La Faculté de médecine est pourvue de plusieurs entités de recherche transversales qui s'appuient également sur la collaboration avec le CHU UCL Godinne au sein de l'Institut de recherche Namur Institute for Life Sciences (Narilis).
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Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
En proposant plusieurs modules aux étudiants en formation dans le domaine de la santé centrés sur l'apprentissage par le jeu, la Faculté de médecine de l'Université de Namur fait preuve d’originalité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des méthodes qu'Hélène Givron, coordinatrice pédagogique, a explorées durant sa thèse et qui remettent la communication au centre du jeu.
Il y a des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. L'Université le sait bien, elle qui réserve toujours un temps de l'enseignement dédié aux travaux pratiques. Mais au-delà du savoir et du savoir-faire, il existe une troisième dimension qui est rarement enseignée de façon appliquée : le savoir-être. Pourtant, être à l'écoute de l'autre, être capable de délivrer un message, cela s'apprend ! Et le jeu peut être un vecteur puissant de transmission de ce savoir.
Engagée en 2016 à l'UNamur pour réaliser sa thèse après des études de psychologie clinique, Hélène Givron, membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS, doit alors enseigner aux étudiants en 3e bachelier de médecine la relation médecin-patient dans le cadre du cours de psychologie médicale du professeur Martin Desseilles. « À force de lire la littérature existante sur la communication soignant-soigné, j'ai compris que ce n'était pas en leur enseignant la théorie qu'ils allaient devenir de meilleurs communicants », analyse-t-elle. « Il nous fallait passer par de l'apprentissage expérientiel, notamment avec de la simulation. C'est ainsi que j'ai commencé à m'intéresser à des pédagogies plus actives. »
La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »
Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »
Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »
En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »
« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »
Jouer le rôle de sa vie
Les étudiants en médecine ne sont par ailleurs pas les seuls à bénéficier de ce genre de pédagogie : « Les étudiants en pharmacie disposent d'une officine didactique, qui leur permet d'expérimenter le contact avec les patients », révèle Hélène Givron. « Tous les jeux de rôles sont également filmés, car on apprend beaucoup en se revoyant. »
Et depuis peu, grâce à un projet Punch (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement) de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et à l’aide de Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue, la psychologue a également pu mettre sur pied un atelier de ludopédagogie dédié à la communication interprofessionnelle. « Depuis quelques années, mes cours se sont étendus à d'autres professions, comme les étudiants en sciences infirmières ou aux sages-femmes », explique-t-elle. « Mais je gardais cette frustration de fonctionner en silo, alors que la littérature montre que les incidents médicaux apparaissent à 70% pour des raisons communicationnelles. »
La psychologue a donc décidé de construire un jeu dont la communication entre les différentes professions est la seule manière de progresser. « Les étudiants y font face à une situation concernant un patient qui est absent, alors qu'il doit recevoir des soins », indique-t-elle. « On y aborde toutes les compétences associées au travail en équipe et au leadership. »
Reste que, si tous ces ateliers passent par le jeu, ils n'en sont pas moins rigoureusement encadrés. « Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages », argumente Hélène Givron. « Suite à leur mise en place, nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Tout cela a été rapporté au cours des conseils facultaires où nos actions étaient motivées. Enfin, nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. »
Ainsi fait-on vivre la déclaration du psychologue et spécialiste de l'enfance Francesco Tonucci : « Tous les apprentissages importants de la vie se font en jouant. »
Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages. Nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste.
Le bien être au centre des TP
Outre la ludopédagogie, la thèse d'Hélène Givron a eu des conséquences plus inattendues : « Nous avons constaté que, lorsque les étudiants étaient anxieux ou en burn-out, la communication les intéressait beaucoup moins. En effet, comment mobiliser des ressources pour écouter l'autre quand on est soi-même au bout du rouleau ? » Cela a permis à la chercheuse de mettre en place des TP centrés sur le bien-être de l'étudiant. « On leur donne ainsi des stratégies de régulation des émotions qu'ils vont pouvoir utiliser pour eux-mêmes, mais aussi pour identifier lorsque leur patient ne va pas bien. Tout est intrinsèquement lié. »
A decouvrir aussi :
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Pénurie de médecins généralistes en milieu rural : l’UNamur innove avec des pôles d’accueil
Pénurie de médecins généralistes en milieu rural : l’UNamur innove avec des pôles d’accueil
Face à la pénurie croissante de médecins généralistes dans les zones rurales, l’Université de Namur lance une initiative inédite pour encourager les futurs praticiens à découvrir ces territoires. Cette année, neuf pôles d’accueil en milieu rural ont été mis en place dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, permettant à 26 étudiants d’effectuer un stage dans des conditions facilitant leur immersion. Pensé pour lever les freins liés au logement, à la mobilité et à l’isolement, ce dispositif pilote trouve à Chevetogne, en partenariat avec la Province de Namur et plusieurs communes, une première déclinaison particulièrement prometteuse.
Aujourd’hui, plus de la moitié des communes wallonnes sont confrontées à une pénurie de médecins généralistes, avec des situations particulièrement préoccupantes dans le Hainaut, le sud de la province de Namur et la province de Luxembourg. Les territoires ruraux sont les premiers touchés.
