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Covid-19 : les secteurs touristique et des loisirs fortement impactés


La crise sanitaire que nous connaissons actuellement est sans précédent. Les conséquences sur l’économie sont nombreuses, tous les secteurs étant plus ou moins impactés. En Belgique, le Gouvernement fédéral a validé ce 15 avril l’interdiction d’organiser tout événement jusqu’au 31 août. Quel premier bilan peut-on déjà tirer de la situation en général, et plus précisément pour les secteurs touristiques, de l’Horeca et de l’événementiel ?


CoronacrisisLa Fédération des Entreprises de Belgique, la FEB, chiffre l’impact global de la crise actuelle autour de 2,4 milliards d’euros par semaine de confinement. Il suffit dès lors de multiplier ce chiffre par le nombre de semaines durant lesquelles le pays va rester confiné et les activités économiques concernées vont être suspendues pour avoir une estimation de ce qui nous attend. En ce qui concerne les trois secteurs qui risquent d’être les plus touchés par la crise, à savoir l’Horeca, le transport aérien et les événements (culturels, sportifs, etc.), la FEB estime le manque à gagner à plus d’1 milliard d’euros pour la période allant de la mi-mars à fin avril.

Concernant le tourisme en particulier, dispose-t-on de données plus précises ?

Au niveau mondial, l’Organisation Mondial du Tourisme (OMT) s’attend à un recul de l’activité touristique de l’ordre de 20 à 30% en 2020 par rapport à 2019. Une récession d’une telle importance est historique. Ça ne s’est tout simplement jamais produit ! Par comparaison, la précédente crise importante qu’a traversé ce secteur remonte à 2009, suite à la crise économico-financière des subprimes de 2008 et à l’épidémie du H1N1. L’activité touristique mondiale avait alors reculé de 4%... seulement, dirait-on aujourd’hui !

Nous sommes ici dans une autre dimension, avec une perte chiffrée entre 300 et 450 milliards de dollars. Le principal secteur impacté sera le transport aérien qui à lui seul représentera un manque à gagner de plus de 100 milliards de dollars en 2020. Cela dépasse l’entendement. Exprimé d’une autre manière, on peut estimer qu’en un an, nous allons perdre 5 à 7 années de croissance dans l’industrie touristique au sens large. Et à l’heure où je vous parle, il est encore difficile de se projeter dans un scénario de reprise.


A quels problèmes les entreprises du secteur touristique vont-elles être confrontées ?

Il y a, selon moi, trois problèmes clairement identifiables.

Premièrement, va se poser un problème de liquidités pour les entreprises ne disposant pas de suffisamment d’argent en caisse. Elles ne sauront plus payer leurs fournisseurs, leur personnel, … Il faut disposer de liquidités pour continuer à fonctionner en attendant un retour à la normale. C’est pour cette raison que les Gouvernements fédéral et fédérés ont pris des mesures pour renflouer à court-terme les caisses des PME. Ainsi, le Gouvernement wallon a déjà alloué une prime de 5000 euros aux structures qui peuvent y prétendre.

Deuxième élément, c’est la question de la solvabilité, c’est-à-dire la capacité à rembourser ses dettes. Et on sait que les entreprises des secteurs touristique et culturel sont nombreuses à être (fortement) endettées. Elles risquent donc de connaître des difficultés à honorer leurs dettes en ce moment, qu’elles soient liées à des investissements immobiliers, à l’acquisition de fournitures, des rémunérations de tiers, etc.

Enfin, le dernier point problématique, qui concerne toutefois moins le tourisme, l’événementiel et la culture, c’est l’approvisionnement. Pour certaines entreprises qui pourraient relancer leurs activités prochainement, il va falloir disposer du matériel, des fournitures et de la main d’œuvre nécessaire. Or, si les frontières restent fermées, certaines marchandises ne sont pas acheminées et les personnes ne peuvent pas circuler…

En résumé, les prochains mois vont s’avérer très compliqués pour le secteur avec comme conséquences possibles des réductions de l’offre, des licenciements ou des faillites.

Quelles procédures mettre en place pour éviter une telle déroute ?


