La thrombose veineuse est l’une des complications les plus graves associées aux contraceptifs oraux combinés. Si ce risque est globalement faible à l’échelle de la population générale, il augmente significativement chez les femmes porteuses de mutations génétiques particulières, comme celle du facteur V de Leiden ou de la mutation G20210A de la prothrombine, qui concerne 5 à 7% de la population caucasienne.  

« La plupart des personnes porteuses de mutations génétiques favorisant les troubles de coagulation l’ignorent car elles ne sont pas dépistées systématiquement. Le risque réel de thrombose lors de la prescription d’une pilule contraceptive est donc sous-estimé pour ces patientes », explique Laure Morimont, chercheuse au sein de l’Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC) et à la tête de cette recherche.  

Un outil combinant modélisation du risque et évaluation individuelle

Dans le cadre de sa recherche doctorale, Laure Morimont – sous la supervision du Professeur Jonathan Douxfils (Directeur de l’URPC et membre du Département de pharmacie) – a travaillé à la mise au point d’un test sanguin permettant d’évaluer le risque thrombotique associé à la prise d’une pilule contraceptive. Ce test, le nAPCsr (Normalized activated protein C sensitivity ratio), mesure le degré de résistance à la protéine C activée, un inhibiteur naturel de la coagulation. 

En croisant le nAPCsr d’un échantillon de patientes sous contraceptifs oraux ou non avec les données de risque réel de thrombose issues d’études de pharmacovigilance, l’équipe de Laure Morimont a pu développer et valider un modèle de prédiction solide démontrant une corrélation significative entre le risque thrombotique estimé par le nAPCsr pour une pilule donnée et l’incidence réelle de thromboses observées dans la population. 

Sur base de ce modèle et des seuils de référence établis, le nAPCsr peut ensuite être utilisé pour évaluer le profil de risque individuel d’une patiente. Le test génère un score allant de 0 à 10, permettant de situer la patiente par rapport à ces valeurs de référence et d’apprécier son éligibilité à une pilule contraceptive donnée. « Si les résultats au test restent dans les normes de référence, la patiente est considérée comme éligible à toute pilule contraceptive et le médecin peut prescrire celle souhaitée en toute sécurité. En revanche, si son score s’écarte de celles-ci, il peut réaliser un bilan plus poussé ou orienter la patiente vers une pilule considérée comme moins à risque. A terme, notre but est d’aider le corps médical dans son choix de prescription », souligne Laure Morimont. 

Disponible dès à présent dans plusieurs établissements hospitaliers wallons pour un coût approximatif de 70 euros, le test fait actuellement l’objet de discussions en vue d’un remboursement partiel ou total par les assurances maladies 

Reconnaissance scientifique et perspectives d’avenir

Fruits de 6 années de recherche, les travaux de l’équipe de l’URPC viennent d’être publiés dans Research and Practice in Thrombosis and Haemostasis (RPTH), une revue de l’International Society on Thrombosis and Haemostasis (ISTH), société savante internationale en thrombose et hémostase. 

Dans cette publication, nous avons poussé le développement du modèle de prédiction de manière plus robuste. A partir des données cliniques obtenues, nous démontrons qu’il est possible d’estimer le risque de thrombose lié à une pilule contraceptive bien avant que les données d’incidence réelles ne soient disponibles.  Il s’agit d’une étape importante qui ouvre la voie à une évaluation plus précoce de la sécurité des formules contraceptives.

Laure Morimont Chercheuse à l’Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC)

Cette publication servira également de base aux démarches engagées auprès de l’Agence européenne des médicaments pour reconnaître ce test comme un biomarqueur officiel. 

En parallèle, Laure Morimont et son équipe poursuivent le travail de sensibilisation auprès des médecins généralistes et des gynécologues de Wallonie, dans le but de faire connaître le test auprès d’un panel plus large de patientes. Le nAPCsr est également en passe d’être utilisé hors de nos frontières, grâce à une collaboration initiée avec un établissement hospitalier en France. 

L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC)

L'Unité de Recherche en Pharmacologie et toxicologie Clinique (URPC) de l'UNamur a pour mission principale de mener des études et des recherches visant à évaluer l'efficacité, la sécurité et l'impact clinique des médicaments, des traitements et des interventions médicales. Elle rassemble des chercheurs des différents départements de la Faculté de médecine.