Créé en 1978, le Département de psychologie a réalisé de nombreuses recherches dans différents domaines des sciences humaines et sociales ainsi que de la santé, avec un intérêt tout particulier pour les personnes vulnérables, les neurosciences et l’eHealth.
Le Département de psychologie dispense principalement des enseignements au sein de la Faculté de médecine. Dans les sciences humaines et sociales, il a acquis une réputation nationale et internationale dans la réalisation d’études qualitatives portant sur la personne souffrant de troubles physiques ou psychiques. Actuellement, le département construit une large enquête longitudinale sur le bien-être et collabore à des recherches sur les risques psychosociaux au travail et en entreprise. Ces recherches ont conduit à la publication de 200 articles et une vingtaine de livres, ainsi qu’à la participation à de nombreuses conférences scientifiques et de vulgarisation.
Dans le secteur de la santé, le département s’est particulièrement intéressé aux neurosciences, en particulier avec la réalisation d’une batterie de tests attentionnels, utilisée couramment en clinique (BAWL, Batterie Attention William Lennox). Il possède également une plateforme technologique en comportement animal murin permettant de tester des populations génétiquement modifiées ainsi que l’utilisation de molécules dérivées de la recherche, et travaille dans le domaine des neurosciences systémiques avec l’utilisation d’imagerie médicale. Enfin, le département collabore avec un psychiatre hypnothérapeute pour mieux comprendre les mécanismes liés au fonctionnement de l'hypnose.
Le département travaille dans le domaine de l’eHealth et collabore à des projets de recherche utilisant les applications mobiles pour traquer la santé et le bien-être.
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Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
En proposant plusieurs modules aux étudiants en formation dans le domaine de la santé centrés sur l'apprentissage par le jeu, la Faculté de médecine de l'Université de Namur fait preuve d’originalité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des méthodes qu'Hélène Givron, coordinatrice pédagogique, a explorées durant sa thèse et qui remettent la communication au centre du jeu.
Il y a des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. L'Université le sait bien, elle qui réserve toujours un temps de l'enseignement dédié aux travaux pratiques. Mais au-delà du savoir et du savoir-faire, il existe une troisième dimension qui est rarement enseignée de façon appliquée : le savoir-être. Pourtant, être à l'écoute de l'autre, être capable de délivrer un message, cela s'apprend ! Et le jeu peut être un vecteur puissant de transmission de ce savoir.
Engagée en 2016 à l'UNamur pour réaliser sa thèse après des études de psychologie clinique, Hélène Givron, membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS, doit alors enseigner aux étudiants en 3e bachelier de médecine la relation médecin-patient dans le cadre du cours de psychologie médicale du professeur Martin Desseilles. « À force de lire la littérature existante sur la communication soignant-soigné, j'ai compris que ce n'était pas en leur enseignant la théorie qu'ils allaient devenir de meilleurs communicants », analyse-t-elle. « Il nous fallait passer par de l'apprentissage expérientiel, notamment avec de la simulation. C'est ainsi que j'ai commencé à m'intéresser à des pédagogies plus actives. »
La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »
Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »
Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »
En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »
« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »
Jouer le rôle de sa vie
Les étudiants en médecine ne sont par ailleurs pas les seuls à bénéficier de ce genre de pédagogie : « Les étudiants en pharmacie disposent d'une officine didactique, qui leur permet d'expérimenter le contact avec les patients », révèle Hélène Givron. « Tous les jeux de rôles sont également filmés, car on apprend beaucoup en se revoyant. »
Et depuis peu, grâce à un projet Punch (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement) de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et à l’aide de Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue, la psychologue a également pu mettre sur pied un atelier de ludopédagogie dédié à la communication interprofessionnelle. « Depuis quelques années, mes cours se sont étendus à d'autres professions, comme les étudiants en sciences infirmières ou aux sages-femmes », explique-t-elle. « Mais je gardais cette frustration de fonctionner en silo, alors que la littérature montre que les incidents médicaux apparaissent à 70% pour des raisons communicationnelles. »
La psychologue a donc décidé de construire un jeu dont la communication entre les différentes professions est la seule manière de progresser. « Les étudiants y font face à une situation concernant un patient qui est absent, alors qu'il doit recevoir des soins », indique-t-elle. « On y aborde toutes les compétences associées au travail en équipe et au leadership. »
Reste que, si tous ces ateliers passent par le jeu, ils n'en sont pas moins rigoureusement encadrés. « Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages », argumente Hélène Givron. « Suite à leur mise en place, nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Tout cela a été rapporté au cours des conseils facultaires où nos actions étaient motivées. Enfin, nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. »
Ainsi fait-on vivre la déclaration du psychologue et spécialiste de l'enfance Francesco Tonucci : « Tous les apprentissages importants de la vie se font en jouant. »
Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages. Nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste.
Le bien être au centre des TP
Outre la ludopédagogie, la thèse d'Hélène Givron a eu des conséquences plus inattendues : « Nous avons constaté que, lorsque les étudiants étaient anxieux ou en burn-out, la communication les intéressait beaucoup moins. En effet, comment mobiliser des ressources pour écouter l'autre quand on est soi-même au bout du rouleau ? » Cela a permis à la chercheuse de mettre en place des TP centrés sur le bien-être de l'étudiant. « On leur donne ainsi des stratégies de régulation des émotions qu'ils vont pouvoir utiliser pour eux-mêmes, mais aussi pour identifier lorsque leur patient ne va pas bien. Tout est intrinsèquement lié. »
A decouvrir aussi :
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Un jeu immersif pour renforcer la collaboration interprofessionnelle dans les soins de santé
Un jeu immersif pour renforcer la collaboration interprofessionnelle dans les soins de santé
Ce jeudi 12 mars, les étudiants du master de spécialisation en médecine générale et du master en sciences pharmaceutiques de l’UNamur et en sciences infirmières de l’Henallux se sont réunis pour tester « Le voyage d’Eugène », un jeu immersif créé dans le cadre d’un projet PUNCh (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement). Cet outil de ludopédagogie a été conçu pour renforcer la communication et la collaboration entre futurs professionnels de la santé. Après une phase de jeu, un débriefing structuré a été proposé aux étudiants afin de transformer l’expérience en apprentissage collectif.