Pour le Dr Dominique Henrion, médecin généraliste et responsable du master de spécialisation en médecine générale de l’UNamur (co-diplomation UCLouvain), il est essentiel d’agir dès la formation :
« Les stages répétés en milieu rural augmentent fortement les chances qu’un jeune médecin choisisse ensuite de s’y installer. Nous savons aussi que les étudiants y sont largement favorables. Il fallait donc transformer cet intérêt en possibilité réelle. »
Or, plusieurs obstacles freinent encore ces expériences de terrain : le logement, la mobilité et la crainte de l’isolement. C’est pour répondre à ces difficultés qu’a été imaginé le concept de pôle d’accueil en milieu rural.
Une formule intégrée pour lever les freins
Concrètement, ces pôles proposent aux étudiants de Bac 3 en médecine un stage organisé autour de trois éléments essentiels : un médecin tuteur, un logement à proximité et une solution de transport pendant toute la durée du stage.
Aurélie Strickaert, chargée de projet au sein du Département de médecine de l’UNamur, souligne la logique très concrète du dispositif :
« Nous avons voulu construire une solution simple et efficace, directement centrée sur les besoins des étudiants. En réunissant encadrement, hébergement et mobilité, nous créons les conditions qui rendent un stage en milieu rural réellement accessible et attractif. »
Cette année, neuf pôles d’accueil ont été créés dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, permettant à 26 étudiants de vivre une expérience de stage diversifiée sur le terrain.
Chevetogne, un pôle pilote exemplaire
Parmi ces différents pôles, celui de Chevetogne se distingue par son caractère structurant et reproductible. Son originalité repose sur la mise à disposition d’un logement au sein du Domaine provincial de Chevetogne, capable d’accueillir sept étudiants effectuant leur stage auprès de médecins installés dans les communes de Ciney, Houyet et Rochefort. Pour faciliter leurs déplacements, chaque commune partenaire met à disposition une navette du CPAS ou un véhicule communal.
Pour la Province de Namur, ce projet s’inscrit pleinement dans ses priorités territoriales et de bien-être. Virginie Solbreux, cheffe de cabinet représentant la Députée provinciale Isabelle Joiret, explique :
« En soutenant cette initiative, la Province de Namur contribue à une réponse concrète à la pénurie de médecins en zones rurales. C’est une manière de soutenir les acteurs locaux, d’encourager l’attractivité du territoire et de participer à une démarche porteuse de sens pour les citoyens. »
Un cadre d’accueil pensé pour les étudiants
Le Domaine provincial de Chevetogne joue un rôle central dans cette phase pilote. En plus de proposer un hébergement adapté, il contribue à réduire le sentiment d’isolement en regroupant les stagiaires sur un même lieu de vie.
Pour Marie-Julie Baeken, directrice du Domaine provincial de Chevetogne, cette implication s’inscrit naturellement dans la vocation du site :
« Le Domaine de Chevetogne offre un cadre de vie confortable, convivial et propice à l’accueil temporaire des étudiants. En participant à ce projet, nous mettons nos infrastructures au service d’un enjeu sociétal important et d’une dynamique territoriale innovante. »
Au-delà de l’accueil pratique, le projet permet aussi de valoriser les coopérations locales entre l’université, les pouvoirs publics provinciaux, les communes et les professionnels de santé.
Une réponse locale à un enjeu de société
En rapprochant les étudiants des réalités de terrain, les pôles d’accueil en milieu rural visent un double objectif : améliorer les conditions de stage et susciter, à plus long terme, des installations médicales dans des zones aujourd’hui sous-dotées.
Avec cette initiative, l’UNamur et ses partenaires démontrent qu’une réponse innovante à la pénurie médicale peut naître de la collaboration entre monde académique, autorités publiques et acteurs locaux. À Chevetogne et dans la région de Ciney, cette dynamique est désormais bien lancée.
Une carte interactive pour objectiver C’est à la fructueuse collaboration interdisciplinaire entre les géographes Aliz Hevesi et Catherine Linard, l’informaticien Nicolas Matton et le Dr Dominique Henrion, que l’on doit la mise en ligne d’une carte présentant un nouvel indice de ruralité spécifique à la Wallonie, qui combine densité de population, typologie urbaine et temps d’accès aux pôles d’activités. Cette carte interactive vise à mieux planifier l’offre de soins dans les zones rurales et à guider les futurs généralistes dans leur choix d’installation. Ce nouvel outil a déjà été diffusé dans la presse spécialisée en vue de sa mise à disposition des professionnels. Publié en open source, la carte interactive est accessible gratuitement ci-dessous.
L’observatoire de médecine rurale de l’UNamur
Depuis 2023, l’Observatoire universitaire en médecine rurale de l’UNamur (OUMRu) travaille sur la question de la raréfaction de l’offre en médecine générale, en particulier dans les zones en pénurie en Wallonie, en vue d’identifier des pistes de solutions en collaboration avec les acteurs de terrain.