A côté du soutien financier direct par les pouvoirs publics évoqué ci-dessus, je pense à des facilités de paiement, ou à des allégements fiscaux et de charges sociales. Pour les voyages et les événements annulés, il y a aussi la possibilité offerte aux prestataires de reporter les réservations à une date ultérieure plutôt que de procéder à leur remboursement. Ainsi, les organisateurs de concerts et de festivals proposent à leurs clients de reporter leurs tickets sur l’édition de 2021 plutôt que de les rembourser. Ce principe est déjà d’application pour le secteur aérien et les tour-opérateurs qui proposent à leurs clients de planifier leur voyage à date ultérieure… même si ce n’est pas tout à fait légal eu égard à la réglementation européenne qui stipule que tout service qui n’aurait pas été presté à une date prévue doit nécessairement être remboursé au client. Qu’importe le secteur, l’objectif est de maintenir des liquidités dans les entreprises pour leur permettre de survivre en ces temps troublés. Imaginez, si les organisateurs de concerts et de festivals devaient rembourser les événements annulés en une fois à tous leurs clients… ce serait une catastrophe pour leur trésorerie.

Pas encore de faillites à l’heure actuelle ?

Non, c’est trop tôt pour se prononcer. D’autant plus qu’il y a un soutien des pouvoirs publics aux PME comme je l’ai évoqué. En outre, le Gouvernement fédéral vient d’annoncer un moratoire temporaire sur les faillites pendant cette crise du Covid19. Par contre, il faudra être attentif à la situation dans les semaines et les mois qui suivront la sortie de crise. Cela va être très difficile pour les secteurs qui ne pourront pas reprendre à partir du 3 mai et il ne faut pas s’attendre à ce que les industries du tourisme et des loisirs reprennent… Ce seront sans doute les dernières qui seront autorisées à relancer leurs activités. Ces entreprises vont devoir tenir le coup encore au moins deux mois, sans rentrée financière. Il faudra donc certainement un soutien supplémentaire des pouvoirs publics, soit via des primes, soit via des mesures d’accompagnement telles que le chômage économique, des mesures en matière de fiscalité (baisse de la TVA, etc.) et de charges sociales.

J’attire l’attention sur le fait que si l’Horeca est durement touché, il y a des entreprises qui sont dans des situations encore plus critiques. Un restaurant peut fermer complètement. S’il reste certains frais fixes (charges locatives, cotisations sociales, etc.), il n’y a plus de fournisseurs à payer puisqu’il n’y a plus de marchandises achetées et les employés peuvent être mis au chômage économique. Les plus à plaindre sont les secteurs des musées, des attractions touristiques ou des transports qui sont confrontés à des frais fixes, même en cas de fermeture (totale ou partielle).

Par exemple, les parcs animaliers doivent continuer à s’occuper des animaux. Eric Domb, propriétaire de Pairi Daiza, confiait récemment à la presse que cela coûtait près de 100.000 euros par jour pour nourrir les 7.000 animaux du parc, rémunérer la centaine de personnes qui doivent encore y travailler et maintenir l’infrastructure en ordre ! Dans les parcs d’attractions ou le transport aérien, il faut garantir une maintenance de tous les équipements. Dans le secteur culturel, il faut également continuer à rémunérer le personnel qui travaille à l’organisation de la saison suivante, à la gestion des annulations, à l’entretien des bâtiments, etc. Ces organisations n’ont pas eu la possibilité de mettre complètement la clé sous le paillasson quelques semaines, voire quelques mois. Elles doivent continuer à fonctionner au jour le jour, à engager des dépenses sans aucune rentrée financière.

Comment envisagez-vous une reprise des activités de loisirs et de tourisme ?

En Belgique, le scénario le plus réaliste est celui d’une reprise des activités en petit groupe : la famille qui se déplace dans son propre véhicule pour aller se promener dans la nature, pratiquer une activité sportive outdoor ou visiter une attraction de plein air telle qu’un jardin botanique ou un parc animalier... On peut espérer que ce type d’activités de loisirs en groupe restreint et en plein air, sans emprunter un transport en commun reçoive le feu vert des autorités pour le 1er juillet. L’enjeu est important dans la mesure où, dans notre pays, le secteur du tourisme génère l’essentiel de ses rentrées sur deux mois : juillet et août. Concernant les lieux indoor confinés tels que les musées, les châteaux ou les grottes, cela me paraît très compromis pour cet été.