Ce projet PUNCh mené par Hélène Givron, maître de conférences et coordinatrice pédagogique au Département de psychologie de l’Université de Namur, est destiné à répondre aux besoins pédagogiques en formation interprofessionnelle. Le souhait était de concevoir un outil ludique, modulable et réutilisable dans différents contextes, afin de répondre à un enjeu important du terrain.
L’objectif principal de cet atelier était de renforcer la communication et la collaboration interprofessionnelle dans le domaine de la santé. Une équipe multidisciplinaire s’est donc constituée, composée de représentantes et de représentants des différents secteurs : Catherine Magnette (Chargée d’enseignement, département de médecine), Romain Siriez (Coordinateur pédagogique, département de pharmacie) et Laura Demarthe (Assistante, département de psychologie), afin de réunir les étudiants du Master de spécialisation en médecine générale et de master en sciences pharmaceutiques de l’UNamur et en sciences infirmières (Hénallux) autour de ces problématiques.
Une phase de jeu immersive pour expérimenter la collaboration en milieu hospitalier
L’atelier se basait sur le jeu de plateau « Le voyage d’Eugène », conçu par Christine Laurent (médecin hygiéniste et ludopédagogue) et inspiré du principe de l’escape game, conçu pour faire vivre aux étudiants une expérience immersive et collaborative. Les participants étaient répartis en équipes de trois à quatre joueurs, composées d’un médecin, d’un infirmier et d’un ou deux pharmaciens, afin d’encourager l’interprofessionnalité. Chaque équipe devait progresser dans un scénario en résolvant une succession d’énigmes en 45 minutes, sous l’œil attentif de formateurs. Pour y parvenir, les étudiants devaient collaborer et s’appuyer sur la communication verbale afin d’échanger leurs idées, partager leurs informations et coordonner leurs actions
Cet outil pédagogique mobilise différentes compétences essentielles au travail en équipe, comme l’écoute active, la capacité à formuler clairement ses idées, la coordination des tâches et la prise de décision collective. Chaque énigme constituait un défi nécessitant une réelle coopération entre les membres du groupe car aucune solution ne pouvait être trouvée individuellement.
Un débriefing structuré pour transformer l’expérience en apprentissage
Après la phase de jeu, un temps de débriefing a été organisé avec l’ensemble des participants. Ce moment d’échange visait à discuter de l’expérience vécue durant l’atelier et à amener les étudiants à réfléchir aux notions de collaboration et de communication interprofessionnelle dans le contexte des soins de santé. Le jeu a servi de support pour montrer certaines situations de coopération, mais aussi pour révéler des difficultés de coordination ou de transmission d’informations. Le débriefing a ainsi permis d’engager un dialogue entre les étudiants issus des différentes filières autour des freins et des leviers d’une communication efficace. Les participants ont eu l’opportunité de partager leur ressenti, confronter leurs points de vue et discuter des stratégies favorisant une meilleure collaboration entre professionnels de santé.
Les objectifs pédagogiques de l’atelier étaient bien définis :
- Aborder les compétences nécessaires à la collaboration interprofessionnelle, telles que la communication et la prise de décision collective.
- Identifier les leviers et les freins à la collaboration interprofessionnelle.
- Contribuer à l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins grâce à une meilleure coordination entre professionnels.
En 1h45, il est sans doute utopique d’espérer atteindre une amélioration des compétences des étudiants. On espère toutefois qu’ils auront une meilleure représentation de la communication interprofessionnelle. On tente de semer des petites graines pour leur futures pratiques collaboratives.
Témoignages d'étudiants
« J’espère que cette expérience va induire un changement dans la pratique. Le jeu donne des moyens de s’imposer, surtout en tant que jeune médecin lorsque l’on doit s’intégrer dans des équipes avec des personnes qui ont plus d’expérience. Cela permet de s’affirmer et de développer sa confiance en soi. » - Yorick, étudiant en médecine
« On s’attendait à une activité avec un contenu exclusivement « médical » sur base des informations que l’on avait reçues. Cette expérience originale nous sort du cadre des mises en situation habituelles » - Margaux, étudiante en médecine
« J’ai trouvé cet atelier adéquat, ça apporte un plus et c’est très intéressant. Nous n’avons jamais de simulations axées sur la collaboration. Ce serait intéressant d’intégrer cela dans le cursus » - étudiante en sciences infirmières
Un outil polyvalent
Le jeu « Le voyage d’Eugène » a été conçu par le Dr. Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue avec la collaboration d’Emeline Boreux, graphiste et illustratrice. « Le développement du jeu s’est étalé sur un an et demi, le temps de concevoir une structure suffisamment robuste pour accueillir des énigmes variées et des objectifs pédagogiques multiples. Sa polyvalence repose sur la possibilité de modifier l’énigme centrale, d’adapter les indices et d’orienter le débriefing vers différentes compétences selon les publics. Cet outil peut en effet être transposé à d’autres disciplines, telles que la gestion de projet ou l’ingénierie par exemple », explique Christine Laurent, conceptrice du jeu.
L’interactivité au cœur du cursus de médecine générale
Cette expérience s’inscrit dans le cadre d’une série de journées immersives proposées aux étudiants du Master de spécialisation en médecine générale de l’UNamur. « Les étudiants sont principalement en stage durant leur master. Ils ont toutefois plusieurs journées plus académiques lors desquelles nous nous efforçons de développer des activités interactives », explique Catherine Magnette, Chargée d’enseignement et médecin généraliste. Les prochains ateliers porteront ainsi sur la collaboration interprofessionnelle en cas d’épidémie en maison de repos et sur la collaboration avec les médecins-conseil et médecins du travail.
