Patrick Renault

Pakistan, Australie, Argentine… Patrick Renault a déjà posé ses valises dans plus de 120 pays différents au cours de sa carrière. Cet ancien en droit (promo 1980) évoque avec nous ses années d’études et nous parle de la richesse et de la diversité des rencontres et des activités qui émaillent le quotidien de sa vie d’ambassadeur de Belgique à l’étranger.

P RenaultVous avez débuté vos études en droit aux FUNDP en 1978. Ce choix d’études était-il une évidence pour vous ?

Non. J’ai hésité entre l’histoire, le droit et les sciences économiques. Le droit n’est pas une tradition familiale. J’ai trouvé qu’il donnait accès au choix le plus large de professions. Je dois avouer que mes années à Namur, puis à LLN ont conforté mon opinion.

Pourquoi avoir choisi Namur ?

Tout d’abord par proximité - mes parents souhaitant sans doute continuer pour deux années encore à exercer une bienveillante supervision… Par ailleurs, la taille plus restreinte de la Faculté, de même que sa réputation et ses valeurs, ont également joué un rôle déterminant.

Vous souvenez-vous d’une anecdote particulière durant vos deux années d’études à Namur ? Un professeur vous a-t-il particulièrement marqué ?

Le nom du RP Maon me vient spontanément à l’esprit, comme à beaucoup d’étudiants de ma génération. Il alliait une connaissance spectaculaire des matières qu’il enseignait, à un sens de l’humour phénoménal et dévastateur, une très grande ouverture d’esprit, une attention et un intérêt réel à tous ses étudiants. J’en garde encore un souvenir respectueux, amical et ému. Quant aux anecdotes, je tremble d’en partager certaines dans cette édition. Je me rappelle toutefois une deux-chevaux appartenant à un membre du corps professoral entièrement démontée et remontée au dernier étage de la Faculté voisine de sciences éco, ou à la construction nocturne d’un mur de parpaings bloquant l’accès à l’entrée de la Faculté. C’est aussi dans celle-ci que j’ai eu la chance de créer des amitiés qui m’ont éclairé toute ma vie.

Vous êtes aujourd’hui Ambassadeur de Belgique en Argentine. Comment vous êtes-vous orienté vers la carrière diplomatique, après vos études en droit ?

Après mes études à Namur et Louvain, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’études pour la République populaire de Chine dans les années 84-86/87. J’ai eu à cette occasion mon premier contact avec une ambassade et j’y ai appris que le concours était ouvert à tous les universitaires sans aucune discrimination ou favoritisme. Le travail me semblait très intéressant. Je ne voulais pas, à l’issue de mon expérience chinoise, me cantonner toute ma vie dans un seul pays ou dans une seule profession. La carrière diplomatique m’a semblé offrir à la fois une variété de tâches et un choix potentiel de destinations (120 actuellement) inégalables.

Pakistan, Australie, Argentine… Votre fonction d’ambassadeur vous mène aux quatre coins du monde. Quels sont, selon vous, les principaux avantages de cette vie « nomade » ?

Il s’agit véritablement à chaque mutation d’un nouveau départ, pour moi comme pour ma famille. C’est à la fois un changement complet des priorités professionnelles, mais aussi l’opportunité de vivre et d’essayer de pénétrer des cultures et sociétés différentes. Un des éléments clé de notre métier est d’essayer de comprendre, d’analyser et, dans certains cas, d’intervenir dans des sociétés à la fois si différentes et si proches. Ce métier donne accès à une variété inégalable de personnalités dans les domaines politique, économique, culturel, sportif, bref, humain.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui souhaiterait se lancer dans une carrière diplomatique ?

Je conseille de tenter l’expérience. J’ai ce rare privilège d’aimer mon travail et d’y trouver beaucoup de satisfaction, et ce depuis bientôt trente ans. Je suggèrerais en tout cas, avant de se lancer dans les examens, d’avoir une expérience à l’étranger. Nous avons par exemple toujours deux à trois stagiaires à l’ambassade à Buenos Aires. Ces derniers peuvent se rendre compte de la nature du travail et de la mission de cette profession, mais également de l’envers du décor. La plupart des ambassades belges offrent ces opportunités. Plus encore qu’une profession, il s’agit d’un choix de vie, qui a des implications pour tous ceux qui vous sont chers, à commencer par votre famille, vos amis… Cette vie nomade est extraordinairement enrichissante, mais impose aussi des sacrifices et des déchirements. Passer quatre ans dans un pays est le temps nécessaire et suffisant pour se faire des amis, qu’il faut quitter. C’est une expérience qui peut se révéler difficile.

La Faculté de droit de l’UNamur va célébrer son 50e anniversaire l’année prochaine. En tant qu’alumnus, quels souhaits adresseriez-vous à votre Faculté à l’occasion de ce jubilé ?

Tout d’abord, un excellent anniversaire à mon Alma Mater ! Dire que la Faculté ne fait pas du tout ses 50 ans ! Je sais que la Faculté de droit continue à être une ouverture sur le monde et sur la vie. Je lui souhaite de continuer à évoluer pour que ses fondamentaux, « liberté, respect et rigueur intellectuelle », ne changent pas.