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La précarité étudiante : qu'est-ce à dire ?

Isabelle Mertens est assistante sociale depuis 36 ans au sein de la Cellule sociale de l'UNamur. Elle nous aide à cerner les contours de la précarité étudiante en 2021.

ceso« La précarité étudiante a toujours existé », indique Isabelle Mertens. « Mais les formes de précarité se sont multipliées. On constate également que les situations se complexifient et qu’il y a une accentuation de celles-ci en raison de l’augmentation du coût de la vie et de la crise du Covid. Des accidents de la vie, professionnels, familiaux ou de santé, font basculer certaines familles ».

Comment évaluer le nombre d’étudiantes et d’étudiants précarisés à l’UNamur ? Peu de chiffres sont disponibles pour en juger. Les statistiques renseignent qu’en 2020, un étudiant éligible sur 7 bénéficiait d’une bourse de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais ces chiffres ne révèlent pas la complexité et l’ampleur de la situation. Chaque année, l’UNamur reçoit près de 500 demandes d’étudiantes et d’étudiants souhaitant recevoir une aide financière qui, pour certains d’entre eux, serait complémentaire à l’allocation d’étude de la FWB. Cette dernière ne permet en effet pas de couvrir tous les besoins : « Ce n’est pas parce qu’un étudiant a accès à une bourse de la FWB que celle-ci couvre l’ensemble de ses frais. Les montants ne sont pas nécessairement élevés pour la majorité des bourses. Quand on sait qu’un kot coûte en moyenne 3.500 euros par an, les familles sont évidemment aidées, mais ce n’est pas toujours suffisant ». Ensuite, les conditions d’octroi excluent une série de personnes du fait de leurs revenus : « Ce n’est pas parce qu’on est au-dessus du plafond que cela signifie pour autant que l’on est à l’aise. Une famille avec deux enfants à charge disposant de 36.000 euros de revenus annuels imposables n’est pas éligible ».  

Des aides complémentaires sont donc financées par l’UNamur via ses subsides mais également sur ses fonds propres, après une analyse de la situation familiale et financière par Isabelle Mertens et son collègue Pierre Lechat, au sein de la Cellule sociale. Ces aides consistent en une réduction des droits d’inscription, l’octroi de prêts sans intérêts ou d’allocations non remboursables, avec une proportion de 75 à 80 % de demandes pour des allocations et 20 à 25 % de demandes pour des prêts. « Pour l’année académique 2020-2021, ces aides pouvaient aller jusqu’à 4.000 euros par demandeur en fonction de son budget d’études, des revenus nets de la famille, du nombre d’enfants à charge, notamment dans l’enseignement supérieur, et du surcoût des études pour la famille ». À cela s’ajoutent des aides sociales indirectes, avec la mise à disposition de kots de l’université à des tarifs préférentiels ou encore la mise sur pied d’un parc informatique ou de paniers alimentaires.

Derrière le terme de précarité étudiante se cache en effet une réalité multiforme, dont Isabelle Mertens nous aide à cerner les contours. « La précarité financière peut prendre différents aspects. Des situations financières sont si compliquées que certains se privent d’une alimentation variée et équilibrée. Ils ou elles essaient de réduire leurs frais au maximum, renoncent à acheter ou imprimer des supports de cours ou encore se privent de partir en stage à l’étranger. D’autres prennent plusieurs jobs afin de pouvoir afficher un niveau de vie similaire à celui de leurs copains et copines de faculté et s’intégrer ou s’offrir des loisirs. Ils prennent alors sur leur temps d’étude pour ce faire ». Une précarité financière qui concerne aussi l’accès au logement : « certains vivent dans des logements peu salubres, mal chauffés… notamment des étudiants étrangers qui ont peu de choix en arrivant en Belgique ».  La précarité numérique est également palpable à l’ère de l’enseignement 2.0 : « Cela a été révélé avec une acuité particulière au moment de la crise du Covid et du passage à un enseignement à distance. Certaines familles se partagent un seul PC avec un parent en télétravail et deux étudiants à la maison. Il faut aussi avoir un forfait internet suffisant. Cela est également perceptible pour les étudiants étrangers, qui arrivent parfois avec un matériel obsolète, sans version à jour et sans pouvoir se connecter correctement au réseau de l’Université ». Depuis fin 2020, la Cellule sociale s’est aussi attaquée de manière concrète à la précarité alimentaire via l’ouverture d’une épicerie solidaire, la Solidarithèque. Enfin, avec les étudiants de l’AGE et des kots à projet, elle étudie la question de la précarité menstruelle : « une enquête va être lancée afin de mieux cerner cette réalité et d’en mesurer le degré et ses conséquences. Ce point rejoint dans certaines familles une précarité en matière de santé physique et mentale, avec peu ou pas de moyens accordés à ces besoins ». Les résultats de l’enquête permettront d’entamer un travail de prévention et de sensibilisation à l’éducation menstruelle avec, à terme, des distributions gratuites de protections.

La précarité étudiante, il faut aussi pouvoir en parler. Désormais, le phénomène est régulièrement évoqué dans la presse, souligné par les associations étudiantes ou les études du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP). « Les médias et les politiques portent davantage leur attention sur cette problématique. Certains tabous se lèvent aussi. Mais il reste toujours une précarité cachée. Il y a des étudiants et des étudiantes qui n’osent pas s’adresser à notre service alors qu’ils rencontrent une situation difficile. Certains ignorent qu’ils pourraient y avoir droit ». L’information et la sensibilisation sur le terrain sont donc aussi un travail permanent pour la Cellule sociale de l’UNamur. Elle pourra être aidée dans cette tâche par l’Assemblée Générale des Étudiants et son nouveau président, Mathias Soumoy, ainsi que par le Vice-Recteur aux affaires étudiantes et sociales, Patrick Foissac, qui ont tous deux pris leurs fonctions en septembre 2021 et ont placé la précarité étudiante en tête de leur programme. Avec un objectif : que plus aucun étudiant ni aucune étudiante n’hésite à pousser les portes de la Cellule sociale pour demander de l’aide.

 

La Cellule sociale

La Cellule sociale des étudiant·e·s est actuellement composée d’Isabelle Mertens et Pierre Lechat. Elle est située au sein du Service Vie de la communauté universitaire (VéCU). Elle a pour mission d'accueillir tout étudiant ou étudiante, de l'accompagner, de le ou la soutenir et d'intervenir, entre autres financièrement, pour favoriser ses conditions d'études et de réussite et contribuer à son bien-être. Les assistants sociaux proposent une écoute bienveillante pour que chacun et chacune puisse s'exprimer en toute confidentialité. La Cellule sociale est également un lieu d'accueil et de soutien pour les familles et les proches des étudiant·e·s.


Propos recueillis par Morgane Belin

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