Des méthodes innovantes pour évaluer la perception corporelle chez les adultes autistes
Des méthodes innovantes pour évaluer la perception corporelle chez les adultes autistes
Joanna Mourad, doctorante au Département de psychologie de la Faculté de médecine de l’UNamur, vient de publier une étude qui intègre des outils digitaux dynamiques pour mieux évaluer la perception du corps chez les personnes autistes. Explications.
Tout le monde pense savoir ce qu’est l’autisme. On imagine un personnage-cliché comme celui du film Rain Man, une espèce de génie qui présente un tas de troubles obsessionnels ainsi que des problèmes de communication et de sociabilisation. Pourtant, Rain Man ne présente qu’un aspect des symptômes plus ou moins exacerbés que les personnes autistes peuvent avoir. Certains peuvent masquer leurs symptômes et font beaucoup d’efforts pour s’adapter. Quand on les croise, notre tendance est de les qualifier de personnes « particulières », obsessionnelles, haut perchées, à la limite du génie ou un peu « bizarres ».
Joanna Mourad s’intéresse aux personnes autistes et surtout à leur perception du corps, qu’on appelle en jargon professionnel « les représentations corporelles ». Originaire du Liban, elle a obtenu un diplôme de psychomotricienne en 2018 à l’Université Saint Joseph de Beyrout. Depuis 2023, elle effectue une double thèse (BOF UHasselt-UNamur) au Département de psychologie de la Faculté de médecine.
Représentations corporelles – Quézako ?
Prenez quelques instants pour vous observer dans un miroir. Que vous renvoie votre image ? Sur quoi votre regard se pose-t-il en premier ? Voyez-vous vos complexes, vos fiertés ? Bougez-vous comme vous le souhaitez ?
Les représentations corporelles, sont nos représentations mentales uniques et personnelles. Elles peuvent être objectives ou subjectives par rapport à la réalité ou au moment, satisfaisantes ou non et évoluer au fil du temps en fonction de notre vécu. Ce qui est sûr, c’est que nos expériences sensorielles et émotionnelles impactent directement notre personne, que ce soit dans nos relations, nos comportements, ou encore notre humeur …
Chez les personnes autistes, l’impact sur la santé physique et mentale est encore plus grand. Cela représente un réel défi car elles vivent en moyenne 10 à 20 ans de moins qu’une autre personne. Elles développent aussi plus de maladies cardio-vasculaires à cause de leur état de stress quasi permanent. Le taux de suicide est également 9 fois plus élevé.
C’est pourquoi il est très important de mieux comprendre comment les personnes autistes perçoivent leur corps. Des techniques d’évaluation existent déjà mais il s’agit pour la plupart de questionnaires d’auto-évaluation en lien avec l’image et les performances du corps.
Perspectives pour une évaluation multisensorielle
Il manquait une approche holistique qui prenne en compte les comportements de manière continue et en temps réel.
Dans son article “Innovative Digital Phenotyping Method to Assess Body Representations in Autistic Adults: A Perspective on Multisensor Evaluation”, Joanna Mourad recueille des données à un moment donné et sur une période prolongée, et les analyse en combinant techniques traditionnelles et outils modernes.
Cette approche innovante repose sur des techniques telles que des évaluations écologiques momentanées (en temps réel dans la vie quotidienne) et des analyses de séries temporelles (via des appareils connectés comme des montres ou des smartphones, …), afin de saisir les dynamiques et les changements dans leur expérience au fil du temps. Pour traiter les données recueillies, les chercheurs ont recours à des outils statistiques avancés, comme la régression multivariée, l’analyse de séries temporelles et des algorithmes d’intelligence artificielle. Ces outils permettent de mieux comprendre les multiples facteurs influençant la perception du corps chez les personnes autistes.
Dans le développement de cette méthode, l’équipe accorde une importance particulière à l’éthique et à l’implication des personnes concernées et tient compte des défis potentiels, tels que l’adoption variable des technologies et leur accessibilité.
Cette approche révolutionne l’évaluation de la perception du corps en intégrant des outils traditionnels et dynamiques, tout en offrant un environnement d’évaluation plus bienveillant et adapté aux personnes autistes.
Les activités récentes
Le 16 novembre 2024, Joanna Mourad a pu présenter son étude à plus de 600 personnes lors d’un talk à la 2e conférence Occitane de psychomotricité de Montpelier.
En octobre 2024, Joanna Mourad avait participé à la formation « Autisme sans handicap intellectuel chez l’adulte et l’adolescent : de la clinique à la pratique » animée par la Professeure Bernadette Grosjean, une des expertes du sujet. Cette formation était organisée à l’Université de Namur par le centre de formation continue "Santé mentale et psychiatrie".
"C’est grâce à Bernadette Grosjean que ma perception des personnes autistes a profondément évolué, ce qui a transformé ma manière de mener mes recherches dans le domaine sous une perspective neuro-affirmative. Je tiens également à exprimer toute ma reconnaissance envers mes deux promoteurs, Martin Desseilles et Bruno Bonnechère, qui m’ont énormément apporté et soutenue tout au long de ce parcours ainsi qu’à ma co-promotrice Katleen Bogaerts et mon comité d’accompagnement", explique Joanna Mourad.
Par rapport à ma double thèse entre la Flandre et la Wallonie, je suis confrontée à deux mondes riches et diversifiés dont j’apprends doublement. Je suis très fière de mes résultats qui ouvrent de nouvelles perspectives. J’estime avoir vraiment beaucoup de chance !
