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Covid-19. Traitements et vaccins - Perspectives


La recherche de traitements et de vaccins contre le Covid-19 défraye la chronique, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux. Mais, la mise sur le marché d’un nouveau produit ne se fait pas en quelques semaines… Pouvez-vous nous rappeler les procédures pour l’administration de nouveaux médicaments ?

Dans la lutte contre le coronavirus, nous avons actuellement deux orientations : d’une part, la recherche d’un traitement pour soigner les sujets présentant les symptômes aigus de la maladie et, d’autre part, le développement d’un vaccin pour prévenir la contamination chez des sujets sains. Dans les deux cas, ce sont des médicaments. Ils doivent donc faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché par une autorité compétente, qui peut être nationale et/ou européenne dans notre cas.

vaccinDe manière générale, pour un traitement, il faut compter une dizaine d’années de développement avant d’obtenir cette autorisation. Cela couvre le développement du médicament, tant dans les études non cliniques (identification de la cible thérapeutique et des composés médicamenteux prometteurs, études toxicologiques, etc.) que dans les études cliniques qui comprennent entre autres des tests sur des milliers de patients. A cela s’ajoutent 18 à 24 mois pour son enregistrement. Et si on se concentre sur la Belgique, il faut 6 mois supplémentaires pour valider les procédures de remboursement du traitement. Le coût de développement d’un médicament est estimé entre 1 et 2 milliard(s) de dollars.

Le temps pour trouver un vaccin est un peu plus élastique… L’objectif d’un vaccin est de protéger les populations non infectées et d’éradiquer la maladie. Si on vaccine une partie importante de la population, on réduit automatiquement le risque auprès des personnes qui ne le seraient pas. Toutefois, il existe de nombreux virus contre lesquels on n’a toujours pas trouvé de vaccin (efficace du moins) après des dizaines et dizaines d’années de recherche. Je pense ici au VIH ou à la malaria… Alors que pour le virus Ebola, on dispose déjà d’un vaccin efficace depuis deux ans. C’est donc très variable.

Les substances testées actuellement (azithromycine, chloroquine …) sont des médicaments déjà présents sur le marché. Qu’en est-il de leur utilisation et de leur efficacité ?

Concernant le développement d’un traitement pour soigner les personnes atteintes du Covid-19, il est utopique de partir de la cible thérapeutique, à savoir le coronavirus, et de penser que l’on va obtenir un nouveau traitement efficace et original dans des délais qui sont acceptables, compte tenu du taux de mortalité et de la contagiosité de ce virus.

Aujourd’hui, tant en Belgique qu’en Europe, la stratégie est d’identifier ce qui est disponible sur le marché pour soigner d’autres pathologies et de les tester sur le Covid-19. On analyse les mécanismes d’action de certains médicaments évalués lors d’études (non)cliniques sur d’autres virus (comme le SARS en 2003). 

chloroquineEn outre, des données non cliniques récentes sur les cellules et sur le coronavirus nous montrent que certains médicaments sont plus efficaces que d’autres. Ainsi, la chloroquine et l’hydroxychloroquine (commercialisée en Belgique sous le nom de Plaquenil, notamment pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde) n’étaient pas en première ligne de traitement au départ mais sont aujourd’hui objets de recherches non cliniques et cliniques intenses car elles ont un profil thérapeutique intéressant. Ces deux substances présentent des avantages. D’une part, elles sont peu coûteuses. D’autre part, elles ont un profil de sécurité et des effets indésirables connus pour ses utilisations chroniques. Dans le cadre du COVID-19 et de son utilisation en traitement aigu et à plus forte dose, un suivi médical stricte est néanmoins recommandé en raison de certains risques cardiaques et d’interactions médicamenteuses. Ceci explique qu’à ce jour, seuls les patients gravement malades et hospitalisés peuvent être traités avec ces médicaments. Ceux-ci ne sont donc pas recommandés pour les patients présentant des symptômes légers ou pour un usage préventif.

Par ailleurs, la disponibilité des produits et le risque de pénurie est problématique. Les patients qui prennent ce traitement pour leur indication chronique doivent pouvoir continuer à bénéficier de leur médicament.

Il n’y a pas que ces traitements qui sont ou ont été évalués. Deux exemples : le kaletra, un médicament composé de deux antiviraux testés chez les patients atteints par le VIH, vient de passer en seconde ligne de traitement car nous disposons aujourd’hui d’études cliniques démontrant une efficacité médiocre. Le remdesivir est l’autre produit actuellement utilisé au même titre que la chloroquine et sur lequel on fonde beaucoup d’espoir. On constate donc qu’on utilise en effet des médicaments déjà présents sur le marché et avec des profils thérapeutiques intéressants. C’est ce qui facilite évidemment leur utilisation.

Nous avons également constaté que de nombreux médicaments contre le COVID-19, certainement falsifiés, sont disponibles via le circuit illégal d’achat sur internet ou pour d’autres indications. Ainsi, un homme d'une soixantaine d'années est mort récemment en Arizona (États-Unis) après avoir ingéré une cuillère à café d'un traitement pour poissons d'aquarium à base de phosphate de chloroquine afin d’éviter de tomber malade du COVID-19. Il n’en n’aura pas eu le temps… Je ne peux donc qu’insister sur le fait de ne pas faire de l’automédication ou des achats de médicaments ou d'autres produits sur des sites web illégaux.