Le master de spécialisation en médecine rurale de l’UNamur
(en co-diplomation UNamur-UCLouvain)
Pilule contraceptive : de nouvelles preuves scientifiques en faveur des œstrogènes naturels
Pilule contraceptive : de nouvelles preuves scientifiques en faveur des œstrogènes naturels
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’UNamur confirme une réalité encore trop peu connue du grand public : toutes les pilules contraceptives combinées n’exposent pas les femmes au même risque de thrombose veineuse. Ce travail a été mené par Lucie Raskin, chercheuse à l’Université de Namur, sous la supervision du Professeur Jonathan Douxfils, spécialiste de la thrombose et des effets des hormones sur la coagulation. Une avancée importante sur le plan de la santé publique.
En analysant les déclarations d’effets indésirables enregistrées dans la base de pharmacovigilance américaine de la Food and Drug Administration, des chercheurs de l’UNamur ont montré que certaines pilules contenant des estrogènes plus proches de ceux produits naturellement par l’organisme, comme le 17β-estradiol ou l’estétrol, étaient associées à moins de signalements de caillots sanguins que les pilules contenant de l’éthinylestradiol, un estrogène de synthèse largement utilisé depuis plusieurs décennies. Plus encore, les proportions observées avec ces nouvelles générations de contraceptifs étaient proches de celles rapportées avec des pilules ne contenant qu’un progestatif, réputés comme étant les plus sécuritaires au niveau cardiovasculaire.
Cette étude confirme les données collectées par la même équipe dans EudraVigilance, la base de données européenne de gestion et d’analyse des déclarations d’effets indésirables liés aux médicaments, et parues en 2025 dans la revue Contraception.
Les conclusions de ces travaux envoient un signal important en matière de santé publique, car la pilule est utilisée par des millions de femmes à travers le monde. Ces résultats conduisent à repenser certaines habitudes de prescription au profit d’options à profil thrombotique plus favorable voire neutre. Une contribution d’autant plus primordiale aujourd’hui, alors que de plus en plus de personnes se détournent des contraceptifs ou traitements hormonaux de substitution pourtant essentiels en termes de santé publique.
« Notre objectif est de faire bouger les lignes au niveau des recommandations de prescription. Les preuves biologiques et observationnelles en faveur des formulations à base d’estrogènes naturels se multiplient. Ces données nous montrent que des alternatives plus sûres existent, il est temps d’inverser la tendance. » - Lucie Raskin, Chercheuse au Département de pharmacie.
La recherche belge pionnière en matière de santé féminine
Au-delà des résultats eux-mêmes, cette publication illustre le rôle de la recherche académique belge dans un domaine à fort impact sociétal. À travers ce travail, Lucie Raskin incarne une nouvelle génération de chercheuses engagées sur des questions concrètes de santé des femmes, tandis que Jonathan Douxfils apporte l’expertise scientifique et clinique développée depuis plusieurs années sur les liens entre hormones, coagulation et risque thrombotique. Cette expertise dépasse aujourd’hui le cadre local et s’inscrit dans une dynamique européenne et internationale, notamment à travers la participation de Jonathan Douxfils à plusieurs réseaux d’experts internationaux consacrés à la sécurité contraceptive et à l’évaluation du risque thrombotique lié aux hormones.
Si la thrombose veineuse est la complication la plus grave liée à la prise de contraceptif hormonal, d’autres volets commencent par ailleurs à être étudiés par la communauté scientifique, notamment en termes de santé osseuse ou de santé mentale. Concernant les risques de cancer du sein, là aussi, les données sont en train d’être actualisées et démontrent des profils favorables en fonction du progestatif utilisé.
Prévenir, protéger, personnaliser
Ces travaux démontrent qu’un choix contraceptif plus éclairé est possible et qu’une meilleure utilisation des connaissances scientifiques peut améliorer la prévention, limiter des événements graves et renforcer une médecine plus personnalisée dans le domaine de la santé féminine.
Mieux distinguer les profils de risque entre contraceptifs permet d’améliorer l’information donnée aux femmes, d’aider les médecins à faire des choix plus individualisés et, à terme, de réduire des complications évitables. Il ne s’agit pas de remettre en cause la contraception hormonale, mais de contribuer à une contraception plus sûre, plus moderne et mieux adaptée au profil de chaque femme.
L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC)
L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC) de l'UNamur a pour mission principale de mener des études et des recherches visant à évaluer l'efficacité, la sécurité et l'impact clinique des médicaments, des traitements et des interventions médicales. Elle rassemble des chercheurs des différents départements de la Faculté de médecine.
VENOM2 : Quand les venins animaux ouvrent de nouvelles pistes contre le cancer
VENOM2 : Quand les venins animaux ouvrent de nouvelles pistes contre le cancer
Soutenu par le programme Win4SpinOff du SPW Recherche, et portés par les Universités de Liège au sein du Laboratoire de Spectrométrie de masse (MSLab, Faculté des sciences), et de Namur, au sein du Laboratoire de Biologie Moléculaire du Cancer, (NARILIS, LBMC, Faculté de médecine), le projet VENOM2 explore le potentiel des peptides issus de venins animaux pour développer de nouvelles solutions diagnostiques et thérapeutiques en oncologie.