Recherche et enseignement au Département de psychologie
Créé en 1978, le Département de psychologie a réalisé de nombreuses recherches dans différents domaines des sciences humaines et sociales ainsi que de la santé, avec un intérêt tout particulier pour les personnes vulnérables, les neurosciences et l’eHealth.
Dans les sciences humaines et sociales, le Département a acquis une réputation nationale et internationale dans la réalisation d’études qualitatives portant sur la personne souffrant de troubles physiques ou psychiques. Il dispense principalement des cours à la Faculté de médecine et dans le cadre de la formation continue, aux professionnels de la santé, notamment avec le Certificat interuniversitaire « Double diagnostic » dont la prochaine édition aura lieu à partir de septembre 2025.
Appel Bourse BOF 2025
L'appel conjoint UHasselt-UNamur pour des bourses de doctorat est ouvert, dans le cadre du Fonds FSR, qui finance des bourses de doctorat.
Ce financement est ouvert aux candidats (sans restriction de sexe, de nationalité ou d'âge) qui souhaitent préparer leur doctorat en collaboration entre UNamur et UHasselt. Deadline de remise des dossiers : 03/03/2025.
Informations et contact : secretariat.adre@unamur.be
Former les médecins de demain : retour sur l'intervention de l’ASBL PAH
Former les médecins de demain : retour sur l'intervention de l’ASBL PAH
Dans le cadre des travaux pratiques (TP) de psychologie médicale de la Faculté de médecine de l’Université de Namur, une intervention marquante a eu lieu. Un binôme, composé de Dominique Damas, patiente experte et membre active de l’ASBL PAH (Plateforme Annonce Handicap), et du Dr Latteur, médecin, est venu partager son expérience sur un sujet aussi délicat qu’essentiel : l’annonce de mauvaises nouvelles ou de diagnostics graves aux patients et patientes.
Avec l’appui des enseignantes Hélène Cocriamont, Laura Demarthe et Hélène Givron, ces TP s’inscrivent dans le cadre du cours de psychologie médicale dirigé par le Professeur M. Desseilles. Leur objectif est de renforcer les compétences en communication professionnelle en santé des étudiants et étudiantes en médecine.
Dominique Damas, mère de trois enfants atteints du syndrome de l’X Fragile, a témoigné de ses expériences personnelles d’annonces de mauvaises nouvelles. Trois fois, elle a dû faire face à l’épreuve de recevoir ce diagnostic pour ses enfants. À travers son vécu, elle a développé une expertise qu’elle met aujourd’hui au service des autres. Cette démarche lui a permis de transformer une épreuve personnelle en engagement collectif, en rejoignant des associations dédiées au handicap.
Sa collaboration avec le Dr Latteur a permis aux étudiants de saisir les enjeux d’une communication soignant-soigné réussie : écoute active, choix des mots, adaptation au patient et à sa famille, suivi post-annonce. Un point clé évoqué lors de la séance est l’importance de "prendre le temps", car une annonce de diagnostic grave ne peut être expédiée en 20 minutes.
Les enjeux : mieux accompagner les patients et leurs familles
L’intervention avait plusieurs objectifs :
- Préparer les étudiants et étudiantes à appréhender une situation aussi sensible que l’annonce d’une mauvaise nouvelle, en leur fournissant des outils pratiques et théoriques.
- Améliorer l’accompagnement de la patientèle et de leurs familles, en tenant compte de leurs émotions et de leur compréhension de la situation.
- Favoriser une approche humaine et bienveillante, où la personne qui délivre le diagnostic doit se souvenir qu’elle a une obligation de moyens, et non de résultat.
Les étudiants et étudiantes ont également reçu un livret de conseils pratiques « Accompagner l’annonce d’un diagnostic », afin de prolonger les apprentissages après les TP.
Le témoignage de Dominique Damas et l’expérience du Dr Latteur ont captivé les élèves de 3e année en médecine, comme en témoigne l’une d’entre eux :
« C’est vraiment génial d’avoir ce genre d’intervention dans notre cursus. De plus, les invités sont tellement impliqués que cela rend le moment passionnant. »
Ces échanges apportent une vision à 360 degrés, intégrant les perspectives du patient et du soignant. Cette approche immersive prépare les futurs médecins à affronter ces situations difficiles avec sérénité et professionnalisme, tout en les sensibilisant à leur propre santé mentale.
La santé mentale et le bien-être en Faculté de médecine
À l’UNamur, la santé mentale des étudiants et étudiantes en médecine est une priorité. Plusieurs initiatives du département de psychologie viennent compléter ces TP :
- Des travaux pratiques destinés à renforcer la réflexion sur l’importance de leur bien-être physique et mentale.
- Une attention particulière portée à la prévention du burn-out, une problématique omniprésente dans la profession médicale.
- La création d’un miniguide de communication professionnelle, distribué après des jeux de rôle interactifs.
- Un immersive-learning permettant de s’entraîner à l’annonce de mauvaise nouvelle.
Ces initiatives pédagogiques démontrent l’engagement de la Faculté de médecine à offrir une formation intégrale, qui ne se limite pas à l’expertise technique mais englobe aussi les aspects inter et intrapersonnels, indispensables pour exercer la médecine dans toute sa complexité.
Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
Ludopédagogie : L'approche originale de la Faculté de médecine
En proposant plusieurs modules aux étudiants en formation dans le domaine de la santé centrés sur l'apprentissage par le jeu, la Faculté de médecine de l'Université de Namur fait preuve d’originalité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des méthodes qu'Hélène Givron, coordinatrice pédagogique, a explorées durant sa thèse et qui remettent la communication au centre du jeu.
Il y a des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. L'Université le sait bien, elle qui réserve toujours un temps de l'enseignement dédié aux travaux pratiques. Mais au-delà du savoir et du savoir-faire, il existe une troisième dimension qui est rarement enseignée de façon appliquée : le savoir-être. Pourtant, être à l'écoute de l'autre, être capable de délivrer un message, cela s'apprend ! Et le jeu peut être un vecteur puissant de transmission de ce savoir.
