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Laurence Leprince

Directrice de la Ville de Namur depuis fin novembre 2017, Laurence Leprince est responsable de l’administration de la capitale wallonne, de son personnel et du fonctionnement des services. Laurence Leprince est également une ancienne de l’Université de Namur (promo 2003), où elle a suivi sa licence en sciences économiques et de gestion à horaire décalé. À l’occasion du 30e anniversaire du programme HD éco-gestion, elle revient avec nous sur son parcours et le défi qu’elle a relevé en reprenant des études parallèlement à une vie professionnelle et une vie de famille bien remplies.
Laurence Leprince ter.jpgPourquoi avoir entamé des études à horaire décalé, quel a été votre parcours ?

J’étais graduée en marketing et je suis rentrée à la Ville de Namur tout de suite après mon graduat. Dans une fonction publique, et un pouvoir public local notamment, nous sommes soumis à la révision générale des barèmes. De par mon diplôme, j’étais bloquée au grade auquel j’avais été engagée. J’avais deux solutions : soit attendre des promotions et nominations éventuelles, sachant qu’à l’époque, la Ville de Namur n’avait plus nommé depuis plus de 15 ans, ce qui a changé depuis ; soit je prenais la voie rapide de reprendre des études, ce que j’ai fait.

Pourquoi à l’Université de Namur ?

Je travaillais à temps plein et j’avoue avoir fait le choix de Namur parce que j’étais maman d’un bébé de 9 mois – j’ai d’ailleurs eu mon dernier enfant en dernière année – et éviter les trajets était très précieux. Ayant déjà le marketing dans ma formation, l’économie et la gestion me parlaient bien, et l’aspect gestion surtout pouvait m’être précieux dans le cadre de mon évolution de carrière. Cela a d’ailleurs été le cas ensuite.

Concrètement, comment s’organise la vie quand on est maman, qu’on est professionnellement active et qu’on entame des études à horaire décalé ?

Il faut savoir que reprendre trois années d’études, en cours du soir, en cumulant un travail à temps plein et une vie de famille, c’est un gros investissement. Pendant un certain temps, on met sa vie sociale un petit peu de côté. J’avais la chance – et je l’ai toujours d’ailleurs – d’avoir un mari très présent, qui m’a beaucoup soutenue et qui m’a aidée dans l’organisation au quotidien, ainsi qu’une famille qui était là aussi pour les côtés logistiques et pratiques. Il faut aussi être très organisé, et je pense que c’est ce qui fait notamment la force des cours à horaire décalé. Il y a un autre esprit entre les étudiants, une certaine solidarité. On avait constitué un groupe de quatre avec des profils un peu différents et on se complétait plutôt bien les uns les autres, chacun avait ses forces, ses faiblesses également. On mutualisait nos forces et cela nous a permis à tous les quatre d’arriver au terme de nos études. Nous sommes toujours en contact à l’heure actuelle, alors que nous sommes éparpillés sur toute la Belgique. On essaie de se voir au moins une fois par an, et cela fait quand même quinze ans maintenant que nous sommes sortis !

Avec le recul de l’expérience, quels sont les éléments les plus positifs du cursus à horaire décalé ?

Je pense que le gros avantage pour soi et probablement pour l’employeur, c’est qu’on doit absolument avoir un sens de l’organisation et des priorités assez important. Il faut faire face quasiment à deux fonctions à temps plein. Être étudiant universitaire prend déjà beaucoup de temps, tout comme travailler à temps plein et avoir une charge de famille également. Il ne faut pas se laisser dépasser. Mais en fait, j’ai gardé un excellent souvenir de mes études. Je ne me suis rendu compte que c’était pesant que lorsque cela s’est terminé. Quand c’était les congés scolaires, j’avais presque l’impression d’être en vacances même si je travaillais !

Comment les cours s’organisaient-ils pratiquement ?