Crédit photo : (c) Shutterstock - Craig Cordier
Les venins animaux constituent une source remarquable de diversité moléculaire. Leur étude, appelée vénomique, permet d’identifier et de caractériser les peptides et les protéines qui les composent. Optimisés par l’évolution pour interagir de manière rapide et sélective avec des cibles biologiques, certains de ces peptides pourraient offrir de nouvelles opportunités pour mieux détecter, comprendre ou cibler des cellules cancéreuses.
Un projet soutenu par le programme Win4SpinOff du SPW Recherche
C’est cette piste qu’explore le projet VENOM2 (Venom-based Exploration for Novel Oncology Molecules), qui vient de bénéficier d’un financement Win4SpinOff, une mesure du SPW Recherche destinée à soutenir la maturation de résultats de recherche en vue de la création de sociétés spin-off en Wallonie.
Cibler les cancers les plus résistants aux traitements
VENOM2 se concentre dans un premier temps sur un cancer réfractaire pour lequel les options thérapeutiques restent limitées. Ce choix repose notamment sur l’intérêt croissant pour certaines cibles biologiques impliquées dans la progression tumorale et la résistance aux traitements, que des peptides issus de venins pourraient contribuer à mieux détecter, moduler ou cibler.
Une thèse de doctorat en cotutelle entre l’ULiège et l’UNamur
Le projet est mené sous la supervision conjointe des Professeurs Loïc Quinton (Laboratoire de Spectrométrie de masse, MolSys / Faculté des Sciences, ULiège) et Jean-Pierre Gillet - sur la photo - (Laboratoire de Biologie Moléculaire du Cancer (LBMC), Institut de recherche NARILIS, Faculté de médecine, UNamur). Il s’appuie sur la complémentarité de leurs expertises respectives : d’une part, la spectrométrie de masse, la protéomique et l’analyse fine de mélanges biologiques complexes tels que les venins ; d’autre part, l’étude des mécanismes de résistance des cancers aux traitements.
Il est porté par Lou Freuville, doctorante en cotutelle au MSLab ULiège et au LBMC UNamur. Elle bénéficie, dans ce cadre, de l’encadrement conjoint de ses deux promoteurs pour mener à bien ce projet.
Une approche combinant expertise analytique et biologie du cancer
Concrètement, VENOM2 combinera le fractionnement de venins, le criblage fonctionnel sur modèles cellulaires sains et cancéreux et des analyses structurales avancées afin d’identifier des peptides capables de cibler spécifiquement des cellules cancéreuses ou des mécanismes impliqués dans la progression tumorale. L’approche associe ainsi l’expertise analytique de l’ULiège dans la caractérisation des peptides et l’expertise de l’UNamur dans les modèles biologiques et cellulaires du cancer.
L’originalité du projet repose sur un double potentiel de valorisation. Certains peptides pourraient être développés comme agents de ciblage pour l’imagerie moléculaire, contribuant à un diagnostic plus précis. D’autres candidats pourraient présenter un potentiel thérapeutique, en modulant sélectivement des voies biologiques clés en oncologie.
« Avec VENOM2, nous voulons transformer une biodiversité encore largement sous-exploitée en opportunités pour l’oncologie de précision. Le financement Win4SpinOff nous donne les moyens de franchir de nouvelles étapes importantes en recherche et l’opportunité de confronter nos idées au marché. Il concrétise notre volonté de développer des solutions thérapeutiques innovantes pour les cancers réfractaires aux traitements conventionnels », soulignent les Professeurs Loïc Quinton et Jean-Pierre Gillet.
Vers une future spin-off wallonne
Au-delà de son ambition scientifique, VENOM2 s’inscrit dans une dynamique de transfert technologique et de création de valeur, en posant les bases d’une future entreprise spin-off spécialisée dans la valorisation de peptides issus de venins pour la santé humaine, avec l’appui des équipes de transfert de technologies de l’ULiège, de l’UNamur et de la société de valorisation et d’investissement de l’ULiège, Gesval.
« Ce projet se situe à l’interface entre plusieurs expertises : l’analyse fine des venins, la biologie du cancer et le développement de modèles cellulaires pertinents. L’objectif est d’identifier des peptides capables non seulement de reconnaître certaines cellules tumorales, mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes pour mieux comprendre et cibler des mécanismes impliqués dans les cancers résistants aux traitements actuels », explique Lou Freuville.
Le projet a été construit avec l’accompagnement des équipes de transfert de technologies : Yasmina Zeroual pour l’ULiège, Daniel Maréchal pour Gesval, ainsi qu’Eléana Somville et Joël Marinozzi pour l’UNamur.
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Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
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Il y a des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. L'Université le sait bien, elle qui réserve toujours un temps de l'enseignement dédié aux travaux pratiques. Mais au-delà du savoir et du savoir-faire, il existe une troisième dimension qui est rarement enseignée de façon appliquée : le savoir-être. Pourtant, être à l'écoute de l'autre, être capable de délivrer un message, cela s'apprend ! Et le jeu peut être un vecteur puissant de transmission de ce savoir.