Engagée en 2016 à l'UNamur pour réaliser sa thèse après des études de psychologie clinique, Hélène Givron, membre de l’Institut de recherche TRANSITIONS, doit alors enseigner aux étudiants en 3e bachelier de médecine la relation médecin-patient dans le cadre du cours de psychologie médicale du professeur Martin Desseilles. « À force de lire la littérature existante sur la communication soignant-soigné, j'ai compris que ce n'était pas en leur enseignant la théorie qu'ils allaient devenir de meilleurs communicants », analyse-t-elle. « Il nous fallait passer par de l'apprentissage expérientiel, notamment avec de la simulation. C'est ainsi que j'ai commencé à m'intéresser à des pédagogies plus actives. »
La méthode idéale aurait demandé aux étudiants de se retrouver face à des patients acteurs, afin d'être au plus près de leur future réalité, mais la taille des promotions empêche un tel système. « J'ai donc décidé de passer par des jeux de rôles, où les étudiants se mettaient tour à tour dans la peau du médecin et du patient », décrit Hélène Givron. « Le jeu a été très bien reçu par les étudiants, qui endossaient au fond ce rôle de médecin pour la première fois ! Et la littérature montrait que se mettre dans la peau d'un patient travaille également leur empathie. »
Chaque simulation est filmée, ce qui permet aux étudiants de se revoir et ainsi revenir sur ce qui a été fait et comment améliorer leur communication. « Il s'agit d'un moment très important, qui peut avoir des conséquences délétères sur les étudiants s'il n'est pas mené par des personnes correctement formées », avertit la psychologue. « Même s'il ne s'agit que de simulation, cela engage fortement les étudiants dans ce qui est leur futur métier. Il ne faudrait pas que l'un d'entre eux, face à un débriefing mal encadré, en conclue être un mauvais médecin. »
Pour éviter cette situation, Hélène Givron a participé à l’élaboration d’une formation interuniversitaire spécifiquement dédiée aux formateurs en simulation : « La posture du modèle de rôle est à mon sens très importante, parce que les étudiants apprennent beaucoup par mimétisme. Il serait dès lors un peu absurde de leur apprendre à être dans l'écoute, tandis que nous serions nous-mêmes dans le jugement lors d'un débriefing. Nous devons incarner ce que l'on enseigne. »
En raison de son évaluation positive, cet atelier de communication est désormais obligatoire pour tous les étudiants de troisième année de médecine. À l'aide d'un cabinet fictif permettant de coller au plus près de la réalité, les étudiants simulent tout d'abord l'accueil d'un nouveau patient, avant d'appréhender des situations plus complexes. « On les met dans des contextes très spécifiques, comme la gestion d'un patient en état de stress intense, ou l'annonce d'une mauvaise nouvelle », énumère Hélène Givron. « Tout l'enjeu est de leur apprendre à travailler leur écoute et apprendre à lire ce que les patients ne disent pas en observant leur comportement non verbal. »
« Ce programme s'est depuis enrichi d'un escape game, créé par Milena Jarosik et Sophie Evrard de la Haute école Hénallux dans le but de sensibiliser les étudiants à la prise en charge des violences familiales et conjugales », continue la psychologue. « Le débriefing est mené avec des intervenants de terrain qui peuvent partager leur vécu sur ce sujet. »
Jouer le rôle de sa vie
Les étudiants en médecine ne sont par ailleurs pas les seuls à bénéficier de ce genre de pédagogie : « Les étudiants en pharmacie disposent d'une officine didactique, qui leur permet d'expérimenter le contact avec les patients », révèle Hélène Givron. « Tous les jeux de rôles sont également filmés, car on apprend beaucoup en se revoyant. »
Et depuis peu, grâce à un projet Punch (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement) de la Faculté des sciences de l’éducation et de la formation et à l’aide de Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue, la psychologue a également pu mettre sur pied un atelier de ludopédagogie dédié à la communication interprofessionnelle. « Depuis quelques années, mes cours se sont étendus à d'autres professions, comme les étudiants en sciences infirmières ou aux sages-femmes », explique-t-elle. « Mais je gardais cette frustration de fonctionner en silo, alors que la littérature montre que les incidents médicaux apparaissent à 70% pour des raisons communicationnelles. »
La psychologue a donc décidé de construire un jeu dont la communication entre les différentes professions est la seule manière de progresser. « Les étudiants y font face à une situation concernant un patient qui est absent, alors qu'il doit recevoir des soins », indique-t-elle. « On y aborde toutes les compétences associées au travail en équipe et au leadership. »
Reste que, si tous ces ateliers passent par le jeu, ils n'en sont pas moins rigoureusement encadrés. « Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages », argumente Hélène Givron. « Suite à leur mise en place, nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Tout cela a été rapporté au cours des conseils facultaires où nos actions étaient motivées. Enfin, nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste. »
Ainsi fait-on vivre la déclaration du psychologue et spécialiste de l'enfance Francesco Tonucci : « Tous les apprentissages importants de la vie se font en jouant. »
Nous avons adopté une approche très scientifique de ces apprentissages. Nous avons étudié leurs effets et les attitudes des étudiants afin qu'ils n'aient pas de conséquences négatives. Nous nous sommes tous formés à cette approche, ce qui la rend d'autant plus robuste.
Le bien être au centre des TP
Outre la ludopédagogie, la thèse d'Hélène Givron a eu des conséquences plus inattendues : « Nous avons constaté que, lorsque les étudiants étaient anxieux ou en burn-out, la communication les intéressait beaucoup moins. En effet, comment mobiliser des ressources pour écouter l'autre quand on est soi-même au bout du rouleau ? » Cela a permis à la chercheuse de mettre en place des TP centrés sur le bien-être de l'étudiant. « On leur donne ainsi des stratégies de régulation des émotions qu'ils vont pouvoir utiliser pour eux-mêmes, mais aussi pour identifier lorsque leur patient ne va pas bien. Tout est intrinsèquement lié. »
A decouvrir aussi :
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #41 (Juin 2026).
