Rodrigo Beenkens

Connu et apprécié de tous, le commentateur emblématique de la RTBF Rodrigo Beenkens est un ancien en droit (promo 1985) de l’Université de Namur. Retour sur ses années d’études (et de guindaille), ses défaites et ses réussites, ses professeurs « coups de cœur »… Et ses conseils aux étudiants pour gérer le blocus en période d’événements sportifs !
Photo Rodrigo BeenkensVous avez débuté vos études à l’Université de Namur. Quelles furent les raisons de votre choix ?

Premièrement, le facteur proximité. J’habitais dans la maison de mes parents à La Plante, donc j’étais vraiment très près et j’avais une petite voiture d’occasion. Deuxièmement, le fait d’arriver dans un entourage que je connaissais bien, tant du point de vue du cadre extérieur (à Namur) que des connaissances qui faisaient les mêmes études que moi. Troisièmement, c’était un choix par défaut, sachant que je n’ai jamais eu peur de prendre la parole en public, mais qu’inversement je détestais les mathématiques, la physique et la chimie… C’est plus par déduction que par véritable passion que les études de droit se sont imposées à moi.

Aujourd’hui, on constate que des étudiants entament parfois leurs études universitaires sans être forcément certains du choix de leur filière. Vous-même avez connu une sacrée réorientation après avoir débuté le droit !

Oui complètement, même si je ne veux pas généraliser : certains savent très bien ce qu’ils veulent faire dès le départ. Le problème, c’est qu’on croit parfois savoir ce qu’on aime. Après, on a une confirmation ou une infirmation lors des cours. Dans mon cas, le problème était lié, je pense, à la caractéristique même des études de droit. Je suis quelqu’un qui a besoin de toucher très vite aux choses pratiques. C’est comme si on me disait maintenant dans mon travail : « tu vas faire de la radio et de la télévision, mais tu ne pourras parler et apparaître à l’écran que dans cinq ans ». Dans d’autres études, on arrive plus vite à des choses concrètes.

Vous vous êtes réorienté lorsque vous êtes parti à Louvain-la Neuve pour faire votre licence ?

C’est cela. J’ai eu mon propre déclic à un moment donné. Je me suis dit que je voulais faire de la communication. J’ai fait deux licences en communication et en journalisme et j’ai trouvé ma voie. Après toutes ces années, il y a eu une forte évolution dans mon raisonnement. J’ai commencé à comprendre à quel point la base que j’ai reçue en droit à Namur m’avait été utile. C’est clair que la formation générale, au moment même, peut paraître embêtante, mais je ne le regrette pas maintenant. Je suis convaincu que cela  m’a apporté énormément !

Rodrigo Beenkens était-il un étudiant modèle ou plutôt « guindailleur » ?

Je n’étais certainement pas un étudiant modèle, d’ailleurs j’ai raté lamentablement ma première candi, et je ne le dois qu’à moi ! J’ai vraiment énormément guindaillé. Et puis, on m’a mis les yeux en face des trous… J’étais dans le collimateur d’une personne très influente en Faculté de droit, le Père Maon, qui avait juré d’avoir ma peau. J’ai sans doute un peu payé le fait de brosser les cours de manière trop voyante !

Avec les années de recul, quels furent les professeurs et les expériences qui vous ont le plus marqué à Namur ?

Je me souviens tout d’abord de Monsieur Beaufays, qui donnait le cours de philosophie. C’était un cours incroyable, qui m’a passionné. C’était un homme très timide, mais fascinant. Encore une fois, avec le recul, je pense que même si chacun est responsable de sa réussite ou de son échec, un prof peut changer la donne. […] Je me souviens aussi de la personnalité d’Etienne Cerexhe. Pour moi, il est à l’Université le précurseur de l’interactivité. Il avait une façon de donner cours qui était fascinante, mais qui obligeait l’étudiant à être sur le qui-vive à n’importe quel moment. Là où neuf profs sur dix faisaient un monologue, c’était un cours entre le prof et son auditoire. Et l’auditoire devait être participatif. Tout cela se concrétisait à l’examen, qui se passait avec deux étudiants. Le premier répondait à la question et le deuxième devait dire ce qu’il en pensait. Dans la démarche, c’était très particulier. Mais avec le recul, je trouve que c’est un exercice formidable. C’était une forme de coaching, en termes de communication. Je voudrais lui rendre hommage !

C’est peut-être un cliché, mais on imagine le commentateur sportif que vous êtes déjà fan de sport durant sa jeunesse. Durant vos études, il y a eu la Coupe d’Europe en France, la Coupe du monde au Mexique et Roland Garros chaque année… N’était-ce pas trop difficile de vous concentrer pendant les examens ?

Évidemment, mais j’ai fait mes choix : c’est une des explications de mes défaites ! Quand mon corps était devant mon cours ou devant mes syllabi, mon esprit était ailleurs. Donc c’était très difficile. L’Euro 84, je m’en souviens, c’est une année que j’ai réussie, mais la Coupe du monde 86, je n’en ai pas raté une seconde et j’ai eu une magnifique seconde session ! Déjà tout petit à l’internat, pendant les heures d’étude, je faisais mes équipes de foot et mes « compos ». J’ai toujours été comme ça, sauf quand je suis devant le fait accompli et que je dois vraiment réussir.

Aujourd’hui, l’équipe des Diables suscite un réel engouement. Difficile pour les étudiants de résister à l’appel de la fête collective et de la diffusion des matches en ville, comme on l’a vu durant la Coupe du monde en 2014. Quel conseil leur donneriez-vous pour essayer de gérer cela au mieux ?

Si leur objectif est de regarder l’événement en lui-même, parce qu’ils sont passionnés, c’est très simple : un match de foot dure 90 minutes, donc on peut tout à fait gérer ça. En tennis, les matches peuvent durer des heures et c’est beaucoup plus embêtant pour planifier ses pauses… En Coupe du monde, les Belges jouent entre deux et trois matches en juin. Quelqu’un qui sait planifier son étude peut par exemple travailler un peu plus la veille et faire une pause plus longue le jour dit. Évidemment, si on veut fêter l’événement, on vient plus tôt, puis on reste une heure pour boire un verre… C’est donc vraiment une question d’organisation !

Quel est l’événement sportif qui vous a le plus marqué dans votre carrière, en tant qu’amateur de sport et commentateur sportif ?

J’ai été bouleversé par le Brésil. Pas seulement par le foot, les stades et l’ambiance, mais par les gens. Ce sont souvent des aventures humaines que nous vivons. Grâce à ma maman, j’ai la chance de parler parfaitement portugais. C’était évidemment un facteur d’intégration inimaginable. Pendant les cinq semaines passées au Brésil, j’ai pu avoir un contact avec les gens d’une richesse humaine incroyable. J’ai d’ailleurs écrit une lettre ouverte à la fin de la Coupe du monde. C’est un pays où tout le monde vit pour le foot. Et pourtant, il y a tellement d’autres choses plus importantes chez eux... Et puis, les Diables rouges sont allés en quart de finale. Tous ces paramètres en font une expérience inoubliable. Je n’oublie pas non plus ma première Coupe du monde sur place, en 1994, aux États-Unis. C’était incroyable de débarquer en tant que jeune journaliste : je suis monté dans les Twin Towers, je suis allé à Chicago, à Boston… Il y a aussi le Tour de France. Quand vous arrivez tard dans des endroits comme le Mont Ventoux, avec 200 à 300 000 spectateurs, c’est complètement dingue ! […] On vit tellement de choses différentes. C’est ça qui fait la richesse de notre métier !

 

M.B. et L.G.