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L’immersion en question(s) : une étude multidisciplinaire innovante

Dans un contexte de mondialisation, les politiques favorisent de plus en plus le multilinguisme en tant que fort atout social et économique.  L’approche de la Commission européenne promeut que chaque élève maitrise 3 langues à la fin de l’enseignement obligatoire (sa langue maternelle ainsi que 2 langues étrangères).

En Belgique, et dans le contexte du conflit linguistique, l’apprentissage et la maitrise des langues reste cependant problématique, malgré les valeurs symboliques et économiques. La Belgique compte 3 systèmes d’enseignement qui correspondent aux 3 communautés linguistiques.  L’enseignement en immersion en FWB a débuté officiellement en 1998.  Les possibilités étaient offertes à partir de la 3ème maternelle jusqu’à la fin du secondaire. 

Aujourd'hui, 300 écoles belges proposent l’enseignement en immersion, ce qui correspond à 30.000 élèves, soit 3,5% de la population scolaire.

L’immersion, c’est quoi ?

« Immersion », c’est l’appellation belge.  On devrait parler d’EMILE (Enseignement d’une Matière par Intégration d’une Langue Etrangère) ou de CLIL (Content and Language Integrated Learning).

L’immersion, cela signifie apprendre une langue « étrangère » en apprenant dans cette langue des matières non-linguistiques (maths, géo, sport, …).

C’est donc une double approche contenu/langue avec des avantages socio-économiques et socio-culturels, surtout dans le contexte belge.  A ce jour, nous ne disposons cependant que d'une vision fragmentaire et incomplète de l’impact de l'EMILE sur l'acquisition d'une langue étrangère. 

Alors, immersion ou pas immersion ?

La plupart des parents ont le même questionnement au moment de choisir une filière d’enseignement pour leurs enfants : « C’est pour les surdoués, non ? » ou « Tu crois que ça marche vraiment ? » ou encore « Il paraît qu’ils apprennent moins bien le français … ».   Les enfants eux-mêmes se posent des questions : « Serais-je capable ? » ou « ça va être beaucoup plus dur » …

Même si la majorité des commentaires concernant l’immersion sont positifs, on entend aussi des critiques négatives, comme un éventuel biais, une potentielle sélectivité dans la population d’enfants participant à l’immersion, qui attirerait les bons élèves et contribuerait à un modèle d’enseignement élitiste.  Ou encore que les écoles proposent l’immersion comme argument « marketing », juste pour attirer plus d’élèves.

Une étude multidisciplinaire pour contribuer aux débats internationaux

« Assessing Content and Language Intergrated Learning (CLIL): linguistic, congitive and educational perspectives » est une étude multidisciplinaire de l’UCLouvain et de l’UNamur, financée par la FWB dans le cadre d’un projet ARC (Action de Recherche Concertée).  

Elle visait à apporter une forte contribution empirique et théorique aux débats scientifiques internationaux en cours sur le multilinguisme en général et sur l'EMILE en particulier.

Les résultats ont été présentés lors d’une journée d'étude ce 8 mai dernier à Bruxelles.  Retrouvez toutes les vidéos ci-dessous...

Ce projet a comparé les résultats d’apprenants en filière francophone et en immersion sur les aspects suivants :

  • Quelles différences entre groupes d’apprenants ?
  • Pour quels aspects linguistiques ?
  • En fonction de quels facteurs cognitifs, socio-affectifs et pédagogiques ?
Que faut-il en retenir ?

L’analyse des données a montré plusieurs effets positifs mesurés en immersion, pas nécessairement dus à l’immersion mais à une combinaison de plusieurs facteurs favorables.  L’étude a pu démontrer qu’il y a des gains pour la langue cible, dont les effets positifs sont plus marqués pour le néerlandais que pour l’anglais.  Il n’y a par contre aucun effet négatif sur la maitrise du français, au contraire.  Pas non plus d’effet observable sur le fonctionnement cognitif non-verbal.  En immersion, l’acquisition des autres matières est au moins égale à celle de la filière francophone et les profils socio-affectifs sont plus favorables, principalement pour le néerlandais et dans le secondaire, ce qui souligne l’importance du contexte socio-politique belge.

Apprendre une langue reste un processus complexe, avec des aspects linguistiques, cognitifs, socio-affectifs et des variables individuelles et externes.  Il ne faut pas non plus surestimer les effets de l’immersion.  En mobilisant différents facteurs favorisant l’apprentissage des langues dans l’enseignement traditionnel (plus d’apport langagier, plus de contacts avec des locuteurs natifs, repenser le lien entre langue et matières), des résultats similaires devraient pouvoir être atteints dans l’ensemble de notre système éducatif.

Recherches futures ?

Au-delà de l’aspect innovant de cette recherche et de son impact au niveau national et international, il reste beaucoup de données à creuser pour y voir encore plus clair : l’analyse des pratiques d’enseignement (effets « classe ») et le vécu des élèves et enseignants, la comparaison des trajectoires individuelles et des publics spécifiques, la comparaison de l’oral et de l’écrit chez les élèves, l’analyse des liens entre les profils socio-affectifs et linguistiques, …

Les porteurs du projet sont maintenant à la recherche de nouveaux moyens financiers pour poursuivre les investigations.

K.D., 6/06/19

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