Un jeu immersif pour renforcer la collaboration interprofessionnelle dans les soins de santé
Un jeu immersif pour renforcer la collaboration interprofessionnelle dans les soins de santé
Ce jeudi 12 mars, les étudiants du master de spécialisation en médecine générale et du master en sciences pharmaceutiques de l’UNamur et en sciences infirmières de l’Henallux se sont réunis pour tester « Le voyage d’Eugène », un jeu immersif créé dans le cadre d’un projet PUNCh (Pédagogie Universitaire Namuroise en Changement). Cet outil de ludopédagogie a été conçu pour renforcer la communication et la collaboration entre futurs professionnels de la santé. Après une phase de jeu, un débriefing structuré a été proposé aux étudiants afin de transformer l’expérience en apprentissage collectif.
Ce projet PUNCh mené par Hélène Givron, maître de conférences et coordinatrice pédagogique au Département de psychologie de l’Université de Namur, est destiné à répondre aux besoins pédagogiques en formation interprofessionnelle. Le souhait était de concevoir un outil ludique, modulable et réutilisable dans différents contextes, afin de répondre à un enjeu important du terrain.
L’objectif principal de cet atelier était de renforcer la communication et la collaboration interprofessionnelle dans le domaine de la santé. Une équipe multidisciplinaire s’est donc constituée, composée de représentantes et de représentants des différents secteurs : Catherine Magnette (Chargée d’enseignement, département de médecine), Romain Siriez (Coordinateur pédagogique, département de pharmacie) et Laura Demarthe (Assistante, département de psychologie), afin de réunir les étudiants du Master de spécialisation en médecine générale et de master en sciences pharmaceutiques de l’UNamur et en sciences infirmières (Hénallux) autour de ces problématiques.
Une phase de jeu immersive pour expérimenter la collaboration en milieu hospitalier
L’atelier se basait sur le jeu de plateau « Le voyage d’Eugène », conçu par Christine Laurent (médecin hygiéniste et ludopédagogue) et inspiré du principe de l’escape game, conçu pour faire vivre aux étudiants une expérience immersive et collaborative. Les participants étaient répartis en équipes de trois à quatre joueurs, composées d’un médecin, d’un infirmier et d’un ou deux pharmaciens, afin d’encourager l’interprofessionnalité. Chaque équipe devait progresser dans un scénario en résolvant une succession d’énigmes en 45 minutes, sous l’œil attentif de formateurs. Pour y parvenir, les étudiants devaient collaborer et s’appuyer sur la communication verbale afin d’échanger leurs idées, partager leurs informations et coordonner leurs actions
Cet outil pédagogique mobilise différentes compétences essentielles au travail en équipe, comme l’écoute active, la capacité à formuler clairement ses idées, la coordination des tâches et la prise de décision collective. Chaque énigme constituait un défi nécessitant une réelle coopération entre les membres du groupe car aucune solution ne pouvait être trouvée individuellement.
Un débriefing structuré pour transformer l’expérience en apprentissage
Après la phase de jeu, un temps de débriefing a été organisé avec l’ensemble des participants. Ce moment d’échange visait à discuter de l’expérience vécue durant l’atelier et à amener les étudiants à réfléchir aux notions de collaboration et de communication interprofessionnelle dans le contexte des soins de santé. Le jeu a servi de support pour montrer certaines situations de coopération, mais aussi pour révéler des difficultés de coordination ou de transmission d’informations. Le débriefing a ainsi permis d’engager un dialogue entre les étudiants issus des différentes filières autour des freins et des leviers d’une communication efficace. Les participants ont eu l’opportunité de partager leur ressenti, confronter leurs points de vue et discuter des stratégies favorisant une meilleure collaboration entre professionnels de santé.
Les objectifs pédagogiques de l’atelier étaient bien définis :
- Aborder les compétences nécessaires à la collaboration interprofessionnelle, telles que la communication et la prise de décision collective.
- Identifier les leviers et les freins à la collaboration interprofessionnelle.
- Contribuer à l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins grâce à une meilleure coordination entre professionnels.
En 1h45, il est sans doute utopique d’espérer atteindre une amélioration des compétences des étudiants. On espère toutefois qu’ils auront une meilleure représentation de la communication interprofessionnelle. On tente de semer des petites graines pour leur futures pratiques collaboratives.
Témoignages d'étudiants
« J’espère que cette expérience va induire un changement dans la pratique. Le jeu donne des moyens de s’imposer, surtout en tant que jeune médecin lorsque l’on doit s’intégrer dans des équipes avec des personnes qui ont plus d’expérience. Cela permet de s’affirmer et de développer sa confiance en soi. » - Yorick, étudiant en médecine
« On s’attendait à une activité avec un contenu exclusivement « médical » sur base des informations que l’on avait reçues. Cette expérience originale nous sort du cadre des mises en situation habituelles » - Margaux, étudiante en médecine
« J’ai trouvé cet atelier adéquat, ça apporte un plus et c’est très intéressant. Nous n’avons jamais de simulations axées sur la collaboration. Ce serait intéressant d’intégrer cela dans le cursus » - étudiante en sciences infirmières
Un outil polyvalent
Le jeu « Le voyage d’Eugène » a été conçu par le Dr. Christine Laurent, médecin hygiéniste et ludopédagogue avec la collaboration d’Emeline Boreux, graphiste et illustratrice. « Le développement du jeu s’est étalé sur un an et demi, le temps de concevoir une structure suffisamment robuste pour accueillir des énigmes variées et des objectifs pédagogiques multiples. Sa polyvalence repose sur la possibilité de modifier l’énigme centrale, d’adapter les indices et d’orienter le débriefing vers différentes compétences selon les publics. Cet outil peut en effet être transposé à d’autres disciplines, telles que la gestion de projet ou l’ingénierie par exemple », explique Christine Laurent, conceptrice du jeu.
