Philippe Van Meerbeeck

Docteur en médecine, Neuropsychiatre et Psychanalyste, Philippe van Meerbeeck fonde en 1979 le Département pour Adolescents et jeunes Adultes du Centre Chapelle-aux-Champs à Woluwé. Sa compétence dans ce domaine n’a cessé de s’affirmer depuis, en témoignent les nombreuses fonctions d’expert qu’il assure dans des associations centrées sur les enfants et les adolescents. C’est à Namur qu’il commence ses études de médecine en 1965, morceaux choisis d’une rencontre peu ordinaire...
van MeerbeeckFils et arrière petit-fils de médecins, le choix de votre profession s’est-il posé ?

Je voulais être psychiatre, depuis l’âge de 14 ans. Pour ce faire, il fallait étudier la médecine. Mon père, lui, était généraliste. Il aimait beaucoup son métier et s’est littéralement « usé » au travail. Il m’a mis en garde contre les aléas du métier, mais sans me décourager.

Vous commencez vos études à Namur...

Dans la famille, depuis 3 générations, tout le monde étudie à Namur : mon grand-père, mon père, mes oncles, mes cousins, etc. Les bons collèges à l’époque encourageaient leurs étudiants à s’inscrire à Namur. Je suis ravi d’y avoir étudié : j’ai passé 3 années formidables, je m’y suis fait des amis pour la vie.

Serait-il intéressant, en candis médecine, d’enseigner de la psychologie plus axée sur la clinique (psychiatrie) ?

Je pense qu’il faut surtout un cours de psychologie médicale, utile à un futur médecin dans sa relation avec les malades. Il est crucial de comprendre comment fonctionne la relation humaine, et ensuite les particularités de la relation médecin-patient. Il est important de commencer par le « normal » au sens large, de réfléchir d’abord sur soi-même, avant d’étudier les problèmes des autres.

Quelle est la place du psychiatre dans la société ?

Elle est en train de devenir exorbitante. On demande de plus en plus aux psychologues et aux psychiatres d’intervenir à tout bout de champs : dans les médias, les partis politiques, les conseils d’éthique, ... et il n’existe plus un débat télévisé sans la présence d’un psychiatre. C’est démesuré, le psychiatre n’est pas compétent pour tout. Un rôle n’est plus rempli dans la société, celui auparavant dévolu au prêtre ou au moraliste.

De votre métier, quelle est la part relative de la médecine, diagnostics et prescriptions, par rapport à celle du « psy », parler, comprendre, écouter ?

En travaillant avec les 13-25 ans, nous devons résister à l’envie de poser des diagnostics : les jeunes sont tellement polyvalents qu’ils peuvent sur une période de temps présenter tous les tableaux cliniques du monde. Il nous faut également résister à l’envie de prescrire sous peine de construire des toxicomanies graves. Dans mon service, nous ne donnons quasi pas de médicaments. Résultat : l’animation commence à 1 heure du matin, avec un « pic » entre 1 heure et 4 heures, nous sommes très fatigués ! Ceci dit, la psychiatrie reste un art de guérir, mais nous soignons des sujets, pas des organes.

Pourquoi cette spécialisation en adolescents ?

C’était voulu : c’est un âge passionnant, un âge où tout reste possible. C’est l’âge où l’on rencontre les plus grandes pathologies psychiatriques, mais il est encore possible de faire bouger les choses. Tout est théâtral, spectaculaire, l’ambiance dans le service est hallucinante : musique plein tube, les objets volent, les jeunes se promènent sur les toits... C’est aussi parfois épuisant, c’est l’âge bête et ils font n’importe quoi du moment que c’est provoquant.

Les adolescents d’aujourd’hui ont-ils une vie plus difficile que ceux d’il y a 20 ans ?

C’est clair. La génération actuelle n’a plus la chance de pouvoir s’opposer à un système rigide et imposé, à une autorité bornée. Les parents aujourd’hui essaient d’être plus « branchés » et plus ouverts au dialogue, ils évoluent, ils expliquent aussi. Mais il existe un revers de la médaille : les ados n’ont plus ce mobile de vouloir changer le monde, cette génération est beaucoup plus « bcbg », conventionnelle, soucieuse d’intégration et de performance. La volonté de choquer se perd, la révolution n’est plus l’idée à la mode chez les jeunes.

L’université a-t-elle un rôle à jouer en matière de prévention médicale par rapport à ses étudiants ?

Evidement, une énorme responsabilité. Parmi les étudiants, on rencontre beaucoup de problèmes d’assuétudes : alcoolisation, consommation de cannabis, de médicaments, ... de nombreux étudiants ne vont pas bien. Pour solutionner ce problème, il faut réfléchir un cran plus haut : l’université est-elle un lieu d’épanouissement personnel ? Le corps académique est-il soucieux d’éveiller l’intelligence des étudiants, au sens de l’envie de connaître, de comprendre et de réfléchir ? Si c’est le cas, les étudiants assistent aux cours, par intérêt, ils y débattent de leurs idées, ils rencontrent d’autres jeunes... C’est une bonne prévention. Par contre, si les étudiants sont matraqués de connaissances, s’ils vont aux cours par peur d’échouer et étudient par coeur en prenant des amphétamines,... il s’agit alors d’un enseignement qui induit de la maladie mentale.

Que pensez-vous de la possibilité pour les parents de choisir le sexe de leur enfant ?

C’est de la folie pure ! Cela fait partie de la question du désir des parents par rapport à nous : d’une façon générale, aucun enfant ne correspond au désir de ses parents. Si on ne l’accepte pas, en essayant de « corriger » un ensemble de paramètres, on rend les gens complètement fous. On vit dans un monde où le bon sens élémentaire a disparu totalement : ce qu’il est médicalement possible de faire, si les gens le demandent, on le fait.