Des études cliniques sont-elles en cours ?

Oui, dont une internationale très intéressante, l’étude DISCOVERY, qui couvre 3.200 patients. Cette étude est pilotée par l’Inserm (France). DISCOVERY se décompose en cinq groupes de patients : le premier groupe témoin ne reçoit que le traitement standard (oxygénation, ventilation…). Les quatre autres groupes se voient administrer des substances spécifiques : du Remdivisir, antiviral injectable utilisé contre Ebola; du Kaletra (association lopinavir/ritonavir), traitement anti-VIH; du Kaletra et un interféron bêta, une molécule naturellement produite par le système immunitaire; et enfin, de l’hydroxychloroquine. Les premiers résultats sont attendus certainement d'ici deux à trois semaines. Il s'agira de la première étude de grande ampleur réellement comparative. Par ailleurs, une autre étude équivalente vient d'être lancée par l'OMS (étude SOLIDARITY).

Cette étude est importante. En l’absence de traitement, il y a beaucoup de fake news qui partent du principe suivant : si ça fonctionne sur quelques personnes, on va traiter tout le monde ! Et, en cette période anxiogène, il faut donner de l’espoir à la population. C’est pourquoi de nombreux médias se reposent sur ce professeur de Marseille, le Prof. Rouault, qui est le seul à avoir fourni des données d’efficacité relative à l’utilisation combinée de l’azithromycine et de la chloroquine. Ces données sont assez limitées et la qualité méthodologique de son étude peut être remise en cause. Il est donc nécessaire d’avoir une étude à grande échelle vérifiant ou non l’efficacité du ou des produit(s).  En l’état actuel des recherches, personne ne peut se permettre d’affirmer que l’hydroxychloroquine ou la chloroquine sont des traitements miracles pour soigner les personnes atteintes du Covid-19. En effet, nous devons malheureusement déplorer que, parmi les patients décédés, nombreux étaient traités avec ce produit puisque ce sont les recommandations de traitement en première ligne pour les cas aigus.

Imaginez que n’importe qui se fasse prescrire préventivement du Plaquenil ? C’est une hypothèse qui fait son chemin, notamment en priorité chez les professionnels de la santé confrontés chaque jour aux patients infectés. Néanmoins, à ce sujet non plus nous ne disposons d’aucune preuve dans cette indication. Il faut donc être très prudent sur ce que l’on communique à la population !

equipe médicaleQuant à la recherche d’un vaccin contre le Covid-19, plusieurs pays et firmes pharmaceutiques y travaillent activement. A cela s’ajoute une dynamique portée par les institutions compétentes visant à réduire les études non cliniques. Il existe en fait différentes plateformes technologiques de production de vaccins qui peuvent servir de support à la recherche et accélérer les processus. Cela favorisera la mise à disposition d’un vaccin plus rapidement. On parle d’ailleurs d’études cliniques chez l’homme dans le courant du mois d’avril. On ne peut néanmoins espérer disposer d’un vaccin dirigé contre le Covid-19 avant 12 mois. Deux réserves toutefois. Premièrement, cela ne veut pas dire qu’il y en aura pour tout le monde et dans les mêmes délais… Si le vaccin est découvert aux Etats-Unis, par exemple, ça ne garantit pas une mise à disposition immédiate dans les autres pays… Deuxièmement, si le virus mute, rien ne dit que ce qui va être mis au point aujourd’hui sera toujours efficace. C’est le cas pour le virus Influenza dont l’immunité induite par les vaccins est courte et dont les souches diffèrent souvent d’une année à l’autre, justifiant une vaccination annuelle.

On a beaucoup parlé du projet SANA (diagnostic du Covid-19) porté par le Prof. Benoit Muylkens et ses équipes. Il y a également un projet de recherche en cours au niveau du Département de pharmacie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous collaborons avec le Prof. Jonathan Douxfils (UNamur – Qualiblood) et le Prof. François Mullier (UNamur – CHU UCL Mont-Godinne). Nous avons également impliqué un ancien étudiant de l’UNamur, le pharmacien biologiste Julien Favresse de la Clinique Saint-Luc à Bouge et Hôpital Saint-Luc à Woluwé.

Concrètement, nous travaillons sur les patients hospitalisés sévèrement atteints. Nous nous concentrons sur les analyses sanguines de tous les patients contaminés par le Covid-19 et hospitalisés. Ceux qui décèdent ou présentent des difficultés, ce n’est plus dû au virus lui-même mais à une réponse immunitaire insuffisante et une réaction inflammatoire aigue avec diverses conséquences, notamment au niveau de l’aggravation de maladies cardiovasculaires et des troubles de la coagulation sanguine (thromboses et saignements). Sur base de ce constat, le protocole en cours de développement est de récolter le sang des patients, de réaliser des analyses sanguines à intervalle régulier et après guérison, le cas échéant. Nous allons alors évaluer les marqueurs sanguins les plus perturbés afin de pouvoir adapter le traitement et répondre avec de nouveaux médicaments à cette réaction inflammatoire. Nous démarrons ce protocole. Affaire à suivre. 

 Interview rédigée le 31 mars 2020.

 

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