L’interactivité au cœur du cursus de médecine générale
Cette expérience s’inscrit dans le cadre d’une série de journées immersives proposées aux étudiants du Master de spécialisation en médecine générale de l’UNamur. « Les étudiants sont principalement en stage durant leur master. Ils ont toutefois plusieurs journées plus académiques lors desquelles nous nous efforçons de développer des activités interactives », explique Catherine Magnette, Chargée d’enseignement et médecin généraliste. Les prochains ateliers porteront ainsi sur la collaboration interprofessionnelle en cas d’épidémie en maison de repos et sur la collaboration avec les médecins-conseil et médecins du travail.
Des méthodes innovantes pour évaluer la perception corporelle chez les adultes autistes
Des méthodes innovantes pour évaluer la perception corporelle chez les adultes autistes
Joanna Mourad, doctorante au Département de psychologie de la Faculté de médecine de l’UNamur, vient de publier une étude qui intègre des outils digitaux dynamiques pour mieux évaluer la perception du corps chez les personnes autistes. Explications.
Tout le monde pense savoir ce qu’est l’autisme. On imagine un personnage-cliché comme celui du film Rain Man, une espèce de génie qui présente un tas de troubles obsessionnels ainsi que des problèmes de communication et de sociabilisation. Pourtant, Rain Man ne présente qu’un aspect des symptômes plus ou moins exacerbés que les personnes autistes peuvent avoir. Certains peuvent masquer leurs symptômes et font beaucoup d’efforts pour s’adapter. Quand on les croise, notre tendance est de les qualifier de personnes « particulières », obsessionnelles, haut perchées, à la limite du génie ou un peu « bizarres ».
Joanna Mourad s’intéresse aux personnes autistes et surtout à leur perception du corps, qu’on appelle en jargon professionnel « les représentations corporelles ». Originaire du Liban, elle a obtenu un diplôme de psychomotricienne en 2018 à l’Université Saint Joseph de Beyrout. Depuis 2023, elle effectue une double thèse (BOF UHasselt-UNamur) au Département de psychologie de la Faculté de médecine.
Représentations corporelles – Quézako ?
Prenez quelques instants pour vous observer dans un miroir. Que vous renvoie votre image ? Sur quoi votre regard se pose-t-il en premier ? Voyez-vous vos complexes, vos fiertés ? Bougez-vous comme vous le souhaitez ?
Les représentations corporelles, sont nos représentations mentales uniques et personnelles. Elles peuvent être objectives ou subjectives par rapport à la réalité ou au moment, satisfaisantes ou non et évoluer au fil du temps en fonction de notre vécu. Ce qui est sûr, c’est que nos expériences sensorielles et émotionnelles impactent directement notre personne, que ce soit dans nos relations, nos comportements, ou encore notre humeur …
Chez les personnes autistes, l’impact sur la santé physique et mentale est encore plus grand. Cela représente un réel défi car elles vivent en moyenne 10 à 20 ans de moins qu’une autre personne. Elles développent aussi plus de maladies cardio-vasculaires à cause de leur état de stress quasi permanent. Le taux de suicide est également 9 fois plus élevé.
C’est pourquoi il est très important de mieux comprendre comment les personnes autistes perçoivent leur corps. Des techniques d’évaluation existent déjà mais il s’agit pour la plupart de questionnaires d’auto-évaluation en lien avec l’image et les performances du corps.
Perspectives pour une évaluation multisensorielle
Il manquait une approche holistique qui prenne en compte les comportements de manière continue et en temps réel.
Dans son article “Innovative Digital Phenotyping Method to Assess Body Representations in Autistic Adults: A Perspective on Multisensor Evaluation”, Joanna Mourad recueille des données à un moment donné et sur une période prolongée, et les analyse en combinant techniques traditionnelles et outils modernes.
Cette approche innovante repose sur des techniques telles que des évaluations écologiques momentanées (en temps réel dans la vie quotidienne) et des analyses de séries temporelles (via des appareils connectés comme des montres ou des smartphones, …), afin de saisir les dynamiques et les changements dans leur expérience au fil du temps. Pour traiter les données recueillies, les chercheurs ont recours à des outils statistiques avancés, comme la régression multivariée, l’analyse de séries temporelles et des algorithmes d’intelligence artificielle. Ces outils permettent de mieux comprendre les multiples facteurs influençant la perception du corps chez les personnes autistes.
Dans le développement de cette méthode, l’équipe accorde une importance particulière à l’éthique et à l’implication des personnes concernées et tient compte des défis potentiels, tels que l’adoption variable des technologies et leur accessibilité.
Cette approche révolutionne l’évaluation de la perception du corps en intégrant des outils traditionnels et dynamiques, tout en offrant un environnement d’évaluation plus bienveillant et adapté aux personnes autistes.
Les activités récentes
Le 16 novembre 2024, Joanna Mourad a pu présenter son étude à plus de 600 personnes lors d’un talk à la 2e conférence Occitane de psychomotricité de Montpelier.
En octobre 2024, Joanna Mourad avait participé à la formation « Autisme sans handicap intellectuel chez l’adulte et l’adolescent : de la clinique à la pratique » animée par la Professeure Bernadette Grosjean, une des expertes du sujet. Cette formation était organisée à l’Université de Namur par le centre de formation continue "Santé mentale et psychiatrie".