Engagée en 2016 à l'UNamur pour réaliser sa thèse après des études de psychologie clinique, Hélène Givron, membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS, doit alors enseigner aux étudiants en 3e bachelier de médecine la relation médecin-patient dans le cadre du cours de psychologie médicale du professeur Martin Desseilles. « À force de lire la littérature existante sur la communication soignant-soigné, j'ai compris que ce n'était pas en leur enseignant la théorie qu'ils allaient devenir de meilleurs communicants », analyse-t-elle. « Il nous fallait passer par de l'apprentissage expérientiel, notamment avec de la simulation. C'est ainsi que j'ai commencé à m'intéresser à des pédagogies plus actives. »
La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »
Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »
Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »
En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »
« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »
Jouer le rôle de sa vie
Les étudiants en médecine ne sont par ailleurs pas les seuls à bénéficier de ce genre de pédagogie : « Les étudiants en pharmacie disposent d'une officine didactique, qui leur permet d'expérimenter le contact avec les patients », révèle Hélène Givron. « Tous les jeux de rôles sont également filmés, car on apprend beaucoup en se revoyant. »
Et depuis peu, grâce à un projet Punch (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement) de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et à l’aide de Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue, la psychologue a également pu mettre sur pied un atelier de ludopédagogie dédié à la communication interprofessionnelle. « Depuis quelques années, mes cours se sont étendus à d'autres professions, comme les étudiants en sciences infirmières ou aux sages-femmes », explique-t-elle. « Mais je gardais cette frustration de fonctionner en silo, alors que la littérature montre que les incidents médicaux apparaissent à 70% pour des raisons communicationnelles. »
La psychologue a donc décidé de construire un jeu dont la communication entre les différentes professions est la seule manière de progresser. « Les étudiants y font face à une situation concernant un patient qui est absent, alors qu'il doit recevoir des soins », indique-t-elle. « On y aborde toutes les compétences associées au travail en équipe et au leadership. »
Reste que, si tous ces ateliers passent par le jeu, ils n'en sont pas moins rigoureusement encadrés. « Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages », argumente Hélène Givron. « Suite à leur mise en place, nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Tout cela a été rapporté au cours des conseils facultaires où nos actions étaient motivées. Enfin, nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. »
Ainsi fait-on vivre la déclaration du psychologue et spécialiste de l'enfance Francesco Tonucci : « Tous les apprentissages importants de la vie se font en jouant. »
Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages. Nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste.
Le bien être au centre des TP
Outre la ludopédagogie, la thèse d'Hélène Givron a eu des conséquences plus inattendues : « Nous avons constaté que, lorsque les étudiants étaient anxieux ou en burn-out, la communication les intéressait beaucoup moins. En effet, comment mobiliser des ressources pour écouter l'autre quand on est soi-même au bout du rouleau ? » Cela a permis à la chercheuse de mettre en place des TP centrés sur le bien-être de l'étudiant. « On leur donne ainsi des stratégies de régulation des émotions qu'ils vont pouvoir utiliser pour eux-mêmes, mais aussi pour identifier lorsque leur patient ne va pas bien. Tout est intrinsèquement lié. »
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Face à la pénurie croissante de médecins généralistes dans les zones rurales, l’Université de Namur lance une initiative inédite pour encourager les futurs praticiens à découvrir ces territoires. Cette année, neuf pôles d’accueil en milieu rural ont été mis en place dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, permettant à 26 étudiants d’effectuer un stage dans des conditions facilitant leur immersion. Pensé pour lever les freins liés au logement, à la mobilité et à l’isolement, ce dispositif pilote trouve à Chevetogne, en partenariat avec la Province de Namur et plusieurs communes, une première déclinaison particulièrement prometteuse.
Aujourd’hui, plus de la moitié des communes wallonnes sont confrontées à une pénurie de médecins généralistes, avec des situations particulièrement préoccupantes dans le Hainaut, le sud de la province de Namur et la province de Luxembourg. Les territoires ruraux sont les premiers touchés.
Pour le Dr Dominique Henrion, médecin généraliste et responsable du master de spécialisation en médecine générale de l’UNamur (co-diplomation UCLouvain), il est essentiel d’agir dès la formation :
« Les stages répétés en milieu rural augmentent fortement les chances qu’un jeune médecin choisisse ensuite de s’y installer. Nous savons aussi que les étudiants y sont largement favorables. Il fallait donc transformer cet intérêt en possibilité réelle. »
Or, plusieurs obstacles freinent encore ces expériences de terrain : le logement, la mobilité et la crainte de l’isolement. C’est pour répondre à ces difficultés qu’a été imaginé le concept de pôle d’accueil en milieu rural.
Une formule intégrée pour lever les freins
Concrètement, ces pôles proposent aux étudiants de Bac 3 en médecine un stage organisé autour de trois éléments essentiels : un médecin tuteur, un logement à proximité et une solution de transport pendant toute la durée du stage.
