Etude du vieillissement : les francophones se démarquent

Analyser et comprendre la manière dont la société vieillit, à travers l’évolution de sa population. Mais aussi la façon dont ce vieillissement est vécu au quotidien par la population. Voici la manière dont se définit la sociologie du vieillissement.

Ce champ de la discipline est l’une des spécialités de Nathalie Burnay, docteur en sociologie au Département de Sciences politiques, sociales et de la communication de l’UNamur. Aussi membre de l’Institut Transitions.

Elle a dernièrement mené une étude pour mieux comprendre l’évolution de cette sociologie dans le monde francophone. Une recherche publiée dans « The American Sociologist ».

Un champ encore peu étudié

En collaboration avec les sociologues Cornelia Hummel de l’Université de Genève, et Ingrid Volery de l’Université de Lorraine, les trois chercheuses ont réalisé une méta-analyse de cinq revues, sur une période de 15 ans.

Deux phases ont été définies dans leur recherche. La première consistait à étudier trois publications spécialisées dans la discipline. A savoir la « Revue française de sociologie », la « Revue suisse de sociologie » et le bimensuel belge « Recherches sociologiques et anthropologiques ».

L’analyse des articles publiés entre 2000 et 2015 établit le constat suivant : la sociologie du vieillissement est un objet de recherche encore peu développé. « Et ce malgré le fait que nous vivons aujourd’hui un défi démographique important » rappelle le Dr. Burnay. Nous notons de cette manière qu’il existe un décalage entre l’objet social et son traitement par la discipline ».

La territorialité de la sociologie

La seconde phase de l’étude s’est concentrée sur l’analyse de deux revues axées sur la sociologie du vieillissement : « Gérontologie et société » et « Retraite et société ».

Les résultats de leurs analyses montrent que certaines thématiques sont plus populaires que d’autres, et varient selon la période.

« Aussi, les questions liant vieillissement et travail ont été beaucoup abordées au début des années 2000, précise Nathalie. Burnay. Et nous avons établi un lien évident entre les problématiques étudiées en sociologie et les questionnements sociaux ou politiques du moment ».

« Les chercheurs ont par exemple davantage traité la question de l’évolution des conditions de travail, alors que le politique se penchait sur les critères de pénibilité physiques pour définir une liste de métiers lourds ».

L’autre conclusion de leur analyse est qu’il existe une forme de territorialité en sociologie. Certains pôles s’intéressent en effet à des questions très spécifiques sur le vieillissement. « A titre d’exemple, Lilles (France) étudie beaucoup la notion de ‘déprise’, c’est-à-dire le fait d’abandonner progressivement ses activités quand on vieillit » explique la chercheuse.

Une méthodologie francophone

Ce bilan sur la sociologie du vieillissement dans le monde francophone permet aussi d’exposer les divergences méthodologiques entre francophones et anglophones.

Dans le monde anglo-saxon, on ne parle pas de sociologie du vieillissement mais de « gérontologie ». Les chercheurs anglais et américains incluent ainsi d’autres disciplines dans leurs études sur la question, comme la médecine.

De plus, leurs recherches se basent sur des critères quantitatifs, quand les sociologues francophones privilégient le qualitatif.

« En publiant notre étude dans une revue américaine, nous cherchions aussi à conscientiser nos collègues anglophones sur nos méthodes de travail, différentes des leurs. Certains m’ont affirmé avoir appris des choses. On voit que la sociologie francophone est plutôt spécifique, que nous nous démarquons des autres » soutient Nathalie Burnay.

« Toutefois, la méconnaissance se fait de part et d’autre, poursuit-elle. Il est important que les sociologues francophones soient moins imperméables dans leurs recherches. Ce qui permettra à terme de nourrir mutuellement nos savoirs » conclut la sociologue.

Pour Davantage d'informations

Nathalie Burnay