Avec une tradition apicole vieille de plusieurs siècles, la Wallonie possède un paysage unique d’apiculteurs, de ruchers-écoles et de sections locales qui entretiennent un véritable patrimoine vivant. C’est notamment par ce lien fort entre le produit et son terroir, que le Miel wallon rejoint la prestigieuse liste des produits wallons bénéficiant du label IGP (indication géographique protégée). 

« Dès le début du XXᵉ siècle, le secteur se professionnalise et se dynamise, notamment grâce à l’amélioration de la gestion des ruchers et de la qualité du miel », raconte Natacha Aucuit chercheuse en histoire de l’alimentation qui a contribué à cette reconnaissance du miel wallon.

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Natacha Aucuit

L’un des éléments distinctifs du miel wallon est sa cristallisation imperceptible à très fine, sans cristaux grossiers. Ce résultat n’est pas dû au hasard : les apiculteurs wallons se sont adaptés à la grande diversité florale de la Wallonie en développant une technique de cristallisation dirigée du miel, perfectionnée dans les années 1980‑1990 et largement diffusée grâce au CARI ASBL et avec l’aide de PROMIEL ASBL 

Natacha Aucuit Historienne

Cette méthode, aujourd’hui généralisée en Wallonie, permet d’obtenir un miel tartinable, onctueux, homogène et non altéré dans ses propriétés naturelles.

Miel wallon

« Ce qui m’a marquée en remontant le fil de l’histoire de ce produit, c’est son côté profondément humain : le savoir est transmis au sein des communautés apicoles, entre maîtres‑apiculteurs et apprentis, qui incarne la force d’une tradition régionale », souligne Natacha Aucuit.

Le Boudin blanc de Liège : un goût, une plante aromatique, une tradition

En plus du Miel wallon IGP, Natacha Aucuit a aussi participé au cours de l’année 2025, à la reconnaissance du Boudin blanc de Liège comme IGP. 

« Produit phare des fêtes de fin d’année dans la province, il possède une origine historique plus floue… mais des marqueurs très solides. On en trouve des mentions dans la presse à la fin du XIXᵉ siècle et, dès le début du XXᵉ et une caractéristique se confirme : l’aromatisation à la marjolaine. Cet ingrédient devient la signature du boudin liégeois. Autrefois, les bouchers-charcutiers cultivaient eux‑mêmes la marjolaine ou l’achetaient sur les marchés locaux. Une production locale a repris ces dernières années », explique Natacha Aucuit.

Boudin de Liège
Boudin de Liège

Ce boudin blanc a un ancrage fort dans la ville de Liège mais sa fabrication est répartie dans toute la province. Il est au au cœur de traditions folkloriques liégeoises : « ce produit se consomme habituellement froid, coupé en tranches. Il est parfois intégré dans la drèssêye, un assortiment de charcuteries typiquement liégeois », précise Natacha Aucuit. 

Un travail continu sur les produits du terroir

Outre le Miel wallon IGP et le Boudin blanc de Liège IGP, d’autres produits wallons font l’objet de toute l’attention de la cellule Agrilabel, en charge des procédures de reconnaissance. Actuellement deux dossiers sont en cours de réalisation : 

  • La révision du cahier des charges du Jambon d’Ardenne IGP
  • La Fraise de Wépion

Les autres produits labellisés en tant qu’IGP depuis la création d’AgriLabel :

  • Plate de Florenville IGP
  • Saucisson d’Ardenne IGP
  • Collier Ardenne IGP
  • Pipe d’Ardenne IGP
  • Escavèche de Chimay IGP
  • Saucisson gaumais IGP

Le projet Agrilabel

Créé en 2011 à l’initiative du Service public de Wallonie et soutenu par le Cabinet de la Ministre wallonne de l’Agriculture, AgriLabel accompagne les producteurs dans l’obtention de labels de qualité européens (AOP, IGP et STG) ou régional (Label Qualité Plus). Ce travail repose sur un partenariat entre l’Université de Liège – Gembloux Agro‑Bio Tech et l’UNamur.

Dans ce cadre, l’Université de Liège-Gembloux Agro-Bio Tech se concentre principalement sur la caractérisation du produit et le savoir-faire des producteurs ainsi que la délimitation de l’aire géographique de production. De son côté, l’UNamur se charge de démontrer le lien sociohistorique entre le produit et son terroir, la notoriété de la dénomination dans le temps et sa réputation, éléments essentiels pour la reconnaissance d’une dénomination en tant qu’AOP ou IGP.

Natacha Aucuit, chercheuse spécialisée en histoire de l’alimentation à l’UNamur et membre de l'ILEE et Transitions, apporte, sous la supervision de la Professeure Isabelle Parmentier, une contribution clé au sein de la cellule AgriLabel. Depuis 2013, elle s’attelle à l’élaboration des demandes d’enregistrement de dénominations ou de modification pour des produits comme la Fraise de Wépion ou le Jambon d’Ardenne IGP. Son rôle consiste principalement à établir un lien historique documenté entre le produit et son terroir, en s’appuyant sur des recherches rigoureuses et une démarche scientifique.