr Frédéric Silvestre et Dr Alice Dennis – UNamur, Belgique
- Dr Krishna Das – ULiège, Belgique
- Dr Jonathan Verreault – Université du Québec à Montréal, Canada
- Dr Stéphane Lair – Université de Montréal, Canada
- Dr Magali Houde – Environnement et changement climatique Canada
- Dr Véronique Lesage – Pêche et océans Canada
- Dr Robert Michaud – Groupe de recherche et d’enseignement sur les mammifères marins (GREMM), Québec, Canada
L’expertise namuroise pour préserver la biodiversité
L’équipe de chercheurs validera cette nouvelle méthode et étudiera le lien avec l'accumulation de contaminants, le stress physiologique et la santé globale de cette population menacée, en comparant la population du ESL à une population plus saine de bélugas de l'Arctique canadien.
En résumé, cette recherche vise à mieux comprendre comment l'âge biologique, tel que mesuré par l'horloge épigénétique, influence la vulnérabilité des bélugas aux facteurs de stress environnementaux et à leur santé.
Ce projet abordera des questions de recherche fondamentales jamais explorées auparavant chez les bélugas,
Un nouveau doctorant rejoindra l’équipe namuroise, sous la direction de Frédéric Silvestre et travaillera en collaboration avec la chercheuse Justine Bélik sur la base de l'EpiClock qu’elle a développé pour le rivulus des mangroves.
Avecun projet sur le rivulus des mangroves en Floride et au Belize, et celui sur les populations de poissons et d'invertébrés dans les montagnes équatoriennes, il s'agit du troisième projet scientifique utilisant l’expertise des chercheurs namurois en épigénétique écologique chez les animaux sauvages pour aider à préserver la biodiversité.
FNRS – La liberté de chercher
Recherche collaborative F.R.S.-FNRS – FRQ (Fédération Wallonie-Bruxelles – Québec)
Le F.R.S.-FNRS a lancé des appels PINT-Bilat-P pour des projets de recherche bilatéraux avec le Fonds de Recherche du Québec. Ces appels s’inscrivent dans le cadre d’une volonté de développer des partenariats stratégiques. Ce programme bilatéral de recherche a pour but de créer un effet de levier pour l’excellence scientifique et d’amener les chercheurs et chercheuses de la Fédération Wallonie-Bruxelles et du Québec à développer des projets de recherche conjoints novateurs.