"C’est grâce à Bernadette Grosjean que ma perception des personnes autistes a profondément évolué, ce qui a transformé ma manière de mener mes recherches dans le domaine sous une perspective neuro-affirmative. Je tiens également à exprimer toute ma reconnaissance envers mes deux promoteurs, Martin Desseilles et Bruno Bonnechère, qui m’ont énormément apporté et soutenue tout au long de ce parcours ainsi qu’à ma co-promotrice Katleen Bogaerts et mon comité d’accompagnement", explique Joanna Mourad.
Par rapport à ma double thèse entre la Flandre et la Wallonie, je suis confrontée à deux mondes riches et diversifiés dont j’apprends doublement. Je suis très fière de mes résultats qui ouvrent de nouvelles perspectives. J’estime avoir vraiment beaucoup de chance !
Recherche et enseignement au Département de psychologie
Créé en 1978, le Département de psychologie a réalisé de nombreuses recherches dans différents domaines des sciences humaines et sociales ainsi que de la santé, avec un intérêt tout particulier pour les personnes vulnérables, les neurosciences et l’eHealth.
Dans les sciences humaines et sociales, le Département a acquis une réputation nationale et internationale dans la réalisation d’études qualitatives portant sur la personne souffrant de troubles physiques ou psychiques. Il dispense principalement des cours à la Faculté de médecine et dans le cadre de la formation continue, aux professionnels de la santé, notamment avec le Certificat interuniversitaire « Double diagnostic » dont la prochaine édition aura lieu à partir de septembre 2025.
Appel Bourse BOF 2025
L'appel conjoint UHasselt-UNamur pour des bourses de doctorat est ouvert, dans le cadre du Fonds FSR, qui finance des bourses de doctorat.
Ce financement est ouvert aux candidats (sans restriction de sexe, de nationalité ou d'âge) qui souhaitent préparer leur doctorat en collaboration entre UNamur et UHasselt. Deadline de remise des dossiers : 03/03/2025.
Informations et contact : secretariat.adre@unamur.be
Former les médecins de demain : retour sur l'intervention de l’ASBL PAH
Former les médecins de demain : retour sur l'intervention de l’ASBL PAH
Dans le cadre des travaux pratiques (TP) de psychologie médicale de la Faculté de médecine de l’Université de Namur, une intervention marquante a eu lieu. Un binôme, composé de Dominique Damas, patiente experte et membre active de l’ASBL PAH (Plateforme Annonce Handicap), et du Dr Latteur, médecin, est venu partager son expérience sur un sujet aussi délicat qu’essentiel : l’annonce de mauvaises nouvelles ou de diagnostics graves aux patients et patientes.
Avec l’appui des enseignantes Hélène Cocriamont, Laura Demarthe et Hélène Givron, ces TP s’inscrivent dans le cadre du cours de psychologie médicale dirigé par le Professeur M. Desseilles. Leur objectif est de renforcer les compétences en communication professionnelle en santé des étudiants et étudiantes en médecine.
Dominique Damas, mère de trois enfants atteints du syndrome de l’X Fragile, a témoigné de ses expériences personnelles d’annonces de mauvaises nouvelles. Trois fois, elle a dû faire face à l’épreuve de recevoir ce diagnostic pour ses enfants. À travers son vécu, elle a développé une expertise qu’elle met aujourd’hui au service des autres. Cette démarche lui a permis de transformer une épreuve personnelle en engagement collectif, en rejoignant des associations dédiées au handicap.
Sa collaboration avec le Dr Latteur a permis aux étudiants de saisir les enjeux d’une communication soignant-soigné réussie : écoute active, choix des mots, adaptation au patient et à sa famille, suivi post-annonce. Un point clé évoqué lors de la séance est l’importance de "prendre le temps", car une annonce de diagnostic grave ne peut être expédiée en 20 minutes.
Les enjeux : mieux accompagner les patients et leurs familles
L’intervention avait plusieurs objectifs :
- Préparer les étudiants et étudiantes à appréhender une situation aussi sensible que l’annonce d’une mauvaise nouvelle, en leur fournissant des outils pratiques et théoriques.
- Améliorer l’accompagnement de la patientèle et de leurs familles, en tenant compte de leurs émotions et de leur compréhension de la situation.
- Favoriser une approche humaine et bienveillante, où la personne qui délivre le diagnostic doit se souvenir qu’elle a une obligation de moyens, et non de résultat.
Les étudiants et étudiantes ont également reçu un livret de conseils pratiques « Accompagner l’annonce d’un diagnostic », afin de prolonger les apprentissages après les TP.
Le témoignage de Dominique Damas et l’expérience du Dr Latteur ont captivé les élèves de 3e année en médecine, comme en témoigne l’une d’entre eux :
« C’est vraiment génial d’avoir ce genre d’intervention dans notre cursus. De plus, les invités sont tellement impliqués que cela rend le moment passionnant. »
Ces échanges apportent une vision à 360 degrés, intégrant les perspectives du patient et du soignant. Cette approche immersive prépare les futurs médecins à affronter ces situations difficiles avec sérénité et professionnalisme, tout en les sensibilisant à leur propre santé mentale.
La santé mentale et le bien-être en Faculté de médecine
À l’UNamur, la santé mentale des étudiants et étudiantes en médecine est une priorité. Plusieurs initiatives du département de psychologie viennent compléter ces TP :
- Des travaux pratiques destinés à renforcer la réflexion sur l’importance de leur bien-être physique et mentale.
- Une attention particulière portée à la prévention du burn-out, une problématique omniprésente dans la profession médicale.
- La création d’un miniguide de communication professionnelle, distribué après des jeux de rôle interactifs.
- Un immersive-learning permettant de s’entraîner à l’annonce de mauvaise nouvelle.
Ces initiatives pédagogiques démontrent l’engagement de la Faculté de médecine à offrir une formation intégrale, qui ne se limite pas à l’expertise technique mais englobe aussi les aspects inter et intrapersonnels, indispensables pour exercer la médecine dans toute sa complexité.