Aurélie Strickaert, chargée de projet au sein du Département de médecine de l’UNamur, souligne la logique très concrète du dispositif :
« Nous avons voulu construire une solution simple et efficace, directement centrée sur les besoins des étudiants. En réunissant encadrement, hébergement et mobilité, nous créons les conditions qui rendent un stage en milieu rural réellement accessible et attractif. »
Cette année, neuf pôles d’accueil ont été créés dans les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, permettant à 26 étudiants de vivre une expérience de stage diversifiée sur le terrain.
Chevetogne, un pôle pilote exemplaire
Parmi ces différents pôles, celui de Chevetogne se distingue par son caractère structurant et reproductible. Son originalité repose sur la mise à disposition d’un logement au sein du Domaine provincial de Chevetogne, capable d’accueillir sept étudiants effectuant leur stage auprès de médecins installés dans les communes de Ciney, Houyet et Rochefort. Pour faciliter leurs déplacements, chaque commune partenaire met à disposition une navette du CPAS ou un véhicule communal.
Pour la Province de Namur, ce projet s’inscrit pleinement dans ses priorités territoriales et de bien-être. Virginie Solbreux, cheffe de cabinet représentant la Députée provinciale Isabelle Joiret, explique :
« En soutenant cette initiative, la Province de Namur contribue à une réponse concrète à la pénurie de médecins en zones rurales. C’est une manière de soutenir les acteurs locaux, d’encourager l’attractivité du territoire et de participer à une démarche porteuse de sens pour les citoyens. »
Un cadre d’accueil pensé pour les étudiants
Le Domaine provincial de Chevetogne joue un rôle central dans cette phase pilote. En plus de proposer un hébergement adapté, il contribue à réduire le sentiment d’isolement en regroupant les stagiaires sur un même lieu de vie.
Pour Marie-Julie Baeken, directrice du Domaine provincial de Chevetogne, cette implication s’inscrit naturellement dans la vocation du site :
« Le Domaine de Chevetogne offre un cadre de vie confortable, convivial et propice à l’accueil temporaire des étudiants. En participant à ce projet, nous mettons nos infrastructures au service d’un enjeu sociétal important et d’une dynamique territoriale innovante. »
Au-delà de l’accueil pratique, le projet permet aussi de valoriser les coopérations locales entre l’université, les pouvoirs publics provinciaux, les communes et les professionnels de santé.
Une réponse locale à un enjeu de société
En rapprochant les étudiants des réalités de terrain, les pôles d’accueil en milieu rural visent un double objectif : améliorer les conditions de stage et susciter, à plus long terme, des installations médicales dans des zones aujourd’hui sous-dotées.
Avec cette initiative, l’UNamur et ses partenaires démontrent qu’une réponse innovante à la pénurie médicale peut naître de la collaboration entre monde académique, autorités publiques et acteurs locaux. À Chevetogne et dans la région de Ciney, cette dynamique est désormais bien lancée.
Une carte interactive pour objectiver C’est à la fructueuse collaboration interdisciplinaire entre les géographes Aliz Hevesi et Catherine Linard, l’informaticien Nicolas Matton et le Dr Dominique Henrion, que l’on doit la mise en ligne d’une carte présentant un nouvel indice de ruralité spécifique à la Wallonie, qui combine densité de population, typologie urbaine et temps d’accès aux pôles d’activités. Cette carte interactive vise à mieux planifier l’offre de soins dans les zones rurales et à guider les futurs généralistes dans leur choix d’installation. Ce nouvel outil a déjà été diffusé dans la presse spécialisée en vue de sa mise à disposition des professionnels. Publié en open source, la carte interactive est accessible gratuitement ci-dessous.
L’observatoire de médecine rurale de l’UNamur
Depuis 2023, l’Observatoire universitaire en médecine rurale de l’UNamur (OUMRu) travaille sur la question de la raréfaction de l’offre en médecine générale, en particulier dans les zones en pénurie en Wallonie, en vue d’identifier des pistes de solutions en collaboration avec les acteurs de terrain.
Le master de spécialisation en médecine rurale de l’UNamur
(en co-diplomation UNamur-UCLouvain)
Pilule contraceptive : de nouvelles preuves scientifiques en faveur des œstrogènes naturels
Pilule contraceptive : de nouvelles preuves scientifiques en faveur des œstrogènes naturels
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’UNamur confirme une réalité encore trop peu connue du grand public : toutes les pilules contraceptives combinées n’exposent pas les femmes au même risque de thrombose veineuse. Ce travail a été mené par Lucie Raskin, chercheuse à l’Université de Namur, sous la supervision du Professeur Jonathan Douxfils, spécialiste de la thrombose et des effets des hormones sur la coagulation. Une avancée importante sur le plan de la santé publique.
En analysant les déclarations d’effets indésirables enregistrées dans la base de pharmacovigilance américaine de la Food and Drug Administration, des chercheurs de l’UNamur ont montré que certaines pilules contenant des estrogènes plus proches de ceux produits naturellement par l’organisme, comme le 17β-estradiol ou l’estétrol, étaient associées à moins de signalements de caillots sanguins que les pilules contenant de l’éthinylestradiol, un estrogène de synthèse largement utilisé depuis plusieurs décennies. Plus encore, les proportions observées avec ces nouvelles générations de contraceptifs étaient proches de celles rapportées avec des pilules ne contenant qu’un progestatif, réputés comme étant les plus sécuritaires au niveau cardiovasculaire.
