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Covid19 : La géographie au service de la santé publique


Au regard de votre domaine d’expertise, quelle analyse de la propagation du coronavirus faites-vous ?

De manière générale, en tant que géographe spécialisée en épidémiologie spatiale, j’étudie la distribution spatiale et temporelle des maladies et les facteurs explicatifs de ces distributions. Concernant le Covid19, j’analyse plus précisément sa vitesse de propagation. Clairement, la diffusion du virus dans l’espace n’est pas homogène. C’est une maladie qui reste concentrée spatialement, plus que d’autres infections virales telles que la grippe. On l’a constaté avec le Nord de l’Italie : la vitesse de propagation y a été fulgurante et définie dans un périmètre assez précis. A l’inverse de la grippe qui, elle, se distribue de manière assez diffuse dans une population, on constate ici des foyers épidémiques. Il y a plusieurs hypothèses sur les facteurs qui pourraient expliquer ces hétérogénéités spatiales.

pyramideTout d’abord, il y a la pyramide des âges. On sait que ce virus a un taux de mortalité plus élevé dans la population âgée. Ainsi, certains continents sont plus concernés que d’autres. L’Europe, avec une population plus âgée, est plus affectée que l’Afrique, continent plus jeune. Ensuite, des chercheurs italiens ont pointé la pollution, en particulier la concentration en particules fines, comme facilitateur de la transmission. La Lombardie est une région fortement industrialisée et la concentration en particules fines y est particulièrement élevée. Les particules virales pourraient s’accrocher aux particules fines et se propager par l’air sur de plus longues distances. En outre, les personnes vivant dans des zones polluées ont un système respiratoire plus fragile. Enfin, la mobilité de la population joue un rôle important. Les régions les plus connectées sont touchées en premier.

Si on se concentre sur la Belgique, il y a actuellement deux foyers épidémiques : les provinces du Limbourg et du Hainaut. Pourquoi ces deux régions sont-elles plus touchées par le virus ? A l’heure actuelle, nous n’avons pas tous les éléments pour répondre à cette question, mais la proximité de ces régions avec les Pays-Bas et l’Allemagne d’une part, et la France d’autre part, pourrait avoir favorisé la dissémination du covid19. Des zones de contamination ont été identifiées à nos frontières dans ces trois pays. Ensuite, dans le Hainaut plus spécifiquement, la population d’origine italienne est plus nombreuse. Il pourrait y avoir eu un plus grand nombre de personnes revenant d’Italie à la fin des vacances de Carnaval.

Cette situation est exceptionnelle, de par sa portée mondiale, comment expliquez-vous une telle expansion à une telle vitesse ?
Vous faites partie de différents consortiums de recherche qui essayent d’aider le gouvernement à prendre les meilleures décisions. Comment se passe cette collaboration transdisciplinaire et inter-universités ? Quel est l’apport de votre domaine d’expertise dans ce combat ?

Avant toute chose, il y a un constat heureux à la situation. Il y a énormément de collaborations qui se mettent en place. Le monde de la recherche est entièrement mobilisé autour de la lutte contre le Covid-19. Il y a une réelle volonté chez les chercheurs d’être utiles à la société. Et ensemble, nous sommes plus efficaces. Nous sommes face à une urgence et nous n’avons pas le temps de développer des modèles en partant de zéro. Alors, nous réunissons nos différentes expertises, nos différents modèles existants, pour plus d’efficacité.

A la différence des virologues et médecins qui sont plus centrés sur l’individu, sur l’évolution du virus, de la maladie et des symptômes et adoptent donc un point de vue micro, géographes et épidémiologistes adoptent un point de vue plus macro. Ils travaillent à l’échelle d’une population. Ils sont capables, sur base de données collectées, de prédire l’évolution d’une épidémie dans le temps et dans l’espace et d’évaluer l’impact des mesures prises. Par exemple, dans le groupe « Data against Corona », géographes et épidémiologistes ont eu accès aux données agrégées de téléphonie mobile. Cela permet de voir concrètement, commune par commune, le taux de réduction de la mobilité suite aux mesures prises par le fédéral. C’est un bel exemple de collaboration entre « data scientists », épidémiologistes et géographes. En combinant cela avec des modèles épidémiologiques, nous pouvons tester différents scénarios et conseiller le gouvernement fédéral quant aux mesures à prendre.

open dataUn des éléments favorisant l’efficacité est la nécessité de travailler en opendata. C’est-à-dire permettre à tous les chercheurs d’avoir accès aux données brutes et aux résultats de recherche. Alors, s’il y a beaucoup de transparence entre équipes de recherche, la mise à disposition de données brutes et agrégées au niveau belge reste compliquée. Nous manquons donc d’informations pour pouvoir faire des projections plus précises. On se prive d’une grande expertise, et c’est dommage.

Comment évaluez-vous les mesures prises par le gouvernement pour enrayer la maladie ?

C’est la première fois que nous sommes confrontés, scientifiques et politiques, à une telle crise sanitaire. Clairement, il y a des lourdeurs, des lenteurs et un manque d’anticipation (en termes de matériel médical, de diagnostic et d’organisation). Il y a beaucoup de tergiversations alors que nous devons agir vite. Maintenant, le rôle des politiques n’est pas évident. C’est plus « facile » de dire qu’il faut limiter les contacts entre personnes parce que les courbes montent que d’appliquer un confinement à toute une population avec toutes les conséquences que ça entraine sur le plan social, économique, etc.

Quelle issue voyez-vous à cette crise sanitaire ? Comment sort-on d’une pandémie ? Quels en sont les mécanismes ?

L’objectif actuel est de ralentir la vitesse de transmission. Plus on ralentit, plus nous disposerons de temps pour développer des thérapies médicamenteuses, augmenter nos capacités hospitalières et multiplier nos capacités de diagnostic.

Pour sortir de cette crise, il va falloir combiner ces différentes stratégies. En particulier, augmenter nos capacités de diagnostic me semble essentiel. Les pays qui s’en sont le mieux sortis (la Corée du Sud et l’Allemagne) sont ceux qui ont adopté une stratégie de diagnostic très agressive, c’est-à-dire qu’ils testent énormément de personnes et isolent les personnes infectées et leur entourage. Par la suite, les tests sérologiques devraient aider à sortir de la crise. Ils permettront d’identifier la présence d’anticorps chez les individus et de déterminer ainsi s’ils sont immunisés.

Je m’en tiens à des considérations strictement épidémiologiques parce qu’à d’autres points de vue, on est loin d’avoir fini d’en parler…

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