La rentabilité du secteur de l’Horeca est moins tributaire des mois de juillet et août, même si cela reste deux mois très importants, surtout dans les destinations touristiques. Est-ce envisageable de rouvrir hôtels, cafés et restaurants le 1er juillet ? C’est à discuter avec les épidémiologistes. Mais le scénario le plus réaliste est la réouverture des restaurants, dans une configuration réaménagée : des tables de deux ou quatre personnes au maximum, avec une distanciation sociale respectée entre chaque table ainsi que des règles sanitaires strictes en cuisine. En ce qui concerne les hôtels et les locations de vacances, l’activité pourrait également reprendre avec l’été, en tout cas pour les petites structures. Mais la clientèle étrangère risque d’être limitée si les frontières restent fermées… Par contre, les cafés, bars et autres discothèques ne seront, à mon avis, pas autorisés à reprendre leurs affaires avant un certain temps.

Si les frontières restent fermées cet été, cela peut être un effet d’aubaine pour le tourisme wallon…


En effet, le tourisme wallon vit principalement de la clientèle belge (55% des nuitées sont « belges » et plus de 70% des visiteurs des parcs d’attractions sont belges également). Donc, si l’activité touristique est autorisée, les locations de vacances (gîtes, AirBnB, etc) et le secteur des loisirs ne devraient pas trop souffrir en Wallonie ; certains acteurs pourraient même tirer leur épingle du jeu… si les frontières sont fermées.

Il est de moins en moins probable que nous soyons autorisés à voyager à l’étranger en 2020, en tout cas avant septembre. En outre, le touriste n’aime pas le risque… Vu la situation sanitaire et les risques de promiscuité qu’induit le fait de prendre l’avion par exemple, je postule quand même qu’il préfèrera rester en Belgique.

La crise actuelle va-t-elle changer notre manière de voyager ?

Certains parlent d’un retour à plus d’authenticité, à un tourisme plus local (domestique), plus durable et plus lent… Je n’y crois pas trop. Une fois la situation stabilisée, en 2021, nous allons retrouver ces grandes tendances de tourisme de masse, low cost et « instagrammable ». En fait, ce sont deux façons de voyager qui vont coexister. Mais, fondamentalement, les personnes ne vont pas voyager moins souvent ou partir moins loin. Prenons l’exemple du tourisme chinois après la crise du SARS en 2003. On avait alors vu fondre d’un tiers le nombre de touristes chinois. Après, en seulement 10 ans, la Chine a triplé le nombre de ses touristes voyageant dans le monde : de 50 millions, elle est passée à plus de 150 millions. On peut y lire un indice de développement économique du pays mais aussi un phénomène de compensation. Après avoir été frustré par les privations de liberté liées au confinement, on va vouloir compenser et décompresser en voyageant plus et en dépensant sans compter pour ses loisirs. Cela va aussi certainement s’observer pour l’Horeca et les activités culturelles. Les personnes vont vouloir retrouver l’ivresse des bars, des festivals et des spectacles.

Attention, on risque toutefois de ne pas retrouver le même niveau d’activité touristique en 2021 qu’avant la crise du Covid19 parce que le pouvoir d’achat des ménages aura fondu durant cette crise : pertes d’emploi, chômage économique, etc. Ainsi, la Banque Nationale de Belgique et le Bureau du Plan ont annoncé une diminution du PIB de 8% en Belgique pour 2020. Une telle récession est exceptionnelle et unique dans les annales ! Et, en économie, le tourisme et la culture font partie des biens dits « supérieurs ». Ce sont des biens qui, quand le revenu augmente, amène les personnes à dépenser plus que proportionnellement pour cette catégorie de produits. Mais quand le revenu diminue, elles vont réduire ces dépenses plus que proportionnellement également. En résumé, on peut donc s’attendre à une reprise rapide une fois les mesures de confinement levées, mais à plus long terme, la demande touristique mettra de nombreuses années pour retrouver son niveau de 2019.

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