Quentin Warlop

À 9 ans, Quentin Warlop savait déjà qu’il serait journaliste. Dès la fin de son master, il rejoint la RTBF et devient, à 30 ans à peine, une des figures incontournables du JT. Attentats de Bruxelles et de Paris, procès d’assises, visite de Barack Obama à Waregem ou encore matchs de foot et courses cyclistes… Il a couvert tous ces événements sur le terrain. Pour nous, Quentin Warlop revient sur ses études à Namur et partage sa vision du journalisme en 2017.

Quentin WarlopPourquoi avoir choisi Namur pour vos études universitaires, étant originaire de Celles (près de Tournai) ?

À la sortie du secondaire, j’avais plusieurs choix : soit c’était Bruxelles, soit Louvain-la-Neuve, soit
Namur. On m’avait dit que l’Université de Namur était une université familiale, et comme je suis quelqu’un de basé sur l’humain et les rapports entre les personnes, je me suis dit que ce serait un bon compromis. J’en ai discuté avec mon frère jumeau (Thibault, bachelier en médecine, promo 2008, NDLR) qui a choisi Namur pour faire médecine et on s’est dit : pourquoi ne pas tenter l’Université de Namur à deux ? Et cela a très bien fonctionné, puisque lui est médecin et moi maintenant journaliste. Ce n’était pas mal de faire trois années dans une ville, puis de changer : j’ai fait trois ans à Namur, puis un an à Louvain-la-Neuve et un an à Leuven.

Dès le départ, souhaitiez-vous devenir journaliste ?
Depuis que j’ai l’âge de neuf ans, je veux être journaliste. Au départ, je voulais devenir journaliste sportif. Quand j’ai débuté à l’Université de Namur, j’étais dans l’équipe cycliste Lotto. L’idée était de tenter de faire une carrière sportive en même temps, mais j’ai finalement dû faire un choix. J’ai laissé tomber la compétition pour m’orienter vers le journalisme. Quand j’étais en deuxième année, Rodrigo Beenkens,
le « Monsieur Vélo » de la RTBF (qui est aussi un ancien de l’UNamur : candidat en droit, promo 1985, NDLR), avait besoin d’un assistant. J’ai eu l’occasion de faire un stage à la rédaction sport de la RTBF dans le cadre de mon bac à Namur. Cela s’est très bien passé et j’ai intégré la Cellule Sport. Quand un journaliste a été malade, j’ai proposé de le remplacer, et la semaine suivante, j’avais une pige en tant
que journaliste et non plus en tant qu’assistant.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à Namur ? Une expérience, un professeur, un assistant ?

J’ai un nom en tête : Sandro Faes. Il était assistant du professeur Annabelle Klein et il nous a vraiment accompagnés durant nos trois années de bac à Namur. Il était là pour donner confiance aux étudiants inscrits en sciences po et en information et communication. Je sortais de six années en latin-langues et je ne m’attendais pas à tomber dans une option somme toute assez économique, avec des statistiques, au milieu de personnes qui avaient souvent déjà fait six ans d’économie. J’ai dû prendre des cours particuliers le week-end, car je voulais me donner une chance. Je me suis accroché et cela a fonctionné, et c’est aussi en partie grâce à Sandro. Dans ses cours, il donnait vraiment l’envie de vouloir faire ce métier,
qu’il exerçait par ailleurs : il travaillait pour le journal Le Soir et nous a fait partager son expérience,
nous a donné quelques clés de compréhension et d’action, et personnellement, cela m’a vraiment
aidé. Il est maintenant entré à la RTBF pour le site info. C’est aujourd’hui un ami.

Pouvoir faire des stages dès la deuxième année de bac, c’est vraiment un plus ?

Oui ! Il n’y a pas meilleur CV qu’un stage réussi. Je le vois à la rédaction : les gens qui passent un stage et se font repérer restent chez nous sur le long terme. On demande à un journaliste d’avoir une réflexion, une action sur le terrain, une voix, une patte, une écriture, une efficacité… Et un stage est un premier pas dans le monde actif.

Quelles sont, selon vous, les meilleures qualités d’un journaliste aujourd’hui ?

La rigueur, la curiosité et la réactivité. Ce sont trois qualités indispensables pour prester au journal télévisé.

Comment rester neutre face à une actualité parfois très difficile humainement ?

Quand je parlais de rigueur, c’est cela : il faut être rigoureux, précis. Il y a des choses dramatiques qui se
passent, mais il faut « faire le métier » en laissant, dans un premier temps, ses émotions de côté. J’ai couvert tous les attentats sur le terrain et quand on rencontre des gens qui nous racontent malheureusement ce qui s’est passé, on n’est pas insensible bien sûr, mais il faut garder ses distances. On peut avoir de l’empathie, mais cela ne doit pas se ressentir dans les directs et les reportages.

Comment les jeunes peuvent-ils bien s’informer aujourd’hui avec la multiplication des canaux d’information ?

Les réseaux sociaux ont pris une place incroyable dans le milieu médiatique. Il y a aussi malheureusement de plus en plus de fake news. Je pense que les sites traditionnels doivent avoir une plus-value et rester des sites de référence crédibles. Si je prends le cas précis des attentats, la RTBF a créé une cellule « police-justice » avec deux figures visibles, Justine Katz en plateau et moi sur le terrain, et des personnes qui vérifient toutes les informations grâce à un carnet d’adresses incroyable. On ne diffuse aucune information sur antenne tant qu’elle n’a pas été vérifiée et confirmée deux fois. Certaines choses sont dites alors qu’elles sont totalement fausses. J’ai la fierté de dire qu’on ne s’est pas « plantés » une seule fois dans les informations qu’on a données sur les attentats. Rester crédible, c’est apporter
cette plus-value par rapport à tous ces sites et canaux qui émanent de la toile, des réseaux sociaux, de Youtube…

Beaucoup de jeunes débutent leurs études en communication en rêvant de devenir journaliste au journal télévisé. Quels conseils leur donneriez-vous, avec le recul de l’expérience ?

Il faut avoir en tête les trois qualités dont je parlais : rigueur, curiosité, réactivité. Elles sont primordiales pour réussir. Si je peux donner un conseil, je dirais : ne pas avoir peur de viser haut. Quand j’étais à Namur, on avait tendance à se dire entre étudiants que nous allions seulement aller voir les télés locales pour faire notre stage. Moi, je n’ai pas hésité à demander à faire un stage à la RTBF. On m’a dit que je visais peut-être trop haut. Mais je préfère viser haut et redescendre par après si je n’ai pas le niveau plutôt que commencer en bas de l’échelle et tenter de la monter. S’il y a un bon conseil à donner, c’est celui-là : ne pas avoir peur de viser haut !


Propos recueillis par Morgane Belin