Théoriquement, c’était deux soirs par semaine et le samedi matin. Pratiquement, c’était parfois trois soirs par semaine et le samedi matin. Le samedi après-midi, il y avait des ateliers et des travaux pratiques. Puis il y avait des travaux de groupe. Comme je le disais, nous étions un groupe de quatre et comme j’habitais à Namur, on se retrouvait régulièrement chez moi. J’étais donc quand même à la maison, même si je n’étais pas forcément disponible pour la famille.

Les trois autres membres de votre groupe, pourquoi avaient-ils choisi Namur ?

Je pense que c’était vraiment pour l’option économie et gestion. L’un venait de Dinant, les deux autres venaient d’Arlon et de Bastogne. Ils avaient choisi Namur pour la proximité géographique, la qualité de l’enseignement à Namur et l’option.

L’enseignement de l’économie et de la gestion à HD était pionnier à Namur. Depuis, d’autres programmes en informatique et en droit se sont développés. Selon vous, cela répond-il à un besoin de la société actuelle ?

Je pense que cela peut s’adresser à plusieurs personnes. Dans mon groupe, deux étaient déjà universitaires et ils ont repris les études plutôt pour une réorientation professionnelle et non un avancement de carrière. Cela s’adresse aussi aux personnes comme moi, qui avaient commencé par un graduat, qui sont rentrés dans la vie professionnelle très rapidement et qui, après un moment, se disent que ce n’est pas assez. Cela permet aux personnes qui le souhaitent d’évoluer. Puis il y a des jeunes qui à 18, 20 ans n’ont, à ce moment de leur vie, pas encore la maturité et l’envie de s’investir. Et quand ils prennent des responsabilités, se disent : finalement, j’aurais été capable de le faire, je n’aurais peut-être pas été capable de le faire à 18-20 ans, mais maintenant je me sens prêt. Je trouve cela bien parce que cela permet soit une réorientation, soit une deuxième chance.

Comment gériez-vous les blocus ?

À la Ville de Namur, nous n’avons pas droit aux congés éducation, c’était donc difficile. Je prenais mes congés, qui s’en trouvaient raccourcis, et j’éloignais les enfants de la maison les week-ends quand je devais vraiment étudier. Ils partaient en balade avec leur papa ou allaient chez papy et mamy. Ou alors je travaillais le soir, après leur coucher.

Après vos études, qu’est-ce qui a changé concrètement dans votre vie professionnelle ?

Cela m’a donné très rapidement la possibilité d’évoluer au sein de mon administration. Dès la fin de ma 2e année, j’ai pu anticiper mon diplôme et accéder à une fonction de chef de service, puis cela a continué. Cela m’a aussi apporté le côté gestion et management. Il y a des outils de gestion que j’ai appris et que je mets en pratique. Chacun, en fonction de son travail et de son secteur d’activité, va mettre en œuvre ce qui lui est le plus utile.

Quelles questions faut-il se poser si l’on souhaite entamer un cursus en HD ?

Il faut bien peser le pour et le contre. C’est un sacrifice pendant une période donnée, qui apporte énormément après, mais je pense qu’il est important d’en être conscient. Il faut savoir si on saura s’organiser, si on est suffisamment entouré, s’il y a des personnes autour de soi sur qui on peut se reposer. Une organisation de vie qui permet de consacrer du temps à autre chose qu’au travail, à la famille, au ménage….

Diriez-vous que « le jeu en vaut la chandelle » ?

Clairement. C’est une expérience vraiment très enrichissante intellectuellement et humainement. Ca a vraiment changé ma vie professionnelle, c’est un sacrifice, mais pour énormément d’avantages par la suite. Dans mon groupe, on a eu tous les quatre une belle évolution et une réorganisation de carrière par la suite. L’un d’entre nous a complètement changé d’orientation professionnelle et s’est orienté vers l’enseignement, un autre a changé d’employeur, et une autre est passée d’employée à responsable. Cela a changé et amélioré notre vie professionnelle !

 

Propos recueillis par Morgane Belin

 

Retrouvez ici le programme du 30e anniversaire du Département HD Éco Gestion