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Pascaline David

Avec sa complice Ann-Gaëlle Dumont, elle a fondé Les éditions Diagonale, maison d’édition namuroise spécialisée dans la publication de premiers romans. Éditeur, un métier qui correspond bien aux aspirations et aux valeurs de cette philosophe de formation (promo 1997), et que Pascaline David nous fait découvrir.

P davAu départ, pourquoi avoir choisi des études en philosophie à Namur ?

À 18 ans, je lisais les romans de Sartre, notamment Les mots, et il me semblait que les bons écrivains, ceux que j’admirais, avaient choisi d’étudier la philosophie. Cela représentait une indication à suivre... Si j’ai opté pour Namur, c’est certainement pour la réputation de certains professeurs comme Druet, Beaufays, Pieters... Il me semblait qu’au-delà d’un savoir académique, ils avaient une personnalité forte, capable d’offrir une expérience personnelle, une vision. J’ai gardé un excellent souvenir de cette période, très proche de l’enfance, comme bercée par des idéaux et de grandes idées. On passait notre temps – comme tous les étudiants, j’imagine – à refaire le monde...

Quel fut ensuite votre parcours ? 

J’ai terminé mes études de philosophie à l’UCL. La difficulté des études de philosophie tient, je pense, à la sortie… Il me fallut passer par une période de tâtonnements. À vrai dire, j’étais un peu perdue par rapport au marché de l’emploi. Je savais très bien reconnaître mes attractions profondes, mais rien n’y répondait. À l’époque, mes parents m’ont conseillé la diplomatie parce qu’ils percevaient en moi des talents de négociation. J’ai suivi leur conseil et fait une spécialisation en relations internationales à la KUL. J’ai ensuite envoyé 100 cv’s en croisant les doigts. Après avoir passé divers tests, j’ai commencé à travailler dans le secteur public chez IBM… Un jour, je suis tombée sur une formation de scénariste à Avignon. J’ai présenté ma démission et je suis partie. J’ai ensuite affiné mon parcours dans la création et l’audiovisuel. De scénariste, j’ai exploré le montage documentaire et cinématographique, puis on m’a engagée à la télévision où j’ai travaillé pendant dix ans, tout en développant des ateliers d’écriture à la Maison de la poésie de Namur et une première collection littéraire aux éditions namuroises : « Auteurs à suivre ».

Comment avez-vous eu l'idée de créer votre propre maison d'édition ?

En éditant le premier roman de Nicolas Marchal, Les conquêtes véritables, dans la collection que j’avais créée aux éditions namuroises, j’ai eu la surprise de voir que le livre avait été sélectionné pour des prix littéraires importants en Belgique. Non seulement le roman de Nicolas Marchal était repris pour le Prix Rossel, mais il remporta le Prix Première. Certaines personnalités du monde littéraire m’ont alors conseillé de fonder une maison d’édition indépendante et à vocation littéraire. J’ai donc arrêté de diriger la collection de premiers romans que j’avais fondée pour prendre un temps de réflexion. Seule, l’aventure éditoriale ne me tentait plus. Quelques temps plus tard, j’ai rencontré Ann-Gaëlle Dumont qui venait d’entamer un temps sabbatique après avoir enseigné neuf ans la littérature. Nous nous sommes lancées, et nous avons bien sûr commencé par rééditer Les conquêtes véritables de Nicolas Marchal. Puis nous avons publié des appels à manuscrits et ont suivi d’autres romans comme La vie en ville de Damien Désamory, Quand les ânes de la colline sont devenus barbus de John Henry, Le Modèle de Manuel Capouet…

Pourquoi avoir fait le choix d'éditer uniquement des premiers romans ? 

En 2014, lorsque nous avons créé Les éditions diagonale, Ann-Gaëlle Dumont et moi, rien n’était vraiment fait pour les auteurs d’un premier roman. Certes, des prix existaient, mais c’était à peu près tout. Chaque année, on entendait ces chiffres vertigineux. Les grands éditeurs reçoivent une marée de manuscrits par la Poste : un toutes les huit minutes chez Gallimard, cinq par jour chez Actes Sud, autant chez Grasset…  C’est « mission impossible » d’être remarqué. Nous avons voulu faire quelque chose. Le début d’un auteur est primordial. Être publié, c’est une forme de naissance, d’entrée officielle en littérature. Si on désire être publié, c’est qu’on écrit pour un public. En même temps, il est si difficile pour un auteur de savoir se situer vis-à-vis de son travail d’écriture. Est-ce le moment ? Ou dois-je encore travailler ? L’éditeur a ici une vraie responsabilité. C’est le premier qui adoube un auteur, goûte à son univers, identifie un style, etc. C’est lui qui dit : tu es prêt, on va y aller.

Et pour ceux qui ne sont pas encore prêts ?  

C’est aussi important de refuser un manuscrit que de le sélectionner. Accepter un texte à un stade intermédiaire de maturité n’est pas un bon service à rendre à son auteur. C’est le jeter sur le marché alors qu’il n’est pas au meilleur de sa forme. C’est ce qu’on pourrait d’ailleurs reprocher à l’autoédition. Il n’y a aucun filtre. Hormis quelques surprises, les auteurs apparaissent sur la toile comme des diamants bruts, un peu à l’abandon. Nous avons donc fait le pari de donner de notre temps et de notre énergie pour les auteurs d’un premier roman, qu’ils se trouvent à deux doigts de la ligne de maturité ou qu’ils aient encore beaucoup de chemin à faire. Nous avons envie de nourrir, d’instruire et d’intervenir à cette étape-là de la création littéraire par une proposition éditoriale particulière. Être un interlocuteur professionnel privilégié pour des nouveaux auteurs.

Continuez-vous de suivre vos auteurs par la suite ?  

L’idée est bien de suivre les auteurs après la parution du premier livre. Il est vrai qu’au début, nous pensions nous contenter des seuls premiers romans, mais on nous a rapidement conseillé de suivre nos auteurs. Il ne suffit pas de semer horizontalement, il faut également voir la forêt pousser. Même si, aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore là. Le seul deuxième roman que nous avons publié est Autour de la flamme de Daniel Charlez d’Autreppe. 

Que diriez-vous à des jeunes passionnés d'écriture et qui souhaiteraient publier leur travail ? 

Je pense qu’il ne faut pas être pressé d’être publié mais accepter que le temps mature un talent par l’exercice et des conseils. La mise en œuvre de la langue me semble très importante. Trop de manuscrits nous arrivent sans vraie réflexion sur l’aspect esthétique du texte. Non qu’il faille prôner la forme au détriment de la narration mais une proposition esthétique cohérente, même simple, est nécessaire pour emporter l’adhésion du lecteur. Jusqu’à nous faire oublier qu’il s’agit là d’un travail et le temps que nous y consacrons.

Un dernier conseil ?

Peut-être d’oser être soi ? C’est sans doute la garantie d’offrir quelque chose d’inédit au lecteur.

 

Propos recueillis par Morgane Belin