Cette étude confirme les données collectées par la même équipe dans EudraVigilance, la base de données européenne de gestion et d’analyse des déclarations d’effets indésirables liés aux médicaments, et parues en 2025 dans la revue Contraception.
Les conclusions de ces travaux envoient un signal important en matière de santé publique, car la pilule est utilisée par des millions de femmes à travers le monde. Ces résultats conduisent à repenser certaines habitudes de prescription au profit d’options à profil thrombotique plus favorable voire neutre. Une contribution d’autant plus primordiale aujourd’hui, alors que de plus en plus de personnes se détournent des contraceptifs ou traitements hormonaux de substitution pourtant essentiels en termes de santé publique.
« Notre objectif est de faire bouger les lignes au niveau des recommandations de prescription. Les preuves biologiques et observationnelles en faveur des formulations à base d’estrogènes naturels se multiplient. Ces données nous montrent que des alternatives plus sûres existent, il est temps d’inverser la tendance. » - Lucie Raskin, Chercheuse au Département de pharmacie.
La recherche belge pionnière en matière de santé féminine
Au-delà des résultats eux-mêmes, cette publication illustre le rôle de la recherche académique belge dans un domaine à fort impact sociétal. À travers ce travail, Lucie Raskin incarne une nouvelle génération de chercheuses engagées sur des questions concrètes de santé des femmes, tandis que Jonathan Douxfils apporte l’expertise scientifique et clinique développée depuis plusieurs années sur les liens entre hormones, coagulation et risque thrombotique. Cette expertise dépasse aujourd’hui le cadre local et s’inscrit dans une dynamique européenne et internationale, notamment à travers la participation de Jonathan Douxfils à plusieurs réseaux d’experts internationaux consacrés à la sécurité contraceptive et à l’évaluation du risque thrombotique lié aux hormones.
Si la thrombose veineuse est la complication la plus grave liée à la prise de contraceptif hormonal, d’autres volets commencent par ailleurs à être étudiés par la communauté scientifique, notamment en termes de santé osseuse ou de santé mentale. Concernant les risques de cancer du sein, là aussi, les données sont en train d’être actualisées et démontrent des profils favorables en fonction du progestatif utilisé.
Prévenir, protéger, personnaliser
Ces travaux démontrent qu’un choix contraceptif plus éclairé est possible et qu’une meilleure utilisation des connaissances scientifiques peut améliorer la prévention, limiter des événements graves et renforcer une médecine plus personnalisée dans le domaine de la santé féminine.
Mieux distinguer les profils de risque entre contraceptifs permet d’améliorer l’information donnée aux femmes, d’aider les médecins à faire des choix plus individualisés et, à terme, de réduire des complications évitables. Il ne s’agit pas de remettre en cause la contraception hormonale, mais de contribuer à une contraception plus sûre, plus moderne et mieux adaptée au profil de chaque femme.
L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC)
L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC) de l'UNamur a pour mission principale de mener des études et des recherches visant à évaluer l'efficacité, la sécurité et l'impact clinique des médicaments, des traitements et des interventions médicales. Elle rassemble des chercheurs des différents départements de la Faculté de médecine.
VENOM2 : Quand les venins animaux ouvrent de nouvelles pistes contre le cancer
VENOM2 : Quand les venins animaux ouvrent de nouvelles pistes contre le cancer
Soutenu par le programme Win4SpinOff du SPW Recherche, et portés par les Universités de Liège au sein du Laboratoire de Spectrométrie de masse (MSLab, Faculté des sciences), et de Namur, au sein du Laboratoire de Biologie Moléculaire du Cancer, (NARILIS, LBMC, Faculté de médecine), le projet VENOM2 explore le potentiel des peptides issus de venins animaux pour développer de nouvelles solutions diagnostiques et thérapeutiques en oncologie.
Crédit photo : (c) Shutterstock - Craig Cordier
Les venins animaux constituent une source remarquable de diversité moléculaire. Leur étude, appelée vénomique, permet d’identifier et de caractériser les peptides et les protéines qui les composent. Optimisés par l’évolution pour interagir de manière rapide et sélective avec des cibles biologiques, certains de ces peptides pourraient offrir de nouvelles opportunités pour mieux détecter, comprendre ou cibler des cellules cancéreuses.
Un projet soutenu par le programme Win4SpinOff du SPW Recherche
C’est cette piste qu’explore le projet VENOM2 (Venom-based Exploration for Novel Oncology Molecules), qui vient de bénéficier d’un financement Win4SpinOff, une mesure du SPW Recherche destinée à soutenir la maturation de résultats de recherche en vue de la création de sociétés spin-off en Wallonie.
