Argument

La Perception détermine fondamentalement les choix, les décisions et actions que prennent les organismes. La perception est donc une caractéristique essentielle du monde vivant. Chez l’être humain, le cerveau et le système nerveux sont tenus de réaliser le complexe traitement informationnel qui spécifie les fonctions comme la mémoire, la conscience, l'anticipation, l'autoréférence, la motivation, la prise de décision, l’apprentissage, la communication, etc., des facultés qui sont les attributs de ce que nous appelons l’esprit.

Toutefois, la référence humaine ne permet pas d’appréhender les caractéristiques cognitives qui sont à l’œuvre chez les organismes non humains. Pour y parvenir, il nous faut partir d’une base plus large.

Humberto Maturana a suggéré que les organismes pourraient être considérés comme faisant intrinsèquement partie de la niche environnementale avec laquelle ils interagissent. La niche elle-même peut être comprise comme étant déterminée par le système vivant qui le spécifie (Maturana 1970/1980). Dans ce paradigme, la cognition devient le phénomène biologique naturel qui contribue à la persistance des organismes dans des environnements en constante évolution.

Vue sous cet angle, la cognition n'est pas une  propriété fixe d'un organisme, mais plutôt un processus dynamique des interactions de l'organisme et de l'environnement. La cognition ne se réduit donc pas à la présence d'un système nerveux. Ce dernier peut étendre la gamme d'éventuelles actions et interactions de l'organisme, mais ne génère pas en soi la cognition. Cette approche permet de proposer une notion basique de la cognition qui est commune à tous les systèmes vivants et capable d'unifier la grande diversité de son expression dans une logique de continuité phylogénétique (Lyon 2005).

Ces dernières années, de nombreux travaux ont été entrepris pour commencer à mettre en évidence la nature de la cognition chez les plantes (Gagliano, 2013). Les végétaux ont une capacité d’apprentissage. Ils ont aussi la capacité d'évaluer le degré de parenté au niveau des parties aériennes et souterraines.  Ils émettent ainsi des signaux différentiés en fonction du degré de parenté des congénères (Biedrzycki & Bais 2010). Une attention nouvelle est portée à la structure racinaire (Baluska et al, 2009), renouant ainsi avec les travaux de Charles Darwin (1880).

Néanmoins, les processus cognitifs impliqués dans la vie des plantes ne sont qu’au début de leur déchiffrement. Une exploration plus conséquente doit être menée pour mettre en évidence le potentiel de la cognition végétale en vue d’une meilleure compréhension de leur complexité comportementale, une connaissance qui pourra être mise à profit dans la gestion des cultures. Dans cette optique, Cognivege entend analyser la perception au niveau racinaire afin d’avancer dans la compréhension de la prise de décision et des actions chez les céréales, des variétés dont l’importance économique n’est plus à démontrer.

Références :

  • Baluska, F., Mancuso, S., Volkmann, D., & Barlow, P. 2009. The ‘root-brain’ hypothesis of Charles & Francis Darwin: Revival after more than 125 years. Plant Signaling & Behavior, 4, 1–7.
  • Biedrzycki, M. L., Bais, H. P. 2010. Kin recognition in plants: a mysterious behaviour unsolved. Journal of Experimental Botany 61:4123–4128.
  • Darwin, C. 1880. The power of movements in plants. John Murray.
  • Gagliano, M. 2015. In a green frame of mind: perspectives on the behavioural ecology and cognitive nature of plants. AoB PLANTS 7: plu075; doi:10.1093/aobpla/plu075.
  • Lyon, P. 2005. The biogenic approach to cognition. Cognitive Processing 7:11–29.
  • Maturana, H. R. 1970/1980. Biology of cognition. In: Maturana, H. R., Varela, F. J., eds. Autopoiesis and cognition: the realization of the living. Dordecht: D. Reidel Publishing Co, 5–58.