Cibler les cancers les plus résistants aux traitements
VENOM2 se concentre dans un premier temps sur un cancer réfractaire pour lequel les options thérapeutiques restent limitées. Ce choix repose notamment sur l’intérêt croissant pour certaines cibles biologiques impliquées dans la progression tumorale et la résistance aux traitements, que des peptides issus de venins pourraient contribuer à mieux détecter, moduler ou cibler.
Une thèse de doctorat en cotutelle entre l’ULiège et l’UNamur
Le projet est mené sous la supervision conjointe des Professeurs Loïc Quinton (Laboratoire de Spectrométrie de masse, MolSys / Faculté des Sciences, ULiège) et Jean-Pierre Gillet - sur la photo - (Laboratoire de Biologie Moléculaire du Cancer (LBMC), Institut de recherche NARILIS, Faculté de médecine, UNamur). Il s’appuie sur la complémentarité de leurs expertises respectives : d’une part, la spectrométrie de masse, la protéomique et l’analyse fine de mélanges biologiques complexes tels que les venins ; d’autre part, l’étude des mécanismes de résistance des cancers aux traitements.
Il est porté par Lou Freuville, doctorante en cotutelle au MSLab ULiège et au LBMC UNamur. Elle bénéficie, dans ce cadre, de l’encadrement conjoint de ses deux promoteurs pour mener à bien ce projet.
Une approche combinant expertise analytique et biologie du cancer
Concrètement, VENOM2 combinera le fractionnement de venins, le criblage fonctionnel sur modèles cellulaires sains et cancéreux et des analyses structurales avancées afin d’identifier des peptides capables de cibler spécifiquement des cellules cancéreuses ou des mécanismes impliqués dans la progression tumorale. L’approche associe ainsi l’expertise analytique de l’ULiège dans la caractérisation des peptides et l’expertise de l’UNamur dans les modèles biologiques et cellulaires du cancer.
L’originalité du projet repose sur un double potentiel de valorisation. Certains peptides pourraient être développés comme agents de ciblage pour l’imagerie moléculaire, contribuant à un diagnostic plus précis. D’autres candidats pourraient présenter un potentiel thérapeutique, en modulant sélectivement des voies biologiques clés en oncologie.
« Avec VENOM2, nous voulons transformer une biodiversité encore largement sous-exploitée en opportunités pour l’oncologie de précision. Le financement Win4SpinOff nous donne les moyens de franchir de nouvelles étapes importantes en recherche et l’opportunité de confronter nos idées au marché. Il concrétise notre volonté de développer des solutions thérapeutiques innovantes pour les cancers réfractaires aux traitements conventionnels », soulignent les Professeurs Loïc Quinton et Jean-Pierre Gillet.
Vers une future spin-off wallonne
Au-delà de son ambition scientifique, VENOM2 s’inscrit dans une dynamique de transfert technologique et de création de valeur, en posant les bases d’une future entreprise spin-off spécialisée dans la valorisation de peptides issus de venins pour la santé humaine, avec l’appui des équipes de transfert de technologies de l’ULiège, de l’UNamur et de la société de valorisation et d’investissement de l’ULiège, Gesval.
« Ce projet se situe à l’interface entre plusieurs expertises : l’analyse fine des venins, la biologie du cancer et le développement de modèles cellulaires pertinents. L’objectif est d’identifier des peptides capables non seulement de reconnaître certaines cellules tumorales, mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes pour mieux comprendre et cibler des mécanismes impliqués dans les cancers résistants aux traitements actuels », explique Lou Freuville.
Le projet a été construit avec l’accompagnement des équipes de transfert de technologies : Yasmina Zeroual pour l’ULiège, Daniel Maréchal pour Gesval, ainsi qu’Eléana Somville et Joël Marinozzi pour l’UNamur.
En savoir plus
Événements
Printemps des Sciences 2027 • Programme scolaire
Une semaine pour explorer, expérimenter et s’émerveiller
Le Printemps des Sciences est le rendez-vous incontournable de la culture scientifique et technologique en Wallonie et à Bruxelles. Pendant une semaine, les universités, hautes écoles, centres de recherche, musées et associations ouvrent leurs portes pour proposer aux élèves une multitude d’activités scientifiques interactives.
Ateliers, laboratoires, démonstrations, visites, conférences, expositions ou encore rencontres avec des scientifiques permettent aux élèves de découvrir les sciences autrement, par l'expérimentation et la curiosité. Le programme s'adresse aux classes de tous les niveaux, de l'enseignement fondamental au secondaire.
En pratique
- Public : Groupes scolaires de la 1ère primaire à la 6ème secondaire
- Participation : Gratuite sur réservation*
- Où : Namur et sa région
Pour toute question relative aux inscriptions ou à l'organisation des activités, consultez la FAQ ou contactez l'équipe du Printemps des Sciences.
*Ouverture des inscriptions scolaires à partir du mercredi 27 janvier 2027 à 14h00.
Programme scolaire 2027
Préparez votre participation en consultant le programme** complet et en réservant les activités de votre choix via la billetterie.
**Le programme sera disponible entre la fin mi-décembre et le début janvier.
Le Printemps des Sciences est une initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, coordonnée par le réseau Sciences.be, organisée par les universités et les hautes écoles.